AYANT-PROPOS. XI
la France que La Huerta et que Lessing, malgré leur hostilité ardente. C'est dans la contemplation attentive de nos chefs-d'œuvre qu'ils cherchaient les arguments par lesquels ils pensaient nous combattre.
L'assimilation successive de l'Europe, dans la sphère de la pensée et de l'imagination, est donc à nos yeux un fait incontestable, et si nous ne le démontrons point par un plus grand nombre d'exemples, c'est pour abréger le débat. Si, malgré son imposant caractère, si, malgré la • force avec laquelle il se déploie chaque jour davantage, ce fait semble moins frappant à quelques regards distraits, quelle autre cause en devons-nous accuser que notre défaut même de culture intellectuelle et notre négligence pour les lettres exotiques, surtout pour le monde ibérien?La critique des étrangers, quelle que soit sa rudesse à notre égard, aperçoit mieux que la nôtre, il le faut avouer, les liens mystérieux qui se nouent et se croisent, par exemple, entre 4a France et TEspagne. L'Espagne ne nous apparaît que derrière un voile, et les notions nous manquent trop souvent sur sa poésie presque inexplorée. Sans doute de hardies et belles tentatives ont été faites déjà parmi nous, pour dissiper le nuage qui s'interpose entre les deux sociétés ^ voisines et qui s'appesantit encore sur la longue chaîne des Pyrénées. Mais, malgré la réserve que nous exprimons ici pour les ouvrages éminents de beaux et bons esprits, qui oserait dire que l'Espagne nous soit familière? Et lorsque nous nous apprêtons à pénétrer dans une de ces mines aussi riches que profondes, dans cette poésie dont quelques monuments ravissaient le grand Corneille, suscitaient le Cid et la Chimène, ou amorçaient le génie de Molière, , nous sommes toujours soupçonnés de risquer une aventure et de vouloir descendre, comme l'hidalgo de la Manche, dans la caverne de Montésinos. Davantage : l'inertie a été secondée par un paradoxe, et une objection