EXPLICATION DE TERMES PEU CONNUS
QUI SB RENCONTRENT DANS CB LIVRE ET REMARQUES SUR QUELQUES LOCÂUTÉS IMPORTANTES '
Gomme il y a dans cet écrit certains objets et certains mots particuliers aux Indes et qu'il sérail par conséquent difficile de
1 Voici 1« titre etpagnol : Declaracion de algunas cotât de esta obra, et Ttuleur ajoute le motif qui lui a fait dreaaer cette liate explicative. «Porque ha^eneite
comprendre, il m'a semblé utile d'en aplanir ici TintelUgence par quelques éclaircissemeuts.
Angol: Vallée où les Espagnols ont bâti une ville qu'ils ont appelée las Confines de Angol,
Apô : Seigneur ou Capitaine dont le pouvoir est absolu sur tous les autres.
Arauco : Petite province de vingt lieues de long et de sept lieues de large, plus ou moins. C'est le pays le plus belliqueux de toutes les Indes. Aussi l'a-t-on qualifié d*Éiat indompté. Les naturels doivent à la province leur nom d'Araucans ^
Arcabucà : Bois épais et profond^ où les arbres sont d'une grande hauteur.
libro tIguiiM coMt y vocablos que por ser de Indias no m dejta bien eotender, me parecid dte^arariM «qui ptra que fécilmenle te entieadan. • Cette U»t«, rédigée par Ercilla, est loin d'avoir dans la première édition de 1561 et dana ceUe de 1574, qui en est la réinpreiaion, anordire alphabétique auisi régulier que dans la plupart des éditions ultérieures.
1 «La partie méridionale du r.hili est habitée par an peuple sautage, puissant» belliqueux. Ce peuple est le seul de l'Amérique qui ait su conserver par la force son indépendance. 11 est en guerre perpétuelle avee les Cbilieus, fait des ineor^ sions subites sur leur territoire , et détruit toutes les villes, tou& les établisse* ments qu'ils y ont Tondes. Ces Indiens sont de taille ordinaire. Ils ont le teint cuivré) d'un brun rougeàtre. Ils cultivent quelques coins de terre, récoltent qu^ques fruits et font une espèce de cidre, mais leurs richesses consistent dans leara troupeaux éê chevaux, de bœufs, de guanacos et de vigognes. Les boeufs et le» guanacoi leur fournissent une nourriture abondante ; la laine de la vigogne aert à fabriquer des poneho$. > Malte-BruU| Géogr, univers., refondue par M. Théophile Lavallée, t. VI, p. 7tU-7ti. — Consult. sur les Araucanos, particulièrement Claadio Gay« HUtoria fUiea ypolitiea de Chile, — Nous avons ounserve et nous conserverons partout À ce docte voyageur son nom espagnol. Bien que M. Claude 6ay soit Français et né à Draguignan, il a écrit en espagnol, a parcouru pendant quinse ans l'Amérique du Sud, et c'est sous les auspices du gouvernement de Santiago qu'il a publié ton bel ouvrage. L'expérience personnelle et l'immense savoir du nata* raiiste et du géographe lui ont permb de produire une œuvre excellente, la statistique la plus complète et la plus précise que nous connaissions sur le ciimat, les richesses et l'hibtoire du Chili : 24 volumes in-S», et atlas en 2 volumes in-4«> : Paris et Santiago, 1843-1851. Voyex encore SOppig, Beise in CAtTe, Péri, etc., 1817-1831. — M. Poillon a traduit en français (3 vol. in-8o, Lille, 1855) une hia> toire eeclésiastique, politique et littéraire du Chili, due à la plume de M. l'abbé Eyxaguirre, vice-président de la chambre des députés au cougrès, ouvrage de grande autorité et de grande valeur. Eu 1845, M. Ignacio Domejko, aujourd'hui recteur à Santiago, et en 1863 , Orl lie-Antoine I«r, qui un instant a gouverné l'Araucanie, ont donné sur cette race indomptable des détails pleins d'intérêt. Nous en présenterons un résumé à nos lecteurs, après cet notices préUminairet de don Ercilla.
SUPi»LÉHENTS. 58»
Bohio : Demeure spacieuse, cou?erle en paille , d'une seule pièce et sans étage«
Cacique : Ce terme désigne un chef qui a des vassaux, et qui entretient une troupe de guerriers. Les Caciques prennent le nom de la vallée dont ils sont les maîtres. Leur nom passe à leurs fils ou à ceux qui occupent leur domaine après eux. Je fais cette remarque afin que si l'on entend citer quelquefois dans une bataille le nom de guerriers déjà morts en combattant. Ton sache bien qu'il s'agit ou de leurs fils ou de leurs successeurs au pouvoir '.
1 II y a quelque chose dMoexaet ou pIotAt d'incomplet dans les détails que le poëte nous donne ici et qu'il nous a donnés dans le premier ehaut de YAraucana, sor le gouvernement intérieur du pays. Il a fort bien apprécié le régime aristocratique et féodal de la société ; mais il semble trop assimiler tous les caciques supérieurs et ne reconnaître de démarcation entre eux que pour le chef suprême élu par ses pairs. Au fond, toute la noblesse de ces tribus guerrières se partage aujourd'hui en trois classes fort distinctes. Il y a les ioquit au nombre de quatre; puis Tiennent les apô-ulmenet ou gouTorneurs de provinces, et enfin les ulmenet, dont le titre répond plus spécialement à celui de caciques chez les autres nations indiennes. Uue hache de porphyre est l*insigne des toquis; les ulmênes portent un bâloo à poignée d'argent. Ce sont les utmenet qui a<iministreut directement la justice dans le territoire de leur juridiction. Le» aflaires publiques se décident dans le grand conseil que tes toquis ont seuls le pouvoir de convoquer. '.Cf. Don Sanebex Bustamante, Geografia del Perûj Bolivia y Chile^ Madrid y Lima, 1843» p. 243-144.) On voit dans VAraucana (ch. i, oct. 12-13) que les principaux csciqoes, sans doute les « Ap4*ulroenes •, étaient an nombre de seize, et qu'ils possédaient toute la contrée. Dans un autre passage du poëme (vin, oct. 15), c'est ao chiffre de cent trente qu'est fixé le nombre des caciques qui fout partie du sénat ou conseil public. Mais on conçoit que le nombre des chefs augmente on diminue, suivant la paix ou la guerre, selou que les limites du pays s'éieudent ou se rétrécissent. Les mœurs des Araucaaos offreiitici de singuliers rapports avec celles d'autres peupla les sauvages et belliqueuses de l'ancien continent ou de l'Amérique du Nord. Une excellente notiee insérée par M. le comte Scala au Moniteur universel [t juillet 1854) nous donne sur ce point de curieuses révélations. Les Tchuk* tchis, l'une des nations les plus importantes de la Sibérie orientale, peuple mal connu des géographes et des historiens, mais appelé, suivant M. le comte Scala, & jouer un grand rMe dans le développement des sociétés asiatiques, appartient, selon lui, au groupe des hommes cuivrés de la vallée du Hississipi, et sortent de la nième souche que les Pawnees de la rivière Plate et de la rivière Rouge , dans l'ouest des Arkausas. M. Scala, après des renseignements historiques pleins d'intérêt, où il montre, par des faits précis, combien les Tchuktchis sont redoutables aux Russes, qui ne s'en vantent pas, donne quelques détails sur les mœurs tie ce peuple singulier, et d'où l'écrivain conclut qu'il est d'origine américaine ; puis il ajoute i ■ Chez le Tehuklehis, ainsi que chez les Pawnee:*, les Dahcotahs et les Chippeways du Missouri et du Canada, les tribus sont gouvernées, en temps de paix, par des chefs civils héréditaires, et, en temps de guerre, par des braves que l'élection élève à celte dignité. Aussitôt après la campagne, ces derniers perdent leur pouvoir. • Rien n'est plus conforme aux coutumes des Araucanos que celles de la
S90 LABAUGANA.
Caupolicàn : était fils de Leocàn, et Lautaro, fils de Pillân. Ce sont les deux chefs de guerre les plus remarquables, et le récîl les ramène bien souvent sous les yeux. Aussi, pour n'avoir pas sans cesse à répéter leur nom^ je me sers quelquefois de celui de leurs pères {le fils de f^ocàn, le fils de Pillân).
Cautén : Vallée très-belle et très-fertile, où les Espagnols fondèrent la cité la plus florissante ^ de toutes ces contrées. Elle avait à son service trois cent mille Indiens mariés'. On la
race uialique dont parle H. Scala; et il est facile de comprendre qae les nécessités de la ((uerre aient provoqué, ebes uoe foule de peuplades, la mèine organisation de résistance, oubliée, aflaiblie durant la paix.
i I La mas prospéra eiudad. * A aucune époque de la langue espagnole le mot ewdad n'a été employé arbitrairement ni conrondn avec les termes aualogues de villoy pufblo ou asienlo^ et bien que les vieux poètes, tels que fircilla, n^y aient pas toujours regardé de fort près, il est cenaio que la distinction de tous ces mots est basée sur l' histoire. Elle est netlemeot établie par l'historien du royaame de Quito. Après atoir déclaré que les couquérants etpaguols donnèrent ces noBis divers à leurs diverses fondations, c cette d.fference mal comprise, ajoute-t'il, ne consiste pas en ce que ces colonies sont plus grandes ou plus petites, dans la forme ou d«ns la grandeur de leurs édifices ou dans le nombre de leurs habitants. On voit très-souveut qu'une t;t7/a est plus grande et mieux b&tie que ies autres crudadeSy de nièroe qu'un asiento ou un pueffio p«'Ut èlre plus coMidertble que toute autre villa ou eiudad. La eiudad comme la villa, en Espagne, doit avoir no corps municipal de regidores (avec juridiction ordinaire et d'autres privilèges) que les étrangers appellent magistrats ou conseil de vieillards. La seule difiereace entre elles, c'est que les ciudades ont des armoiries douuées par le roi et un éten» dard royal, que ii'untpas les villas; l'asianto n'a ni conseil municipal, ni armoiries, ni étendard, mais seulement un lieutenant, un noiaire public et un aiguazil-mayor ou alcade provincial. Le village n'a qu'un sous-lieutenant qui dépend en tout de quelque eiudad, villa ou asiento. Les ciudade» ou villas d'Amérique sont toutes des cités dans l'esprit des nations qui emploient un uième terme pour les désigner toutes. Les asienlos et les pueblos répondent a ce qu'on appelle en France et en Allemagne des bourgs, en Italie terra ou ecutellOf en Espagne lugar, • (Juan de Velasco, t. II, p. 20(3-208, Collection T.-Com|>aus.) Mats comme putblo dans l'origiue désignait toute réunion d'hummes, toute agglomération plus ou moins considérable, Ercilta a quelquefois appiqué ce terme à des cités opulenies, à l'Impériale. (>:haut II, oct. 6; Cf. t. I, p. 214, note 2), à la Coneepcion (chaut x, oet. 8; t. 1, p. 248,249, note 1.)
S Au Tii* chant de son poëme (oct. 58), Eroilla reproduit la même expression. Penco (la Coneepcion) comptait, dit- il, eeot mille sujets mariés :
c Cien rail easadot sûbdilos sarviao A los da la oiudad...M »
Montesquieu nous explique cette qualification, an livre XXIII, ehap. tu de 1*^ prit deê LoiSf où il parle du consentement des pères au mariage de leurs enfants. Les Espagnols avaieut grand intérêt à marier les ludieus pour aecroi re le ehiffre de leurs tributaires, et ils usurpèrent le droit paternel ; « Dans les petites républiqoes ou institutions siugalières dont bous a? oas parlé, dit le grave pabliciste, il peat
nomma Vlmpérialey parce que, à leur arrivée , les Espagnols trouvèrent sur toutes les portes et sur les toitures des aigles en boiSy aigles impériales, à double léte, comme daos les ëcussons d'armoirie; rencontre étrange et digne d'être constatée; car ce n'est pas dans la nature de leur pays assurément que les Araucao8 ont jamais aperçu le modèle d un pareil emblème *•
j avoir des lois qui donaenl aux magittraU une intpaction sur les mariages des enfaoït des citoyens, que la nature avait déjà donnée aux pères ; osais dans les institationa ordioaires, c'est aux pères à marier leurs enfants: leur prudence à cet égard tcra toujours au-dessus de toute autre prudence. La nature donne aux pères uo déeir de procurer à leurs enfants des succesaeurSi quMs sentent à peine pour «BXHnénits: dans les divers degrés de progéniture, ils sa voient avauc«r insensiblement vers Paveoir. Mais que serait-ce, si la vexation et l'avarice allaient au point d*afturper l'autorité du piéreT Écoulons Thomas Gage (Relation, p. 171) sur la conduite des Espagnols dans les Indes : « Pour augmenter le nombre des gens qui payent le tribut, il faut que tons les Indiens qui ont quinze ans se marient; et même on a réglé le temps du mariage des Indiens à quatorze ans pour les miles, et à treize pour les filles. On se fonde sur un canon qui dit que la malice peut ■uppléer à l'ige. • Il vit faire un de ces dénombrements : C'était, dit-il, une chose honteuse. Ainsi daas Taction du monde qui doit être la plus libre, les Indiens sont eneore e»ciaves. » («f. Montesquieu, Œuvres complet., édit. de Bure, Pari», 1834, p. 394-395.)
* Nous ne saurions avoir aucun doute sur la pensée d'Brcllla. L'analogie que présentent ici à set yeux TArauco et quelques États de l'Europe, ra*ioptiou qui leur est commune de l*aigle à deux tètes pour blason, excitent son élonnement; mais le poëte n'a pas expliqué cette ressemblauce. Il n'est pas indispensable d'admettre cette fois une impoitation étrangère. Si Constautin inventa l'aigle à deux tètes, et qu'elle ait pu être adoptée depni», par imitation, pour les armoiries de l'Antriehe, delà Russie et de la Prusse, pourquoi s'etoi>nerait-on d'uoe invention semblable sous uQ autre méridien, en sonjteaitt au goût des barbares pour les images ei au penchant qui les entraîne vers les allégories ? Voici ce que rapporte don AUaro Tezoaom<K, traduit par Temaux-Compaus {Histoire du Ateœiquê,i. 1, p. 8) : c Après avoir été vaincu par les Culbuas, les Aztecas arrivèrent guidés par leur dieu Huitzilopochtli, sur les borJs du lac de Mexico, à deux lieues de l'endroit où est imiintenabt la ville de ce nom. Là ils aperçurent une petite lie sur laquelle était uo rocher. Au sommet de ce rorher il y avait un tunal ou figuier d'iude. Pour se rendre dans cette ile, les Mexicains fabriquèrent des radeaux avec des roseaux ; en y arrivant, ils aperçurent au sommet du tuiial un aigle qui dévoraU un serpeut, et au pied du tunal une fourmilière. C'est pour oela qu'ils donnèrent à cet endroit le nom de Tenuchtitlan. Us adoptèrent pour eux-mêmes le nom de Tenuckeas^ èl choisirent pour armoiries un aigle perche sur un figuier. » La double tète donnée à l'aigle n'e»t qu'une fantaisie de plus. L on sait que l'aigle à deux tètes fonaait les armes de Montesuma, et M. Antoine de Latenr nous rapporte que dans la fille de Ronda, rendant vi»ite au dernier Montezuma, héritier dépossédé de Fempire du Mexique, au-dessus de la porte de sa maison, il vit encore en relief sur s«in éeosson de pierre les mêmes armes, et tout autour un collier de couronnes. (Cf. SéuilU et Andaloysief t. Il, p. tSl.) La même idée, le même caprice d'imagination n'ont-ils pa naître avec spontanéité chez on peuple hardi et belliqueux, jaloux de formuler par un symbole expressif retendue et l'autorité rapide de son commandeoient? Un poète italien, faisant allusion aux armoiries de l'empareur d'Allemagne et à Tambilioa
S92 LAUAUCAKA.
Coquimbo: Cezl la première irallée du Chili. I.e capitaine Valdivia y fonda une ville à laquelle il donoa le nom de la Serena, parce que lui-môme était né à la Serena ^ Cette cdonie
in«itiabl« d« Cliarles-Q«tit(, expliquait aÎDti, sur le ton de la satire, Paiglc à deux
(êtes :
« L'aqoita f^ifâj^a
Che p«r più divortr «lue beee'i porta. »
{VAlamannia).
Cependant, en lui-même, le fait rapporté par Ereilla mérite d'être reeueilU par la science moderne. Il conilate une affinité de pins entre deux mondes regardés longtemps comme étrangers Tun à l'autre. Les recherches de Téruditiou ont constaté entre certains usages des Indiens d'Amérique et ceux des sociétés de L'ancien continent beaucoup d'antres arfinitéSt dont l'origine est aussi obscure et non moias inexplicable. Le> r rnsemble a permis à de hanlis et judicieux ethnographes de chercher en Asie 1»; berceau des populations américainea. (Cf. tii/i>a, p. 608, note I.) Ces ressemblances en effet abondent de toutes parts. Les teocalli des Mexicata» rappellent les temples pyramidaux des Birmans et des Siamois. On pourrait le» rapprocher encore des monuments de la Russie, connus sons le nom de 2*iimiiiitt tehoudes, décrits avec tant d'intérêt par M. Bichwald {O tekoudskikh Kopiàkà, Saint-Pétersbonrgf 1855). Les voyageurs qui ont exploré la Sibérie entre TOnral et l'Altai et la Russie méridionale, ont reconnu l'existence de ces tnmnles. Ce sont d'anciennes sépultures comme les teocallL Ils se partagent en dett\ classes. Les uns, connus tous le nom de mogili/, renferment des instruments en cuÎTre et en fer; les autres, appelés kopi^ coutiennfnt des objets en pierre et en cuirre. Us peurent, les uns comme les autres, éclairer l'histoire des tieilles industries métallurgiques du peuple Tchoude. (Cf. M. KOppeu, Bulletin de F Académie des sciences de Saint- Pétersbourg, t. I, n» 18, p. 188; M. G. Rose, Reise nach dem Tral, dem Altaï und dem Kaspischen Meere^ t. 1, p. 118, 274. S09, Berlin, 1837; cités par M. Alfred Maury, A^uue archéologique^ nouvelle série^ 9* année, t. YII, juillet 1862.)
Ce qu'ils offrent de curieux pour nous, c'est que les monuments funéraires, com- I osés d'une osTité intérieure et d'un tertre qui la surmonte, renferment presque toujours, à cêté du squelette de l'homme, celui du cheval. Ceux qui les élevaient, enterraient donc, comme les Arancanos, avec le guerrier le fi ièle compagnon de ses coiirios et de ses combat».
L'analogie que présentent les teocalli^ les temples birman», les tnmulns teboode» et les sépultures araucanes, ne sont pas les seuls traits de parenté que les érudit» ont découverts ente» les deux continents. Le tatouage est commun aux Toungooset de Sibérie, aux Aîaos du Japon septentrional et aux sauvages du lao Supérieur. Les Scythes scalpaient leurs ennemis comme les Murons. Les quatre grandes fêtes du Pérou coinciiient afec celles de la Chine. Les Incas, comme les empereurs chinéis, cultivaient de leurs propres mains nue certaine étendue de terre. Les Chinois, il est vrai, possèdent daus leur langue des relaliona de voyages qui les autorisent et nous portent à croire qu'ils ont découvert l'Amérique huit siècles avant Christophe Colomb, et il est possible d'expliquer ainsi ces rapports de coutooies. (Cf. de Guignes, Mémoires de l'Aead, des InseripU et bellee-lettres, t. XXVUl, 1761 .)
Antres ressemblances. Le Mexique avait, comme l'Egypte, une éoritnre figurée, et les petites cordes qu'employaient les anciens Chinois pour fixer les souvenirs de l'histoire, rappellent les çuipos du Pérou. (Cf. li«Ue-Bran, t. VI, p. 37é, 377.)
i Dana la province de Badajoz. En transportant ainsi aux villes qu'ils fondaient dans le Nouveau-Monde les noms empruntés à la métropole, les Espagnols cédaient à leurs plus chers souvenirs, comme firent aussi les Français en donnant les déno-
SUPPLÉMEIITS. 593
possède un excellent port de mer. On rappelle aussi Coquimbo, du nom de la vallée ^
Chaguiras : Ce sont des fils ou chapelets de ces petites perles que les naturels recueillent sur leurs rivages. Plus elles sont menues et plus ils les estiment. Ils en brodent et en embellissent leurs llautos (Voy. ce moi), et les femmes leurs hinchosy sortes de bandelettes dont les indigènes se ceignent le front. Ces chaquiras ressemblent à la guipure, à ces points d'or placés sur les bérets de velours dont on se couvrait autrefois. Les Âraucans vont toujours les cheveux flottants sur le cou et sur les épaules.
Chili: Vaste province qui en renferme beaucoup d'autres. On l'appelle Ckilij du nom de la vallée principale. Cette vallée fut sDumise à Tlnca roi du Pérou, et chaque année on lui apportait de là une grande quantité d'or. C'est pour cette raison que les Espagnols en eurent connaissance, et quand ils firent leur entrée sur cette terre , comme c'était la vallée du Chili qu'ils venaient conquérir^ ils appliquèrent ce même nom à toute la {SroTince jusqu'au détroit de Magellaa '•
niaatloDS de leur patrie à tant de localités de la Louisiane et du Canada. Cett on lentiment de loua les temps et de tous les peuples. Cf. Enéide^ Ul, 349-351 :
■ Procedo, et partam Trojain «imulaUiqiie magnis Pergama, et arentem Xanthi coifriomine rirum Adgnoaco Scauequa ampteelor hmina porte.
« P«dro Yaldivia choisit cette belle situation, eo 15i4, pour y bAtir une ville qui lui servit de retraite »ur le passage du Chili au Pérou. Charmé de la beauté du cliroatf il l'appelle i la Sereua >, du Bom de sa patrie^ qui lui convenait nùeuv qu*a aucun lieu du monde. • (Préiier, p. 118.) C'est la seconde ville qu'il ait fondée au Chili.
1 La provinca de Coqaimbo est, avec celle d'Ataeama, une des plus importanfes de toute la contrée par ses richesses n»inières. Coquimbo est siluén à l'embouchure d*un rio qui porte le même nom. « Le port est vaste et d'itn accès facile \ c'est p«r là que s'exportent les cuivres qui forment la principal« richesse de ce pays, et qa! sont espédiés pour la plupart en Angleterre... Au sud-est de Coquimbo, Herradujra» au fond de la baie de ce nom, possède le plus bel établissement métallurgiqua du Chili. > (Malte-Brun, /. e., p. 718.) Cf. Araueana, I. I, p. 378, fiole t.
S Rien n'est plus fraisemblable que eette opinion d*Ercilla. Ede est soutenue ptr l'iogénieur Prézier : i La vallée de Quillota, dit-il, est un des premier» endroits oîi les Espagnols aieut eommeucé à faire des éublissements et à trouver des Indiens qui s'opposassent au cours de leurs conquêtes. Cette résistance rendit célèbre celle vallée et la rivière de Chilc qui la traverse, et, comme les premiers noms d*un nouveau pays sont etux que l'on remarque le plus, celui-ci... a été dans la
994 LARAUGANA.
Eponamon : Us désignent de la sorte le démon. C'est par lui
Mite appliqué i toat ce grand royaame que lei Bfpagnola appellent ChiU^ et aons autres, par corruption, Chili. C'est U sans doute la réritable étymologie de ce nom » <.p. 104-105). Les Espagnols ont trouvé le mot et ils n'ont fait que Peteadre. D'autres savants ont voulu voir ici une appellation significative, et ils ont tiré l« nom de ce pays dn simple gaiouillement d'un oisean ; ceus-là se fondent sur Faatorité de M. Bnstamante : t Chili, especie de tordo negro, de enya vos toma origOD, legun se crée con battante fundamento, el nombre de Chile que Deva aqnella région, y le fué puesto por las primeras familias de iodigeaos que se ^stablecieroa en ella. » [Geografla del Perû, Boiivia y Chile^ p. 270-271 .) Il est bien plus probable que le nom fut donné an pays par les Péruviens, pen de temps avant l'arrivée des Espagnols : car les habitants s'appelaient Promaueaet,
• Tehili I veut dire net^e dans la langue indienne. Les Incas, après avoir franchi la pl^ge déserti> et sablonneuse d'Atacama, durent être frappés de l'aspect que préssate la Cordillère aui neiges éternelles, a laquelle sont adossées vers l'est lea premières provinces quMs voulaient conquérir. Elle ne le cède pas en hauteur anx montagues du Pérou. Le volcan d'Aconcagua compte 7,150 mètres au-dessas dn niveau de la mer; c'est le point culminant des Ande«, et il dépasse les nevadosde Sorata (6.488 m.) et d'illiroani (6,455 m.). L*Aeoncagna dépasse même les plus hautes cimes de la Bolivie. Le Sahama ne s'élève qu'à 6,810 mètres. Les sommets da Gaurisankar ou mont Everest (8,840 m.), du Kunchinjunga (8,588 m.), da Davralaiiiri (8.180 m.)» du Djawahir (7,845 m.), dans la superbe chaîne de l'Himalaya, celui du Dapsang (8,625 m.) dans le Tliibet occidental, dépassent seuls cette prodigieuse altitude. Le Tupnn^ato, a l'est de Santiago, est un autre géant dea Andes du Chili, et jl égnie, dit-on, le Cbimborazo lui-même dont le faîte est k 6,530 m. ; le sommet du Descabezado atteint à 6,430 m. ; le Maypo compte encore 5,830 mètres. Une contrée que domine celte immense chaîne avec de» pics aussi élancés pouvait bien être appelée le pays de« neiges par ses éphémères agresseurs. Les Espagnols, qui entrèrent au Chili par le nord, comme les Pérnviens, adoplèrent le nom accrédite et le propagèrent avec leurs armes victorieuses jusqu'au terne de leur conquête. M. Orilie de Touneus résume le débat en ces mots: i Suivant les uns, dit-il, ce nom a été donné lors de la découverte, par les Espagnols, qui Pont tiré du gAxouillement d'un oiseau; suivant d'autres, il est venu de» indigènes qui appelaient la neige cAt7i. Je crois que les Espagnols arrivèrent d'abord au milieo d'une tribu qui portait ce nom, et qu'ils en baptisèrent tout simplement la contrée qu'ils soumirent dans cette partie de l'Amérique. • (Relation^ p. 106.)
Quoi qu'il en s*>it, il n'y a personne dont les yeux n'aient été frappés, devant une carte de l'Amérique méridionale, de ce long territoire qui s'étend de l'isthme de Panama au détroit de Ma<;ellan. La va^te chilue de montagnes qui l'enclave à Test du nord au sud, la Cordillère des Andes traverse quelquefois sur trois et pins sonvent sur deux lignes parallèles, la Nouvelle-Grenade, la république de l'Ecuador, le Pérou, le Chili et la terre des Patagons. Entre le Chili et le Péroa, vous reseontroi la cête aride et sablonneuse d'Atacama, oiï se trouve la seule possession m«ritiroe de la Bjiivie. C'est du 25* au 43* degré que se développe le Chili, la portion la plus montagneuse de l'Amérique méridionale ; et au centre du Chili se trouve la tribo gaerrière des ArMUcans. Les villes les pins importantes du Chili sont, en partant du nord : Copiapo, riche en mines de cuivre, comme tout le reste du Chili ; Coquimho, le port de la Serena; Yalparaiso (la vallée du Paradis)^ le pins beau port de commerce de toute la région, qui reçoit, après qu'elles ont pareoaru de riches contrées, les eaux du Chile ou Quillota ou Aconcagua, car le fleuve porte ces trois noms; puis c'est Santiago, la capitale politique du pays. Entre la province de Santiago et eelle de la Concepcion s'offrent à nos regards les provinces de
qu'ils jurent , lorsqu'ils yeulent s'engager d'une manière irrévocable à exécuter leurs promesses ^
Jota : (Voy. Ojota],
Llauto : C'est une espèce de cercle ou de bourrelet , large de deux doigts, dont ils ceignent leur front et la tête entière. Il est
Co«h«gaa et de Xaule oà commence poar nous an intérêt plat vif, puisqu'elles nous présentent le premier théitre des eiploits de Lautaro. La proTince de la Concepcion est le Penco de VAraucana. De la Cordillère descendent des fleuves qui rendaient plus facile la défense du pays, le Mataqoino, le Maule, riiàia entre Santiago et la Coneepcion. Près de la Concepcion même, le Biobio roule jusqu'à la mer, grossi de set affluents a$sei nombreux, le Tirgara, et surtout la belle rivière de Nibequelen ou Laja. C'est entre le Biobio au nord, la rivière de Cautéu au midi, qu*était placé le gros des Araucans. Sur le Cautén, les Espagnols fondèrent Pimportante colonie de l'Impériale. Au sud deCaulén, ils bAtireat Villarica et Yaldivia Toutes leurs villes depuis la Coucepcion ne s(*nt presque plus que des ruines. Li, plus qu'ailleurs encore, le lecteur, en parcourant les allas détaillés, rencontre avec tristesse ce que nous pourrions appeler les inscriptions funèbres dont !>ont couvertes les eartes du Panama et du Yeuezuela : Nombre-dê-Dioi^ ville ruinée; Coro^ ville abaniunnée! Villarica, l'Impériale, ne sont plus que de misérab'cs villages où rherb«* envahit les décombres des vieux palais espagnols. Osorno, fondée en 1C58 par Hurtado de Uendoza, ruinée par les Araucans en 1590, brûlée par eux, vit les Espagnols égorgés, leurs femmes entraînées captives. O'Higgins la releva et la cour d'Espagne lui décerna le titre de marquis d'Osorno, qui a survécu à son œuvre. Au Pérou, c'est le même spectacle. M. de La Condamine {Voy. à rEquat.yi. I, p. 186), voulant revenir par l'Amaione, après un séjour de sept années à Quito et sur les volcans qui l'avoisinen^ passe par les villes de Loyola et de Talladolid, et près de Cumbinama, fondées dans les commencements de la conquête. Leurs grands oons peuvent servir tout au plus d'orneroeut à une carte, i II y aurait à peine de Pesagératiou à dire, déclare le savant aca'lémicien, que quelques-unes tiennent plus de place sur le papier que les villes mêmes n'en tiennent aujourd'hui sur le terrain. Il ne reste nul vestige de celle de Cumbinama : les deux autres ne méritent pas le nom de hameaux. Je laisse à juger de l'état des ponts de lianes qui conduisent à ces lieux inhabités. • Mais revenons au rhiii et i l'Arauco. La Concepcion renaistante ailleurs fut encore dévastée par les Indiens à In faveur des troubles qui mirent aux prises les royalistes et les indépendants. Au centre même du pays des Araucanos, les Espagnols élevèrent d'abord les deux forteresses de Tucapel et de Puren, qui, depuis, furent déplacées, et leurs premiers sites s'appelèrent Tncapel'-^ el-viejo et Puren-el-vi^jo, Dans la marche de l'invasion décrite h la fin du i*' chant de VAraucana^ les Espagnols partent du nord, franchissent le Maule, l'Itita, le Biobio et poursuivent leurs conquêtes vers le midi.
' A leur première rencontre avec les Araucnnos, les Espagnols n'ont aperça qu'un ou deux détails de leur vie religieuse, et ont cru que le démon était le seal dieu de ce peuple sauvage. Plus tard, et même au xvtnc siècle, cette erreur était encore partagée. Cependant, depuis le 2vi« siècle, les voyageurs ont étendu leurs recherches, et ont mieux apprécié les véritables croyances des naturels. Nous les verrons traitées avec beaucoup plus de justice parU. Uomeyko. Quelques-unes de leurs pratiques dénotent la doctrine de l'immortalité de l'Ame. • Ils enterrent les morts dans des fosses carrées, le corps assis, en mettant à côté les armes et les vases à boire, et en plaçant & l'entour les squelettes des chevaux immolés en l'honneur du défunt. • (Malte-Brun, Géogr, univers., édit. Lavalléc,t. VI, p. 721.)
brodé d'or et do chaquiras, avec beaucoup de pierres fines et d'embellissements. Ils y ajoutent les plumes ou panaches pour lesquels ils ont un goût prononcé ^. Ils ne portent point celle parure dans les combats; elle est alors remplacée par le casque.
Mapochô : Belle vallée où les Espagnols ont bûti la ville de Santiago. Le nom de Mapochô est donné aussi à la ville ellemême *.
Mita: C'est l'impôt dont est chargé l'Indien tributaire.
Milayo : Par ce mot on désigne l'Indien qui paye ce tribut.
Ojota, et, par contraction, Jota : Chaussure dont se servaient les Indiennes et qui ressemble aux « alpargates » d'Espagne. Le prétendu l'ofTrait à sa fiancée au temps du mariage. Si la future élait vierge, « l'ojota n était de laine; sinon, elle était en sparterie,
Paco : Espace de mouton indien, un peu plus fort que le mouton ordinaire. 11 porte beaucoup de laine et a le cou trèslong. Il y en a de difi'érentes couleurs, de blancs, de noirs et de gris. C'est un animal d'une grande utilité. Sa chair est savoureuse et très-nourrissante. Il sert au commerce et au transport des marchandises et des denrées d'une contrée à l'autre. Les a pacos i> quelquefois s'irritent d'être chargés; ils se rebutent, se jellent par terre avec leur fardeau et Ton ne réussit par aucun moyen i\ les faire se relever*.
1 Cf. Araucema, cb. xxii, oct. 29.
> Santiago, capitale du CliUi, est peuplé de 80,000 âmes. Elle doit sa fondation à Pedro Valdifia (1541), et il la nomma d*abord Ciudad delà nueca Andalueia. La vallée, le fleuve qui Tarrose et la ville, portent ches les Indiens la mèuie déuomination de Mapochô. Cette brillante colonie reçut à son origine le non de San^ tiago delnuevo «êtremo. Elle s'élève sur une plaine de sept Lieues de long et six de large; c'est une ville régulière, charmante, dans on pays délicieux, mais elle est souvent visitée par les tremblements de terre. Elle a éié détruite quatre fois en quatorxe ans. (Cf. Bustamanie, p. 298.) Les secousses de 1822 et de tS29 ont été les plus funestes. (Cf. id., /. c, p. 317-310.) Après l'établissement de Santiago et grâce à celte place forte, Valdivia put s'assurer du pays jusqu'au nord do Maule. Ce ne fnt qu'en Tannée 1550 qu'il s'avança jusqu'au bord du Biobio et bâtit la Concepciou. U eut alors à lutter contre une insurrection formidable qu'il com* prima.
> Brcilla, sous le nom de paco, désigne le îama qui porte en effet jusqu'au poida de quatre arrobes ou de 46 kilogrammes. Un fardeau supérieur l'excède et le rebute. (Cf. Bustamante, p. 26-17. Sur les bètes à laine des Andes, le paco ou al-
Pallâ : C'est le mômenom que chez qous «senora ». Mais parmi les ladiens il ne se donne qu'à une femme de noble lignage, à uae sefiora qui a beaucoup de biens et de vassaux '.
pac«, la TÎcuiia, le lama, le gaanaco, tous aoimaus coD^éoèref» et lur leur acclimatation en Europe, Toyez au curieux travail de M. Emile Colpaert dans le Bulletin mensuel de la Société â^ acclimatation, année 1804, p. 37-)l, Itt-I3i, 161-174, 250-255.) Envoyé en miision scientifique dans l'Amérique du Sud par le ministre «le riusiruction publique et des cultes, H. Colpaert a écudié sur les Cordillères mêmes, leur berceau, les mœurs de ces utiles ruminants. Ils ne sont plus que le reste des magnifiques et innombrables troupeaux de béiail, richesse des ludiens au temps des Incas. Le savant naturaliste analyse avec une grande sagacité rorgaui»atioo physique et le earaelère^ les habitudes de ces animaux si cruellement décimés par la rapacité brutale des premiers conquérants. Il reconnaît au lama et & l'aipaca la douceur qui fléchit facilement sous le joug de la domesticité, tandis que, selon lui, le guanaco et la vigogne n'obéissent qu*à l'iustinct de la liberté. Les variétés avaient été mal observées à l'époque d'Brcilla. Il est visible que la plupart des détails que le puëte fournit sur le pacOy appartiennent a« lama^ qui transporte aujourd'hui encore les fardeaux de la sierra à la c6le et de la c6te à la sierra. Tout an contraire, la petite taille de l'aipaca, sa faiblesse musculaire, la délicatesse de son tempéra* ment n'ont pas permis de l*utiliser comme béte de travail. 11 ne porte donc aucun fardeau, ne rend aucun service de corps, mais en revanche, il procure au commerce des Indiens une véritable richesse. Il leur donue une robe laineuse magnifique, dont les poils mesurent au moins en longueur vingt centimètres. » (Cf. /. c, 2e série, t. 1, p. 12 1). H. Colpaert regarde l'aipaca comme le véritable paco-cha des ludiens La vigojtne et le guanaco sont les deux espèces sauvages que H. Colpaert met en opposition avec les lamas et les pacos. Pleine de fierté et de finesse, la vigogne est moins farouche que le guanaco. La chasse de cet animal leste et indépendant coûte des sommes considérables. Sa laine, moins précieuse que celle de l'aipaca, sert à une foule de petits ouvrages, à des couvertures, des ponchos et des chapeaux. Le guanaco habite les parties les plus inacceuibles de la Cordillère. Sa chair est eicelleute et sa peau très-estimée ; mais la couleur constamment fauve de sa toison la fait moins rechercher. La chasse, la tonte et l'acclimatation des bétes à laine des Audes, sont décrites avec les indications les plus précises et les plus intéressantes par l'observateur auquel nous empruntons ces rapides détails. (Cf. /. c, p. 27, 122, 161 et 250.) -> Aux eurieuses études de M. Colpaert, on peut joindre le Rapport de Geuffr>y-Saint-IIiUire, ibid., p. 811 ; la note si instructive de M. Rufx de Lavison, ibid., séance du {•' avril 1864; le Rapport de M. Cornulier-Laeinière au ministre de la marine et des colonies, ibid., 10 juin 186(; et le Rapport Ue M. Lévéqne, capitaine de vaisseau, à M. le président de la Société impériale d'acclimatation, tbid., 10 juin 1864. — Tous ces travaux nous font connaître les tentatives entreprises pour transporter et pour acclimater en Europe les lamas et les alpacas, mais il est visible que la plupart des essais ont été faiu snr le lama. M. de Lavitun nous affirme que les divers établissements de l'Europe ne possèdent que cent quatre lamas, quatre alpacas et onze guauacos.ll parais qu'il ne se trouve de vigognes nulle part. Le même naturaliste ajoute : • La distinction du lama d'avec l'aipaca n'ayant pas toujours été faite, îl est très-probable qu'il n'y a que fort peu d'alpacas. Une des principales causes de ce résultat doit être cherchée dans une loi du Pérou qui interdit l*esportation. Cf. Supra, p. 328, notes» Yoyei aussi Frézier, Beiationdu voyage de la mer du sud, p. 137-139, et Bustamante, Geogr, del Perû, p. 26-28.
t Ce nom, dans [*Araucana, est donué à la femme seule de Caupolicàn (ch. xxxiii, OCL 75).
59 1 L*AKAUCARA.
Peneo: Vallée petite et accidentée , mais comme elle a on port de mer, les Espagnols 7 ont fondé one ville çulls iKMnment Cancepeion ^.
1 Pami les mtmt proTuees q«i de bm joart coaipoieat riut ëe Ckili, celle de lUole, uoBt le eh«>f-4ieM eti Canquene», el celle de CoaeepciOB p«Séeat poar les greniers do p« j». « Oeire les eéresles, elles Ui fonruitseat du yîb, des bois |rroprcs ans coDStraetioas, des légamesea aboa«laace. dei*kaile, da ekaavr«, et pour pl«s de deai niillioai de fraacs de bestiaux. La partie oneotale est occupée par de ■oabreaftes ttibas d'Iadieas eoUivateurs, qui tieaaeat échanger lears (rrains et leur bétail contre des eaai-de-vie, draps, cotoas, verroteries. Concepetna a été longienips la seconde ville dn Chili. Sa population dépassait vingt mille tart. tandis qu'elle est à peine de trois on qnttrc mille aajonrd'hai. Son délieieas eJi- ■at y attirait les principales faniilles espagaoles; mm, saccagée pinsiears fois pnr les • Araucaoo» • , détruite par les trembleoimts de terre, elle n'offre plus qoe rinange de la dévasiatioa. » (lUlte-Brnn, Géoyrmphie uiÙ9er$4lU refoodue par Th. Lavnlléc, t. Tl, p. 7tO.) Cependant il faudrait ae garder de croire, malgré la similitude des noms et de* desiioées, que la Coaeepcion de nos jours soit encore la ville dont parle Ercilla. Celle-ci présenU au vojageur qui péuètre daus la baie de la dmupcUm^ le spectacle de ses tristes ruiue*. dani la vallée d'Audalien, entre le rio Penco et le rio Aodalien. Fondée par Valdifia, en 1550. déva»tee par Laatnro, quatre ans plus tard, relevée, dévastée encore en 1603, les Irembleaaenls de terre Toit achevée, et l'on comprit la nécf&sité de la reconstruire ailleurs. Elle se trouve aujourd'hui (depuis 1764) sur la rive droite du Biobio à trob lieues de rnncieone, à deux lieues de Talcahuano, daus la vallée de la Mocha. Le tieille cité porle le tumom de Peneo; la nouvelle, celui de Mocha. Plus eloigaéedu Paciâque, elle est souktraiie désormait aux terribles inoa«Jations qui accompsKueat les tremblemeuts de terre ; mai» les àraucans lui fireut encore leurs visites destructrices, ils y revinrent en 1823; les invasions des barbires, Tincenlie de 1819, le treœblemeat Afi terre de 1034 lui out dooué ra«pect le plu» déiolé ; ses belUs églises en ruines, »ei> édifices publics, autrefois d'une grande richesse, ^rteut la traee des flammes» et l'herbe croissante euv«hit les jardtus el les rues. — La p4i lui a rendu quelque* habitauls. mais elle a peiuc à se relevi-r, bieu qu'elle s«iit le chef-lieu dn départenieut. Située à 70 lieues de Santiago, sou evèché, son collège et ses établissements scieatiGques luttent avec peiue routre les terribles astauis de la nature et de la barbarie. (Cf. Buslamante, p. 3é9-342.) « A douse kilomètres au nord-ouest de Concepcton^ continue Malte-Brun, se trouve Tëlcahuauo, qui paiaii destinée i prendre toute l'importance qu'a perdue le chef-lieu de la province. Elle est située sur une pre*qu*ile, dans un pajs bieu boi^é el très-sain. Ce n*est encore qu'une bourftade de deui mille âmes, mais sa baie forme le port le plut vaste et l'un des meilleurs du Chili » (/. c). Talcahuano se souvient a peine d'avoir été en 1817 et 1818 le theétre de combats acharnés autre les Royalistes et les ludé|ieo<lanis. C'est près de ce même port, à l'île de Quiriquiue, qu'Ercilla fait aborber la tloile espagnole, après uue violente tempête {Araue. , ch. ivi). De sun cÀte, M. I>om«yko {Araueania y êm$ habitantet, p. 8) considère la ville centrale de Taica avec ses belles tours neuves, près de la rive droite du Maule, comme une des ciiés auxquelles l'avenir réserve les plus glorieux destins. Elle a été fondée en 174t par le comte de Superunda. Ainsi déclinent une foule d'anciens établissements, de villes popult-uses, taudis que d'autres s'élèvent et prospèrent, et que San<iago, restée florissante et capitale d'un gouvernement heureui, s'accroît par l'industrie et par le crédit publie. Valparaiso a sa banque d'escompte. Un ehemm de fer, inauguré en 1855, sous les yeux d*une population eulbousiasle> et qui, livré au public, Je-
SUPPLÉMBNTS. S99
Puelehes : Ce sont les Indiens de la montagne. Ils sont trèsbraves et légers à la course ; mais ils ont moins d'intelligence que les autres ^.
Valdivia : Cité riche et florissante . Elle a un port de mer^ à Temboucbure d*un fleuve. L'eau y est si calme qu'il suffit aux navires de s'échouer sur le sable de la rade. La ville a été construite à faible dislance d'un grand lac. A la ville et au lac, Valdivia a donné son nom. L'on sait qu'à l'époque où ces divers établissements furent fondés, Valdivia était capitaine général des Espa-
poit 1863, entre Santiago et Valparaiso, paMeà travera let roct et lei vallées, doit •« développer ver* le sud jusqu'à Cunco et Talea, relier les points intermédiaires, mettre eu eommunication Chillan, Cone^pcion, Tslcahuano et ameoer d^mt le nord du Chili toutes les productions des provinces méridionales, aujourd'hui presque sans débouches et saesappai. (Voy. le discourt prouoneé par M. Pères, le i«'juin 1864^ à Touverture de la session du coo^rès). Cas progrès sont dus à la sagrsse d'un État qui permet aux navires de toutes les nations de faire le commerce sur les cAtesdu Chili, et qui a outerl par uu seul décret à ractiviié étrangère les ports de M cjillones , de Coquimbo, de Caldera, de Uuasco, de Tome, de Corouvl, de Valdivia, d*une foule d'antres villes, sans que la marine marchande des Chiliens ait en rien souffert de cet appel fait à la courunence exotique. Loin de là, dans un espace de dix ans, de 1848 à 1857, le chiffre des uavires indigènes a presque triplé, celui du lonuage, quadruplé. Les lieux mêmes on l'Espagnol et l'Araucan se livraient des (;uerres sanglantes, sont exploités par l'acii vile des fabricants, et les machines à vapeur remontent le cours du Biobio. Pour ouvrir un débouché plus facile et plus sûr aux produits a^ricules de la province de c Concepoion », le privilcKC de transports par les steamers sur le plus vaste fleuve du pays jusqu'i son embouchure, a été accordé pour huit ans, eu 1854, à Robert Cunningbam, et, en faveur de M. Hittam, sou cessionnaire, ce privilège a été prorogé de deux aos, pour faciliter Texéeulion d*un projet qui intéresse la fortune même de toute la contrée. (Cf. AnnaUs du commerce extérieur.) Quelle métamorphose du théâtre où Brcilla place les hérosde son épopée ! Contrats de tout genre, privilèges, navigation à la vapeur, trans* ports du commerce, industrie, fécondité par le travail et les arts agricoles, substitués aux ««cènes de carnage et d'horreur !
1 Les Araucanos sont répandus sur les deux revers des Andes et dans une partie de la Patagonie. Le nom même qu'ils portent et qu'ils prennent dans le poëme d*BrcillB, leur a été donné par les Chiliens ; il siguifin brigands. Us l'ont adopté avec Oenc, comme les Klephtes de la Grèce et les Gueux des Provinces-Unies se sont fait un titre d*houneur des noms que les Turcs et les Espagnols leur donnaient pour les outrager. Leur véritable nom est celui de « Motuches • (guerriers) ou ■ d'Aucaes • (hommes libres). Ceux dVntre eux qui habitent au delà dos Andes, occu)>ent, dans le voisinage de la Cordillère, le nord et le sud du Rio Negro. Les Paelches, qui sont de grande taille et peu nombreux, s'étendent au S.-B. du même fleuve. Ereilla tes a bien cai-actérisés : nous ne savons que fort peu de détails sur cette tribu guerrière. Après les Puelcbes, viennent les Tehueirbes on Patagons, qui s*etendent jusqu'au détroit de Magalhaèns. Les Araucanos les dé«iguent •ous le nom de Huitiches (hommes dn Sud). C'est Magalhaëns qui, en t5i(>. leur a donné ceiuide Patar uns (hommes aux granis pieds). Eux-mèmess'appelleot Tehnelches ou inaken, suivant leur positiou relative auuord on an sud. ^Cf. M-ille-Brun,. /. c, p. 7t4.j
CCO LARAUCAKA.
gnols, et c'est à lui que Toq attribue la gloire d*avoir découvert et colonisé le Chili *•
Vici'fi't : Chèvre des montagnes, particulière aux Indes. Elle n'a pas de cornes et est plus haute que nos plus grandes chèvres. Sa laine est très-fine et ne perd jamais sa couleur '.
Villa-Rica : Autre ville, bâlîe par les Espagnols sur le bord d'un petit lac'. Dans le voisinage se trouvent deux volcans dont les éruptions sont quelquefois si fortes et s*élèvent à une telle hauteur qu'une pluie de cendre \ient s'abattre sur la ville.
Yanacôna'i : Ce sont de jeunes Indiens amis^ qui servent les Espagnols, et dont quelques-uns sont très-bien traités par eux. Ils conservent leur costume et attachent une grande importance à la parure de leurs vêlements. Souvent ils combattent
1 C'est à l'an 1552 que remoate U fondation de Vtldivia. Son port paue poar l'un des ptus beaux du Chili. Il a d'imposauies fortifications; mais la ville estbien déchue. Elle fut bâtie a l'embouchure du Calla-Calia. Les Araucins la prirent en 15d9, y détruisirent cinq couvents de Dominicains, et ne laisser^'nt rien sur pied. Mais tes Espagnols s'en ressai>irent, et en 1643 la défendirent avec succès contre nue attaque des Hollandais. Eu 1645 ses furliticatioos furent achevées. Mais un nouveau desastre, un tremblement de terre, la ruina en 1737. Dans teur (;uerT« d*aff>aucliis6ement| les Chiliens s*emparèreut de Valdivia, sous le commandement de Tamirdl Cochrane. Située à Ô5 lieues de la Concepcion, elle est pour le nord dn Chili le grand marché de bestiaux, de graiuset de fruits. (Bustamante, p. 347-34S.)
s M. Colpaert {Bull, de la Soc. d'acclimat , , i« série, t. I, p. 161) nous rappelle que û Uioe précieuse des vigognes appartenait à l'Inca. «Suivant Garcilaso de la Vega, continue M. Colpaert, le moutem impérial ét.iît tisse avec celle laine dans laquelle étaient entremêlés avec beaucoup d'art des filaments d'or et d*arg«nt SI finement travailles qu'ils n'étaient rien à la souplesse et à l'élasticité do vêtement. Mais le même auteur se trompe quand il prétend que la laine de U vigogne était réservée exclusivement à l'usage de l'ioca et des pert>onnages de saog royal, et que nulle autre personne ne pouvait ft*en vêiir, sous peine de mort. Les découvertes que l'on a faites dans les sépulcres iudiens où plusieurs momies ont été trouvées la tête enveloppée dans una uncuna^ espèce de mouchoir tisse avec de la pure laine de vigO;:ne, et parfaitt-ment coutervé depuis des siècles, prouvent le contraire. » Cependant ce pouvait être là une dérogation rare, consentie par les Caciques pour houorer les funérailles de quelque mort illustre, et t»an» qu'il y ait lieu d'infirmer le témoignage d'un historien autsi accrédité que Garcilaso. M. Colpaert ne partage pas tout à fait l'opinion d'Ercilia sur la laine de la xigo^ue. Il établit que la couleur de cette laine, café clair sur le dos, et fauve clair sons le ventre, n'est pas parfaitement fixe ; que « dans les préparations qu'on loi fait subir, elle s'altère et passe au rose pâle. » {L, c, p. 127.)
> Ce lac que le poète qualifie de pequeno est la Llauquen près du volcan qui porte le même nom ; mais il n'a pas moins de trente-tiois lieues de tour. Au centre »*elève uue colline conique Jort pittoresque (Cf. Buslamante, p. 815).
pour la cause de leurs maîtres *, et plusieurs avec beaucoup de courage, surfout lorsque les Espagnols quittent leurs chevaux et livrent bataille à pied ; car, ordinairement, dans les retraites, on les laisse aux mains des ennemis , qui les massacrent avec une impitoyable cruauté *.
i C'est dans un combat de ce genre que les Espagnols furent tout à coup abandonnés par Lautaro, yanac6aa de Yaldivia et héros de la première partie du poëcne. Le terme même de yanaeôna répond an root espagnol eriado dans la langue péroTienne ou quechua. Cette langue avait de nombreux dialectes, et a laissé sa trace dans beaucoup de noms, de localités, de fleuves et de montagnes. (Cf. Bustamante, Geoffr. del Perû, p. 15 et il.)
>Cf. AraucanOj eh. ti, oct. 17-23.
LES ARAUGANS