CHANT X
SoHKAiBi. ^ Derniers incidents de la déroute des Espagnols. — CaopoUein» donne de grandes fêtes et des jeux publics pour célébrer les ▼ictoires de Firaueo. — Concours immense de populations indiennes. — Description des pa qui seront décernés aux rainqueurs. — Il s*agit de savoir qui jettera le plui lu une lance, qui remportera à la lutte, à la course, au msnieœent de Tare e. celai de la massue. «- Au jeu de la lance, la victoire se détermine pour Lea» ton ; dans resercice de la lutte, elle est longtemps indécise entre plosteurs éci' les, surtout entre Leucoton et Beogo, sans résultat définitif.
Quand la mobile déité accorde sesblenà et prodigue ses beoreuses largesses, comme elle donne de la force à Tâme la plus crainliyel D'une pauvre femme elle fait un Mars. El, d'unautie' côté^ elle abaisse, elle effraye, elle énerve le plus mâle héroïsme: elle lui fait apparaître dans une plaine des hauteurs escarpées, une montagne sourcilleuse dans la paume de la main.
Avoir vu les Espagnols élevés au-dessus des nuées et des astres S tout escortés de leurs exploits fameux, sans que rien ini
1 c coloeadoa
Sobre e) mai silo cuerno de la luna. » I
Cette expression tout espsgnole se rencontre dacs Cervantes. Sancho avoue à doôi Rodriguei (Cf. Don Quijotet part. 11, cap. xxxiti), qu*un hidalgo de son endroit arai', je ne sais quelle dent contre les duègnes. « C'était quelque mauant comme too». répond dofia Rodriguei, car sfil eût été un véritable hidalgo, il les aurait élcTétf, par-dessus les nues (las pusiera ao6re «l cuerno de la luna. Cf. El iugenioso dot| Qnijote, eomenlado por don Diego Clemencin, Madrid, 1854, t. V, p. 192).
La poésie sérieuse de l'épopée ne dédaignait pas cette expression, puisqu'elle se reproduit deux fois dans X^Araucana, et nous la retrouvons dans le MonserraU de Cristdbal de Virués :
« Los poderosoi bienes de fortuna, Sobre loa allos bienea naturalei Levanlan sobre e1 cereo de la luna Los pensamientos 7 inimos morlales. »
(Chant VI, oct. 3.)
I^ARAUGANA. tkl
pour leur sort le moindre changement, et les voir main« en si peu d'heures, précipités I Voir leur prospérité rem^ par la misère, eux-mêmes poursuivis non point par le
aaire dieu des combats, mais par le sexe faible et tt«>
ardez combien ici leur fortune est différente. Ces guere craignaient pas le ciel môme, et ce sont des femmes, ^a quenouille est le partage, qui les pressent avec une 3 virile. D'une main accoutumée à conduire Taiguille, aanient les lances intrépides. Animées par le destin qui rorîse, elles laissent de cruelles empreintes et des bles-
3arle de ces Indiennes, qui retirées sur une montagne, atlient la fin du combat, et lorsqu'elles virent que la troupe
ling a pu rendre la métaphore avec une exactitude parfaite :
« nihngeladen
Aufs bôehste Horn des Honds gesetzt* »
lotre langue il eût été difficile de la respecter euticrement. Noi vieui éeri-
ivaieut une expression presque équivalente.
uier dit avec un ton piquant et qui sent la Castille :
« Je n*excuse pas les censeurs de Soeraie
De qui Tespril rongoeux de soy-mêine se grate, S'idolfllre, s'admire el d*un parler de miel Se va préconisant eotain de ruro^en-cieL »
{Sat. X, V. 15, seqq.)
lisons encore dans le même Itégnier :
« Combien plus celui-li, dont Tardeur non commune Elève ses desseins Jusqu'au ciel de la lune. »
{Sat. XVI«, T. 59-5K ; édit. de Londres, 1730.)
langue anglaise nous offre aussi quelques figures d*une frappante analogie Vfté de don Ercilla. Lovelace, tout orgueilleux d'avoir entraîné par ses ruses la nante et vertueuse Clarisse Hariowe dans une résolution désespérée hors de aison paternelle, écrit à son ami Belford : • Je me sens fier d'avoir su tromper i la vigilance de cette belle. Je me vois plus grand de la moitié dans ma propre ination. Je regarde les autres hommes du haut de ma graodenr. La nuH dtt* i mon extravagance alla encore plus loin. 11 me prit Tidée, en me promenant, (r mon chapeau et de voir si le bord n*en était pas brûlé en frottant qu^que e, et, avant de le remettre sur ma tète, dans Teicès de ma vanité el Tivresse de c<Bur, j'aurais voulu insulter la lune sur le trûne de sa sphère. ■ (RicbardsoB, . Le Tourneur, 1802, t. IV, p. 127.)
248 L*ARAUGANA.
espagnole était en déroute, frappant le ciel de leurs cris, m cendirent, rejetèrent loin d'elles leur frayeur native, et,anDéij d'une valeur et d'une bravoure étrangères à leur nature, i ceux qui étaient déjà morts saisirent les glaives.
Attirées aux lieux où sont le bruit et la multitude, tial portées elles aussi par la victoire, craintives et douces à l'orl naire, les voilà téméraires et homicides. Elles ne s'inquiète elles ne sont embarrassées, dans leur course, ni de leur p^ trine ni de leur sein que développe le fardeau de buit m dont il est chargé. Loin de là, les plus agiles à courir sont cel] qui doivent le plus tôt être mères.
La dernière s'appelait malheureuse et adressait au ciel4 reproches suppliants, parce que en une pareille circonsld elle ne pouvait s'élancer plus rapidement dans la carrière.l les femmes vont avec une telle vitesse^ de quelle impétuosi n'ira pas la foule des barbares ? C'est de ce moment que da cette contrée les femmes aussi commencèrent à marcher combat.
Elles accompagnent les pas de leurs maris ^ Tant que l'iss de l'épreuve est douteuse, elles s'arrêtent à l'écart. Mais si ennemis sont vaincus, elles se jettent avec résolution sur le' traces. Elles éprouvent leur faible forcé contre les sold épuisés, et, essayant sur eux le tranchant de leur glaive, e1 les font mourir de mille façons ; car la femme cruelle est crue sans mesure.
Vin
Ainsi elles s'acharuèrent à leur tour sur les nôtres, jusqu'i lieux où la poursuite avait cessé, et de là elles revinrent à
1 Cf. Prologue, éuprâ, p. 9.
Nous avons déjà signalé pltfs d'une ressemLiance entre les sauvages de l'A''' et les barbares dont parle Tacite. Nous constatons ici entre eux un nouveau rapp Yoy. Mœun dêê Germains, ch. tii-tiii.
L'ABAUCANA. 249
]ui déjà était saccagée par les barbares ^ Lorsqu'ils ne it plus y exercer aucun ravage, ils montèrent sur les cbequî dans la prairie erraient en liberté, sans ordre et sans î, et ils se firent un jeu de contrefaire la déroute,
i se démène comme dans un combat, qui prend la fuite, i^ole derrière le fuyard, qui feint d'être mort et s'étend ; i'effbrce de courir et semble ne le pouvoir pas. Ainsi la ise armée se créait un plaisir 'et charmait l'ennui de ses jes, jusqu'à ce que le soleil ne dorât plus de ses rayons que mmet des montagnes. A ce moment arriva le général avec os de Tarmée.
is uns et les autres se hâtèrent aussitôt pour se donner une ^lueuse et mutuelle étreinte. Mais à plus d'un, en dépit de s efforts, l'envie faisait rider le front. Les vainqueurs mourut une généreuse franchise, et gaiement partageaient avec
« As! i los naestros otra vez siguieron Basla donde el alcance habia cesado, T desde alli la vuelta al pueblo dieron. Ya de loi enemigos saqueado. »
Lerling nous semble avoir fait erreur dans sa traduction :
« Die Wilden setiten Uniem naeh mit scbnellen Scbrilten. Bis sie zuletit von der Verfolgung abgestanden, Und kebrlen drauf naeh ihren Hfilten Zurûck, die sie vom Feind gepliindert Tanden.
poëte a déjà dit que les barbares avaient cessé de poursuivre les Espagnols ; i les femmes ont fait à leur tour {otra vez), ce que les guerriers ne faisaient s ; et lorsqu'elles reviennent elles-mêmes, ce n*est pas à un village des Indiens, lux huttes de leur campement qu'elles se rendent, mais bien à la ville de Penco, 1 pueblo, » que \fi^ Araucans avaient dévastée. Dans la forteresse qu'ils viennent reprendre aux Espagnols, les sauvages ont pillé tout ce qui était sous leur main, s'est alors qu'ils simulent, par une moquerie cruelle, le désastre et la fuite des nous. Les trois premiers vers s'appliquent visiblement aux femmes barbares ; le Ae de l'octave décrit le jeu railleur de l'armée victorieuse. ItC deuxième vers Srcilla rappelle les vers t et 2 de Toctave 109e du 1X« chant :
« Habia dejado el campo laatarino De seguir el alcanc« grande rato. »
< Ercilla, par le ton même de sa description, semble approuver les Araueans ; ais s'il se fait, pour ainsi dire, leur complice, c'est par sa mauvaise humeur contre s compatriotes, qui ont mieux aimé tourner Tépaule que de mourir en combattant.
%^9 LARAUCUNA.
tous leur butin ; car, même en uu cœur vil et malgré sanatare^ quel effet ne produit pas la fortune heureuse ?
Gaupolîcân ordonna que dans ce lieu fût célébrée une féteKf lennelle. Les soldats de la nation araucane y devaient seu prendre part, et là, sans que la foule populaire vînt se mm parmi eux, avec tous les signes du bonheur et de l'allégresse j« plus profonde, en danses, enjeux, en fantaisies joyeuses il consumèrent quelques jours. ]
Lorsque les divertissements et les exercices furent achevé, ils s'en allèrent au val d'Arauco, où ils convoquèrent pour leî fêtes accoutumées les soldats de toute la province. L'on fii^ des délais convenables, et des prix d'une grande valeur fureot annoncés pour ceux qui remporteraient la victoire^ récompeas^^ dignes des plus illustres rivaux.
La renommée de ces réjouissances devançait dans leur coui'se les diligents messagers, et en peu de temps se trouvèrent prêt: les habitants, les voisins, les étrangers môme. Une grande mal* titude accourait de toutes parts. Le nombre des guerriers s'ac* crut de telle sorte que les tentes venues de loin couvraient etl^ vallées et les hauteurs, et les plaines et les rives ^
Wialçrlipg :
« Creeiô el numéro tanto de goerreroi, Que ocupaban las liandas forasteraa Los Talles, montes, Uanos ; riberas. »
« .... So truebs der Krieger Zabi se sebr, Das Zella fSr die grosse Menga nicht benfigan Und viele unter freiem Hiramel liegen. »
Le texte original ne dit rien de semblable. Forasteras ofîte un sens précis dont 1<| traducteur allemand ne tient pas compte ; tiendas est le sujet da verbe œupal»^' £t pas un mot dans Toctave entière n'indique qu'une maltitude d'Indiens se ^^^^ obligé! de coucher à la belle étoile.
LARAUCANA. %^\
gjà le quatorzième jour si désiré et qu'appelaient tous les LX de cette foule innombrable, rendait aux campagnes leurs eurs et chassait les ombres importunes^ lorsque la réunion fante des vaillants émules, qu'animent et leur jeune ardeur mr sang impétueux, se montre dans la lice et toute disposée r les concours ^
vec une pompé imposante Ton fit connaître la série des >iiipenses '. D'abord une superbe alfange^ garnie par Talie main d'un orfèvre, est placée sous les yeux comme le : du guerrier, dont le bras saura pousser avec le plus de viur une énorme et lourde lance et dépasser la limite atteinte tous ses rivaux.
n casque d'argent pur, que recouvrent de hautes plumes riches couleurs^ qu'entoure un cercle de l'or le plus fia [ue l'émail embellit de mille ornements^ est désigné pour î le don précieux offert à celui qui, parmi les lutteurs adroits, aportera sur tous dans cette difficile épreuve et restera sur d comme le mattre du champ clos.
Jn lévrier, plein de feu et tacheté, dont le collier se ferme ' un médaillon et se hérisse de pointes aiguës en fer, est le X du coureur qui, chargé d'une armure complète et fier de légèreté, arrivera le plus vite à la bannière. On la voyait
LMniitatloa de Virgile par Ereilla, déjà souvent conBtatée, devient ici plus frapte que Jamais :
Extpeclata dies adaral, nonafflqua lerena Auroram Pbaelhonlis equi jam luca vehabant; Famaque fluitimos et clari nomen Aeesta Eseiarat : Into complarant lUora c<bIu Visuri iEneadas ; para et certare parati. »
{En., V, lOVltft.) « Manera principi: anle oculos circoqae locantur In medio, sacri Iripodat, etc. »
{Ibid.y T. t09, suiv.)
flotter au loin à la distance d'un grand mille, où elle fixait la bornes de l'espace à franchir.
Un arc flexible, chef-d'œuvre d'un ouvrier habile, et le œquois doré suspendu à un large et magnifique Geinturon are deux fortes boucles damasquinées, est la récompense réserTtti pour celui dont la flèche ira frapper le but^ et gagnera par slii adresse le présent superbe, en atteignant le bec recourbé d'c:| perroquet.
Un cheval au pelage luisant et noir, à la queue semée è poils blancs, tout en rongeant son frein, obéissait au lien q"^> l'arrête. C'est le prix du combattant qui d'un bras souple et agilf saura manier la massue avec le plus d'adresse. L'on proclam. arbitre des jeux Caupolicân, maître consommé dans tous h exercices. Aussitôt la trompette résonne de nouveau et appell lesadversaires dans l'arène ^ i
Le Joyeux signal avait à peine retenti que le Jeune Orompello. déjà au poste, rejetait lestement son manteau, et découvrù' son beau corps aux vigoureuses proportions. D'une main intrépide il brandissait une énorme lance. Au môme instant aussi se disposent à l'épreuve Lepomande, Grino, Pillolco^ Guambc et Mareande. i
XXi I
Les six rivaux se tiennent rangés sur la même ligne, avec de:* armes dont l'égale pesanteur est vérifiée. A un môme temps b, bras s'agitent. Six gémissements se font entendre, et les lance:! dardées partent avec un bruit aigu. Poussées avec force et impétuosité, elles traversent les airs, s'élèvent Jusqu'au ciel, pui$ s'abaissent avec la môme furie vers le sol.
1 « El tuba commiMos medio eanil aggere lados. •
(Ibid., 113.)
LARAUCANA. 25B
La lance de Pillolco fut la première qui^ épuisée de vigueur, tomba sur la terre. Après elle ce fut la lance de Guambo. La troisième est celle de Lepomande, celle de Grino la quatrième.
'La cinquième appartenait à Mareande; et la dernière^ dont la force, mieux soutenue, parcourt la plus longue route, celle
-d'Orompello, jeune bomme au bras puissant, dépassa de cinq
^^ brasses l'essor le plus heureux.
Ensuite prennent les lances à leur tour six autres guerriers , parmi ceux qui s'estiment les plus robustes ; mais, quelque énergie et quelque effort qu'ils déploient pour atteindre au delà \ de cette distance, ils n'y parviennent pas. Six autres, et puis six autres encore tentent l'épreuve. Mais tous eurent la confusion de rester en arrière ; et, pour ne pas m'arrôter à les nombrer ici, Je dirai que plus de cent essayèrent leurs forces.
Pas un d'eux ne peut approcher de plus de six brasses du point où était marqué le jet d'Orompello, lorsque Leucoton, aux membres nerveux, voyant que l'ardeur des concurrents commençait à se ralentir : « Je perdrai sans doute ^ s'écrie-t-il à
1 0... De perder no dudo. » Leucoton n'exprime pas un sentiment de fausse modestie, et ne veut pas dire qu'il ne doute point de sa défaite, qu'il la regarde comme assurée y mais qu'il veut essayer du moins ce que sa force lui permet encore d'exécuter, afin de satisfaire à l'attente de tous ceux qui ont les regards tournés vers lui. Le sens d'Ercilla est tout différent. Le barbare est superbe et son expression est profondément railleuse. Mais, quoiqu'il ne doute pas de la victoire, il affecte de n*étre amené ^ dans l'arène que par les vœux de l'assemblée entière et seulement pour donner une preuve de sa vigueur.
Wioterling a fort bien compris ce passage, toutefois il eu a supprimé le caractère ironique.
« Wer zweifeU dran
Das ich gewinne ? — Sehet immerbin mich an t Ich zeig* eueh jetst, was dieser Arm irird kftnnen, Und welcben 8ieg mein Glûksstern mir wird gdnnen. »
Leucoton semble avoir eu besoin d'être provoqué par la bonne opinion que la foule manifeste pour la puissance athlétique de ses muscles. Cest un peu le sentiment du vieil Entelle qui hésitait à s'engager contre Darès, et qui, pressé par Énée
t54 LAIAUCARA.
voix haute; mais, puisque tous tous avez les yeux fixés sur moi, Je veux éprouver ce que mou bras peut faire^ et jusqu'où moo étoile m'accordert d'aller. »
11 dit et demande la lance, n lui faut peu d'instants pour prendre position. 11 n'imprime à son arme qu'un léger mouvement et donne de sa force une preuve éclatante. La lance chassée à travers les airs, vole avec la vitesse de l'é norme bou- 1 let que vomit une bombarde, ou de la foudre impétueuse qui avec fracas déchire les nuées épaisses. '
D'un élan rapide le trait a franchi de quatre brasses la mar- ' que tracée devant toutes les autres. Le fer perce le sol et s'y plonge^ et longtemps au dehors le bois frémit et tremble. La foule pousse un cri jusqu'au ciel, et à la hâte tout à coup ' un grand nombre se Jettent dans la carrière pour voir ce coup j merveilleux. Chacun vante la force du bras qui l'a porté. |
Les uns mesurent pied à pied la vaste étendue, ou soulèvent la lance pesante. Les autres exaltent conmie un prodige la vigueur de ces muscles puissants. D'autres se dirigent vers la récompense^; d'autres chantent la louange du vainqueur. Le nom de Leucoton est vanté par toutes les bouches; on le répète à haute voix pour le célébrer. i
d^entrer daos la earrière, ne cède qu*à Tamour de la gloire et reste vainqueur. Cf. Bnéide, V, 362-484. ,
1 «... CuBcti simol ore fremeb«nt
DarduidC) reddique viro promissa jubebaot. »
■ Otroi van por el preeip, » dans le texte d*BrciUa, ne signifie pas toat à Csit, comme le voudrait VITiuterUng, qn*iU vont ebereber le prix :
« Di« bol«n den erworbnen PreU »
Ils vovt p&w le prix; ils se dirigent vers l'endroit où il était, exposé aux yenx d« la foule et des énoles, et où ils désirent le voir décerné par le juge suprême, pir ûMipoUcàn.
I/ÀBAnSANA. 155
Orompello s'élance. Il fend la multitude, et, plein de colère, domine le tumulte. « Je n'ai pas encore perdu, dit-il, et ce n'est pas au premier jet seulement que se décide la victoire. » Caupolicân aussitôt lô?e sa baguette ; il se liâte d'arrôter l'incendie qui s'allumait. Déjà Tucapel était accouru près de son cousin, et d'autres étaient rangés avec Leucoton «.
Caupolicân, le juge de la lice, montre son impartialité. Sa prudence apaise à l'instant la fureur d'Orompello; il lui adresse avec douceur des paroles flatteuses. L'altercation cesse, et suivant les promesses réglées, suivant la justice, c'est Leucoton, c'est le vainqueur qui voit ceindre son flanc de l'alfaDge recourbée.
Ainsi est calmée la dispute, et la palme demeure à Leucoton. Orompello se retire à l'écart, un peu bonteux et confus de sa défaite. Mais le héros prudent cachait son déplaisir. 11 ne désirait que voir naître d'autres circonstances et une rencontre
^ Ce ne sont pai sealement quelques détails isolés que don Ereilla sait enlever à 'Virgile. Il fait mieux, et lui emprunte aussi ce8 incidents de narration qui augmentent Tinté rèt,' la description des récompenses, les eontestations rÎTales, tout ce qui accroît ou exprime l'ardeur dont Tesprit des concurrents est animé. Ainsi, chex Virgile, les réclamations de Diorès [En., Y, 345, sqq/i ajoutent encore à Tattention déjà si TÎTement excitée dans la foule par le déTouement de Nisas à Eu* l'yale. Mais nous devons faire obsenrer, à l'bonneur d*Ercilla, qu*il a su être original malgré ses larcins. Parmi les récompenses promises, et dont Ténumération précède, daus son poëme, TouTerture même des épreuves, il ne prpnd presque rien à son deyancier latio. I^s prix sont en rapport avec la nation qui célèbre les jeux : une alfange superbe, na beau casque, un are flexible, an létrier, un cbetal de bataille, voilà ce qui attire et enflamme celte Jeunesse guerrière. La natore même des jeux varie d'un poète à l'autre. La course, le pugilat, le jeu de Parc, devaient être communs aux deux descriptions, mais la brillante naumachie de Virgile est remplacée par le jet de la lance. Le combat avec la massne devait être substitué par don Ercilta ao eombat du eeste, et nul doute que Tucapel et Rengo ne te fussent tiiêtingvés dans cette lutte terrible et meurtrière, si la prudence do chef n'eAt nia fin À U «élébration des jeux, par suite d'un nouTean démêlé auquel donnent lien for» gueil des antagonistes et la fureur aveugle de Taeapel (cta. xi, oct» 16-90, et surtout octave 31).
t5« L'ARAUCANA.
aouTelle, où il pût se mesurer avec Leucoton dans une épreuv plus décisive. |