‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 102 sur 124 · GUI · texte numérisé non relu

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Le barbare infatigable ne cesse ni ne modère sa poursuite sicbamée. Il siffle^ il crie, et fait pleuvoir les pierres contre eux, î\ s'avance dans l'eau jusqu'à la ceinture^ il les harcèle, il les force à bâter leur fuite, empêche les chevaux de se désaltérer : i< Allons, disait^il, sortez de là, sortez I Je vous attends en champ clos sur le rivage. »

A la vue d'un semblable orgueil, Alvarado, que depuis longtemps impatiente l'opiniâtreté superbe de Rengo^ dit à ses deux compagnons : o Ah I quelle honte pour nous qu'un Indien seul nous poursuive, triomphe de nous et chante victoire I II n'est pas bien que d'Espagnols se puisse faire tel récit. Retournons^ et ne passons Jamais plus avant, si d'abord ce barbare ne tombe sous nos coups. »

Il dit, et aussitôt tournant les rênes, une seconde fois ils traversèrent le fleuve. Résolus à mourir ou à frapper leur ennemi, ils aiguillonnent leurs chevaux fatigués. L'Araucan voit la colère et la fureur qui les ramènent. Il oublie sa massue, sa détermination, et donne l'essor à ses pieds; il prend des ailes.

Les trois guerriers remplirent avec ardeur sur le sable à la suite du barbare une assez longue carrière ; mais ce fut en vain qu'ils se donnèrent cette peine. La course de l'Indien était plus rapide. La volonté ne leur manqua point; mais hors d'haleine, épuisés, ils arrêtent leurs chevaux, et dans un site abrupt et dangereux voilà que se présente encore en face l'indomptable adversaire.

1 « Anle alias Arethuta sorores

Frospiciens summa flaTum capul exlulil unda. »

(Virgile, Gwrg., IV, 961-351.)

t44 L'ÀRACCANA.

Il avait pris à revers un profond ravin, et revenant sur les trois cavaliers avec bravoure, à défaut de sa massue accoutumée, il fait tourner sa fronde et ne lui laisse aucun repos. C'est de là qu'il dirige contre eux ses railleries, ses sifflemeols, une pluie de pierres. 11 les attaque, sans qu'ils puissent l'attaquer. Le précipice les arrête, et la légèreté du barbare est plus grande • que la leur.

Alvarado comprend combien est impossible le projet qu'il brûlait d'accomplir. Il abandonne l'intrépide barbare, qui de son c6té restait à contre-cœur. De nouveau l'Espagnol passe le fleuve, tranquille désormais, et reprend la route commune, triste de voir qu'en telle façon la fortune se montrât à lui si contraire et si dure.

Il y avait longtemps que les soldats de Lautaro avaient cessé de s'attacber aux traces des fugitifs. Les nôtres allaient sans direction, comme vont des brebis égarées loin du troupeau. Je ne me propose pas de les suivre davantage. Plus loin Je reviendrai vers eux dans mon récit ; mais à présent je suis contraint de les quitter encore au même point où d'autres fois je les ai laissés déjà.

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Il me plaît de marcher avec les guerriers d'Arauco. Ils sont à présent beureux et fortunés ; et, suivant Tusage, je veux m'éloignerdu parti vaincu et malheureux. Je vais prendre la route que tous fréquentent. Oui^ j'adopteraija carrière que tous parcourent. La coutume et l'expérience m'en ont convaincu ; voilà tout le monde : « Vive le vainqueur ^ I »

Combien il est ordinaire d'éviter ceux que le sort accable,

1 U y a quelque amerfume dans cas deux dernièref octaves. La raillerie contre Parmée fugitîTe deTient une satire de l' humanité.

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livre dans leur grandeur les orgueilleux que l'inconstante ne ne favorise que pour les précipiter! A la fin, tous ces y ranaenés à leur vraie Taleur^ sont des biens d'emprunt nous devons rendre au septuple, comme le nouveau chant ontre avec éclat.

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