‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 7 sur 40 · V- . / XX · texte numérisé non relu

V- . / XX

Nous débarrassons tout à l'en tour les fossés remplis, sans interrompre un seul moment noire tâche active. En beaucoup d'endroils nous détruisons de larges traverses et des ponts Jclés par les Barbares. Nous fortifions avec soin les places les plus faibles ; nous y ajoutons les travaux suffisants, et notre citadelle devient assez puissante pour résister à l'assaut le plus furieux.

La nuit ténébreuse avançait et couvrait le monde abandonné par la lumière. Les soldats se retirèrent dans le lieu que le devoir assignait à chacun, formant la garde et distribués en sentinelles. Dans cette circonstance difficile, personne n'était exempté de veilles. J'eus en partage le premier quart de la nuit, et fus placé près du fort, au pied d'un coteau.

XXU

J'étais épuisé par la lutte, et depuis cinq jours Je n'avais pas quitté mon armure. Le sommeil importun m'accablait, mes membres étaient brisés et anéantis. Mais je résistais par un exercice continuel; j'allais sans cesse d'un côté à un autre

assaillis He tous cô'és. Ils eommcDcèrent à éprouver, dans cette occasion, qu ^^ ° ^^ fortuuc était lasse de les favoriser ; après avoir faii des prodiges de valeur, i ^^^ rent repousses avec une graode perte, et le plus féroce d'eutre eux, le **°J"!.i ^^ Tuc.ipel, reçut pour prix de sa témérité une horrible blessure (p. iOS)* * ^^' qui remplace uu vaste tableau presque digne du génie d'Uomère!

CHANT XX. iOt

sans m'arrôter jamais ; J'en étais réduit môme à ne pluf pouvoir compter sur mes pieds chancelants.

Ce n'était pas une nourriture substantielle et des mets fumants, ni un vin plusieurs fois transvasé, ni le costume commode et r habitude d'un repos réglé ' qui avaient amené pour moi cette pesante somnolence. Du biscuit horriblement noir et moisi, que donnait avec mesure une main avare, une eau de pluie dégoûtante : voilà quelles étaient mes subsistances.

Et souvent la ration se changeait en deux chétives poignées d'orge; nous faisions cuire des herbes, et, faute de sel, c'était Teau salée de la mer qui les assaisonnait. La couche délicate où j'allais dormir était la terre humide et fangeuse. Toujours armé» toujours en ordonnance, j'avais constamment ou la plume ou le fer à la main.

J'allais donc ainsi, luttant contre le sommeil qui me pressait, et, au milieu d'un silence profond, j'arpentais dans toutes les directions le poste qui m'était confié. Je vis qu'un des flancs de la colline était tout blanchi par les cadavres qui le chargeaient. Nos arquebuses ce jour-là n'avaient pas cessé, en effet, de frapper.et de détruire.

Feu de temps s'était écoulé ; j*avais l'œil aux aguets et i'o-

I • Ki «I habito y eoftunbrt de rapoco. • WioterliDg traduit «tcc plus de grâce que d*exacti(ude :

« Koch dcr fewobnlcn Buba •iuMt Pflagen. »

II est Titible que chaque détail de celle octate ett opposé, trait pour trait, à un détail de roclaTe suivanie. Au sommeil habituel, à la couche délicate qbe donne la pwi, au tétemenl commode que l'on prend pour dormir, furmeut eonlraitw a? ec le repos soufcnl interrompu, la ter;e boueuse et froide, Tarmure toujours endotaée.

104 l'abaugana.

reille attentive, lorsque Je m'aperçus que, de temps à autre, se faisait entendre, du qôté des corps étendus, un bruit qui à chaque fois se terminait par un soupir triste et prolongé. Le bruit en se renouvelant semblait changer de place et errer de cadavre en cadavre *.

La nuit était si lugubre et si obscure que je ne pouvais distinguer de ce fait la cause certaine. Aussi, pour approfondir ce qui se passait, et mieux encore pour accomplir mon devoir, je me glissai en me baissant derrière les buissons, vers le lieu d*où le bruit partait. Là, je vis marcher mystérieusement entre les morts, et s'avancer, comme à quatre pieds, une forme noire.

Peu satisfait de cette apparition, avec un fHsson que maintenant encore je ne songe pas à nier, le glaive au poing, le bouclier sur la poitrine, invoquant Dieu, je poussai droit vers rimage confuse; mais elle se dressa sur ses pieds, et d'une voix craintive me fit cette humble prière : « Ah I seigneur, je vous demande grâce ; je suis une humble femme, et je ne vous ai jamais offensé.

« Si ma douleur et mon infortune cruelle ne vous inclinent pas à l'attendrissement et à la pitié, si votre épée sanguinaire et votre colère farouche franchissent les bornes permises, quelle gloire peut vous revenir d'un tel exploit, lorsque la clarté des justes cieux vous montrera que c'est contre une femme que votre fer s'est assouvi, contre une veuve triste et malheureuse, disgraciée par le sort?

1 Cette veillée eo prétenee da ehamp de bataille, tout couvert de cadavres, «st d*uDe vérité taisitsante et d*une eiproMion terrible. Des Isbleaui semblables ont souvent frappé nos soldats et los officiers durant la guerre de Crimée, et sartoat à la suite de la sanglante Journée dUnkermann. Les relations du temps sont pleines de ces peintures lugubres.

CUANT XX. 105

« Je T0U8 en conjure, seignenr, fci par votre bonne desUnéei oa par une infortune semblable à la mienne, avec on amour sincère et une foi pure vous avez Jamais tendrement aimé, laissez-moi donner la sépulture à un corps qui est mêlé à toute celte compagnie morte. Songez que s'opposera la justice, c'est approuver déjà le mal et conunettre l'iniquité.

« Ne portes pas obstacle à cette tâcbe pieuse que n'interdit pas la guerre même des Barbares. C'est une espèce de tyrannie, oai, c'est la marque d'un lyran, que d'user de toute sa puissance. Laissez-moi cbercber le corps de celui qui fut toute mon âme; ensuite exercez envers moi toute votre rigueur et toute Totre furie. Aussi bien, telle est l'extrémité où la peine m'a mise, que la vie est pour moi plus redoutable que la mort.

« Je ne connais aucun mal qui puisse désormais me sembler tel, et aucun bien qui surpasse pour moi le bonbeur d'avoir possédé un tel ami. S'achève donc et disparaisse ce qui me reste encore de temps à vivre, puisque mon bien-aimé n'est plus I Et ù les dieux cruels ne m'accordent pas de mourir unie à son cadavre, ils n'empêcheront pas, quelle que soit envers moi la dureté de leurs arrêts, que mon âme attristée ne suive la sienne.»

Alors avec instance elle me conjurait de mettre fln d'un coup i sa douleur. Mais moi. J'étais en doute et en perplexité. Dans la crainte qu'elle ne me trompât, Je me défiais même des marques les plus certaines, Jusqu'à ce que Je me fusse un peu mieux eoQTaincu. Je soupçonnais en elle un émissaire qui venait épier Vélat où nous nous trouvions.

106 LABAUCANÂ.

Quoique j'hésitasse^ cependant, malgré Fombre qui me dérobait encore sa figure, je vis aussitôt, au peu d'effroi qu'elle éprouvait et à sa grande résolution, que tout était vérité dans son langage ; le perfide, l'ingrat, Taveugle amour l'entrainait à la recherche de son époux qui, dès la première attaque^ en courant vers la gloire, avait perdu la vie.

Puis, ému de compassion, en écoutant cette femme si courageuse à exécuter le dessein de son chaste amour, je quittai ce lieu et vins avec elle à laplace et au poste dont j'ai parlé ' . Là, je lui demandai de me faire connaître, depuis le commenment jusqu'à la fin, le sujet de sa plainte, avec un esprit tranquille et résigné, et de calmer sa souffrance en épanchant son Ame.

. « Hélas I quel calme, dit-elle, peut-il y avoir désormais pour moi jusqu'à la mort? Sans remède est ma cruelle douleur et plus forte que toute patience. Mais, bien que ce récit me doive causer une peine accablante ', je vous dirai quel fut le cours de ma destinée amère. Peut-être ma tristesse pourra-t-elle, en s*aggravant encore, mettre par son excès un terme à mes jours.

1 « A mi lugar y Mftalado •rtento. >

Winterling traduit

« yfo mir mein Potten ang«inaMn. •

C'est-i'dire « au poste qui m'était assigné. • Rien ne s'oppose à cette {uterprétation des termes espairoots. Cepeadant Ercilla nous a déjÀ fait savoir que ce poste lui avait été donné* et l'on ne voit pas oettem^nt pourquoi il le répéterait ici. Mais, en emmeuant avec lui Tcgualda, il était naturel qu'il nous apprit où il la conduisait, et il nous fait savoir que c'est au poste même dont il nous a déjà parlé (seffa/odo] et où il va être instruit, par la bouche de Théroiue, de toutes ses tristes aventures.

S « Quamquam anima* ^meminisse horret Iiirtuqu* rcfugit,

Iiicipiam »

(Virj., Èn.t II. 11-13.)

• Je suis Tegualda, la Glle malheureuse de Bracol, ce cacique infortuné. Beaucoup m'aimèrent en vain pour ma beauté. Longtemps je fus libre d'amour et de soucis. Mais trop tôt la fortune, irritée de voir mon indépendance et ma vie souriante, troubla si bien ma joie^ qu'à la fin je meurs du mal que je bravais.

t Une foule de prétendants sollicitèrent ma main. Je les dédaignai tous avec la môme fierté. Mon excellent père, mécontent de ce refus^ me conjurait d'accepter un époux. Mais mon orgueil libre et déterminé résistait à sa prière importune. Vouloir me changer était folie ; c'était battre le fer froid avec de stériles efforts.

«Cependant mes franches et rudes réponses ne rebutèrent pas 1» préfendants opiniâtres. Loin de là, renouvelant épreuves et requêtes^ ils persistaient dans leur vaine pensée^ et s'efforçaient par les charmes de la danse, par les jeux et d'autres fêtes, à modifier ma ferme détermination. Mais aucune adresse, aucun artifice ne leur suffitpour faire chanceler mon inébranble vouloir.

« Trop tôt cependant arriva le dernier jour de cette liberté et . de ma puissance souveraine. Obi que n'a-t-il été aussi le dernier jour de ma vie I Mais le sort ne m'accorda pas ce qui eût été mon bonheur. Dans un lieu voisin de nos habitations, le Gualebo, après avoir de son tranquille et limpide cours arrosé ses champs plantureux , * perd son nom et ses ondes qu'il abandoooe au vaste Itàta.

• t Vieiowi câinpof. • Bien de plus fréquent que cette •cception du mol vicio et de redieclif qui en est formé, viciow. Et cela, dèt le premier Age de U l"gu« wpagBole Cf. Liàro de Cantares del Areipreite de FUa, 384 :

« Là, je devais ôtre puaie de ma dédaigneuse fierté. Ils me prièrent d'y venir assister à leurs divertissements ; et, comme ma perte était décidée, ils obtinrent sans peine ce qu'ils me demandaient. Aussitôt avec un ordre et un art merveilleux, ils parèrent de branches la voie^ et le sol fut jonché de feuilles, comme si les meilleurs chemins n'eussent pas été bons pour mes pieds, et que le soleil ne fût pas digne de m'effleurer de ses rayons.

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« J'arrivai par ces dômes de verdure Jusqu'à la place où m'avait été préparé un trône haut et magnifique. Pour le composer, la nature, le plus grand des maîtres, avait prêté à l'art ses ornements. Tout à l'entour murmurait une eau transparente. Agités au souffle du zéphyr, les arbres par leur balancement et leur bruit réjouissaient les yeux et les oreilles.

« A peine étais-je assise, que d'une voix retentissante et solennelle ils ordonnent de quitter la barrière et la vaste lice, à la foule qui l'encombrait. Chacun se relire à sa place, et ils commencent la lutte accoutumée, au milieu d'un tel silence que les témoins eussent pris tous les spectateurs plutôt pour des statues que pour des hommes vivants.

tt Bien qull y eût là une troupe nombreuse et brillante de

« Ti«ne oroea an flja de coruon amada, Louna é fermoM, de mucbofl deteada.

Boeerrada é gaardada, é con vicioa criadaf Do cojdt tetitir algo. en ella tiene nada. >

bon Florencio Jaoer traduit vicio par les mots regalo et deleile^ dans soa t Tocabiilario gênerai. » Cf. Bibliot. Ri?ad., t. LVII, p. 588. \icio$ot peut donc fttre considéré, chez Ercilla, comme syoonyme de deUitosos. Cf. aupra^ ch. ivn, oct. 47, note l, et cb. xxti, oct. 49.

CUANT XX. 119

jeanes guerriers qui tous paraissaient rivaux, tous différents de fortune et de costume, tous ambitieux d'un succès trompeur; je ne faisais attention ni à ceux qui étaient vaincus, ni à ceux qui avaient remporté la victoire. Je cherchais autour de moi quelque passe-temps, et donnais un libre cours à mes pensées oisives.

« Je ne pouvais arrêter mon flme à tous leurs spectacles et désirais la fin de ces combats. Tantôt, contemplant les ouvrages de la nature, je regardais les arbres élevés, et tantôt l'onde qui traversait la prairie. Je comptais les petites pierres nuancées '

< Les critiqnes de don Ercilla ne maaqaeroat pu de rippeler ici les rêprimaadct sévères adressées par Boileau à quelques détails analogaes de Saiat-Aaaiit :

ITiiniUi pas e« fou qui, déeriTant les inarf,

Et peignant au milieu de leurs floU e■tr^>1lTClit

L*Hébreu laoTé du jouf de «et injustes maîtres.

Met. pour les voir passer, las poissons aux fenêtres ;

Feint le petit enfant qui va, saate, rcTient,

Et joyeui i sa mère olre un caillou qu'il tient ;

Sur de trop vains objets c'est arrêter la Toe. »

(Boileau, Art })oét., eh. III, 261-267.)

Toiei les vers de Saint-Anaot :

m Là, l'enbnt éveillé, courant sous la lieesee Que permet i son âge une libre innocence, Va, revient, tourne, saule et par maints cris joyeui' Témoignant le plaisir que reçoivent ses jeax. D'un étrange caillou qu'i ses pieds il rencontre Fait an premier venu la. préeieuse montre ; Bernasse une coquille, et d'aise transporté, La présente i sa mère avec vivacité. •

(JTofae tauvé, t. I, pp. IMet ttl.)

Mais de ce rapprochement il serait difficile de rien conclure contre le goi&t di poëte espagnol. Boileau n'a voulu que proscrire les circonstances petites et pué* rîles dans les grands tableaui de la poésie, et, poor saisir sa vraie pensée, il suffit de rapprocher les yen de V Art poétique de la réfleiion vi« sur le rhéteur Longin. Il vevt, dans les snjeU sérieux et nobles, faire le procès aux détails mesquins et mièvres. Ercilla, tout au contraire, veut nous peindre une àme généreuse et indépendante qui, loin de s*arréter au spectacle d'an tournoi qu'elle dédaigne et aux IntCes de jeunes héros dont aucun u'a su fixer jusqu'ici ses goûts indifférents, se promène avec distraction sur les incidents les plus ordinaires de la nature, 1rs coors d*eau et les arbres et jusque sur les moindres objets, plutôt que de s'arrêter sar la lice qui se déploie devant elle :

« Las varias pedretuelas numerando. ■

Ereills n'a rien qui tombe sous le coup do la censure de Boileau.

et me croyais affranchie de toute contraiate, fort bien abritée contre le souci, l'amour et Tinfortune,

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« Lorsqu'un grand tumulte et de grandes clameurs, accompagnement assuré de semblables jeux, partirent des rangs de ' celte multitude, et vinrent m'arrachcr à mes réflexions et à ma tranquillité. Je voulus savoir ce que ce pouvait être, et à moa proche voisin je demandai la cause qui avait fait naître tous ces cris. Il eût mieux valu pour moi ne l'apprendre jamais.

« Il me répondit : « N'as-tu pas vu, Souveraine, comme le jeune et robuste Mareguano a lutté contre tous ses émules et leur a fait mesurer à tous la plaine avec les épaules? Et lorsque déjà il espérait, plein de confiance, que ta main allait ceindre son front superbe et joyeux de la belle guirlande, récompense et distinction du plus vaillant,

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a Voilà que ce héros vigoureux, à la (aille bien prise, que tu aperçois habillé de vert et de rouge, le jette par terre avec la plus grande aisance et lui enlève Thonneur qu'il avait conquis. La foule mobile et volage, émerveillée de cet exploit comme de toute nouveauté, élève ce tumulte confus^ en exaltant la force du jeune athlète.

<r Et Mareguano s'efforce de son côté de renouveler la lutte. 11 prétend qull n'y a eu qu'un accident fatal et une mésaventure, qu'en force et en adresse son adversaire est loin de l'atteindre; mais les règlements et les conventions expresses du cartel s'opposent à sa demande, bien que son rival s'écrie d'une voix généreuse que volontiers il consent à reprendre l'épreuve.

CUANT XX.^ iSl

« Mus par la raison, les juges repoussent les instances des deux guerriers, et en aucune manière ne veulent permellre qu'il y ail sur ce point innovation et changement. Ils leur ordonnent de renoncer à leur projet ', si après avoir tous deux paru d'abord ensemble en ta présence d'un consentement commun^ ils n'obtiennent de ta part une formelle autorisation. »

« A ce moment^ vers la place que j'occupais se dirigea une troupe confuse de cette multitude. Lorsqu'elle fut arrivée près du trône, le bruit discordant et les cris cessèrent, et le jeune vainqueur^ élevant la voix, avec une humble et modeste courtoisie : « Senora, dit-il, je vous demande une faveur, sans pourtant que mes actions l'aient méritée.

LU

« Si Je suis étranger, et qu'à ce titre je ne sois pas digne que vous fassiez pour moi ce qui appartient tellement à vos préro«

1 « Mm qiw de tu prop^ûto h quiten. •

Witttcrliuf entend ee vera d'iutre façon et partit le rapporter aai juges eux- Bèmes plalôt qu'aux deux antagonistes :

c Doeh IleMcn li* et aocb setcbehen. >

U faudrait alors traduire : « Mais quHIs renoncent à leur sentence, si tous deux, d*nM irolonté unanime, ils paraissent devant toi et obtiennent une autorisation for- BieUe. > Cette explication est admissible ; cependant le mot quiten semble impliquer robéissaBee des deux émnles à un ordre impérieux des juges du combat, et, dans la eoBstruction générale de la phrase, le terbc quittn^ aussi bien que le verbe alcanxârtn paraisfcnt bien dépendre du même sujet. Le lecteur décidera :

c Pero lot jueces, por mon, no admilen D«l UDO ni del oiro el pediuieolo, Ri en modo algunoquieren ni pennilcn inoTaeion en esto'y moTÏmiento :

Mat que de tu propôtilo te quiten, Si entranbot de eonuB coutentiniento, Pareeiendo primero en tu preMneie, No alcanaàren de ti francs licencia. »

L*ABAUCANA.

gatives^ je me propose avec sincérité pour ôtre Totre esclave^ de vivre et de mourir sous vos lois. Bien qu'en faveur de mon rival je me relâche ici de mes droits et à mon préjudice^ afin de vous prouver ce que vaut mon hommage, pour peu que mon offre puisse vous agréer, je voudrais tenter avec Mai*eguano les chances d'une seconde lulte^

Mil

« D'une troisième^ d'une quatrième et plus encore. S'il le veut, je m'y prête, jusqu'à ce qu'il demeure entièrement satisfait. Je consens aussi à ce que le premier succès et le premier résultat terminent l'épreuve et confèrent tous les droits de la victoire K Puisque le combat doit avoir lieu en votre présence j'ai l'espoir et la certitude de sortir de la lice avec une gloire plus éclatante. Âccordes-nous d'en venir aux prises. Suspendez la loi avec votre pouvoir suprême et sans limites. »

« Il dit, et dans une altitude respectueuse, les yeux attachés sur moi, il attendait une réponse. Et moi qui sans réflexion et sans prudence l'écoutais, en le regardant d'un œil attentif, nonseulement je désirais consentir à sa requête^ mais je faisais déjà des vœux pour sa victoire. Je lui répondis de la sorte : « Si j'ai en ceci quelque pouvoir, je vous accorde sans hésitation et volontiers cette faveur, n

i Les paroles da jeune guerrier sont empreintes de générosité. Il aurait pu de« mander que,sM était vaincu dans cette deuxième épreuve, une troisième lotte vint décider de la victoire. l\ ne se réserve même pas cette chance, et laisse à Mareguano la liberté de s'en tenir an second essai ou de recommencer autant de fois qu'il lui plaira, si Tegnalda consent k la reprise des jeux i

« T consiertlo ^ue al punto y ter primero 8c reduica la prueba 7 el dcrecbo. >

V^iiiterling s'éloigne un peu de la littéralité qui lui est habittielle, lorsqu'il traduit alusi :

é Mir gtll es gleieh, ob auch die Probe iich Erneuerei ali wSl-e nicbla geacbehen. *

CBAMT XX. 113

« Aussitôt les deux émules, avec grâce et avec enthousiasme, s'éloignent d'un pas rapide» et, au milieu des longs crû de la foule, on les conduit dans le champ clos, où les parrains leur partagent également la lice, de telle manière qu'aucun d'eux n eût l'avantage du soleil déjà penché à l'occident. Ib les laissent seuls dans la carrière, et tous deux se portent avec impétuosité Tun contre l'autre.

« Ils se joignent en un instant, et, dans une lutte obstinée, ils parcourent un long espace de terrain. Tantôt en cercle ils tournent sur eux-mêmes; tantôt obliquement, tantôt en ligne droite, ils traversent la plaine; tantôt ils se dressent de toute leur hauteur, tantôt s'abaissent, ou bien se réunissent, poitrine contre poitrine, et se pressent avec un gémissement profond et avec tant de force qu'il leur est malaisé de reprendre haleine.

« Us recommencent la lutte avec un souffle si bruyant que c'était chose étrange de les voir et de les entendre. Mais le jeune étranger, tout indigné que sa vigueur et son adresse soient demeuréesencore impuissantes, soulève de terre son rival, et poussant un soupir, l'envoie battre la terre des épaules d*un coup si terrible qu'au triste Mareguano il ne reste ni sentiment ni membre intact ^

t Ifous dcTOM fair« remarquer ici,' à rhonneor d'Ereilli, rrec quelle rapidité, eeltc foie, il retrace le ttbiean de cette joote. U a*a pas à daus faire assister à des fétee publiques et Teriées, comme au %• et an xi« chant de VAraueana, Tout l'intérêt est natntenant dans Tàme de la jeune Indienne, dans la naissance et dans le progrés de sa pa«ion. C*est dans cette fine et poétique analyse que réeritain a »it. tout son art et toute sa puissance de coloriste. Le reste n*eBt qu'un accident et une oceasioDv et devait être abrégé.

i I 4 L'ARAUCAN A.

LVÎII

« Accompagné d'une foule nombreuse, le vainqueur est mené par les Juges devant moi. 11 s*agenouille à mes pieds, et l'on me prie de lui remettre sa récompense. Je^e sais si ce fut l'influence de son étoile ou de ma destinée; j'ignore les causes qui le voulurent ainsi; mais Je commençai à trembler et une flamme ardente pénètre en courant Jusqu'au fond de mes os^.

ÎJX

« Je me trouvai si confuse et si agitée de cette émotion nouvelle, de ce tressaillement inconnu, que je restai un instant surprise et troublée, en face du péril, devant cette foule réunie ; mais revenue à moi, et reprenant mon sang-froid, avec toulc dignité, au vainqueur qui étaitlà, incliné, presque à mes genoux, Je posai la guirlande sur la tête.

« No té tt fué «a estrelU 6 fué mi hado, Ni laa eautas que en alo eoncurrieron.

Que comenec à tembUr, y un fuego aniiendo Fué par todot mil hueaoi diaeurriendo. ■

L'imitation de Virgile eitrisible dans cet beanx vert d*Ercilla :

« Vulnut alit Tenis et eaeo earpilcr igni. »

« Est mollis flamma medullas

Interea, et tacilum vint sub peclore vulnut. •

(En., IV, 9, 66- M).

La pauion de Tegualda pour Crepino ressemble à celle de Juliette dans Shakspeare, et sa Titacité ressort avec plus d'éclat, lorsque tous songez à la profoude iodilTérence que riodienne avait jusque-là montrée à tous ses prétendants. Cet amour instantané, qui naît du premier regard, comme celui de Juliette et de Roméo, n'a rien qui uous doite surprendre. Il y a des pauions graduées et progressÎTes ; il y en a d'impétueuses ; énergiques les unes et les autres. U en est qui s'accroissent par nuances, par évolutions suocessiTes ; il en est à fougueuse allure ; un inataut les fait naître et les achève; un clin d'œil les embrase; elles jaillissent ardentes et tombent dans une àme comme la foudre. Virgile, cet admirable peintre de la nature humaine, ne dit-il pas dans on vers aussi laconique que Thucydide l'eût fait s'il avait été poëte :

« T7t vidi, ut perii ! Ut me roalui abtlnlit error 1

{Bclog., VIII, U.)

Et ce vers si expressif, presque proverbial, est traduit de Théocrite, autre témoin sur une matière dont il était si excellent juge. (Cf. EI^Va., y', 4S). Théocrite et Virgile absoudront Brcilla.

« Cependant» je baissai aussitôt les yeux, contenue par la honte et Thooneur, et le jeune homme, par un long hommage, me fit prêter Toreille à ses paroles. Enfin, il se retira emportant ma tranquillité et laissant mes sens tout bouleversés. J'étais arrivée tout à la fois et dès les premiers pas au dernier degré d'amour et de peine ^.

m Je sentais un mal étrange assiyettir mon orgueil indépendant et mon âme rebelle. A ses lois s'encbalnaient ma raison, ma liberté, tout mon vouloir. Lorsque mon esprit fut redevenu maître de lui-même, moi dont le cœur glacé brûlait déjà d'un feu dévorant, je levai mes yeux timides et séduits que la modestie jusque-là tenait abaissés.

c Une puissance soudaine, irrésistible, brisa le frein de la bonté et de la réserve. Je le suivais de mes regards avides. Je nourrissais ma blessure et le poison qui m'enivrait. îiC voir^ rien que le voir, pour ma souffrance, était alors le seul remède. Aussi partout où se portait sa marche, sur ses pas il entraînait mes yeux et mon âme.

9 Je le vis alors s'apprêter à courir vers l'étendard qui, selon l'usage, à plus d'un mille de distance, était le but indiqué aux émules. A l'agile vainqueur était promis un anneau orné d'émail et d'une précieuse perle richement ouvragée ; et cette main malheureuse la devait offrir.

1 Toot ce pàiuge montre aa mieux quel genre d*émotion BrcilU vouliit peindre. Son projet était d*oppo8er à la première indifférence de Tegualda, Tamour loudain, rréflécbî et irrésistible dont nous parlions tout à Theure, et dont les auteurs dramatiqqet aiment à représenter les troubles et les éclatantes eiplosions.

116 L'ARAUGANA.

et Plus de quarante guerriers parurent dans la lice pour se disputer la récompense. .Chacun, le pied sur la raie tracée, attend, prêt et dispos; et à peine le signal a retenti^ tous sur une m^me ligne s'élancent avec une telle vitesse qu'ils ne marquaientsur le sable presqueaucune empreinte de leur passage*.

« Mais Grepino, c'était le nom que portait le jeune étranger, devance tous les autres d'un essor si rapide, qu'il laisse après lui le vent aux ailes légères. Enfin, il touche le premier l'étendard de pourpre qui termine le long parcours, et son air gracieux charme la foule qui l'environne.

« Avec solennité, ils le portent en triomphe tout'aulour de la vaste lice encombrée. Ensuite^ ils se dirigent vers le lieu où j'étais et me conjurent de lui offrir le prix. Moi, je dissimule un tremblement craintif. Tous me regardaient avec attention. Je fais taire l'embarras et la timidité, et livre du môme coup mon indépendance avec l'anneau.

et Senora, me dit le vainqueur^ je vous supplie de le recevoir de ma main. Le don peut vous sembler bien pauvre et bien humble; mais soyez certaine que vive est l'alfection qui vous le présente. Si vous Tagréez, votre faveur est pour moi une richesse, et à tel point par là s'agrandiront ma force et mon courage, que ni dangereuse entreprise, ni chose au monde ne pourra désormais me former obstacle. »

« Cf. Virgile, En,, Vil, 808-811.

m Pour Dser de toute courtoisie, mérite suprême des dames, )e lui réponds que j'accepte Tanneau, et plus volontiers encore rhommage d'une tel}e personne. Au môme instant, toute cette foule 86 presse autour de moi en cercle épais, m'enlève de ma place désormais si douce à mes yeux, et me reporte à la demeure paternelle.

ft Ce ne fut pas avec un faible effort, ni sans recourir à toute mon énergie, que, pour donner au monde une haute idée de moi-même, Je dissimulai trois semaines ma douleur, pendant que toujours croissaient mon mal et ma flamme ardente. Paraissant à la fin céder, en fille soumise, à l'autorité d'un père, avec ruse, ^e lai fis entendre, par quelques indices détournés, que je voulais accomplir sa prière et ses vœux.

« Je lui rappelai qu'il me conseillait lui-môme de prendre des parents et un mari, à mon gré et avec le respect des convenances; que, pour lui obéir, J'avais choisi un époux, le Jeune Crepino, dont la valeur égalait la fortune et l'illustre origine; sage, bienséant, affable, son caractère et ses nobles procédés ne méritaient que des éloges.

« Mon père, d'un air content et heureux, Jusqu'au bout avait écouté mon langage. Il me baisa le front et dit : « En cela et pour tout le reste, je me confie à ta propre décision. Je suis assuré que ta prudence et ton vouloir honnôle feront un choix digne de louange, et par sa courtoisie Grepino montre assez que .l'on ne peut attendre de lui que sentiments nobles et grandes espérances. »

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« Lorsque j'eus satisfait à la fois ma volonté et l'ordre de mon père, mon honneur et mon désir^ et rois fin à la vaine ambition et aux projets de mes jeunes prétendants, mon triste et malheureux hymen fut célébré publiquement et selon les formes régulières. Un mois s'est depuis écoulé à peine. 0 dure destinée ! Combien l'infortune est voisine du bonheur l

Lxxni

« Hier, je me voyais heureuse de mon sort, sans crainte de revers et sans défiance. Aujourd'hui^ la sanglante et inexorable mort a tout renversé, tout abattu. Quelle consolation me viendrait à telle détresse * 7 Comment le ciel saurait-il compenser pour moi un mal qu'aucun remède n'a le pouvoir dé guérir^ et lorsque nul bien ne peut égaler une perte aussi affreuse?

« Voilà quelle est mon histoire ; tu en connais le détail et la fin trop véritable d'une douce existence. Hélas I ma liberté et ma courte gloire sont devenues une amertume éternelle, et puisqu'à la demande ma mémoire a renouvelé cette plaie douloureuse, pour prix de ma soufl*rance, je t'en conjure, laisse-moi donner la sépulture à mon époux.

1 Winterling substitue aui^ocutioos poétiques mais simples d'Ercilla, des métaphores uu peu recherchées et hors de place :

« Ileul bat die slrenge Hand des Todet oba* Brbtnaen

Die tch6ne Blume abf «pflOekt I

Wo wflehat cin heilend Kraul fQr solche Wunden ? >

« Todolo haderribado por el suelo ■ exprime* dans le texte original, la ruine de tout le bonheur et de toutes les espérances de Tegualda ; c'est un édifice renversé. Le traducteur allemand a remplacé celte grande image par celle d*nne belle fleur arrachée du sol ; c'est ce que Ton eût pu dire d'une jeune fille enlevée à la tendresse de sa famille, plutôt que d*un guerrier mort en combattant pour sa patrie. Le troisième vers, que nous avons cité de la version de Winterling, présente une figure beaucoup plus éloignée encore de la noble simplicité d*BreiUa.

CHANT XX. lit

« n n'est paï juste que les oiseaux de proie déchirent son corps malheureux, que les chiens et les bétes féroces apaisent a?ec sa dépouille l'avidité de leur faim insatiable ' ; mais si ton âme est de marbre et ne veut pas consentir à une prière si légitime et si raisonnable, avec ton épée, avec ton bras inOexible, fais-nous partager le môme trépas et la môme tombe. »

Ainsi elle acheva de parler, etelle se prit tellement à gémir que la colline en retentissait. Si grandes étaient son angoisse et sa tristesse qu'il me fallut bien lui tenir compagnie dans son affliction. J'avais beau la rassurer et lui promettre tout ce qui était en mon pouvoir , elle n'implorait que la mort et le coup du sacrifice pour dernier remède et comme bienfait.

Je me serais trouvé alors en peine et en embarras, si Don Simon Pereira qui, d'un autre côté, faisait aussi la garde, n'était venu me dire que le temps était achevé, et, non moins troublé de ce qu'il avait appris, car, placé à une faible distance, il avait tout entendu, il m'aide à consoler Tegualda, il lui prodigue de nouvelles assurances qui lui confirment la sincérité de mes promesses.

LXXVin

Déjà la voûte du ciel tournant avec rapidité faisait disparaître les étoiles dans la mer, et les feux de la Croisette * qui dési-

1 L'idée de fon fiif, abandonné conHne uae proie aux chiens et anx vantourt} eit aoiti, après la douleur même que lui cause ta mort, ce qui (ourmente le piu% dans Virgile, la mère d'Eoryale :

• Heu I terra ignota esnibuf d«(e prttda Latinis AlUibuique jaees..... »

(Èn.t IX. 481, 486.)

« • El crocero. • Il s'agit de la Croix du Sud, une des plus belles constellations

i«0 L'ARAUCANA.

gnaient les heures, slacliaaieDt entre le sud et le sud-ouest. Aa nilieu du silence et des ténèbres, lorsque Tegualda, com-

de l'hémisphère auttrtl. Lef marinilui donnent le nom dt'eroisetlê ou de eroUade. Elle annonce aox navigateun des eieux inconnus pour nous. M. Ampère» lé fils, recoonuti comme il longeait la côte de Porto-Rieo, cette constellation qu'il avait aperçue en Nubie, à la même latitude dans, le tIcux continent (Cf. Promenade en Amérique, t. Il, p. 410). Cependant tous les voyageurs n'en parlent pas avec une admiration égale. Madame Ida FfeifTer s'exprime sur le ton du mécompte : • Nous étions très-près de la ligne, et nous aurions désiré, comme tant d'autres passagers, voir les constellations si vantées du Sud. J'avais surtout beaucoup entendu parler de la Croix du Sud, Comme je ne pouvais la distinguer moi-même au milieu des étoiles, je priai uotre capitaine de me la montrer. Il prétendit n'en avoir jamais entendu parler et le premier pilote nous en dit autant ; le second pilote seulement crut qu'elle ne lui était pas tout à fait inconnue ; avec son aide, nous trouvâmes, à la vérité, dans le firmament, quatre étoiles qui formaient à peu près une croix légèremeat penchée ; mais elles n'avaient rien de particulier et nous laissèrent assez froids. En revanche, nous en vîmes de magnifiques : Orion, Jupiter et ?énus ; cette dernière brillait d'un si vif éclat, que sa lumière traçait sur les flets un beau sillon argenté... • {Voyage d'une femme autour du monde, p. 17, trad. par M, de Suckau.) Améric Yespuee, au contraire, s'extasie sur la merveilleuse beauté des quatre étoiles de la Croix du Sud. Il pense que ce sont elles que Dante a voulu peindre dans son Purgatoire, Mais à l'époque de Yespuee eUes ue se nommaient pas encore des noms qu'elles portent aujourd'hui, et il les figure sous l'image non d'une croix, mais d'un losange {mandw^la). H. de Ilumbotdt semble admettre que la dénomination de crueerç est due à des navigateurs chrétiens, soit dans la partie septentrionale de la mer Rouge, soit sur les côtes occidentales de l'Afrique, où les Catalans étaient arrivés déjà, en 1846, jusqu'à 23» 40' de latitude N. Nous apprenons encore par M. de Hunûroldt que, seize ans plus tard, le voyageur florentin, Andréa Coriali, naviguant de Lisbonne au cap de Bonne-Espérance, vK en 1514 une croix merveilleuse, si belle qu'il n'osait la comparer à aucun signe céleste; et, comme Yespuee, il croit que c'est de ce crucero que Dante a parlé dans son Pur» gaioire avec un esprit prophétique, t con tpirito profetico. • Ceci a fort étonné quelques commentateurs. Ils ne pouvaient comprendre que Dante, antérieur aa XV* siècle, eût connu les étoiles du Sud. i Portant ma pensée sur l'autre pôle qui était à ma droite, dit le poSte de Florence, f aperçut quairt étoilee qui ne furent jamais vues que de la race première. On eût dit que le ciel se plaisait à leur rayonnement. 0 septentrion, région vraiment veuve, puisqu'il t'est refusé de les contempler ! Lorsque je fus arraché à ce spectacle, en me détournant un peu vers l'autre pôle, là où le Chariot avait déjà disparu, je vis près de moi un vieillard ; il était seul et digne, à le voir, de tant du vénération^ qu'un fils à son père n'en doit pas davantage. Il portait une longue barbe blanchissante comme ses cheveux dont une double tresse tombait sur sa poitrine. A la tainie lumière des quatre ^/oi/es, sa figure rayonnait d'un tel éclat, que je la voyais comme si le soleil eût été devant ' Itii. •

c la raggi dalla qoalro luci «ante, etc. »

Purgat., I, teri. 8, et suit., trad. de M. Ileui*rd, i85S, p. 5.

Laissons de côté Caton d'Utique avec sa belle barbe blanche et tous les autres détails de cette étrange conception, pour ne nous occuper ici que de la Croix du Suil, « cl crucero. • M. ArUud de Monlor {itisi. de Dante, 1841, p. 344, 498), >l. Ampère {loc. ciï.), M. Mesnard (Pllr^a^. note 2, p. 451), ont tous pensé qu'il l'agiaaait ici de la brillanle constellai ion de l'hémisphère ausiral, décrite avec taut

CHANT XX. !tl

prenant ce qu'elle devait à nos offres, eut féprimé ses soupirs, nous la conduisîmes au camp espagnol.

l.à, elle demeura remise à la garde honnête de femmes mariées, jusqu'à ce que le jour attendu et di^jà voisin eût fait

de poéiie par M. de Uumboldt. U n'était pas nécessaire de voir ici exelasiveiuent les quatre vertus cardinales dont parlent les théologiens, c'est-à-dire la prndenee, h jostict, la force et la tempérance. Sans doute, i cAté des vues savantes que noot rencontrons chez l'Alighieri, l'imagination du p^ëte mêle ses tendances poétiques et religieuses qui vivifient son épopée entière. • A côté de reiîslence réelle ou nalérielle des objets, Dante leur assigne, pour parler avec Humboldi, une eiistenee idéale; ilj a là comme deux mondes dont Tun est le reflet de l'autre. • Ainsi, au e^ant sux du Purgatoire, Dante décrit la marche du célèbre char figuré; à la gaoebe, il voU danser quatre femmes habillées de pourpre; elles suivaient une d'elles qui avait trois ^eux à U lète: c'est la Prudence; ses trois compagnes sont ie« trois autres vertus. Au chant xxxi, Dante est plongé par une personne emblématique dan« les eaux d'un fleuve épurateur, et confié à quatre femmes^ aux quatre vertu qui disent d'elles-mAoïes : ■ Ici, nous somme» des nymphes; dans le ciel Boas iommes des étoiles. ■

« IVoi lem qui Ninfe, e nel Ciel leno itelle, »

et c'est pour lenr caractère sacré qu'il lés appelle de saintes lumières, « luci lanle * .

Mais il 0*7 a pourtant pas là une pure iinaghiatioii ; réerÎTain cache sous un indice aussi précis, une connaissance astronomique trèi-réetle. Non-seulement Daate s'est éclairé sans doute de la tradition des Égyptiens et des Phéniciens, reeneillie par les Arabes ; et M. Ampère fait très-judicieusement remarquer q«*it a po connaitre par les planisphères arat>es ta Croix du Sud ; mais les érudits d'une grande autorité sur lesquels nous nous appuyons, ont pour ainsi dire marqué l'itiftéraire scientifique de Dante : « On sait, nous dit M. Artaud dé Montor, que les Céaois, les Pisens et les Vénitiens allaient par l'Egypte jusqu'au cap Comorln, pro* ■K»n(oire de l'Inde, dans la partie la plus avancée de la presqu'île en deçà du Cange. En faisant des observations au cap Coroorin, ou était placé à 7 degrés 59 minutes de latitude nord, et l'on pouvait «percevoir distinctement les quatre étoile» formant la Croix du À'm/, à pins de 20 degrés d'élévation au moment de l«nr pas»age au méridien. U y a plus. Il existe un globe dressé en Egypte, à la date de Itts, l'an de l'hégire 622, par Caïssar ben Abou Cassem. On. y voit #une ma* Bière positive la Croùr du Sud, Dante a pu voir ce globe vers 1310 ou 1314. J'en ii en connaissance par mon confrère U» Reinaud. Comment tous les commentateurs B'oat-Us pas eu quelque soupçon de ce fait ? Ce globe aequis par le cardinal ^gia, en 1784, provenait d'un cabinet de Portugal. Aisemani a illustré ce globe <B 1790, et jusqu'ici, peisonoe n'avait pensé à s'appuyer sur ce monument pour expliquer ce que la vision de Dante offrait de singulier, on a été jusqu'à dire, de prophétique. . . M. l'abbé de Césaris, astronome du collège de Bréra, avait mis sur la ^e les personnes qui pouvaient chercher à résoudre cette question. • Mais sans recourir an globe de 1225 ni à l'opinion de l'illustre astronome de Milan, pourquoi l^nte, dont V érudition^ suivant M. de Ilumboldt, égalait le génie poétique, u'eAt-.l

lîî LARAUCANA.

rcpHer le noir manteau de la nuit. Cependant, puisque tous se délassent tandis quejechante, il ne serait pas moins raisonnable de différer à demain mon récit suspendu. Un peu de repos m'est aussi nécessaire.

pas conDU la Croix du Sud, puisqu'on a pu Tobserrer de son temps et que des voyageurs peuvent Teo avoir eutretenu ? Reste à examiner la vraisemblance plus ou moius grande qu'il l'ait réellement connue» et la solidité des objections que l'on oppose k l'avis affirmalif . M . de Humboldt nous donne sur ce point de grandes lamiêres. Un traducteur éminent de Dante, M. Streckfuss {Gôltliche Comôdie des Dante Alighieri, 1834« pp. 179 et 228) ne conteste pas la possibilité du fait, mais il doute que le poète ait voulu désigner des étoiles réelles vues par des voyageurs ou des peuples méridionaux. Pourquoi, en effel, Dante eût-il dit alors des quatre étoiles:

t Non vistfl mai fuor délia prima gente. »

« J'ose opposer à ce raisonnement, dit H. de Humboldt, que d'après les idées de cosmographie systématique que la Divine Comédie a empruntées aux Pères de l'Église, l'hémisphère inférieur du globe est tout aquatique. Comme par la chute du premier homme, l'îlot montagneux du paradis qui s'élève au milieu de l'immensité de Tocéan, a perdu ses premiers et seuls habitants, i la prima geote », Adam et Eve, cet hémisphère est un « mondo senxa gente • {Infemo, XXYl, 117). Cette circonstance ne justi6e-t-elle pas les paroles de Dante, qui, sans doute, ne veut pas parler de navigateurs venus accidentellement de la partie du globe dont Jérusalem est le centre, mais de la partie qui est déserte, depuis qu'Adam et Eve ont été chassés du paradis? « (Cf. Alex, de Humboldt, Bist. delà géogr, du nouveeni continent, in-flo^ 1837, t. lY, p. 321 : cité par H. Artaud de Uontor, pp. 499,500.) Dtae lettre de Yespuce à Pier Francesco de' Medici, datée de 1502, et mentionnée encore par M. de Humboldt, confirme l'opinion que partagent de nos jours tant de savants et habiles critiques, et ne permet plus de douter à présent que Dante n'ait fait une allusion sérieuse i un fait établi, contemplé plus d'une fois par don Ercilla dans le ciel de cet hémisphère austral où il place le théAtre de son épopée. A mesure que les mers du Sud furent plus fréquentées par les navires de l'Espagne, du Portugal et de l'Italie, le ciel austral devint plus célèbre et sa beauté fit l'admiration des hommes. Le erucero ne fut pas seulement un groupe céleste, mais devint comme un palladium pour l'audace des navigateurs. Oviedo, qui passa trentecinq années de sa vie en Amérique (15; 8- 1547), obtint de Charles-Quint de pouvoir ajouter aux armes de sa famille, pour les embellir (por mejoramiento de mis armas) les quatre grandes étoiles de la Croix du Sud ; il les considère comme les ■ gardes du pôle antarctique • {Uu guarda» del polo antdriico, Gonxalo Oviedo j Yaldes, Biitor, gêner, de Uu Jndias, Séville, 1535).

SoBSAims. — An point do jour, Ercillt aecompapie U jênne femme barbare inr le ehaoftp de bataille o« bientAt Tefn*lda retronre ton époui glaeé par la mort. • Peiolnre de aon désespoir. — Le poète la fait escorter par set Tanaconas qui portent le cadavre de Creptno josqu'ao lien on elle retrouve set propres servi» Titenrset où elle n'a plus rien à craindre des snrprises de la gnerre. — Les Espagnol* apprennent que leur cavalerie arrive de Mapochd. — Mais an Indien et ■a Caeiqoe qni lear est dévoué, leur annoncent nne attaque prochaine de toutes ks forces réunies des Araucans. Tout à coup ils voient apparaître 1rs compagvons d'arnsee quMIs attendaient. ~ A la nouvelle de ce secours inattendn, les Araocaos sjonment leur attaque, jusqu'à ce qu*ils loient mieux Informés de la puistanee véritable du renfort. — Une seconde troupe d'auxiliaires vient de Cauten se joiadre à l'armée de don Garcia. — Caupolicin le prépare i poursuivre la guerre. ~~ Il passe en revue ses nombreux soldats, conduits par leurs chefs'. — Le général espagnol met ses troupes en mouvement ; il leur adresse un langage béroiqot et franchit le Biobio.

Qui jamais d'amour a donné preuve si éclatante 7 Qui Jamais en a vu si grande marque ou si pieux témoignage qu'aujourd'hui à nos regards les offre cette belle et infortunée Indienne 7 Que la Renommée, pour exalter ce dévouement, élève ma faible voix ; qu'elle la rende haute et sonore, et que pour répandre la gloire étemelle de cette action, elle vole de bouche en bouche et de contrée en contrée.

Arrière l'emploi coupable et le mordant office de ces langues empoisonnées qui ont la coutume et qui se font un devoir d'offenser les femmes vertueuses I Si vous l'examinez bien, ce seul exemple, lors môme que tant d'autres motifs ne la combattraient pas, suffit pour confondre leur malice et les contraint d'accepter on frein qui les réprime et de subir la honteuse peine du silence.

ni

Combien, ah ! combien nous voyons d'héroïnes gravir jusqu'au faite escarpé de la gloire ! Judith, Camille, la Phénicienne Didon , que Virgile couvre d'un injuste opprobre, Pénélope, Lucrèce qui lava avec son sang le lit outragé de son époux ; Hippo, Tuccia, Virginie, Fulvie, Clélie Porcia, Sulpicia, Alceste, et Cor- QéUeM

1 Le poSte consacre à Didon une apologie directe et fort étendue dani lei chants XXXII et xxxiii de son épopée. Cf. aussi, .«upra, 1. 1, p. CXC-CXCVI.

— Hippo et Miletia, filles de Scédasus, homme pauvre de Leuctres, sont violées et ensuite tuées et jetées dans an puits par deux voyageurs laeédémoniens, an mé> pris de l'hospitalité qu'ils avaient reçue du père. Celui-ci porte en vain ses plaintes à Lacédémone. Scédasas se donne la mort. Il apparaît à Pélopidu, la veille de la batailla de Leuctres, et lui annonce la victoire par laquelle ses filles vont être vengées (Yoy. Piutarque, Récits d'amour, Ul). Suivant une tradition un peu différente, les deux filles de Scédase se nommaient Hippo et Molpia: ce furent ellesmêmes qui, dans leur désespoir, se donnèrent la mort, et ce fut Bpaminondas qui, sans aucune apparition, invoqua Scédase et ses filles avant la bataille de Leuctres. Ereilla a sans doute suivi cette dernière tradition qui se trouve dans Pausanlas, IX, 13. — Nous devons ces détails à l'érudition toujours prête et toujours obligéante de notre ami M. Martin, Tun des hommes les plus versés dans toutea lea littératures, et l'éminent doyen de la Faculté des lettres de Bennes.

— Tuccia. En Pannée 619 de Rome, la vestale Tuci», Tutia ou Tuceia, accotée d*avoir été infidèle à son vœu de chastetéi prouva son innocence eu portant de l'eau dans un crible depuis le Tibre jusqu'au temple de Yesta. Voyex Denys d*Halicarnasse, Ântiqtrité$ romainei, II, 69. Talère Maxime, VIII, 1, § S, et Pline, B. N„ XXVIII, 2, sect. 3, § «, t. IV, p. 256 (Sillig). {Communication de M, Martin.)

— Virginie. Qui ne connaît le drame sanglant si bie.i exposé par Tita-Live? La rêle personnel de Virginie est peut-être moins pathétique que celui de son père, du centurion Tirgiaius; mais dans cefte magnifique peinture de l'honneur, de la pudieité et de la justice aux prises avec tous les excès d'un pouvoir capricietK et violent, si la jeune fille intéresse par cela seul qu'elle eat victime, elle nous toacbe pourtant aussi par ces sentiments d'héroïque chasteté que Leasing prête, après Tite-Live, à son Émilia Galottl, la Virginie de Guastalla. Tite-Live n'avait pas i créer une tragédie, mais à retracer les faits de l'histoire et le berceau des institalions, le renversement des décemvirs. Cependant sa Virginie est pleine de puissance et d'action souveraine, surtout quand elle est tombée sous le fer paternel. Après avoir montré, fidèle narrateur, les conséquences du soulèvement populaire, Appius emprisonné et se donnant lui-même la mort dans son cachot, ses collègues égorgés ou proscrits, Tite-LIve termine son récit par une noble et tondiante réflexion que nous avons déjà citée (Cf. supray t. I, p. XCIII, note 4), et qui nous représente l'ombre de Virginie accomplissant sur les décemvirs une légitime vengeance. Cette douce et triste image de la pudeur, sauvée par le sacrifice et pr^ menant après sa mort la Justice des dieux sur la terre, appartenait de droit au sujet d'Erciila.

— Fulvia. Le lecteur peut hésiter entre deux Romaines célèbres qui, tontes deux

CHANT XXI. it5

A bon droit panni elles peut être placée la belle Tegualda. Sa conduite rare et noble montre ce dont elle est digne pour sa

oat p«rté ce nom. Vom d*ellet, «lattreHe de Q. Curius, complite de Cttilisa, réTéla le conoplot à Cieéron, sans' nommer ton amant. Voy. Salloite, Catilina, ch. Si. ~ L*autre Fnifia est celle qui fut la femme d*abord du tribun Clodiui, pois de Marc-Antoine. Lonqoe ion premier mari eut été Mtaiainé et ton cada?re apporté à Borne, Pulria le fit placer dans le tcttibule de sa maison et donna, à la multitude qui aceourait, le spectacle d*une 'grande douleur. Quand Luclus, le frère de son second époux, se renferma dans Pérouse, où il fut assiégé par les lieutenants d*Oetave et par Oetave Ini-mème, Folrie montra une force d*éme et un courage teut virils. Elle paraissait au milieu des soldata, ceinte d'une épée, donnait le signal, karanguaitles troupes. Elle moumt à Sieyone de la douleur que lui causait la patsioii d'Antoine pour Cléopâtre. Cette seconde FuItIc est beaucoup plus célèbre que la première, et si elle &*est mpntrée odieuse en perçant à coupa d'aiguille la langue de Cieéron assassiné, pour le punir de Téloqueuee avec laquelle il Tavait flétrie, elle a pourtant fait éclater une rare tendresse pour les deux époux auxquels elle a tour à tour appartenu. Sa place est marquée dans Thistoire, bien qu'à des titres fort différents, comme celles de Porcia et de Cornélie.

-^lélia. Tout le monde connaît cette vaillante Romaine,qui,donnée en otage à Por- •ena, revint en traversant le Tibre à la nage. Rendue au roi des Étrusques par les Bomalos, elle reçut sa liberté et celle de ses compagnes. Porsena lui fit même présent d*un cheval harnaché, et Tadmiration des citoyens lui érigea dans la voie Sacrée une statue équestre. Virgile lui accorde t*immortalitéd*un beau ytr%{Énéide^ VIII, 651;.

— Porcia. Le poète veut parler de cette fille de Caton d'Ùiique qui devint la femme de Junius Brutus, et qui, après la perle de son mari, se donna la mort, en avalant, dit-on, des charbons ardents. ^Cf. Dezobry, Dict, génér. de biogr. et d'hiiloire, p. 2172).

— Sulpicia. Allusion à celte femme célèbre qui, sous Domitien, vengea par une satire les philosophes proscrits. Épouse de Calenus, quand cette noble Romaine vit son mari condamné avec tant d*aulres par un empereur qui voulait que rien d'honorable ne vint plus choquer ses regards (ne quid usquam honestum oeeurreretf Tacite, Agric,^ II), elle ne laissa pu cet outrage impuni et composa, eontre le décret tyrannique, sa courageuse invective, seul poème de Pantlquilé latine qu*une femme «ousait légué. Cf. Schla>ger, Sulpitiœ Eclogœ^ Mlttau, 1846; el la traduction en vers français, par M. Théry, Paris^ 18Î7.

'- Aleeste. La tragédie d'Euripide fait asseï connaître le dévouement conjugal d'Alceste. Elle s'offrit aux Parques pour sauver son époux Admète, que la maladie menaçait de mort; mais Hercule, hMe d'Adroète, dispute et enlève aux enfers la femme généreuse.

— Cornélie. Il ne s'agit pas de la mère des Grecques, si admirable pourtant par sa tendresse maternelle et à laquelle ses vertus et ion noble caractère firent ériger dans Rome une statue de bronxe, mais bien de la fille de Métellus Scipioo, qui fut mariée au grand Pompée. Elle accompagna Pompée, après sa défaite de Pharsale, fut témoin de sa mort sur la côte d'Egypte, et se réfugia à Chypre. La Cornélie d'Ereilla est celle que Lucain, poêle favori des Espagnols, a célébrée. Cf. Phartalê, chant V, 72Î-8I5 ; chant viii, 40-159 . Ï77-775. U plupart des héroïnes de la mythologie ou de l'histoire que rappelle Ercilla dans cette 3* octave, sont des modèles

186 L'ARACCANA.

pieuse tendresse. Aussi, sur le piédestal d'un acte sublime, elle brille parmi les plus illustres, et son nom toujours célébré appartient désormais à un avenir immortel.

Elle était restée, Je Tai dit, dans une retraite sûre, au milieu d'une compagnie honnête, et se montrait, poiur ce léger service, pleine d'une reconnaissance proportionnée au mal que Jui faisait craindre sa situation périlleuse ^ Lorsque l'aurore eut ra-

d'affeetlon et de fidélité conjugales. Dldon, que justifie one tradition opposée à celle de Tirgile, Pénélope, Lucrèce, Fulvie, Porcia, Sulpicia, Aleeste, Coroélie, offrent des eiemples éclatants de tendresses dévouée, analogue k celui de Tegualda. Mais le poète n*a pas touIu seulement relever k tons les yeux l'honoenr des épouses constantes. Son hommage est plus général et plus étendu. U vent défendre la femme contre les attaques mordantes de la satire :

De \u nonUcet lengau ponxoftons,

contre ces accusations banales qui semblent vouloir interdire an sexe tout accès à la gloire. Au souvenir de tAnt de pieuses et loyales épouses, il associe celui de Judith qui s*est eiposée pour sauver toute la nation juive des fureurs d*Holopherne ; de Camille qui meurt, les armes k la maio, en partageant les exploits de Tnrous; d'Hippo, qui meurt de désespoir pour se dérober à la honte de l'outrage qu'elle a souffert ; de Tuccia, dont le ciel même, par un prodige, absout la vertu ; de Yirginie, qui tombe victime de son propre père, mais pour échapper à la fureur d'un décemvir; de Clélie, dont l'ennemi même des Romains admire la forte résolution. Tous ces nobles types féminius répondent aux froides censures contre lesquelles proteste Tâme chetaleresque du poète ; toutes ces héroïnes ont mérité, comme Tegualda, one place dans la renommée :

« Han tubido

A la dineil cumbre de la fama. »

1 < Del poeo beneBcio agradecida,

8egun lo que esperaba en su veotura. »

Winterling ne me semble pas donner aux deux vers espagnols leur véritable sens :

« Indein rie dankend oft die ame Wohlthat priet. Die ibr darch nich da« ScbickMl angedeiben lieis. »

Ercilla ne songe nullement à s*attribuer le moindre mérite dans son acte d'intervention. Loin de là, il cherche à Tatténuer avec une abnégation parfaite. Il n'y avait eu dans sa conduite, semble-t-il nous dire, qu^un asses mince bienfait, > el poco beneflcio, t ce que Winterling traduit avec bonheur par les mots • arme Wohlthat ■ ; mais Tlndlenne témoignait pour ce faible service une reconnaissance proportionnée aux appréhensions qu'elle avait conçues, aux périls qu'elle avait pu craindre. La recherche du cadavre de son époux, pendant la nuit, sur un champ de bataille resté aux vainqueurs, était une témérité qui pouvait lui coûter cher; elle pouvait devenir captive, être outragée ; le traitement humain et courtois qu'elle

CHANT XXT. U7

mené une nouTelle lumière, quoique un agréable sommeil eût enchaîné doucement mes membres brisés par la fatigue, Je fus ré?eillé par le vigilant souci.

Vï

En toute hflte je vins au lieu où elle était ; toujours fidèle à son affliciion et i ses tristes plaintes, elle ne laissait pas même un seul instant s'affaiblir sa peine douloureuse et ses soupirs. Moi, avec grande compassion, je la consolais, et promettais avec assurance de lui rendre le corps de son époux, et de lui donner une escorte pour qu'elle pût repartir en liberté.

VU

Elle, encore incrédule, pleurait, et les bras étendus, sollicitait de moi, une sûreté entière. Alors j'appelai les Indiens que j'avais à mon service, et avec elle je sortis cherchant le cadavre de tous eûtes. A la fin, parmi les morts qui gisaient dans cet endroit, nous trouvons la dépouille sanglante et froide. Une balle avait traversé TAraucan de part en part.

Lorsqu'elle voit devant elle cette face flétrie et mutilée, la malheureuse Tegualda, entraînée aussitôt par un aveugle transport, tout en délire, se jette sur son époux, presse son visage contre le sien et, baignée d'un intarissable torrent de larmes vivantes, embrasse les lèvres, la blessure de l'Araucan et s'efforce de lui rendre l'existence avec son haleine.

a reça loi inspira on* gratitude ineiur6e sur Tatlenle des graves dangers qui |»lanajeul sur elle,

« SeguB lo que etperalM en m Teatara. »

n n*y t rien, selon nous, dans cette expression, qui puisse mener au sens de Winterling : « Reconnaissante dn faible service que le destin lui avait accordé par mon intermédiaire. » Ce n'est plus traduire un écrivain, c'est substituer à son idée une idée fort différente.

128 l.*A&AUCANA.

«Infortunée ! disait-elle^ que fais-Je au sein d'une telle douleur et d'une telle détresse ? Pourquoi ne pas contenter le cruel amour, dans ce moment qui semble choisi pour y satisfaire ? Pourquoi, lâche Tegualda ! ne pas en finir d'un coup avec une si grande amertume ? Qu'est-ce donc? Et l'injustice du sort en est-elle venue à ce point que même une mort violente me soit refusée ? »

Et dans son transport,pour mourir elle étreignail de ses mainsimpitoyables son cou d'albâtre * ; el comme ses forces la trahissaient, elle n'épargnait ni ses Joues où la tristesse était peinte, ni sa chevelure ; et, bien que je tâchasse de l'arrôter, j'avais beaucoup de peine à contenir ses mouvements. Telles étaient SCS angoisses et son agitation profonde ; telle était l'ardeur avec laquelle elle désirait la mort.

Lorsque cette douleur exaltée eut fait place à un peu de calme devant mes longues instances et mes prières, et que ses promesses m'eurent enfin rassuré sur les projets et les égarements de celte âme païenne , mes agiles Yanaconas placèrent sur une largo et forte planche le cadavre roidi et glacé, et leui*s épaules vigoureuses le portèrent jusqu'aux lieux où l'Indienne était attendue par ses propres serviteurs.

I « Por morir echab»

La rigarOM nano al blanco caello. »

II t*aeit bien réellement d'une tentatife de suicide. Winterling ne dit ptt aitez, loriqull traduit :

« Sich tchlAgl mit strenger Hand die weiiM Bruil and heiicht Zu ttert»en nur ntl gifihendem Yerlangen. »

Tegualda ne le borne pas à se frapper la poitrine et à désirer la mort ; elle s'efforce de se la donner elle-même, et e'est lorsque cet effort impuissant {no podiendo mas) a été comprimé par Breilla, qu'elle se contente de meurtrir son visage et de s'arracher les cheTOux dans son désespoir.

CUANT XXI- i«»

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Mais pour que dans les périls de celle guerre elle u'eûl à souffrir aucun outrage ni aucun excès, jusqu'au delà d'une sierra voisine je raccompagnai avec les miens. Arrivée à une terre désormais sûre, et lorsqu'elle n'eut plus à suivre qu'un chemin facile, elle prit congé de moi, me rendant grâces de ce que j'avais fait pour elle et du service qu'elle avait reçu*.

xiri

Revenus au retranchement, nous fûmes livrés toute cette semaine au travail, pour refaire ce qui était détruit, pour réparer le fossé d'enceinte et la muraille ébranlée *. Nos soins actifs et nos efforts y eurent bientôt pourvu. Pleins de courage et en bon ordre, nous attendions chaque jour les troupes ennemies, dont la rumeur publique nous annonçait l'approche.

Nous reçûmes aussi la nouvelle que nos guerriers étaient partis de Mapochô, approvisionnés d'armes et de munitions, avec mille chevaux et deux mille archers. Mais le pluvieux hiver avait fait croître les torrents, les marais et les lagunes. Ils perdaient bétail, effets, soldats, et la nécessité avait ralenti leur marche '•

1 Tout l'épiiode de Teguaida, Tuo J«t plus pathétiques d« l'épopée entière et qu*Ercilla oppose arec tant d*art aux scèuea de earnagt qui l'ont précédé ou qui vont le suitre encore, a été non pas appauTri cette fois et denéeké, mais complétement supprimé dans l'analyse de M. Gilibert de Mcrlhiae.

s Cf. supra^ eh. tx, oct. 20.

'La cavalerie, partie de Lima, et qui devait franchir le désert d'Atacama (eh. xiii, oct. 17), ataitdéjà trooTé un point de repos à la Serena (eh. xr, 63); mais à peine a-t-elle réparé ses forces, qu'elle poursuit sa marche sur Santiago {ibid., oct. 6i). C'est de Santiago qu'elle arri?e à la citadelle de Pinto, pour prendre bientôt sa part au combat de < las Lagunillas • . Don Ercilla n'a pas nommé le chef qui la commande. Au chant xiii«, il dit simplement Buneaudillo > . Claude Gay place les cavalirrs sous les ordres de Luis de Toledo (t. I, p. 374) ; mais Pedro de OAa désigne à leur tète Julian de Bastida (Cf. Arauco domado^ I, 45). Cependant il n'y a ici rien ilc contradictoire : ponr un corps d'expédition aussi considérable, composé de mille che«

UO LARAUGANA.

Telle était notre situation, lorsqu'un matin arrive en toute hâte un Indien dans la forteresse. 11 s'ëciîe : « 0 peuple téméraire I peuple insensé ! Fuyez, fuyez la mort qui déjà vous environne. L'indomptable puissance des Araucans fond sur vos têtes. Ni vos remparts ni vos défenses ne parviendraient à leur résister, et je ne sais quel lieu pourra vous garantir. »

Le môme avis fut apporté vers le milieu du jour par un cacique de la montagne, notre allié. 11 affirmait avec certitude que toutes les troupes et toutes les forces de TArauco s'avançaient dans un appareil superbe^ avec des instruments et des machines de guerre, des ponts, des échelles, des madriers, des planches et mille autres préparatifs dangereux.

La bravoure des nôtres ne fut point ébranlée par ces récits. Loin de là, ils désiraient en venir aux prises; le moins courageux avec résolution cherchait la place où il aurait le plus de périls à courir. Avec la promptitude, avec la régularité convenables, on dispose les ressources nécessaires, et l'armée toute prête attend le jour qui menace un si grand nombre d'existences.

Des Indiens, nos émissaires, nous avertirent encore que sans doute l'assaut nous serait livré par trois côtés à la fois, à la dernière veille de la nuit silencieuse. Aussi nous avions renoncé à l'espoir de tout secours, non pas de Dieu, mais des hommes, lorsqu'au sommet d'une colline tout à coup parut à nos yeux, marchant en bel ordre, la troupe espagnole.

Taux et de deux mille arcbert, il fallait plusieurs orCeiert ; Gay et Pedro de OSa auront cité les deux priDcipaux^ruo celui*ci, l'autre celui-là, uiis mériter ni Tau ni l'autre aucun reproche dMnexaetitade.

CUANT XXI. ill

Qui pourrait peiodre l'immense Joie, le ra?iasemeDt qui éclate des deux parts, les saluts échaugéSy le concours, le rauque et tumultueux fracas que Mars fait eoleodre, toutes ces baunières déployées au veut, ces guidons, ces devises, ce» étendards, les trompettes, les clairons, les cris, les appels et les hennissements des coursiers qui frémissent 7

Nous échangions les uns avec les autres des paroles d'amitié et de bienvenue. Pour les chevaux et les gens de pied nous marquons un séjour et un emplacement commodes. Des tentes ornées, des pavillons, des abris, se dressent dans Tétroite plaine, et leur nombre est si grand que toute une ville semblait avoir jailli du sol.

L'arrivée de ces combattants fit que l'armée barbare, déjà voisine, guidée par des vues nouvelles et par un avis prodent, abandonne ses projets et rebrousse chemin. Colocolo oppose son conseil sage et habile à celui de beaucoup d'autres caciques, et il les harangue avec tant d'art et de persuasion qu'il sait attirer à ses plans tous les suffrages.

Es engagent auparavant, il est vrai, un grand débat et une discussion animée ; mais à la fin ils ajournent pour l'heure l'exécution de leur terrible sentence, et ils replient leurs bandes formidables^ jusqu'à ce qu'ils puissent être exactement instruits des forces que Tarmée espagnole vient d'amener et dont la renommée avait déjà grossi le nombre.

XXIH Cependant les nôtres, avides de montrer cette valeur à la-

quelle se reconnatt la nation ', impatients du repos^ Jalouic d'entrer sur la terre ennemie pour la dévaster, s'efforcent, dans leur ardeur fougueuse, de hâter les combats que leurs vœux sollicitent. Us s'empressent, ils mettent tout en œuvre, pour préparer les objets que réclame la guerre.

Bientôt est réparé tout l'équipement où une route longue et fatigante avait marqué ses ravages. La troupe intrépide et bouillante^ animée par la valeur et par Tamour de la gloire^ murmure librement contre l'inaction et demande un prompt départ. Elle veut que Ton h&te le moment appelé par toutes les espérances. 11 est fixé enfin au cinquième jour.

Lorsque eut paru l'heure joyeuse et désirée, conmie allait s'ouvrir la première marche, voilà que de l'Impériale, arrivait une grande foule de cavaliers et de fantassins. Pour nous rejoindre, elle avait traversé un pays rebelle et soulevé, avec des serviteurs nombreux, une quantité de bagages et de munitions, des armes, des approvisionnements.

Quand une fois à cette môme place furent réunis tant de soldats armés, équipés, que tous les préparatifs utiles eurent été faits, et toutes les ressources nécessaires disposées, on répartit dans un ordre égal les campements, les quartiers, les escadrons» afin qu'à la moindre alarme et au premier signal, chacun pût accourir à sa bannièreé

1 t Pefo lot ndellroi' de ntoslrar gtnoios

Aquel talor que en la nacion se encierra. m

Wiaterliiip traduit atec éclat, mais avec plus d*esprit et d*aitance que d'ttacti<k tude :

« Allein die Unsern, vi n Begier enlbraont

Den angeilannlen Malhder YAM zu bewabren. »

CaAlIT XXI. ist

XX vu

Caupoliean, a?ec oon. moins d*habileté, avec des soios TÎgi* laats et une prévojaoce qui embrassent tous les détails, confie les troupes d'Arauco à des chels illustres et capables. C'est dans la guerre» c'est dans cet art difficile que son génie et son expérience éclatent davantage. Et lorsqu'il eut tout réglé, il Toolut fwx un jour combien d'hommes portaient le fer sous ses lois.

xxvm

Le premier qui se montre devant lui est le cacique Pillolco. Il s'avance couvert d'une armure à l'épreuve et sa main droite soutient une énorme massue garnie du fer le plus dur^ 11 est à la télé de ses compagnons^ habiles maîtres à lancer les dards d'un bras exercé et toulours sûr. Tous s'avancent fidèles an bon ordre, tous avec une belle attitude, treize par treize, en files toujours égales.

xirx

A peine les dernières ont passé, déjà parait sur leurs traces le raillant Leucoton que suit une foule épaisse d'archers. De toutes parts ils font voler d'innombrables flèches. Après lui, c'est Rengo avec ses hommes chargés de massues. D'un pas égal et grave, il marchearrogant, présomptueux et hardi. Un cèdre entier repose dans sa main*.

i Les ven d'ErcUU indiquent arte cUrté rarmnre défeaiiTC et raroie d*aU«qoc i

« El e«al trondo

Ibt 4é r««rt«« anaM) m la diasira Un gran bastoa «k acero barraado. 4

Le tradaeleor allemand ne parle que de la missae, de Tarroe uffensire, et il y toit te meilleur des remparts pour le guerrier :

« D«r erste« der an ihm Torfibertog War der lazick Pillolco, der Zu Schuls nnd Trutt als seiae béate Wehr Den ah'rnen ïolBe» in der MeeliUn wog. »

S « Çon un eotero libano en la mano. »

Ce fera nom rappelle aussitôt le vers de Tir^ile sur lequel il semble ealqaé ; • Et tenanB«braiic« rerellf, 8U*ana, cupraïauni. » ^^^ ^ ^ ^

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