‹ L'Araucana, poëme épique espagnolChapitre 9 sur 40 · LXXXVI · texte numérisé non relu

LXXXVI

Mais avec cet accent qui s'affaiblit et qui baisse, je ne dois pas célébrer un si merveilleux exploit. Certes, il m'est nécessaire de reprendre haleine et de retrouver une langue plus libre, une voix plus puissante. Aussi, plein de crainte, je n'ose m'aventurer cette fois. Seigneur, à pousser plus avant. Pour le nouveau chant que je vais faire entendre, gardez-moi, je vous en prie, votre faveur et une oreille attentive.

* LMmiUtion du Ttue te trahit eoeore cette fois dans lei vert du poëte, non moins qne Taceent du patriotisme espagnol :

€ L*oHlMto eMrdU eongfanto

Talt« U lue bandiere al itnlo icioglie ;

S nel T«Mill« imperitla • grande,

La triooCute Croce al ciel si tp«nd«. ■

{LaO*ru$^hh, 1,7t.)

t Le earaetère de haute inspiration épique qui éolate au ohant txtr de {'Araueanat s^annonoe aveo grandeur daoe ees deroières octaves. U faut lire, après ces telles et fortes images de la bataille de Lépaote, eeU«*a du lyrique Herrers, le éivin^ sur le même sujet, ou mi^u» encore, la partie du Vlll* livre de VÉniiée que Virgile a eonsaerée à la bataille d*Aeiium.

SomAïui. — Defcription de la bataille navele de Lépaote, entre la flotte dee Tiret, eommandée par Hali» et celle des Chrétiens sous les ordres de don Jnsn d'Autriche. — Discours de don Juan à ses soldats. — Ordre de bataille adopté par l'escadre espagnole. — Disposition de l'escadre ottomane. — Paroles de Hali i ses troupes. — Héroïsme de don Juan d'Autriche. — Lutte acharnée des deui armées rivales. — R61e des principaui chefs. — Mêlée affreuse autour des deux galères realei, — Habileté et audace du pirate Ochali. — Bpisodes. — Mort d'Augustin Barbarigo. — Prise de la realé ottomane. — TIctoire des Chrétiens. — Fuite d'Ocbali. — L'enchanteur Viton,d*un coup de sa baguette, fait disparaître le tableau prophétique qn'il atait placé sous les yeux d'Ercilla. — Le poêle revient au caoïp espagnol où chacun le croyait perdu. — Après deux semaines d'attente inutile, Garcia, que rien n'a pn éclairer sur les projets des barbares, porte son armée en aTant, et assied son camp dans la vallée de Millarapoé. — A peine les tentes sont-elles dressées, qu'on messager araucan se présente au chef espagnol.

Le momenl est venu, puissant Felipe ; ma voix, flère de votre appui, doit chanter cette grande bataille où combattît l'univers entier et dont furent témoins les flots de la mer ausonienne. Je dirai Torgueil des Otloman» terrasse, leur force maritime détruite, les chances variées, les destins divers, les désastres sanglants et l'horrible carnage*

0 saintes Muses S ouvrez*moi votre source I Donnet-moi un nouveau souffle et un nouvel enthousiasme, avec le style et les paroles dignes de ma grande et audacieuse entreprise, afin que Je retrace dans tous ses détails et dans tout son jour la rencontre violente des escadres et les nation» qui réunies sur les mêmes vagues venaient braver ce terrible coup de là fortune.

^ L'aeeent d*Ercilla est presque religieux dans cette invocation. Tons sentes que lef rnusM aiuquellft il s*adreiM ont le mémt earactère que la mute dont parla

194 LARAUCANA.

in

Qui suffirait à décrire les batailles et rimmense quantité de galères, la multitude et le mélange des peuples, les drapeaux, les étendards déployés, les moyens de défense, les équipements, les munitions, toutes les armes et leurs usages divers , les machines, les artifices, les instruments^ les apprêts, les ornements et les devises?

Je vis assemblés Croates et Dalmatiens, Esclavons , Bulgares, Albanais, Transylvains, Tartares, Ttiraces, Grecs, Macédoniens, Turcs et Lydiens, guerriers d'Arménie et de Géorgie, Syriens et Arabes, gens de Lycie et de Lycaonie, Numides, Sarrasins, Africains; des janissaires, des sangiaks^, des capitans , des tchaouchs ^ des beylerbeys *, des pachas.

Je vis en même temps la florissante et vaillante Jeunesse de la nation espagnole, la noblesse d'Italie et celle d^Allemagne,

T^iio {GeruiûL liberata^ I, ocl. !)• 11 lenr donne le titre de taera», et il les appelle i ton aide pour chanter la Victoire det ebrélient sur ritlamitme, Wlnterliog fait disparaître l'épithèie et ranime le lonrenir de THippoerène :

€ Ihr, Mus«D ARnet mir die Htppocrtne. >

et air de paganisme afrgrave et altère mal i propos l'expression du poète espafrnol» où une critique rigide pourrait trouver déjà une méianbore presque mythologique : « Abrid Tuestra fuente. » S*il ne faut pas contester les égarements du goût du xvi« siècle, nous ne devoni pas non plus les exagérer dans la traduction de ses écrivains.

t Le mot iangiak signifie bannière. L'on disait indifféremment sangiak ou sangiakbegb. Ce nom répondait à peu près à celui de nos aociens chevaliers èannerefa. Le sangiak était le commandant d'un lieu considérable dans une province, et avait sous ses ordres un certain nombre de spahis.

t Les tchaouck»^ que te traducteur de l'historien de Thon appelle chiaooa (Cf. t. VI. p. 165, etpA^sim), formaient au sultan un nombreux et brillant cortège de cavaliers. La richesse de leur costume et de leur armure faisait des tchaouchs, avec les spahis, une garde d'honneur privilégiée.

S Les hryi ou begi étalent les gouverueurs des pays ou villes maritimes de r<>mpire turc. Le mot en lui-même signifie seigneur^ et ils accompagnaient touven ce nom du titre de sangiak. Le beylerbey ou seigneur des seigneurs, était le goavemenr général auquel obéissaient tous les sangiaks d'une même province.

CHAHT XXIY. 195

braye et intrépide compagnie. Tous sont parés avec une grande richesse. Le courage et l'audace éclatent sur leurs traits. Aux poupes, aux hunes, aux misaines flottent les banderoles, les flammes et les gaillardets '•

Ainsi les deux flottes s'avançaient *• Vous eussiez dit, à les w>ir glisser sur les ondes, qu'elles ressemblaient à deux forêts épaisses qui peu à peu se rapprochent *. Les armes polies étincelaient et frappaient de leur éclat les vagues sans repos; de loin les yeux étaient éblouis de leurs vifs et brillants reflets *.

Au milieu de notre escadre de tous côtés volait une frégate légère. Elle portait un jeune homme de haute taille, d'un air intrépide et vaillant. Une riche et solide cuirasse couvre sa poi-

1 On appelle gaiOardtt 1« paTÎlIoii éebancré, arboré tor le mât de mlMine.

t Lm détails bittoriquei sur la bataille navale de Lépaate sont eiposés avee aoe grande 1 ornière par de Tboa, Histoire univenellê dé 1543 à 1607, trad. de Gayot DesfootaiDes, t. VI, Ht. L, p. It6-t50, et par Ferreras, Bistoire générale d^EspO' gnet trad. d'Hermilly, t. X, p. 245-262. Nous puiserons largement dans ees dent écritafas et ailleon encore, pour les notes du chant ixir*. — Voyes la curieuse Beladon en prose do poète Herrera, et la « Bittoria dêl eombatê naval de Lepanto^ * savant écrit, publié à Madrid par don Cayetano Rosell, en 1853. L*ouvrage de doa RoseU a été couronné par T Académie espagnole.

> Les mâts des navires, nombreut et serrés, ont été souvent eompsrés à une forêt. Féneloa emploie cette similitude, en nous peignant la flotte des Tyriens : « Dans ce port on voit comme une forêt de mets de navires. » [Télém.^ II.) Ercilla fait plus ; Il nous montre deux forêts épaisses qui s*ébranlent et vouC se heurter, à peu près comme Virgile compare les vaisseaux opposés d'Octave et d'AntoinCi à des îles et à des montagnes prêtes à s'entre-choquer :

« ..... Peltfro er«d«i ianar* rtniUaa

Cyeladaf, aut montM coneurrere monlibui alloi. >

(J^n., Vin, 69I-S9S.) * Cf. Virgile, En., VIII, 677 :

« .».. Aaroque effulgere floetai. »

Cf. Idem, iàid., lib. tt, 260-271 :

« Stans ea1«a In puppi : elypeam quum da&mle tinitlrA

IxtoUt ardentom

Ardai apex eaplH, erivUaqna avariiea faaana Funditnr, et vaslos umbo Ton.it onreu» Ignat. >

trine. La marque du commandement est si imposante en lui, que son attitude, ses traits, son maintien semblent révéler le fils de la Fortune et du dieu Mars.

Jaloux de connaître le nom du héros, charmé de sa bonne mipe et de sa fierté, je contemplais, d'un œil altentir, ses manières, tout son extérieur^ ses gestes et son armure, et sur le devant de son casque impénétrable, j'aperçus , repoussés par un fond rouge comme le sang, ces caractères d'or gravés en relief : « Don Juariy fils du César Charles-Quint. »

De toutes parts il allait sans cesse au milieu du bruit et du fracas. Sur le môme navire était près de lui le secrétaire Juan de Soto. Le magicien Fiton m'apprenait qu'en toute chose, la voix du vieillard avait une grande autorité. Sa raison et son expérience découvraient une foule de moyens et de ressources.

Don Juan exhortait alors ses soldats à la bataille et aux dan* gers de la lutte. Son courage et son héroïsme présentaient la victoire comme assurée et fixaient les incertitudes. Son grand cœur faisait disparaître les difficultés que montrait la crainte, et répandait dans toutes les ftmes le feu des combats et une ardente furie.

« Braves compagnons, disait-il, rempart inexpugnable de l'Église, voilà Toccasion, voilà le Jour où vous pouvez conquérir pour votre nom une place dans la mémoire. Maniez à l'envi vos armes et vos agiles avirons ; et votre invincible puissance, votre foi inviolable, faites-les voir à ces perfides païens qui ne viennent ici que pour expirer sous vos coups.

« Celui gui désire retourner vivant de ce champ de bataille vers son nid paternel et vers sa chère demeure, qu'il y songe bien, c*est à travers ces rangs armés qu'il doit se frayer une issue avec le fer. Que chacun réfléchisse qu'il combat pour son Dieu, pour son roi, pour sa vie môme, et qu'il ne peut autrement la sauver que par le massacre et la destruction des en* neinis.

c Oui, c'est de votre valeur et de vos glaives que dépendent aujourd'hui le sort et le grand avenir du monde. Sachex que chacun de vous a dans sa main tout l'honneur et la récompense auxquels il aspire. Hfttons jiotre succès, les longs retards nous outragent, et pour remplir tous vos vœux, il ne vous reste plus qu'à franchir quelques vagues encore ^

« Courons donc au triomphe. N'arrêtons pas la fortune heu« reuse qui nous appelle. Suivons le cours prospère du destin. Fournissons à la Renommée une matière éclatante. D'un seul coup» brisons ici l'orgueil des barbares, et que le retentissement sonore de cette bataille se répande jusqu'aux derniers confins de la terre.

(c Contemplei ces flots, et voyez avec bonheur quelle gloire vous est déjà préparée ; Dieu n'y a réuni cette armée formidable que pour l'exterminer devant vous, pour qu'ici ^ans cette

1 Octave topprimée par V^raterliog. Uéloqnenee entraînante qui s*y ré? èle comme dans tonte eetie harangue, véritable chef-d'œuvre oratoire, méritait les respecta du iradoctenr. Le discours de Juan d'Autriche peut èire compte parmi les meiUeurt discours d*un écrivain qui exeelle dans ce genre de création. Les paroles de Lautaro, de Canpolicào, de Colocolo, à leur troupe on dans les conseils, celles de Garcia aux soldats espagnols ne sont pas plus saisissantes que ces éclairs d'enlhousiaime qui étincellent dans l'héroïque et impétueuse allocution de don Juan.

198 LARAUCANA.

journée, tout TOrient fléchisse sous notre Joug sa tête obéissante, et qu'à ses princes, à ses rois redoutés nous puissions dicter à notre gré des lois souveraines.

« Aujourd'hui sur leur ruine établissons dans tout le monde l'empire des chrétiens. Dieu le veuti brisons l'arrogance et la fureur des Musulmans. Quel péril, vaillants amis, aurions-nous à craindre, en combattant à l'ombre d'un tel bras ? Qui saurait résister à vos glaives dirigés par une main divine ^ ?

« Je ne vous fais qu'une prière : fiez-vous au Christ, qui s'of- Tre pour vous à la mort de la croix; que pour lui chacun combatte et montre qu'il mérite d'être nommé son soldat. D'une âme ferme, soyez résolus à vaincre ou à mourir. Si le succès TOUS présente une foule d'avantages et est plein de gloire, la mort pour un si grand Dieu n'est pas d'un prix inférieur '.

1 Le langage religieux et preiqoe lyrique de don Joaa d*Aatricbe rappeUe celui de Berrera. Ce poëte, souvent lublime, gloire de l'école de Séville, ne a'eit pas borné i raconter en prose la bataille de Lépanle ; il y a consacré une de ses plus belles odes, et les sentiments de patriotisme exalté dont elle est remplie, ne perdent rien de leur valeur parce que Técrivain puise dans la Bible et dans l'Évangile des formes consacrées aux saintes choses. Un pareil slyle était comme Texpression naturelle de cette grande croisade du catholicisme. Don Juan rencontre, lui aussi, les couleurs de son langage dans la verve chrétienne et nationale qui Tanime. C'était la nuance de toutes les imaginations contemporaines. Placée à la tête de cette glorieuse insurrection de tout l'Occident contre le culte que Philippe II avait proscrit dans les Alpujarras, et que, depuis le terrible drame du Guadalete, la Péninsule avait constamment combattu, l'Espagne, à Lépante, associait comme toujours l'idée de patrie et l'idée de religion. Sous l'étendard de Juan d'Autriche, elle n'ignorait pas qu'elle luttait noo-seulement contre des barbares, mais contre des infidèles, et le général de Castille savait bien qu'il s'adressait aux soldats de l'Évanttile ; tout autre langage eAt été mal compris. Tel aussi il devait être devant celte foule de jeunes seigueurs distingués, que leur courage et une inspiration divine avaient engagés, selon De Thou, à sacrifier leur vie à la religion et a la gloire. Cf. De Thou, loc, cit., p. Î28.

> C'est presque le sentiment de ce troubadour qui osait dire : t Seigneur, vous êtes mort pour moi, je suit» mort pour vousl... t Cf. Pierre d'Auvergne (Raynouard, Choix de poésies des troubadours^ t. IV, p. 115). Le sacrifice de la vie dans une croisade semblait à ces âmes hardies et naïves un échange, un libre et exact échange avec la volonUire immolation de Dieu sur la croix 1 Mourir pour Dieu était la plus belle

CHANT XXIY. 191

« Voilà le but pour lequel nous bravons les dangers et les hasards de cette lutte terrible. C'est pour défendre la loi de Dieu que nous marchons contre la race des infidèles et des renégats. Aussi la Juste cause que nous soutenons nous garantit le triomphe; le ciel nous le promet; oui, Je vous Taffirme, la victoire est à nous ! »

Aussitôt les cœurs les plus glacés s'enflamment d'une fureur généreuse. De leurs membres engourdis et inaclifs i]s chassent toute honteuse crainte. Touslè vent ]e bras droit et Jurent de vaincre ou de mourir, et, de ce moment , peu leur importerait que les forces de l'univers entier s'armassent ensemble contre eux.

L'intrépide guerrier loue leur confiante vaillance. D'un essor rapide fendant les flots, il traverse le milieu de Fescadre et trace derrière lui un sillon d'écume blanche. Ainsi une comète étincelante, franchissant d'un, vol impétueux ]e vaste espace des airs, a coutume d'y laisser longtemps l'empreinte de ses feux '•

A peine a-t-il avec promptitude rangé en bataille galères et combattants, qu'il se hflte de rejoindre son poste royal où il est salué avec enthousiasme *. A chacun il a désigné sa place, et

des TÎctoirei, et par cet héroïque et fier leotiment, don Juta d*Autriehe gagnait tout les esorSf enflammait tous les enthuusiumes. 1 a. Virgile, Georç., l, 365-397 :

« Scpe etiam ilelUs, Tento impendente, videbii Prscipik» roelo labi noctUque per uaibram flaaaianim longot a targ o âlb««eeTe Iraelnt.»

S Srcilla, en véritable poëte d'épopée, laisse le premier r6le et le plus bérolqae an flls de Cbarles-Quinl. L'histoire est plus complète et partage pi»* également les booneari. De Thon et don CayeUno RoseU nous rapportent que don Juan, après

100 l'abaucâna.

aussitôt, selon le plan et dans Tordre le plus convenables, l'artillerie armée et toute prête, il s'avance contre la flotte des Ottomans.

L'aile droite obéit au successeur de l'illustre André Doria ^y

avoir arboré le pavillon bénit par le Pape et où étaient figurées lei armée des princes eonfédéréa, se mit dant une barque, donna ordre à Requesent de fuire la même cboie, et que tons deux allèrent de rang en rang, don Juan & droite, Requesens à gauche, exhorter lea chrétiens à combattre avec courage sout let enseignes de ié«us-Christ ; après quoi Parairal espagnol, retourné à sa place, fit une harangue militaire, qui fut suivie d'enthousiastes acclamations. Il remoiita ensuite sur son yaisseau ; Requesens et Colonna étant aussi retournés sur les leurs, les deux armées donnèrent le signal par un coup de canon (De Tbou, p. 241 ; don Rosell, p. 05-96). Dans ce récit, conforme à celui de Ferreras (t. X, p. 255), le persoonage de don Jnan d'Autriche n'est pas isolé et mis en relief, à rexelnsion de ceux qui l'entourent. Les historiens rendent compte de la réalité; le poëte épique , sépare son héros de la foule et fait converger vers lui tous les rayons, en sorte qu'il apparaît non pas seul, mais un peu à l'écart, au-dessus de tous et idéalisé. sur le théâtre de si gloire. De son c6lé, la poésie lyrique a d'autres plans et d'autres procédés; elle s'élève vers une sphère plus haute, et c'est Dieu qui devient le principal acteur dans l'ode de Herrera. C'est un chant an Seigneur, et don Juan d'Autriche n'apparaît que pour s'incliner de*antle Dieu des batailles qui vient d'assurer son propre triomphe et d'écraser l'infidèle. Cf. M. Antoine de Latonr, Séville et r Andalousie, t. I, p. iQ9.

1 II 8*agit de Jean-André Doria, le fils (el sueesor) du grand André Doria, Tamiral de r.harles-Quint. Les éloges d'Ercilla se rapportent tous au père, à cet homme célèbre que de misérables intrigues de cour firent perdre à François I*r, et poussèrent sous le drapeau de son enuemi. Winterling s'abuse et fait passer le panégyrique au compte du fils :

c Dem rechian Flûgel unorer Flotte war Andrai Doria aU FQhrar b«igtfgcben, D«i rOhmliches Gedlchlnisi immerdar * Wird auf des Mitlelmeera Gew&tsern leban. >

Nous ne saurions croire que Winterling ait voulu parler ici du grand Doria luimême. La bataille de Lépante fut livrée le 7 octobre 1571 (Cf. De Tbou, t. T, p. 239), et le vainqueur de Coron et de Fatras était mort eu 1560. C'est donc bien du fils qu*il est question. Ercilla est très-précis dans son langane. Il nomme ici André-Jean • el sueesor del inclito Andréa Doria^ * et lorsqu'il le désigne une seconde fois (oet. se»;, il l'appelle • Juan Andréa.* Toute illusion est impossible. Winterling, dans ce dernier passage, lui donne encore le nom « d'Andréa Doria, * en sorte que, ches le traducteur allemand, on ne sait à quoi sTen tenir. Le poë e et l'historien ne laissent aucune hésitation. Nous ne pouvons pas nous persuader cependant que M. Winterling, devant les termes si explicites d'Ercilla, ait pu confondre le fils et le père, et le seul reproche que nous soyons tenté de lui faire, c'est d'avoir laisfé au fils l'éclatant hommage qu' Ercilla a rendu an père seul. Déjè au service de Philippe II dans l'attaque dirigée contre Tripoli, en 1560, André-Jean laissa enlever Chypre aux Vénitiens parles Turcs et il montra peu d*ha-

CUANT X\1V. 201

doDt les rivages les plus lointains de la Méditerranée perpétueront la gloire dans tous les siècles. Augustin Barbarigo ^ de Venise, provéditeur de la flotte sénatoriale, conduit l'aile gauche avec une aussi beUe ordonnance et dans le même appareil.

Entre les deux ailes égales et régulières^ le digne fils du grand Carlos guidait la bataille ; à ses deux côtés sont les galères de Malte et de Lomelin ', et tout près de lui les capitanes du Pape et de Venise. Ainsi voguait l'escadre, et dans une égale mesure, avec la môme ardeur, l'onde est frappée par les larges pales des rames iomienses.

En avant étaient six galéasses, chargées d'bommes et de ca-

bileté à Lépante, où il dirigeftit l'aile droite des confédérés. Cependant, pour èire joftte envers le second Doria, nous deyons ajouter que son inaction an milieu des périls de Nicosie et de Faniigouste, était peut-être dans ses instructions; que ce fol lui, selon Ferreras, qui ré^a dans le conseil de guerre la marche des vaisseaux chrétiens en sortant de Messine (elle devint à peu près le plan de la bataille de Lépante) et que ce fut lui encore qui donna, suivant De Thon, à don Juan d'Autriche Tavis dis faire surveiller la mer par la réserve de Santa-Crax, dans la crainte que l'enneini ne vint tenter, i la suite d*un long combat, quelque attaque imprévue contre une flotte épuisée (p. Î39).

i Des trois chefs qui commandaient le ccotre, l'aile droite et l'aile gauche de l'escadre espagnole, Juan d'Autriche, Doria et Barbarigo, le dernier est le seul qui périt dans cette glorieuse lutte, au lendemain de la bataille, et Ercilla célèbre la mort de l'illustre ca|.'itaine avec nn accent digne du héros (Cf. oet. 83-85).

s U faut éviter ici toute confusion entre la Lomellina et les Lomelinei, La Lomellina est une contrée du Milanais, entre Pavie et Casai, le long du P6 qui la sépare en deux parties; Mortara en est la ville principale. Celait une province des anciens États sardes, dans la division de Novarre. Bile appartenait au duc de Savoie qui avait fourni pour Lépaote deux mille fantassins et une partie des galères du centre, cellet qui, à la gauche de la reahy venaient après le capitaine de Venise, et obéissaient à Fi auçois-Marie de la Rovère, fils du duc d'Urbin. Ercilla aurait pa donner aux galères du duc de Savoie le nom d'une portion de ses domaines. Mais des faits historiques très-précis nous empêchent d'accepter cette explication. Il 7 avait i Gènes une illustre famille du nom de Lomelineit et c'est bien de ceux^ ci qu*il est question. Us établirent, vers le milieu du xve siècle^ dans 1 île de Tabaïka, à vingt kilomètres & Touest du cap Nègre, une colonie géuoise chargée de la pèche du corail, et ce fut là pour eux une source de richesses. Le bey de Tunis leur avait accordé cet ilôt en toute propriété. Ils figurèrent en grand nombre à Léptnte. Au centre de bataille, mais tout à gauche, était la eapitane de Lomelin,

202 LARAUCANA.

non8. Elles cinglaient deux par deux sur le front de bataille *. Leur disposition imitait le croissant de la lune % et derrière la flotte, trente galères, destinées à porter secours en tout

eommandée par Pedro BaatlsU; elle porUit Pftolo-Jordtao des Urvlns, qui fat uoe des TicUmet de It bttaille. La patronne de Lomeliu était & Taile droite que dirigeait Doria. Il y avait au^•i dea Lomelineti Taile gvuche, aous les ordre* de Barbarigo. La capitaoe, détignée cette fois par Ereilla, était à reitréme centre Tert Taile de Barbarigfk, conme la capitane de Malte se tenait & rextréme centre, tert la droite. C'est ce que les vers espagnols expriment avec une rare netteté :

■ CerranJo los dos lados

Lu galera» de MdUa y Lomelino. >

Yoy. pour les détails, les docnmenU réunis par don Cayetano Rosell, « Bittoria del eombate naval de Lepanto (p. 84, 99, 100 et pasiim),

* C*est le poste que don iuan leur assigna, sous le commandement de François Duodo, pour qu'elles soutinssent le premier choe et que leurs puissants projectiles contribuassent à rompre la ligne des vaisseaux turcs. Cerbellon était le général de rartillerle. Chaque couple de galéasses devait préparer par son feu l'attaque d^une des grandes divisions de l'escadre. Dans la mArobe de Messine à Lépante elles fai- Baient partie de l'avant-garde de Juan de Cardona et elles étaient remorctuees tour à tour par une des galères du corps d'eicadre qu'elles étaient destinées à couvrir. Construites sur le même modèle que les autres galères, elles étaient beaucoup plus grandes; leur proue et leur poupe avaient comme des châteaux forts, armés pour le moins de quarante pièces (voy. Marco-Antonio Arroyo, Belaeion del pro^ gresso de la armada de la eanta Liga^ cap. 1 \ Cf. don Cayetano, p. 88). Ces six énormes vaisseaux vénitiens, qui formaient avec leurs éperons et surtout par leurs canons formidables, de vraies citadelles, n'auraient pu que difficilement et par intervalles, & cause de leur prsanteur, prendre part aua rapides manœuvres des galères. C'est d'eux seuls qu'il faut entendre ici l'arrangement en demi-lune dont parle Ereilla , car l'historien De Thou, bien qu'il soit contredit par Ferreras (p. 255) et par Mariana (t. 11, pag. 398, Bibl., Rivad., t. XXXI), déclare d'une manière positive que l'escadre espaicnole s'étendait sur une ligne & peu près droite, et que la flofe ottomane avait renoncé cette fois à se courber en croissant, selon sa tactique ordinaire (p. S40). 11 est Trai que don Cayetano Rosell (p. 106) semble justifier l'avis des vieux, historiens espagnols : « La armada de Aalé. • dit-il. t mas nomerosa que la de la Liga, ocupaba major espacio, exteodiéndose en bermosa vista y en linea coiitinuads, aunqne avaoïaudo sas dos extremos, de OMnera que formaba una perfecta média luna. a Mais de ce texte même il résulte que le corps principal de l'escadre ottomane, qui ne comptait pas moins de qnaire-vingt*seixe ga- 1ères, se développait en ligne droite, et la saillie, formée par les deux ailes, ne suffit pas pour infirmer l'assertion de De Thon. < H^interling rend ceci avec beaucoup d'élégance t

• Die parwd«i lieh den feindlichen Oetchwader nah, intlem sie einon flalbniond bildolen. •

Les mots « en las fronteru > ne nous paraissent pas désigner le front de bataille de l'ennemi, mais bien celui de l'armée espaguole. Les deux Ûottes rivales étaient encore en ce moment à une certaine distance l'une de l'autre. Le sommet du demi-cercle décrit par les galéaMCs devait correspondre au centre de retctdre confédérée et faire face à la capitane des Turcs.

lieu *, avaient pour mattre le marquis de Santa-Cruz ', qu'entoure une vaillante compagnie.

* Cette réserve n'était pas desliaée sealement i porter seeoors aax galères les plos engagées et les plus compromises. A cette miwioo d'aoïiliaire, pendaat la bataille, Santa-Croz devait en joindre une autre, celle de surveiller la mer. Don Jnaa porta même la cireoaspeclioo jusqu'à laisser hors de bataille, outre les trente vaiiseaax de Santa-Cms, aux banderoles blanches, dix galères pour les cas impréTus. L'escadre chrétienae se trouvait forte de deux cent six voiles, et, poor couper court à tous les froissemeots d'orgueil, aux rivalités ambitieuseS| Juan d'Autriche voulut qu'on se rangeât poor la marche et pour le combat, dans chaque division, non pas selon les titres ou la naissance, mais pour le bien publie et de manière à donner aux lignes de bataille la plus grande force possible d'attaque et de résistance. Les dix galéasses d'avant-garde, les trente galères de réserve dont parle Ercilla aussi bien que f histoire, et les dix autres galères de supplément que mentionne De Thon, ne formaient que la partie accessoire de l'escadre. Cent soixante galères s'étendaient sur un front, soixante au corps de bataille, avec des banderoles bleues, sous Juan d'Autriche, à qui Philippe II avait donné pour lieuteaant et poor conseiller Luis de Requesens, le eomêndador mayor de Castille, et que Mariana (/. c.) a le tort de placer à l'arrière-garde avec Santa-Cruz. Les galères que Ooria dirigeait k l'aile droite, étaient au nombre de cinquante, et avaient des banderoles vertes; là se trouvait la patronne de Lomelin. Cinquante antres à raile gauche, du c6lé du rivage, étaient sous les ordres de Barbarigo et se distinguaient à leurs banderoles jaunes. La galère de Barbarigo se trouvait la plus rapprochée du rivage. Les chiffres donnés par Ferreras ressemblent d'asaes près à ceux de noire historien français pour qu'il soit inutile de tenir compte d'aussi légères différences. Les Turcs opposaient à cette escadre à peu près deux cent soixanteqsatre galères. Hais ce qui devait assurer la prépondérance des chrétiens, c'est rarmement même de leurs vaisseaux. Ceux des Turcs étaient faiblement équipés. Les parapets des galères espagnoles protégeaient les tireurs et assuraient la justesse de leurs coups, le numbre de leurs arquebuses et de leurs canons l'emporuit de beaucoup, et près de vingt-cinq mille hommes de troupes régulières chargeaient la flotte. Ces troupes avaient été réunies longtemps d'avanee avec de sages prévisions, pentiant que Venise subissait d'éclatants désastres. Gabriel de la Cueva, duc d'Aïbuquerque, gouverneur général du Milanais, les avait levées dans toute la Lombardie, pour la guerre contre les Turcs. Dirigées sur le littoral de Gènes, elles furent embarquées, à l'arrivée de don Juan, et suivirent bientôt les régiments de Moncade et de Piguerca que Juan d'Autriche amenait lui-même de Barcelone. Il recueillit sur sa route, par ses lieutenants Santa-Crui, Doria, Juan de lardona, à la Spesxia, à Naples et ailleurs, de nouveaux tereioa. Sous les ordres d'une noblesse valeureuse et enthousiaste, il eut plus de vingt-deux mille hommes de pied, 8,800 Espagnols, 11,000 italiens 3,000 Allemands, et il prit si bien ses mesures, qu'outre une nombreuse artillerie et toutes sortes de provisions de guerre, à Lépante, chacune de ses galères, habilement construite, portait de cent cinquante à deux eents combattants et tous ces soldats avaient de fortes armures presque assn rées contre les flèches de l'ennemi. La plupart des galères ottomanes, sans parapets, ne comptaient que trente ou quarante soldats au plus. Il y en avait une centaine dans les navires des principaux chefs i soixante corsaires à peu près étaient seuls parfaitement armés. Le prudent Uluceiali, celui que don Ercilla appelle Ochali, et dont le véritable nom est Uluch Aali, avait eu le soin de se bien pourvoir, et il sut prouver aux ehrélieas qu'il était pour eux un digne adversaire.

* Don Alvaro de Baxao, marquis de Santa-Crus, fut un des meilleurs amiraax d'Espagne, sous Charles-Quint et sous Philippe II. Il prit part au siège de la Gou-

2 04 LARAUCANA.

Tel était l'ordre, telle était la disposition dans lesquels cheminait l'escadre catholique à rencontre des inOdèles. Ceux>ci prennent le vent en gagnant la mer, et prétendent ainsi se donner Tavantage. Mais tout à coup, et contre leur espérance, le vent se calma, la mer aplanit ses hautes vagues, et la Fortune remit la décision du succès à la valeur des bras et à la supériorité du courage ^

En face de Barbarigo, à l'aile droite des adversaires ', s'avance Siroco, vice-roi ' d'Alexandrie, avec Méhémet-Bey *, corsaire et chef célèbre^ alors gouverneur de Négrepont. Ochali le renégat * est à la gauche, et près de lui son fils

lette, s'empara de Pefton, et, onze ans aprèi la TÎetoire de Lépante, battit une flotte fraDçai»e à la hauteur des Açores. Ce fut pour cette victoire et à l'oceatioa du récit qu*en publia le licencié Masquera de Figueroa, Tan 1596, que Cerviatet écrivit rexcelleot toDoel : i No ha menetter^ etc. * Cf. BiTadeneyra, Biblioth,, I, p. 709. A Lépante, Saota-Cruz était lur VAngelOy la capitane de Naples. Les galères qu'il avait BOus son commandement étaient prises dans toute l'encadre, mais surtout daus les contingents de Ifaples et de Venise. De Tbou désigue parmi les Taillants gentilshommes qui accompagnaient AUaro de Bazan, à la réserve, Alphonse Appiano, que don Ercilla n*a pas uommé dans son récit poétique (Cf. p. 143).

1 Ercilla, dans tous ces détails, s'est conformé avec une grande exactitude aux données de l'histoire. Rien ne pouvait être plus heureux pour Tescadre de don Juan qne ce calme qui permettait d'en venir aux prises comme daus un combat de terre et qui laissait aux Espagnols tout l'avantage da nombre et de leurs excelleuts préparatifs.

t Après avoir décrit Pordre de bataille des chrétiens, le poëte veut nous faire connaître les forces, les généraux et l'arrangement de l'armée ennemie.

S Nous conservons, en traduisant Ercilla, les noms de dignités qu'il puisait dans le vocabulaire de sa pairie; il donne à Tempire turc des vice-rois d'Alexandrie et d'Alger, comme il y avait pour la monarchie espagnole des vice-rois de Naples ou du Pérou. L'historien plus scrupuleux appelle Siroco tangiac d'Alexandrie; cf. De Thou, t. VI, p. 163.

^ Ce chef habile s'opposa inutilement au projet de combattre les chrétiens, et lorsque l'idée guerrière eut prévalu, Haii Tenvoya an fond du golfe de Lépante pour ramasser des troupes. Il ramena 3,000 cavaliers, faible secours dans un combat naval. Un pacha de Uorée tira des places 1,500 chevaux, et Caracosa (Caraeush, abrégé de Cara-Jusuf)* corsaire actif et entreprenant, attaché à Taile gauche, dut l'approcher de l'armée chrétienne et les reconnaître (De Thou, p. 235) •

i^^G'est le tice-roi d'Alger, que Ferreras et De Tboo appellent Ulucciali et Ha-

CUANT XXIV. 205

Cara bey. Dans le centre de tous ces navires pressés, c'est Hali, le grand amiral de la flotte ^

n'aoa Uchali (cf. BUtoria ttEspana^ t. If, p. 398 ; Bibl. Rivad., t. XXXI), eonaire et eapiuioe fort h«bil«. Ce renégat célèbrt*, naquit au royaume de Naples, dana vn petit village de la Calabre, près do eap dea Colonnes. Ses paronta étaient pan- Trea et misérables. D* abord pécheur et batelier, il fut pris par nn renégat grec, le corsaire Aali Amet. Au milieu de ses compagnons de servitude, la cruauté des traitemeuts et des outrages le fit, par esprit de vengeance, passfr an nnhométisme. Il dut sa fortune à Piali, et devint gouverneur d'Algérie en 1568. Cf. don Eosell, p. 6t, note 15. Avant la bataille et dans les conseils des chefs mosuU maoa, il parut flotter entre les opinions opposées d'Hali et de Pertau. 11 représen* tait tantôt l'honneor qai les obligeait à ne pas reculer devant les chrétiens, tantôt le péril d*un combat décisif ; ce fut lui pourtant qui lot i haute voix Tordre de Sclim, dont la publication rendit la bataille inévitable. Quand le conflit fut engagé, c'est lui encore qui causa le plus de désordres dans l'escadre espagnole de Lé> paote, et sut le mieux profiter des fantea de Doria. 11 échappa au désastre et par^ vint k ramener quelques navires à Sélim li qui l'honora et Téleva au pouvoir, ai lien de le faire étrangler comme les sultans en usèrent plus d^une fois envers les généraux vaincue. Il eat vrai que Sélim était en grand péril. lyAndrinople il était revenu en toute bâte dans sa capitale où il craignait de voir éclater une sédition. 11 ne lui restait de vaisseaux que ceux qu*Ulueeiali avait sauvés, et Ulucciali étiit le seul homme de mer qu'il pût opposer aux chrétiens. Hali était mort, Caracosa était mort; Caragiali et Mébémet étaient prisonniers du Pape. Pertan était dépopularisé par cette immense défaite. Ce fut peut-être la cause qui sauva Ulucciali . Quoi qu'il en soit, la flotte ottomane comptait à Lépante un grand nombre de cortairea, comase Ulucciali. lia étaient les meilleurs marins de Tempîre, et le vieux Caragiali fit preuve à Lépante d'une audace singulière ; il osa pénétrer la nuit dans la flotte et compter à aon aise le nombre des vaisseaux. Il descendit tranquillemeot i terre, prit quatre soldats qui se promenaient à l'écart sur le rivage, et les conduisit à Pertan. On les questionna isolément, et l'on sut d'eux que la flotte chrétienne se composait de deux cent six galères et de six grosses laléasses. Ce fut même la certitude de la supériorité numérique des vaisseaux turcs qui inspira à Hali, à la suite de cet exploit téméraire, une folle sécurité ; le jeune et fungoeux pacha* avide de guerre et de gloire, insista pour que la bataille fût livrée aux cbrétiena, lorsque la plupart des amiraux les plus eipérimentés proposaient l'ajournement. Si Hassan, petit- fils de Barberousse et Caya beg. sangiak lie Smyrne, vua> laieut, avec Hali, combattre l'armada de Philippe 11, Mahomet (Méhémei), bâcha de Negrepont, Siroco, Carabaxi, hacha de 1% côte de Caramanie, vieux officiers etpérimeniés, penchaient pour un avis différent. Mahomet cKait les exemples de Malte, de Sigelh, de Famagouate, où les chrétiens n'avaient pas succombé à la force, mais à ia faim et à la disette ; il ne les croyait pas tant & mépriser, et il rappelait encore la belle défense de Rhodes. La flotte turque s'était affaiblie, ajoutait-il, parce qu'on ne songeait plus à donner bataillé cette année même, et les ordres que Pertan avait rapportés de Coastantioople, ne pouvaient s'élen«lre jusqu'à provoquer une imprudence. t>pendant lorsque l'ordre du sultan fut connu et divulgué, Periau même se laissa, maigre lui, emporter par le torrent. Cf. De Thou, p. 233-135.

t 11 y a pour le nom de l'amiral en chef quelque contradiction, plus apparente que réelle, entre Ereitla et De Thon. Celui-ci met le pouvoir pnueipal entre Wt mains de Pertau, dont Ercilla parle aussi en le nommaut • Purtau bajé i (Cf. oct. 81«), mais le^poëte donne, comme Ferreras, la direction générale à Hali, le plot actif, le plus ambitieux des pachas, celui qui avait U plus entraîné les au«

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