XI.V
Je vois l'Espagne soulevée, toute hérissée de ses armes victorieuses, et la France turbulente et sans repos, qui déploie ses bannières hostiles. En Italie, dans la Germanie lointaine, J'entends battre les bruyants tambours. Chez tous les peuples on amasse des soldats, des équipements, des armes, des munitions.
Pour chanter ce vaste ébranlement^ ce bruit de guerre et ce fracas^ il me faut d'autres forces, un souffle nouveau et ta faveur, puissant monarque. Mais puisque ma résolution téméraire m'a lancé sur cette mer orageuse, avec ton aide. J'ai la confiante espérance d'atteindre Jusqu'au port sur ma barque fatiguée.
Que si mon humble style et la faiblesse de mon talent arré-
nière octave, qui rappelle avec tant de netteté et de préoitioa le sujet par lequel le poëie voulait rentrer daoi le cadre même de VAraueana. Elle non» replace tîtc* ment dans le conseil des Barbares, au milieu de leurs diisensiont tt de leurs faroaches rivalité», mais pour un inslaiit; car une seconde fois rima^inatlon du poète l'entraine et nous reporte vers les affaires et les démêlés de fBurope.
1 « T ibrasarse «a furor t*d« U tierra t »
Par une inadvertance ou plutôt par une habitude de sa diction poétique, Winter' Hng nous ramène encore cette fois en pleine mythologie :
c Dain dem Vaterltnd
Belloruns irilda Wulh eatbrannt 7 •
CUANT XXXVI. 5 5S
tent ma voix intimidée, le sujet me promet et m'assure qu'elle sera écoutée avec une attention bienveillante. Et cependant. Seigneur^ puisque je dois fournir une immense carrière, il y aura prudence à recueillir mon imagination troublée, jusqu'à ce qu'elle ail puisé quelque vigueur dans la matière qu'elle aborde *.
1 Wioterlîng efface la dernière octave du cbant xxzri. Si Ercilla ue ravait pat écrite, il eût manqué à set propret habitudrt, aux manièret ua peu eérémonieutea de ta modettie Iméraire. Lorsqu'il croit avoir épuisé l'attenlioo du lecteur et du roi ton maître par de longt recitt de bataillct. il exprime quelque regret de t'èlre engagé daot une matière aride; il te plaint de sa veine ttériieet ingrate. Comment n'eût-il pat fait entendre le même accent de réterve et d'inquiétuiie, quaud il entre, prend de parler au monarque de tet intérétt enropéent, et de l'entretenir de tea droita lor la couronne du Portugal ?
CHANT XXXVI l
SoMMÀiKB. — Ce ixxvii* «t deraier cbtat de VAraucana commence par une grtTe diicustion <ur le droit de U guerre. — La doctrine d'Ercllla u'a d'autre bat que de justifier la conquête du Portugal par les armes de Philippe II. — La conduite barbare de Santa Crus, vainqueur de Philippe Strozzi aux Açorea, est défendue par les mêmes maximes. -* Le poëte se demande pourquoi les Portngais opposent à Philippe II une si opiniâtre résistance. — Politique bienveillante du roi d*Esp8gne. — Ses conseils prudents et pacifiques k dbm Sébastien.
— Malheur qu'il eut touIu préreoir. — Croisade du roi portugais et son désastre à Alcazar-Kébir. — Bnrique reçoit la couronne du Portugal. -*- Philippe II établit ses droits, pour l'éventualité où le troue resterait vacant. — Ses droits comparés avec ceux de Catherine de Bragance et d'Antonio de Crato, et confirmés par de savants docteurs. — Négociations de Philippe II, entamées auprès d'Eariquç, ponr être reconnu et proclamé comme son successeur légitime. — Résistance du vieux monarque et sa mort. — Nouvelles tentatives du roi d'Espagne pour obtenir une solution pacifique. — La guerre est enfin résolue. — Magnifique matière offerte au génie des poètes. — Yains efforts d'Ercilla pour atteindre à la gloire.
— Son Ame découragée ne peut plus s'élever assez haut pour célébrer son illustre souverain.— Il est temps pour lui de ne songer plus qu'au ciel. — Il ne lui reste qu'à pleurer ses fautes, au lieu de chanter la gloire.
Je chante les transports du peuple castillan animé d'une juste colère et d'une ambition légitime, et les droits à la couronne de Lusitanie confiés aux armes homicides, la paix, l'union et le lien des Ames chrétiennes changés en discorde furieuse, les lances irritées de part et d'autre, dardées contre des poitrines fraternelles.
La guerre a été précipitée du ciel et envoyée à la race humaine lorsque par le fruit défendu notre nature fut pervertie ; c'est par la guerre que la paix est conservée et l'insolence humaine combattue ; par elle quelquefois Dieu afflige le monde, le châtie, l'améliore et le corrige ^
' Celte octave et les vingt-quatre suivantes n^existent pas dans la traduction de
CDANT XXXVII. 567
Hl
Par elle, il abaisse les rebelles insolents et courbe leur front superbe, défait et renverse les pouvoirs^ et impose des limites à Tambition illimitée. La guerre est dans le droit des nations. L'ordre militaire et la discipline conservent et soutiennent les Étals : ils garantissent les lois politiques.
Mais la guerre est injuste aussitôt qu'elle s'égare et n'a plus la paix mômç pour objet, ou lorsque c*est par vengeance, par une aveugle rage, pour une fin personnelle qu'elle éclate. Il ne doit y avoir, dans le repos public, qu'une seule cause de trouble, une raison publique, et un membre isolé, en aucune façon, ne peut rompre la paix et l'harmonie du corps tout entier.
De même que nous faisons profession d'être dés alliés et des frères en Dieu, concorde que le Christ lui-même recommande avec tant de force dans le Nouveau Testament, œuvre éternelle, de même aussi ne peuvent être dissoutes la paix et l'union de tous, si ce n'est pour un motif ou pour un ressentiment général, et par l'autorité du roi défenseur de l'État.
Alors comme un ange pur de toute fnute, les yeux attachés sur la cause commune, le soldat peut prendre les armes et faire tomber son courroux sur l'ennemi ; et lorsqu'une considération
Winterling . Ce beau fragment de philosophie morale et religieuae, de haute politique et de droit international, inaugure à merreitle le sujet que le poëte Toulait traiter et ^'enchaîne au fond même que développe le xxxtii* ehant de VAraueana^ beaucoup mieux que les élégantes préfaces de Salluste à la guerre de Catilina ou de Jugurtha. L'infidélité dont le critique allemand s*est ici rendu coupable, est une des plus graves et des plus considérables que nous puissions reprocher i sa belle et savante traduction.
particulière, un but privé, ralenlit son bras, le comprime et l'enchatne, outre qu'il met en péril le succès, il est coupable et offense le droit de la société entière.
VU
Aussi dans le cours d'une guerre équitable et permise, une armée viclorieuse et courroucée peut frapper, dépouiller, tuer les vaincus, réduire Thorome libre à l'esclavage et à la soumission ; car celui qui est le maître et le seigneur de la vie, Test aussi de la personne, et c'est avec justice qu'il fera de l'ennemi dompté ce qu'il voudra; tout est permis au vainqueur^
1 Pour justifier lef grandes sentences que renferme tout ce ptssâge d*ErcilU et pour nodifier It dureté de quelques>unes de ses matimes, nous citerons au lecteur une double autorité, celle de Montesquieu et celle de Rousseau. Voici d'abord les trois admirables chapitres par lesquels Montesquieu outre le X« livre de VSsjprit des lois.
CBiriTai !•'. De la force offensive. — La force est réglée par le droit des genS| qui est la loi politique des nations considérées dans le rapport quelles ont let unes avec les autres.
CBiriTRi II. De la guerre. — La TÎe des États est comme celle des bomnies : ceux-ci Ont droit de tuer dsns le cas de la défense naturelle, ceai-li ont droit de faire la guerre pour leur propre cooservatioa. Daus le cas de la défense naturelle, j'ai droit de tuer, parce que ma vie est à moi, comme la TÎe de celui qui m*attaque est k lui ; de même un État fait la guerre, parce que sa conservalion est juste eomme toute autre consenraiion. Entre les citoyens, le droit de défende naturelle n*emporle point avec lui la nécessité de Tattaque. Au lieu d^attaquer, ils n^ont qu*à recourir aux tribunaux. Us ne peuvent donc exercer le droit de cetie défense que dans les cas mumeniaoés où Ton serait perdu si l'un attendait le secours des lois. Mais, entre les sociétés, le droit de la défense naturelle entraine quelquefois la néceMité d'attaquer, lorsqu'un peuple voit qu'une plus longue paix en mettrait un autre en état de le détruire, et que Tatteque est dans ce moment le seul moyen d*einpécher cette destruction. Il suit de là que les petites sociétés ont plu4 souvent le droit de faire la guerre que les grandes, pajce qu'elles sont plus souvent dans le cas de craiudre d'être détruites. Le droit de la guerre dérive doue de la nécenité et du juste rigide. Si ceun qui dirigent la conscience ou les conseils des princes ne se tiennent pas li, tout est perdu, et lorsqu'on se fondera sur des principes arbitraires de gloire, de bienséance, d'utilité, des flots de sang inonderont la terre. Que Ton ne parte pas surtout de la gloire du prince t sa gloire serait son orgueil ; e*est une passion, et non pas un droit légitime. Il est vrai que la réputation de ta puissance pourrait augmenter les forces de son État; mais la réputation de sa justice les augmenterait tout de même.
CsAriTai m. Du droit de eonquéle,—' Du droit de la guerre dérive celui de conquête, qui en est la conséquence; il en doit donc suivre Pesprit. Lorsqu^aa peuple est surpris, le droit que le couqoérant a sur lui suit quatre sortes de lois : la loi de la nature, qui fait que tout tend à la conservation des espèces; la loi de la lumière naturelle, qui veut que nous fassions à autrui ce que nous voudrions qu*on nous fit ; la loi qui forme les sociétés politiques, qui sont telles que la nature
CHANT XXXVII. 65î^
Et si dans tous les temps et en toute circonstance, lorsqu'il
n'en a point borné la durée ; eoBn la loi tirée de la chose même. La conquête est une acquiiition ; l'esprit d^acquisition porte avec lui l'esprit de conservation et d'usage, et non pas celui de destruction. Un Éiat qui en a conquis un autre le traite d*une des quatre manières luivantes : il continue à le gouverner selon ses lois, et ne prend pour lui que Texercice du gouvernement politique et civil ; ou il lui donne un nouveau gouvernement politique et civil; ou il détruit la société et la disperse dans d'autres; ou euGn il extermine tous les citoyens. La première manière est conforme au iiroit des gens que nous suivons aujourd'hui ; la quatrième est plus conforme au droit des gens des Romains : sur quoi je laisse à juger à quel point nous sommes devenus meilleurs. Il faut reudre ici hommage à nos if mps modernes, à la raison présente, à la religion d'aujourd'hui, à notre philosophie, a nos mœurs. Les auteurs de notre droit public, fondés sur les histoires anciennes, étant sortis des cas rigides, sont tombés dans de grandes erreurs. Ils ont donné dans l'arbitraire ; ils ont supposé dans les conquérants un droit, je ne sais quel, de tuer : ee qui leur a fait tirer des conséquences terribles comme le principe, et établir des maximes que les conquérants «ux-mèmes, lorsqu'ils ont eu le moindre sens, n'ont jamais prises. Il est clair que, lorsque la conquête est faite, le conquérant n'a plus le droit de tuer, qu'il n'ett plus dans le cas de défense naturelle et de sa propre conservation. Ce qui les a fait penser ainsi, c'est qu'ils ont cru que le conquérant avait droit de détruire la société : d'où ils ont conclu qu'il avait le droit de détruire les hommes qui la composent; ce qui est une conséquence faussement tiré« d'un faux principe. Car, de ce que la société serait anéantie, il ne s'ensuivrait pas que les homoies qui la forment dussent aussi être anéantis. La société est l'union des hommes, et non pas les hommes ; le citoyen peut périr, et l'homme rester. Du droit de tuer daus la conquête, les politiques ont tiré le droit de réduire en serritude; mais la conséquence est aussi mal fondée que le priucipe. Ou n'a droit de réduire en servitude que lorsqu'elle est uécessaire pour là conservation de la conquête. L'objet de la conquête est la conservation : la servitude n'est jamais l'objet de la couquéte ; mais il peut arriver qu'elle soit un moyen uécessaire pour aller à la conservation. Dans ce cas, il est contre la nature de la chose que cette servitude soit étemelle. Il faut que le peuple esclave puisse devenir sujet. L'esclavage dans la conquête est une chose d'accident. Lorsqu'après un certain espace de temps toutes les parties de l'État conquérant se sont liées avec celles de l'État conquis, par des coutumes, des mariages, des lois, des associations et une certaine conformité d'esprit, la servitude doit cesser : car les droits du conquérant ne sont fondés que sur ce que ces choses-là ne sont pas, et qu'il y a un éloigoement entre les deux nations, tel que l'une ne peut pas prendre confiance en l'autre. Ainsi le conquérant qui réduit le peuple en servitude doit toujours se réserver des moyens (et ces moyens sont sans nombre), pour l'en faire sortir. • (Cf. Œuttr. eompl. de Montesquieu, édit. de Bure, 1834, p. 255-257.) Voilà sans doute de nobles et bien écUtantes doctrines, fort opposées aux quatre derniers vers d'Ercilla :
« Que el que es seflor y ducno de la vida, Lo et ya de la persona, y justamente Har lo que quisiere del vencido, Qu* todo al vtncedor le et coneedido. •
Le jugement de Montesquieu est aussi fondé en histoire qu'en spéculation : a Je
5 60 LARAUCANA.
s'agit des intérêts collectifs, chacun peut sans reproche, en bataille rangée et en escadrons, déployer la force des armes, par
ne dit point ici des chostt vaguec, eontinue-l-iU Nos pères qoi coaquîrent Fempire romein, en agirent ainsi. Les lois qu^ils firent dans le feu, dans Taction, dmns rimpétuosiié, dans Torgueil de la Tietoire, ils les adoueireot : leurs lois étaient dures, ils les rendirent impardates. Les Bourguignons, les Goths et les Lombards voulaient toujours que les Romains fusseut le peuple vaincu; les lois d'Enrie, de Gondebaud et de Rolharis firent du Barbare et du Romain des concitoyens. Cbarlemagne, pour dompter les Saxons, leur 6te Tingénuité et la propriété des biens. Louis le Débonnaire les affranchit : il ne fit rien de mieux dans tout son règne. Le temps et la serritude avaient adouci les mœurs; ils lui furent toujours fidèles. ■ (Id., /. c, p. 157.) Quaut au principe même de Tesclavage, on sait assex que Montesquieu ne Ta jamais reconnu et qu'il le trouve aussi opposé au droit civil qu*att droit naturel. (Cf. ibid., livre XV, chap. i-xii.)
Rousseau ne s'élève pas avec moins de force contre les principes absolus mais illogiques d*Ercilla : « Grotius et les autres, dit-il, tirent de la guerre une autre origine du prétendu droit d'esclavage. Le vainqueur ayant, selon eux, le droit de tuer le vaincu, celui-ci peut racheter sa vie aux dépens de sa liberié ; convention d'autant plus légitime qu'elle tourne au profit de tous deux. Mais il est clair que ce prétendu droit de tuer les vaincus ne résulte en aucune manière de l'état de guerre. Par cela seul que les hommes, vivant dans leur primitive Indépendance, n'ont point entre eux de rapport assez constant pour constituer ni l'état de paix ni l'état de guerre, ils ne sont point naturellement ennemis. C'est le rapport des choses et non des hommes qui constitue la guerre ; et l'état de guerre ne pouvant naître des simples relations personnelles, mais seulement des relations réelles, la guerre privée d'homme i homme ne peut exister ni dans l'ctat de nature, oîk il n'y a point de propriété constante, ni dans Pétat social où tout est sous l'autorité des lois. Les eombats particuliers, le duel, les rencontres sont des actes qui ne con&tUuent point un état... La guerre n'est donc point une relation d'homme i homme, mais une relation d'État i État, dans laquelle les particuliers ne sont ennemis qu*accidentellement, non point comnje hommes, ni même comme citoyens, mais comme soldats; non point comme membres de la patrie, mais comme ses défenseurs. Enfin chaque État ne peut avoir pour ennemis que d'autres États, et non pas des hommes, attendu qu'entre choses de diverses natures on ne peut fixer aucun vrai rapport. Ce principe est même conforme aux maximes établies de tous les temps et à la pratique constante de tous les peuples policés. Les déclarations de guerre sont moins des avertissements aux puissances qu'à leurs sujets. L'étranger, soit roi, soit particulier, soit peuple, qui vole, tue ou détruit les sujets, sans déclarer la gnerre an prince, n'est pas un ennemi, c'est un brigand . Même en pleine guerre, un prince juste s'empare bien, en pays ennemi, de tout ce qui appartient au public; mais il respecte la personne et les biens des particuliers; il respecte des droits sur lesquels sont fondés les siens. La fin de la guerre étant la destruction de l'État ennemi, on a droit d'eu tuer les défenseurs tant qu'ils ont les armes à la main ; mais sitêt qu'ils les posent et se rendent, cessant d'être ennemis ou instruments de V&tnemi, ils redeviennent simplement hommes et l'on n'a plus droit sur leur vie. Quelquefois on peut tuer l'État sans tuer un seul de ses membres : or, la guerre ne donne aucun droit qui ne soit nécessaire i sa fin. Ces principes ne sont pas ceux de Grotius, ils ne sont pas fondés sur des autorités de poètes, mais ils dérivent de la nature des choses et sont fondés sur la raison. A l'égard du droit de conquête, il n'a d'autre foudemeut que la loi du plus fort. Si la guerre ne donne point au vainqueur le droit de massacrer les peuples vaincus, ce droit qu'il u'a pas ne peut fonder eelui de les aMtrvir. On n'a le droit de tuer l'ennemi que quand ou ne peut
CHANT XXXYII. 56 1
les mêmes et plausibles raisons, il est admis de combattre un à un^à pied, à cbeval, avec ou sans armure défensive, en pleine carrière ou en champ clos.
Durant une guerre loyale, le défi est justifié, lorsque nul obstacle ne vient du prince dont la main puissante et souveraine étend son autorité sur tout Tordre public; mais si, pour un fait ou pour un caprice individuels, un cartel est résolu et se dénonce, celui qui provoque et celui qui accepte la provocation font œuvre illicite, injuste et réprouvée.
Et les princes chrétiens ne doivent jamais accorder ni appui, ni consentement à une lutte coupable que dirigent la haine, la vengeance ou l'ambition ; jamais ils ne doivent souffrir qu'un
le faire etelsTe ; le droit de le faire esclare ne Tient donc pas da droit de le tuer: e*esl donc un échange inique de lui faire acheter au prix de ta liberté ta vie, tnr laquelle on n'n aucun droit. En établittant le droit de vie ou de mort tur le droit d'etclavape, et le droit d^etclavage sur le droit de vie et de mort, n*ett-il pas clair qu'on tombe dans le cercle Ticieux ? En supposant même ce terrible droit de tout tuer, je dis qu'un esclave fait à la guerre, ou un peuple conquis, n*est tenu i rien du tout envers sou maître, qu'à lui obéir autant qu'il y est forcé. En prenant un équivalent à ta vie, le vainqueur ne lui en a point fait grâce ; au lieu de le tuer tans fruit, il l'a tué utilement. Loin donc qu'il ait acquis tur lui nulle autorité jointe i la force, l'élat de guerre subsiste outre eux comme auparavant, leur relation même en est l'effet, et Tusage du droit de la guerre ne suppose aucun traité de paix. Ils ont fait une convention, soit, nais cette convention, loin de détruire l'étal de guerre, en suppose la continuité. Ainsi, de quelque sens qu'on envisage les choses, le droit d'esclavage est nul, non-seulement parce qu'il est illégitime, mais parce qu'il est absurde et ne signifie rieu. Ces mois esclave et droit sont contradictoires, ils s'excluent mutuellement. Soit d'un homme i un homme, soit d'un homme à un peuple, ce discours sera toujours également insensé : • Je fais avec toi une convention toute à ta charge et toute à mon profit, que j'observerai tant qu'il me plaira, et que tu obs<>rveras tant qu'il me plaira. • (Œuvr. compl. de J.«J. Rousseau, Du contrat social, livre I, ch. iv, édit. de Deux Ponts, 1782, t. 11, p. 13-16; édit. Hachette, 1856. t. Il, p. SSS-S'^i.) La morale de don Ercilla, ortiioairement si généreuse et si humaine, se ressentait trop ici des usages et des intérêts accrédités en Espagne; elle favorisait trop bien les passions et la cause des arniateura de Séville et de ses impitoyables néfiriert, et elle fléchit devant la raison sévère de nos deux logicieos français. — Voy. les beaux articles de M. Ad. Franck, »ur le Traité de la paix et de la guerre^ par Hugo Grolius, Séances et travaux tir V Académie de* êeitneet morale» et politiqwij t. LXXXII, p. S16 et 3S1 ; t. LXXXIV, p. itl.
démêlé se décide par une épreuve où à la force est remis le soin de la sentence. Par un arrêt mystérieux^ Je vois, en effets trop souvent la victoire appartenir à Tagresseur.
Le Jugement sanguinaire des armes est condamné par le droit et à Juste titre. Le résultat n'est-il pas incertain et douteux, suivant l'arrêt de la Providence toute-puissante? Tantôt sinistre, tantôt prospère, ce n'est pas l'issue qui rend une cause ou bonne ou mauvaise, et sous aucun rapport la Justice n'est Jamais abandonnée au hasard ni à la fortune.
J'ajoute qu'aucun devoir ne contraint le diligent soldat à se demander si la guerre est permise et avantageuse^ si c'est la justice ou non qui la fait entreprendre; car au roi seul, à qui la raison soumet l'obéissance et le service de l'armée, comme gouverneur de l'État, est réservée l'appréciation de la cause commune.
El puisque au roi, comme chef suprême^ sont dévolus la charge de la guerre et ses pesants devoirs, puisque tous les maux et tous les désastres qu'elle entraine, seul il en porte le fardeau sur ses épaules, longtemps il doit examiner ce qu'il veut entreprendre, et avant de lâcher les rênes à la fureur déchaînée^ mettre le droit de son côté lorsqu'il prépare les armes et ne pas les brandir au gré de son ambition et de sa convoitise.
Ainsi Felipe, dans l'occasion présente, contraint par une nécessité rigoureuse, s'est Justement déclaré en faveur des lois et n'a pris que des armes consacrées par elles. Il n'a pas fondé le droit sur la puissance ni écouté le désir avide de la couronne ;
car son sceptre et sa monarchie s'éteodent jusqu'aux lieux où le soleil achève sa carrière ^ ;
Mais libre de rambilion et de Tavidilé qui altèrent et corrompent les âmes les plus saines^ appelé par le droit et par Téquité, il marche de sa personne contre le royaume rebelle. Au déplaisir et au mépris des pervers qui lui refusent et lui contestent la couronne, il veut, le glaive en main, se frayer et s'aplanir rentrée d'un État qui ne s'ouvrait pas à la raison.
Dien que justement enûammé de courroux, il dissimule pourtant sa force et sa puissance, retient son bras déjà levé et près de s'abattre, et ajourne le remède du sang. D'une âme circonspecte et patiente, il justifie ses armes et ses titres, pour ébranler ensuite à coups terribles la résistance et l'opiniâtreté des rebelles.
D'une main forte, dans sa colère, il accablera sous le J.oug la tête orgueilleuse des traîtres, et dispersera la formidable escadre des pirates gaulois, leurs protecteurs. Avec une sévérité inflexible et motivée, ces hommes perturbateurs de la paix, après la mort de Philippe Strozzi, leur chef, seront tous livrés au tranchant du fer^
1 Let conlemporàini de Philippe II avtieat eoatume d'eiprimer autrement eelte pensée et «on» une forme plus louangeuse pour la monarchie espagnole ; cf. sufra^ chant ixvii, oct. 37, note 50.
S L'appréciation tout espagnole et presque domestique que don Brcilla fait iei de la conduite de Sanla-frus et de Philippe II, ne saurait eue part«gée par l'hiitoire. Philippe Stroni était un habile et «aillant capitaine, et la flutte qu*il avait sous ses or<ires n'était pas une réunion de pirates. Né à Veuise en 1541, Strozzi prit de bonne heure du service dans les armées françaises, et se fit remarquer au siège de Calais. Lorsqu'en 1581, C4ith«;rine de Médicis euvoja une e»cadre au secourt d'Anlouio de Crato, recuunu roi de Portugal à Santarem et à Li^bouue, Slroui, à qui elle eu donna le commandement, vaincu par Santa*Cri:z a la hauteur des âçores, «ouvert de blessures, fait prisonnier, se vil traiter avec innigmte par l'omiral espagnol. Saint-Simon rend un compte fort ezact de cette affaire. Comme la reine était
664 LARAUCANA.
XVIU
Ce sang ne souillera pad la gloire de sa bonté, sang d'une race perfide et ennemie ; car lorsque graves sont le délit et Tinscience, celui qui châtie ne montre que douceur et coaipassion. Pardonner au crime, c'est autoriser un crime plus grand encore à éclater aussitôt. C'est ôlre cruel de pardonner loul à tous, comme c'est être cruel de ne jamais rien pardonner,
Ce n'est pas dans le pardon que réside la clémence, si la rigueur est utile, est nécessaire; qui arrête et punit le mal présent, évite d'être impitoyable dans l'avenir; qui souffre le crime y consent, et peut en être nommé le complice ; épargner le» malfaiteurs publics, c'est ravager, c'est empoisonner la société même.
Je ne prétends pas déclarer que la clémence n'est pas une grande chose, une vertu inestimable ; le pardon est une victoire glorieuse, et l'honneur qui en rejaillit s'accroît avec le pouvoir; mais les bienraits de la paix commune ne sauraient être durables sans la justice; et c'est l'emploi opportun des récompenses et des châtiments qui soutient les gouvernements et les États.
toole-puiisaote en France, • ce fut k qui s'embarquerail sur celte escadre de toute la nobUue de la cour^ et Stroiii même, parent proche de la reine et fort araot dans set bonnes grâces. Le marquis de Saiote-Croix ayant battu cette escadre, 26 juillet 1582, fit mettre pied à terre k tout ce qui la montait, fit égorger de sangfroid d«nB Tune des Terceires Tb. Sirozzi qui les commandait, toute cette jeune noblesse et tous les officiers, et emmena les vaisseaux et les équipages en Espagne. Une si monstrueuse inhumaoilé fut détestée dans toute TEurope, mais elle plut ai fort à Philippe II qu'il fit aussitôt le marquis de Sauta-Cruz grand d'Espagne. > Mémoires, éd. Chéruel, t. XVI, p. 433. C'e^t dans l'ile de San-Bliguel que de Thou place le théâtre de cette horrible boucherie. Il rapporte que vmgt>haît seigneurs, cinquante gentilshommes, eu tout trois cents hommes, périrent sur un éehafaud par la main du bourreau des troupes. allemandes qui les fit mourir quatre à quatre. Ce spectacle causa une grande horreur parmi les troupes Tictorieusea. Cf. t. VIU, p. 692-593.
Tous les excès, toutes les fautes qui se commettent ne peuvent être corrigés ou punis : le temps quelquefois et l'occasion exigent que Ton abandonne sur certains points le remède et la poursuite*. Qu'un prince qui aime à tout savoir, sache qu'il est obligé de remettre beaucoup ; que c'est le procédé d'un médecin dur ei impitoyable de vouloir dans tous les cas ôler la chair Jusqu'à l'os.
• La clémence apaise des ennemis même la haine, le courroux et l'indignation ; elle engendre le dévouement et fait naître des amis ; elle attire l'amour et la tendresse du peuple, tandis qu'une rigueur continuelle dans les châtiments suscite contre le prince l'aversion et l'horreur; car le devoir propre et l'attribut des souverains est d'émousi-er le glaive des lois *.
On peut dire, il est vrai, qu'il n'y a pas avantage à dissimuler le mal accompli déj«^, si le méchant doit puiser dans cet oubli assez d'audace pour commettre de nouveaux crimes et d'autres méfaits. Il est évident que la crainte des peines réprime les esprits corrompus ; la vue du criminel exposé au gibet corrige la perversité et amende les pervers.
1 Celte belle définition de la clémence mérite d*ètre rapprochée de celle que formule Portia dans le Marchand de Venue de Shakspeare : ■ Le propre de la clémence ett de n'être pas contrainte; elle tombe comme tombe la douce pluie du ciel sur la plaine qui ett au-dessous d'elle; elle est deux fuis bénie ) elle bénit celai qni !a donne et celui qui la reçoit. C'est ce qu'il y a de plus puissant dans ce qui est tout-puissant; elle sied mieux que la couronne au monarque sur son trAne; le sceptre peut bien montrer la force du pouvoir temporel, l'attribut de la majesté et du resp«ct qui fait craindre et redouter les rois ; mais la clémence est audessus de cette autorité du sceptre; elle a son trAne dans les cœurs des rois ; elle est un attribut de Diea lui-même, et le pouvoir terrestre approche autant que possible du pouvoir de Dien, lorsque la clémence tempère la justice. > (A.ct. IV« se. i'*.)
«66 L*ARAUGANA.
Mais aussi le châtiment ne doit pas être appliqué comme fait un chirurgien ignorant et inhabile ; que le mal soit lëger et la plaie iusiguifianle, il ne plonge pas moins l'acier dans les parties saines, el avec le Iranchant impitoyable jette le désordre où la guérison allait naître sans que la main s'y fût portée. Et qu'importe le traitement et l'expérience, s'ils sont plus pénibles et plus douloureux que notre infirmité môme?
Je veux éclaircir ma pensée, de peur qu'un esprit exigeant ne trouve mon langage semé de quelques contradictions : oui, c*est une vertu de savoir frapper lorsqu'une punition publique «st devenue indispensable, nécessaire. Oui, c'est aussi une vertu, lorsqu'on est au pouvoir, de pardonner l'outrage d'un ingrat et d'un ennemi, lorsque l'offense est personnelle, ou qu'il est facile d'admettre qu'elle puisse être réparée sans châtiment.
Mais de point en points je vais m'écartant toujours, et courte est la durée et longue est la matière; au lieu d'alléger mon fardeau, je place sur mes épaules une charge plus accablante. Ainsi désormais j'abrège les détails qui importent le moins et m'embarrassent le plus; je reviens au Portugal, et veux que ma plume retrace un tableau court et sommaire.
Qu'est ce donc, ô Lusitaniens? Quelle erreur vous fait tourner contre votre roi vos poitrines obstinées ? Pourquoi vous acharner avec des armes et des bras coupables à violer la règle et les droits ? Rien ne peut-il donc émouvoir vos &mes furieuses, ni la paix commune el l'utilité de chacun, ni les liens du sang, la religion, la nature, ni le pouvoir de Felipe ou sa grandeur?
CUANT XXXYIÎ. 567
Voyez avec quelle largesse il vous a garanti domaÎDes^ libertés^ privilèges^ non pas sous la contrainte d'une rude nécessité, mais à la tête d'un camp formidable et de nombreux escadrons, et, sans écouter leurs murmures, a contenu leurs armes afin de vous persuader par la parole, comme un père qui par la clémence ramène à la soumission un fils désobéissant.
Quel égarement aveugle ! Quelle folle présomption ! Quelle passion opiniâtre et irréfiéchie trouble ainsi le calme de votre jugement et bouleverse voire esprit en délire? Comment une nation que les mêmes sacrements unissent et qui portent le môme signe, la croix de Jésus-Christ, peut-elle, revêtue d'armes cruelles et meurtrières, diriger les coups du fer contre ses propres entrailles I .
Quoi I les mêmes devises, les mêmes bannières sortiraient de tentes opposées, et guideraient mille nations étrangères, prêtes à verser un sang innocent, à introduire Terreur, d'autres coutumes, des vices insolents et contagieux, et à laisser la catholique Espagne tout inondée de ce poison dévastateur ' !
1 Baodry et RîTadeneyra offrent ici deus poDctuatioos bien différentes, ht premier fixe de la sorte le texte d'Ercilla :
• I T inlroiuccn errores y mantru I ^ P*'S*Jo«o« Ticiot inflol«ni«t, D«jando eon tu petle derranidda La ealôlica Espa&a inflcionada I •
Ainsi, c'est avec inficionada que doit se eonstruire ■ de vieios, » etc. A cAté de ce texte dont le roouTement e»t pins accentué peut-être, la leçon de Rivadeneyrt présente une syntaxe plus simple et plus directe :
■ T intruducen «rrore* y nancrat De pcgajofos viciot intolenlet, D«jando con lu peste derraniada La eatèliea E^paJia inScionada. •
Avec les deux variantes, l'idée reste la même, la construction seule est changée»
568 LARAUGANA.
A toi, Père souverain et éternel, je demande la grâce et la faveur nécessaires, Je te supplie de vouloir diriger ma maio, car c'est en loi et par toi que tout reçoit l'impulsion^ afin que au Portugais et au Castillan Je rende avec impartialité ce qui leur est dû, sans que me détourne ou m'égare loin de la justice aucune considération particulière ni aucune fantaisie.
Toi qui connais le fond des cœurs et les sentiments équitables qui m'enflamment ; toi qui dans toutes les bonnes pensées <et les bonnes actions es le commencement et dois être la fin ; donne-moi un esprit égal pour tous, accorde-moi un langage qui polisse ma plume assez téméraire pour oser, dans sa hardiesse aventureuse, avec de si pauvres mérites, une si vaste •entreprise K
Le roi de Lusilanie, Sébastien, voulait, dans l'élan de son ardeur Juvénile, envabir l'immense territoire de l'Afrique, et abattre l'audace des infidèles ; une entrée et un passage faciles lui étaient promis par son altière et orgueilleuse présomption. Bientôt il eut réuni les trésors, le pouvoir, la force et les soldats de son royaume.
Mais le roi Felipe, qui voyait son neveu se Jeter dans cette expédition avec tant de légèreté, opposa à ses aveugles projets les •conseils d'un véritable père, et, pensant l'écarter d'une route qui le menait à un immense précipice, il provoqua une entre-
f Octave supprimée par Winterting qui abrège à tort cette magnifique inTOcation. Ereilla ne pouvait s'entourer de trop de précautions de tout genre pour soutenir la cause de Philippe II, assez embarrassée devant les jugements de l*histoirc. Le chantre de la monarchie espagnole devait attester le ciel même de rimpartialilé •de son langage.
CQANT XXXVII, 569
vue à Guadalupe S pour qu'ils pussent y conférer de ce dessein.
Rien ne suffit à le convaincre, ni les raisons puissantes, ni la prière, ni le langage persuasif de son oncle, si grave, ni une multitude d'obstacles qui eussent été capables de faire refluer un torrent, ni la folie d'exposer la tête de tant de guerriers â un seul coup de la Fortune, au caprice de Tinconstante et mobile déesse, avide de bouleverser le monde.
Le superbe Jeune homme promettait la victoire là où de justes craintes signalaient des périls ; il repoussait les avis de la prudence et foulait aux pieds toutes les objections; puis il courait, dans sa libre volonté^ hâter sa mort et sa ruine; hélas I les conseils et les avertissements ne peuvent rien contre les arrêts du ciel et la sentence fatale '•
1 • Gaadtlopfl, * pueblo de rEstremadura, prêt d'an ruisseau du même nom, au pied de montagnei très-boisées que les Romains appelaient Carpetani montet. Guadalupe avait une célèbre abbaye d'hiérouymitet, fondée an iit« siècle, aujourd'hui en miues, décorée autrefois de belles toiles dues à Jordaens et i Zurbaran.
' La circonspection de don Ercilia est ezlréme. Le chant xxxtii de son Araueana n'est tout entier qu'une plaidoirie politique, pleine d'élévation et d'éloquence en faveur de Philippe IL II preud tous les ménagements possibles pour justifier l'usurpation, mais sans parvenir i convaincre le lecteur. Philippe II, selon lui, a détourné, autant qu'il a pu le faire, le roi don Sébastien de sa folle entreprise ; mais l'histoire ajoute qu'il l'encourageait encore plus en feignant pour son héroïsme chevaleresque un véritable enthousiasme et une admiration approbatrice ; qu'il lui envoya, en Afrique même, le casque et la coite de mailles que le grand empereur Cbarlet- <2uint avait portés à Tunis. Il alla jusqu'à lui fournir quelques soldats espagnols, et le capitaine Francisco de Aldaoa, qui a aussi sa place dans les annales de l'épopée castillane, périt avec eux, ainsi que tant d'autres braves, à la bataille d'Alkasr- Ouivir. Si Philippe II avait voulu faire renoncer don Sébastien à sa téméraire croisade, le moyen le plus simple et le plus sincère n'était pas de lui faire connaître les difficultés de son entreprise par une lettre du due d'Albe ou de lui envoyer le due de Médina- Celi pour le ramener par de saiçes conseils de cette funeste et imprévoyante résolution (Cf. Porrefio, Dichos y heehos de D, Felipe^ p. 61-61, dans 4e ehap. tiii, on il vante la rare et admirable prudence de son souverain) ; e'étaitde oe lui prêter aucune auistanee effeotive. Loin de li, il raceueille avec splendeur et loi promet d'abord des secours importants, et, bien qu'il l'engageât à rester em Curope et à confier sa conquête à ses généraux, il s'oblige à lui fournir quinse nilU hommes, 9,000 aux frais de l'Espagne, 10,000 entretenus par le Portugal. Philippe <ief«it eneore équiper pour cette eipédition de Larrache, cinquante galères. U les
Qui chantera la catastrophe lamentable^ eût-il la voix la plus résolue? Qui retracera la fin sanglante et malheureuse de cette guerre et de celte armée mal conduites, Técroulement irréparable de l'Etat, Taniique gloire perdue en un seul jour^ et le tout par ropiniâlrelé d'un jeune prince que son ardeur entraînait sans réflexion dans tous les hasards 7
Qu'un autre dise ce jour funeste qui surpasse en infortune les plus tristes jours ; bien que ma plume soit ensanglantée, elle ne peut courir à travers de telles douleurs. Je toux suivre
Trai qu'il donna l'ordre an capilaioe Aldana de YÎtiter, tous un déguisement, toale» les places fortes de cette côte, et de se rendre de là «n Portugal pour eiagérer aux yeux de don Sébastien tous les périls de son projet. Le jeune roi était alors délermioé; il offre à Fratrcisco de Aldana une chaîne de mille écus d'or et lai donne reudex«vou8 en Afrique. Le vaillant capitaine y fut fidèle et mourut eo héros. Philippe II abandonita tout à fait le roi Sébastien, lorsque celui-ci était trop avancé déjà pour reculer; il retira les armements consentis. Sa guerre ^ Flandre lui créa sou prétexte; il avait besoin, disait-il, de loutt-s ses forées de ce cAlé-là. Rien ne peut arrêter don Sébastien, il laisse son royaume san^ argent, San» noblesse, sans héritier, sans gouverneur éclairé, et il court abîmer sa fortune et celle de sa patrie devant Alcaxar-Kebir. L'héritier immédiat dedou Sébastien fut le vieux cardinal don Bnrique, qui vivait alors retiré du monde, dans le monastère d'Alcobassa, et ce fut auprès de lui que Philippe II fil tnut d'abord valoir ses droits. Dans le débat de succession, le roi d'Espagne, suivant Ercilla, commence par s'appuyer sur des négociations habiles : sans doute, il lui paralisait plus commode d*étre appelé par tout uu peuple que d*avoir à triompher de ses résistances. Mais Enrique et la nation entière obéissaient à d'autres sentiments. La société portugaise était trop fortement constituée dans son indépendance souveraine, et trop illuitrée déjÀ par d'immortels exploits, pour qu'elle pût accepter ainsi le joug d'une puissance étrangère. Cela est si vrai qu'après la mort du cardinal Enrique, dont les droits étaient sans rivauK, le Portugal soutint Antonio de Crato« malgré sa bâtardise, et deux femmes célèbres, Catherine de Médicis et Elisabeth d'Angleterre, le soutinrent tour k tour (1582 et 1589). Lesdroitsi de Philippe 11 étaient donc fort équivoques aux yeux de ces deux reines. Daos le Portugal même, ils étaient repousses avec tant d*énergie que plusieui s faux Sébastiens ont pu se produire, et qu'après uu intervalle de soixante années (1580-1 640), le pays recouvra son autonomie sous la maison de Bragance. Si Philippe a provoqué sur les droits en liti^e la décision de docteurs expérimentés, on sait pourtant qu*il pouvait et savait choisir les arbitres, et que personne en Espagne n'eût osé toucher aux fleurons qu'il vouUit s'approprier. La bataille d*Alcantara (1580), Tépée du duc d'Aibe, les »uccès de Sauta-Crus aux Açores, lui donnèrent raison et justifièrent des titres qu'il cherchait vainement ailleurs à faire prévaloir contre l*antipathie des Lusitauiens.
ma carrière commencée, pourvu que la faveur puissante du ciel m'accorde assez de souffle encore ; car de ce côté aussi Je vois s'élever un grand et furieux orage.
Après que ce jeune roi d'une volonté sans frein, attaquant l'armée africaine^ eut succombé dans uu tourbillon tumultueux et confus de poussière, au milieu d'une lutte pôle-môle et désordonnée^ que la fortune d'un cboc furieux eut entraîné quatre rois ', éteint l'honneur et la gloire d'une si grande armée, et brisé les armes de l'Occident;
1 La bataille ordinairement désignée font le nom d*Aleazar-Kebir, en 1578. Cinq galères, cinquante Taisseanx, neuf cents bateaux plats portèrent à AniUa l'armée portugaise, ses munitions et ses vivres. C'est là que don Sébastien établit son premier camp et commença contre Tennerai quelques escarmouches. Il avait tous lui 10,000 Portugais, 1,000 Espagnols, 2,000 Allemands, 500 Italiens, une foule de gentilshommes volontaires. 800 eairassien fortifiaient encore sa petite armée» et 100 hommes furent tirés des garnisons de Barbarie. Il avait 10,000 pionniers et 13 pièces d'artillerie. Maharoet, dont il avait embrassé la cause, vint le rejoindre sur la flotte avec 800 arquebusiers. Le shérifi du Maroc aurait voulu éloigner don Sébastien de la flotte k rnncre devant Arsilla. L'imprudence et l'audace du roi portugais coururent au-devant de ce projet. Les plus sages conseillers de Sébastien Toulaient que l'on te rendit par mer à Larraehe. Il y envoya la flotte sous les ordres de Sota. Lui-même s élance hardiment k la recherche de l'ennemi vers Alcaxar- Kebir. Le premier jour il va camper i trois lieues d'Arsilla; le lendemain, il atteint Mènera, où Aldana lui remet des lettres du duc d'Albe et l'armure de Charles- Quint. Le troisième et le quatrième jour, il franchit les montagnes de Cabexa, d'Ardana et de Barcain, franchit à gué le Mucacen, qui va un peu plus bas se jeter dans le Luco, et forme son camp le long d'un ruisseau qui sort des marais voisins d'Aleaxar-Kebir. Muley-Meluc s'avance à sa rencontre , passe le pont que eberebaient les chrétiens, et enveloppe dans les campagnes de Tamita avec ses quarante mille hommes, l'intrépide et malheureuse armée de don Sebastien. Les chrétiens ne purent que mourir sur des monceaux de cadavres musulmans. Il ne s'éehtppa presque personne. Huit mille morts restèrent sur le champ de bataille, autant de prisonniers furent aux mains de l'eunemi. Sosa, qui avait commencé le siège de Larraehe, ramena tristement la flotte dans Lisbonne conilenié. (Cf. de Thou, Uvre Hy, t. VU, p. 599-644.)
S Ercilla nomme quatre rois ; l'histoire en désigne trois seulement : 1» don Sébastien, roi du Portugal; il meurt, percé de mille coups, après des prodiges de courage, k la suite d'un combat long et opiniâtre. 1» Muley-Meluc ou Moluc; ce •hériff intrépide, prudent et éclairé, se faisait porter dans une litière; mais à la Tue d'un gros de ses troupes qui battait en retraite, il monte i cheval, malgré le mal qui l'accable, et i« jette an milieu des fuyards pour les arrêter. La eoière le suffoque; ou le rapporte dans sa litière où il expire; mais il peut encore ordonner, par lignes, de cacher sa mort, de crainte de décourager ses soldats. 3o Mulei Mahamet, l'ancien sultan de Fex et de Maroc, détrôné par ion oncle Muley- Moluc, el
Le Portugal aussitôt prôta sermeat au roi don Hlarique, qui avait eu pour frère Taïeul de Sébastien. Ordonné prêtre et cardinal, plein de piété et de zèle religieux, appesanti par l'^ge et par les infirmités, il semblait moins fait pour cette terre que pour le ciel, et en lui offrant la couronne, le Destin la lui apportait pour quelques jours seulement et le laissait sans héritier.
Le grand Felipe, profondément affligé d'un désastre qui frappait à la fois et le prince massacré et tout le royaume, considérait aussi de don Ënrique malade la grande vieillesse et les jours mal assurés. Comme son neveu et comme son successeur, il voulut meKre en lumière le droit éventuel que par ligne collatérale la plus proche parenté lui donnait à la couronne et À tous ses titres.
Avec une active et louable prévoyance, il fait assembler les hommes les plus instruits , remplis des plus hauts sentiments chrétiens et de lumières, inaccessibles à Tintérôt et à l'ambition^ des hommes qui fidèles aux règles du droit et de la cons-
qui avait provoqué rexpédition portugaise afin de ressaisir la eooroiine. Mahamet, après le désastre de doo Sébastien, s*euruit vers Arziila, poursuivi par un More qui fit en vain ses efforts pour Tarrèter et lui apprendre que Moluc n*existait plus; sa trop grande précipitation le fit périr au passage du Mucacen. • Ainsi, nous dit de Tbott, la oaladiei le f^u et l'eau, enlevèrent trois rois dans le même jour » (t. VII, p. 63t). Ferrera tieot le même langage : « Trois rois périrent ce jour-là, savoir, la roi don Sébastien, de la manière que je Tai dit; le roi Moluc, dans sa litière..., et le shérif Mabamel qui se noya dans la rivière de Mucacen, en voulant s'enfuir » (t. X, p. 824). Cest par inadvertance sans doute, que le poêle Ercilla a écrit cuatro reyes. Plus heureux dans son désastre même que les deux autres princes, don Sébastien fut du moins célébré par un poëie de géaie. Fernando de Herrera a composé sur la perle de ce roi chevalier une des odes les plus pathétiques et les plus brillantes de son recueil (Cf. Bibl. Rivad.,t. XXXII, p. 319, canciun VI, Por la perdida del rey don Sébastian, et M. Antoine de Latour l'a traduite pour nous, en conservant à son langage les grandes figures, le tour hardi et l'essor sontena de roriginal. Ct. Études sur t Espagne^ t. I, p. il0-2lï.)
cieoce, loin des fausses raisoos et des voies détournées, doivent examiner si les liens du sang à ce degré lui confèrent le trône auquel il aspire.
Dona Catalina^ duchesse de Bragance, intéressée au débat, préfendait comme fille de Tinfant don Duarte, qu'à elle revenait Fautorité légitime. Et d'aulre part encore, don Antonio disputait le sceptre et le diadème. Mais, bien que favori de la multitude^ il était exclu par sa naissance irrégulière.
XLÏV
Après avoir pesé cette cause avec tout le soin que son importance réclamait, chacun d*eux, sans s'inquiéter ni se préoccuper de rien au monde, devait librement exprimer son avis; afin qu'en temps opportun et à loisir, Felipe pôt se préparer à une lutte plus sérieuse, et, dans le cas où le Portugal ne s'inclinerait pas devant la raison, faire triompher ses armes et sa puissance ^
Tous les arbitres virent clairement que d'après les lois établies et les statuts, la ligne collatérale ne représente point le père; que la succession appartient dès lors au parent le plus rapproché et d'un berceau légitime ; que le mâle doit être préféré à la femme, et le plus ancien à celui qui compte des annécfh moins nombreuses; que le droit de succession et de prérogative relève du sang et non de l'hérédité.
Don Antonio fut mis à l'écart et hors de cause, au nom de la
i C«tte octave est snppriméet comme la préeédente, par M. WiaterUng. Brailla, en let écrivant, obéistait à la loi même de sa matière ; il devait poser d'abord lei prlneipet q«i dominent la cause, avant d'en faire l'application à Philippe Il et à CataUua.
5 74 LABAUCANA.
loi humaine et de l'institution divine '; et avec une égalité parfaite on balança les droits de don Felipe et de dona Catalina. Tous deux au môme degré appartenaient à la tige royale ; l'un. était le neveu de Enrique, et Tautre était sa nièce; mais l'ua avait les droits de mâle, et Tautre n'avait que ceux de la femme; Felipe élait un roi redouté» il avait la supériorité de l'âge, et sortait d'une plus éclatante origine '.
Attentifs à la règle^ aux coutumes, à l'histoire et à beaucoup d'autres motifs encore, jugeant avec un esprit équitable et droit, impartial et sage, tous en harmonie et d'une voix unanime, ils déclarèrent que don Felipe était le successeur réel, el au nom de la loi ils lui adjugèrent le royaume, avec les terres et les mers, avec tous les titres et les États conquis et dépendants de la couronne.
Lorsque don Felipe eut vu la justice de ses droits proclamée par des hommes d'un tel savoir, se défiant de la haine et du mauvais vouloir que nourrissait contre lui la foule toujours insolente, et de l'aversion profonde et invétérée qui avait pris racine dans beaucoup de cœurs, il voulut au milieu de ces
1 Antonio, de Tordre de Halte, et grand prieur de Crato, était enfant oatarel de do&a Yolande et de don Lui», deuxième fils d'Emmanuel le Fortuné. Fait captif à la dAastreuse bataille où périt le roi Sébastien, il fut racheté et *e fil proclamer roi en même temps que Philippe II, k la mort de Enrique. Forcé de quitter le Portugal p-ir les succès du duc d'A*be, il vit échouer les deux expéditious que la France et l'Angleterre tentèrent en sa faveur, et il mourut k Paris en 1595.
S Ces deux prétendants sérieux étaient bien en effet Philippe II et Catherine. Philippe était le fils d*l4abelle, sœur d'Euriqueet fille aînée du roi Emmanuel. Catherine, fille d'Edouard, frère d*Enrique, était sœur cadette de Miirie et é|»oase de don Juan, duc de Bragance. Voici commeut Catherine faisait valoir ses droits: « Fille d*Édouard, frère d'Isabelle, la mère de Philippe 11. elle succédait au titre d'Edouard; ee prince IVût emporté sur sa sœur; elle-même doit donc être préférée à Philippe.! Philippe II répondait : « Édduard étant murt, il ne faut plus avoir égard à set droits. Dans le même degré de proximité, les mâles doivent l'emporter sur les femmes. > Ces prétentions coutraires furent portées devant les plus célèbres ani> ▼ersités de l'Europe; on les examina dans Bologne, à Padoue ; les meilleurs jurisconsultes d'Espagne et d'Italie virent invoquer leurs suffrages, mais Philippe II tenait en réserve la plus puissante des raisons, la dernière toi des toweravu.
CHANT XXX YII. 575
évéaemeats nouveaux sonder Tesprit du peuple et ses résolutions*
Avec un soin miséricordieux, désirant le bien du royaume el le repos public, son âme inquiète recherchait comment il pourrait verser l'eau sur Tincendie allumé, s'efforçant par tous les moyens de calmer l'agitation commune, qui déjà, en toute liberté et sans plus se contraindre, commençait à se manifester dans la multitude.
Pour cet objet à l'instant même, il choisit don Cristôbal de Moura ' en qui don Felipe avait reconnu tous les mérites divers que réclamait une si grave négociation. Né en Portugal , d*un sang illustre, il saurait inspirer au roi Enrique, dont il est le vassal, une entière sécurité, le meilleur espoir et une confiance égale à la sienne '.
1 DoD Crit(6vtl de Moura, leigaeur portagtit qui artit auiTÎ la reine Jeaoïie, mire de doa Sébactien et sœur de Philippe II, à U cour d*Etpagoe où elle tenait un rang «oosidérable. Le «ujet appareot dea measagea était d'exprimer à don Enrique la part que Pailippe II prenait au désastre de don Sebastien. Mais Moura devait surtout sonder le nouveau rui et lea peraonnaget priacipaux de la cour aur le choix d'un cucceaaeur à la couronne.
fl «De quien como vsmIIo el rej podria
Con aniaio Mfuro y e»per«nia Haeer larobicn la mifias eonflaoïa. •
Winterling traduit :
■ Ans porlagietiirhem Gesehiecht, ward ibin ein L«b«n
Diirfih Kdnig Philippe Buld veritchn,
Der teiner«<iU mil d<tlo grô44«rni Verirauen
Auf f«ui«t Trea und Tâgligkeil darf bauen. •
Cette tersion sentble impliquer que « el r^ty •, dana lea vera espagnols, désigne le roi Philippe H, et que c>st lui qui prend ses précautions, que c*est lui q*ii fonde SCS espéraucta et le succè* de «on ambition sur l'habileté de Moura. Mais celle pensée-là est esprimée déjà plus haut :
■ .... En qiiien liabia
Tanlas 7 taies partes conocido
Cualet «I gran n«gocio requeria. >
Le choix de son ambassadeur est auasi dicté à Philippe 11 par l'idée même de la confiance que Crisiéval de Moura doit inspirer an roi-cardinal. N*esl-il p^a né eu Portugal? N*est-il pas le feudataire de la couronne portugaise? Il a*agit dans celle
57 6 L'ABAUCANA.
Par lui le roi pourrait connaître à fond les désirs et les vues légiiimes, que tant de fois il lui avait exposés , et reconnaître toute la force et la solide base d'une cause et d'un droit authentiques ; que don Felipe ne cédait pas à un entraînement de tIolence^ à une ambition désordonnée du trône, mais à l'empire de la seule Justice , à l'ascendant des lois de la raison, des statuts et de la nature ' ;
LU
Que, ces principes une fois admis par le roi, comme on l'attendait d'un aussi sage souverain^ il eût à considérer le grand péril où se trouvaient ses États paternels et la chrétienté, et qu'il regardât comme un véritable avantage d'apaiser le trouble qui éclatait, en déclarant don Felipe, suivant les formes régulières, son successeur direct et légitime ;
Lin
Qu'une telle conduite mettrait fin au tumulte et aux étranges désordres d'un peuple déchaîné , et que cette déclaration comprimerait aussitôt les excès de l'insolence et de tous les maux qui menaçaient; il suffisait de faire prêter à la nation, dans les formes' accréditées depuis les plus beaux siècles, le serment conforme aux statuts et qui proclamerait le neveu d'Enrique juste héritier de la couronne.
Cristébal s'acquitta de son ambassade, et fit connaître les intentions de Felipe; maisEnrique n'y opposa qu'un tiède accueil,
octate et dans les trois suivantes, d'une sorte de délibération de Philippe II avec lui-même, et deux fois le mot rey y rappelle le souverain qu'il aspire à remplacer. Il est visible que le roi d'Espague ne bon^^e qu'à tranquilliser le plus possible don - Enrique en lui adressant le couseiller que don Enrique eût préféré lui-même, tMl avait pu signaler son nom à Philippe II.
t Cette octave et tes deux suivantes, qui contiennent tous les arguments de la négociation, disparaissent dans Winlerling.
CHANT XXX Vn. . 67 7
une réponse ambiguë et futile, et, si bien que ies droits réels de l'Espagne fussent mis en lumière, lui faisait tous ses efforts pour s'envelopper de prétextes et ne voulait ni éclaircir les titres ni se prononcer.
Réduit à différer l'exécution d'une affaire si difficile et si sérieuse, devant ces délais qui donnaient à l'audace populaire des forces nouvelles et toujours croissantes, don Felipe euvoya, muni d'autres instructions et avec un pouvoir assez vaste et assez étendu pour déterminer quelque résolution positive, don Pedro Giron, duc de Osuna ^,
Et avec lui le docte Gnardiola '. De toute leur insistance et de toute leur activité, lorsque le relard causait de graves périls et compromettait la paix et la concorde des deux États, ils de> vaicut faire nettement comprendre combien il était nécessaire, au milieu de la fermentation et de la lutte des esprits, que le
1 Dun Pedro GiroDi duc d*Osuna, un des hommes d'État les plus éclairés de la cour de Philippe II, et d'une rare causticité. Après avoir été employé dans quelques négociatious par son ntallre, il fut obligé de quitter Uadrid, vihita la France et le Portugal, et s'attacha plus lard au duc de Lerme, premier miuistre de Philippe Ul. Étoigné de nouveau à cause de ses virulents sarcasmes, qui lui attiraient la haine des courtisans, il alla combattre en Flandre, fut rappelé, devint gentilhomme de la chambre du roi, chevalier de la Toison-d'Or, vice-roi de Sicile, et bientôt Tice-roi de Naples. Il refusa de laisser Tluquisiiion s'établir dans son gouvernement et trama la contpiratiou des Espagnols contre Venise. Le but apparent d'Osuna était de livrer Venise à l'Espagne ; mais cette conjuration cachait plutôt des desseins d'in> dépendance. L'babile ministre fut dénoncé et remplacé par le cardinal Borgia. Lorsque le duc de Lerme fut disgracié, lui-même fut renfermé au cbâteau d'Alœeïda. Il y mourut.
s Guartiiula. De Thou (t. Vil, p. 641) cite comme Ercilla, le licencié Guardiola, en compagnie de Pedro Giron. Ils devaient discuter avec Eurique lui-même les droits de Philippe i la succession. L*hi»torien de Philippe 11, Cabrera, trace ainsi le portrait de Guardiola : « Fiscal de su real consejo por el conocimiento que avia tenido con el sieudo su Abojado. Era docto, mas cou falta del estilo, por la ignorancia que de los négocies de Bstado y espedienles de embaïadas ténia, como les de su profesion detenidos en su continue estudio basta ter fuera del ejeroitadoa. » (Felipe 11. Rey de F^pai&a, por Luis Cabrera de Cérdoba, criado de su majestad. Madrid, 1619, p. 1039.)