CHANT XII
SoaaAiMB : LauUro m retire dans m fortereMe. — Un émissaire espagnol appn. de sa bouche, que les Âraucans souffrent de la famine. — Mais Pedro de TQU^^'^ instmit de ces détails, né se laisse pas tromper par la ruse du barbare et rritt dans Santiago. -< Lautaro, deçà dans som espoir, se replie jusque vers le ik>' llata. — Bientôt il dirige une nouToUe expédition contre Santiago. '1^"^*^ Yillagran, qui roTCnait de l'Impériale avec des troupes auxiliaires, apprevi^^ traître qu*ii est près du camp de Lautaro, et se dispose à le surprendre. " '-^ poëte se détourne un instant de son récit et nous informé par fuels Bwye* TÎce-roi du Pérou, doqt les Espagnols do Chili Tont bientôt solliciter ks ^^^■\ s'appliquait à réparer les désordres de la guerre civile.
C'est une vertu difficile et une difficile épreuve que degarct' un secret dangereux ; et cette vérité même démontre clairem^^ combien le silence est salutaire^ combien il présente de ^ ties et d'avatitages, que peu de fruits rapporte rindiscrète p^j rôle, stérile et pernicieux défaut. Voyez les meurtriers d7bict« et tant d'autres, qui, pour avoir parlé, ont perdu la vie. I
De ses yeux on peut voir, on peut lire dans lés écrits, etfitemps présents et aux temps passés, cruautés, ruines, in^^" tuneS) honteSi châtiments de crimes^ grandes fautes en ^ grandes circonstances^ pertes d'hommes et d'États, et tout ceparce qu'un imprudent n'a pu soutenir le périlleux farder d'un secret»
Oui, le vice le moins profita-ble^ le vice d*pù ùaissetit parfois plus de désastres, est celui d*ùne âme inconsidérée qui ne ^ retenir sa pensée mystérieuse jusqu'au moment nécessaire. n<^' concerte^ il renverseà la fin toute une entreprise, enlève sa pi^'
* Winterling, dansPocUve i»«, supprime Pexemple des meurtriers d'Ibîcsi.
L'ABAUGANÂ. 9S9
sance au génie industrieux, allume la guerre, la fureur, la discorde, les flammesi vend son propre souverain et son ami ^
Voilà pourquoi le sage fils de Pillàn cachait à ses soldats U cause de ses ordres, lorsqu'il leur défendit de sortir dans la plaine pour achever la victoire qu'ils venaient de remporter. Les soldats espagnols purent se retirer sans être inquiétés durant la marche, et, l'ardeur éteinte, mesurant la route à pas allongés*, ils prirent, comme je Fai dit, vers Mapocho un Chemin qui leur était trop connu.
Lautaro, je le sais, usa de cette précaution pour exécuter un projet habile, et qui, si mes conjectures ne me trompent, devait être d'une haute importance et lui assurer le triomphe. Mais laissons-le jusqu'à un autre temps et revenons à nos soldats qui s'éloignaient de la forteresse. A la distance de trois lieues, le jour suivant, ils s'arrêtent, et choisissent un emplacement
pour s'y établir.
Deux jours les Espagnols y restèrent; leur bravoure se bornait à attendre, mais les Âraiicans ne parurent point; pas un guerrier barbare ne se montra. A la fin, deux des nôtres se hasardèrent à se diriger vers le fort, et comme ils arrivaient auprès de l'enceinte, ils entendirent une voix sonore qui du haut des murs leur cria : « Approches, je vous donne garantie. »
VU 11 appela l'un d^eux par son nom, et en même temps lui prd-
^ L'octjiTe 3k est retranchée par Winterling. Elle contient, datis sa plus forle expression^ la moralité qui ^orme le début du tue chant.
* « A paso largo. • WinterllDg fait erreur lorsqu'il traduit ces mois par « ladgsameo Schritts. ■ Il ne s'agit point de pas lèntà^ comme ceux d*uh homme intrépide qui recule à regret; Ercilla eût etnployé tàrdo; mais bien de pas allongés, ce qui ne se comprend que trop bien, après le dernier échec des Espagnols, ils n'aspirent qu'à se mettre sous la protection des .remparts de Santiago, bien qu'ils se retirent sans être poursuivis. La phrase du poëte rappelle celle qu*il avait employée déjà au cb. xi«, oct. 70: « Siempre alargan el paso y mas se alejau. »
&90 L^ARAtÔÀlTA.
mettait toute assurance. L'Espagnol se sépare du second guerrier, et s'avance pour reconnaître ,quel était cet homme intrépide. K peine est-il arrivé sur les bords du fossé, qu'il reconnaît aussitôt celui dont il avait entendu la parole. C'était le courageux âls de Pillàn^ qu'autrefois il avait traité coomie un frère.
Lautaro était armé d'une cuirasse brillante et recouvert d'un pourpoint garni d'or. Il s'appuyait sur une énorme lance doat sa main pressait la poignée de fer. La pointe large et terrible était rouge de sang^ et le sang teignait la moitié de la hampe. Sur sa tête était posé un casque d'aâer fin. L'on y voyait ouvertures et bosses à mille endroits.
Lorsque l'Espagnol Tut placé de manière à pouvoir lui parler et l'entendre clairement, l'audacieui Lautaro éleva la voix : « Marcos^ vous me surprenez de façon étrange, toi et tes compagnons ignorants. Eh quoi I votre jugement et votre sagesse sont-ils aveuglés au point que vous pensiez pouvoir ébranler ma résolution, ou tous ensemble avoir suffisante puissance pour l'entraver ?
« Quel projet est le vôtre, ou quelle fureur insensée vous pousse à vouloir ôlre les tyrans de cette terre 7 Ne voyez-vous pas que tout, à cette heure, est entre mes mains, votre sort prospère ou funeste, la paix, la guerre ? Ne voyez-vous pas que le nom et le pouvoir des Araucans font courber Jusqu'à terre les plus superbes esprits ; que le bruit seul de leur marche épouvante le monde, réduit à néant toute force et toute bravoure * î
1 « i No veii que el nombre y erédito artueaiio
Los levanladot ânimos atierra t l Que solo el son al mundo pone miedo Y qaebraota lu faenas j el denuedo ? »
'' Winterling traduit « el nombre y crédito • par « unier Ansehngai» allein ; • et il réserve pour reudre < el son • les mots « Vinser Name bloss. • C'est ajouter uoe exagération à celle d'Ercilla. U ne s'agit plus, dans le dernier vers, de leur «oqi et de leur ascendant, mais du bruit de leur marcbe guerrière.
L'ABAUGANA, ' S9i
Il Dans les villes, vous n'avez pas eu la puissance de sauver vos propres possessions ; et pourtant les oiseaux timides pour défendre leur nid feraient face à des lions mômes. Est-ce dans nos champs déserts et pierreux que vous pensez soutenir vos drapeaux, lorsque la terreur remplit toutes vos âmes et que le courage de vos adversaires est exalté par leurs victoires?
« C'est, à mon avis, de votre part folle témérité que de vouloir lutter contre nous. Ni habileté, ni ruse, ni autre moyen ne peuvent vous faire triompher et nous perdre. Si vous comptez sur votre valeur, que votre dernière défaite soit pour vous une leçon éloquente. Le sang coule encore de vos récentes blessures, et du sang Je vois ici les traces sur T herbe rougie.
« Jamais Je ne cesserai de vous poursuivre. Je Tai juré, et je serai fidèle à mon serment. Je dois voler sur vos traces jusqu'en Espagne; telle est ma promesse faite au grand sénat. Mais si vous savez à temps vous soumettre aux conditions que je vais vous prescrire^ Je serai délié de mon serment et de ma pro* messe, et vous échapperez vous-mômes à la destruction,
XIY
« Trente jeunes vierges sont le tribut que , pour obtenir la paix, vous aurez à nous livrer chaque année, toutes blanches et blondes, d'une beauté et d'une forme accomplies, toutes âgées de quinze à vingt ans, sans trompeuse fraude ; elles doivent être Espagnoles. Vous ajouterez trente capes de verte et fine étofife, et trente autres de pourpre, brodées en or.
« Il faut de plus douze chevaux magnifiques. Jeunes et richement enharnachés, agiles, domptés et fougueux^ soumis au frein qui les noatirise. Vous deves aussi me donner six lévriers
19f LARAUCANA.
adroits et ardents^ lout dresses pour lâchasse. Tel est IW qui TOUS sauvera d'une ruine dont le monde entier ne Tousp^^ senrerait pas. »
Le Castillan l'écoutait avec attention. 11 était avide deie cueillir ses paroles ^ . Mais lorsque le barbare en fat venu i od^ telle arrogance» il ne put se contenir davantage. Impatieot,!^ Farrôle et s'écrie : « Modère cet orgueil. Le tribut que tu réclames, ô Lautaro, ne tardera pas à te coûter cher et trompen ton espoir.
« Pour te payer de ton audacieux délire^ les Espagnols t'accorderont un trilsut, la cruelle mort et un supplice terrible ;u^ couvriront l'Arauco d*un deuil éternel. » — LautarorépoD<iii' « C'est là parler -au vent; sur ce point, Marcos, il ne mepla^t^l^ discuter; les armes et non la langue doivent mener cette affaijv elle sera décidée par la force et par la valeur.
«Libre, tu peux dire tout ce que tu voudras, puisque toul« garantie a été donnée à ta personne, tu feras ensuite ce q^^^ pourras faire, et Je saurai bien, moi, exécuter mon sermeoi* Traitons d'autres matières plus agréables, et ajournons i^^i heure le sujet commencé. Je veux te montrer, puisque j'en*'! le loisir, un brillant escadron de cavalerie. i
c Alento el etttelUno le escuehaba, Etlando de la plâlica gustoso. »
WinterUng :
m Aufinerksam lieh der Spanier ihm GehOr, ' Da ibm der Rede holde4Saben eigen. »
Dau le teite espagnol, comme dans la Tersion-allenande, il semble qne VaK<^J dn plaisir à écouter Lautaro, parée qu*il parle bien et à cause de leor «0^^'' amitié, lorsque le chef indien était Tanacona de Valdivia (Cf. cb. m, ^^' ^^ Mais l'idée véritable d'Ercilla est facile à entrcToir, et nous avons essayé de i<* en rapprocher le plus possible. H^rcos a du plaisir à écouter Lantaro, pare«^> ^père tirer parti de son langage, pour Texploratiou dont il est lui-mém« «1»^ Rerenu auprès de Villagran, il lui rapporte tout son entretien avec Ur^^*^ (Cf. tnfra^ ©et. Ji).
L'AllAUCANÀ. i93
xtx
« Car afin que tous ne puissiez courir avec tant de sécurité, je m'occupe d'aToîr aussi des chevaux, et je yeux imposer à mes soldats le soin de les savoir manier et conduire. » Ainsi parla Lautaro, et, du haut du mur, à six guerriers vigoureux^ ses vassaux^ il ordonne de monter leurs coursiers et de les faire passer devant le guerrier espagnol.
PaCr les deux ponts, abaissés à sa voix, sortent sur leurs montures six cavaliers de Chilcan ^ Ils sont chargés de larges boucliers peints; leurs mains brandissent d*énormes lances. Portant solides cottes de mailles et la tête couverte à la manière de TAfrique, ils laissaient de leurs épaules retomber leurs manteaux^ et jusqu'au coude étaient relevées les manches de leur vêtement.
Dans une attitude superbe^ deux fois ils [passent devant TEspagnol attentif ; mais pas un instant son visage mâle et guerrier ne révèle Tombre d'une émotion. Loin de là, d'une mine et d'une âme altière, et d'une voix haute que tous entendirent, car déjà le mur était couvert de soldats, il parle librement à Lautaro ;
xxn
« C'est en vain, capitaine, c'est avec d'inutiles efforts que l'on prétend m'épou vanter par des menaces. Je n'estime pas ce spectacle au-dessus d'une paille, et les parades ne peuvent me causer la plus 'légère frayeur. Pour te montrer si je crains
^ II ne faut pas confondre ici deux objets fort distincts. U y avait au Pérou dans le district de Canele, un peu au sud de CaUao, un lieu nommé Chilca, célèbre par d'excellentes salines (Cf. BusihmsiD\9, Geot^ra fia del Perû, etc., p. 5i) ; mais il ne saurait ici être question de cette localité fortement soumise aux Espagnols. U s'agit d'un district de l'Arauco. Au chant ix« (oct. 42 et 82), Ercilla cite deux fois un cacique nommé « Chilcan, > et il le compte parmi les plus vaillants guerriers barbares. Or la plupart des caciques, Tucapel, Puren, Elicura, Talcaguano, etc., portaient lé nom de leurs domaines. Les caTaliers «Cbilcanos, » sont donc des guerriers de Cbilcan.
«94 VARADGAnA.
d'ôtre vamcu, moi seul je veux lutter contre tes six cavaliers, et tu verras que Je suffis pour tenir tête à six mille. Qu'à Tinstant ils s'avancent et viennent ici tenter répreuve.o
XXHI
Lautaro répondit : « Marcos^ si tu meurs seulement pour nous prouver ta force et ton courage, le moindre de ces hommes, choisi par toi-même, viendra, simple fantassin, répondre à ton défi> de telle manière et suivant telle forme que tu voudras. Dispose à ton gré des armes et de la lice. Vous vous battrez, armés ou non, avec vos mains, vos pieds, vos ongles et vos dents ^ »
Alors l'Espagnol : « Je te déclare que mon honneur en pareil cas ne consent pas à les châtier Tun après l'autre. Non^ il ne sera jamais dit par le monde que, corps à corps^ un barbare seul a osé se mesurer^ en champ clos, avec moi. Partant, si ta veux me refuser ce que je demande, je ne veux pas, moi, accepter d'autres propositions.»
Sur ce point, ils ne parvinrent à s'accorder. Ensuite^ ils engagèrent plusieurs autres propos; mais, lorsque le temps fut
1 A pufio», eoeei, ulaa 7 i bocados. >
Il ^ a dans VAraueana plasieurs exempleg de ces combats affreui où rhomne, ré* doit à ses armes naturelles, blesse et déchire ainsi son semblable. Les peuples civilisés, affolés par Tardeur de la guerre, comme les barbares Araucatis, emploient quelquefois sur le champ de bataille , au lieu du fer, les dents et les ongles, et le conflit devient une lutte de bêtes sauvages. Après le désastre du lac Trasymèoe, un Romain, mortellement blessé et privé de ses armes, s'acharne pourtant sur on Africain abattu :
« ....Non huta viro, non ensis; in arctit Abstulerat Fors arma t tamen eertamine nudo Invanit Marli telum dolor. Ore craento Pugnaluin, Terrique vicem den» prsbuit ir». Jam lacera nares, fœdataque lumina morsu ; Jam truncam raptis caput auribus, ipsaque dirii Frons depasta modis, et sanguine abundat hiatus : Nec satias, donec mandentia linqueret ora Spiritua, et plenos rictus mon atra teneret. »
(Sil. Italiens, Punicorvan lib. VI, 4S-53.)
l'abaugana. s»s
irenu de quitter le barbare, les deux soldats prirent congé. Déjà ils allaient se donner essor, lorsqu'ils a'entendent rappeler, ils se retournent à cette voix connue ; c'était encore celle de Lautaro. 11 leur cria : o II est une matière dont j'ai oublié de vous entretenir.
« Je n'ai qu'une troupe languissante et abattue^ privée des vivres les plus nécessaires. Nous manquons de toute nourriture. Les ordres ont été mal donnés^ mal exécutés. Vous qui avez des provisions en abondance, partagez-les avec générosité et accordez-nous ce secours. Je suis assuré que votre honneur et votre gloire s'en accroîtront.
« Dans notre illustre patrie, c'est un usage antique, c'est une loi respectée entre les vaillants guerriers, de sauver de la famine nos ennemis et de ne les abattre qu'avec le glaive. Soyez attentifs à mes paroles, Marcos, et comprenez quelle louange ce serait d'entendre dire que les forces vaincues par vous^ vous les avez nourries afin de remporter un plus grand triomphe.
u Est-ce bien vaincre^ est-ce donc remporter une digne victoire quand l'adversaire est assez réduit à l'extrémité^ pour que celui dont nul courage n'a pu courber la tête, la faim avec toutes ses horreurs le maîtrise, lorsqu'elle affaiblit, dompte et enchaîne un bras puissant, inflexible et vigoureux, et qu'ainsi de misérables circonstances et la détresse des émules donnent à la faiblesse même les apparences de la bravoure ? »
Seigneur s le dessein de l'Araucan était que l'on regardât comme réelle une disette feinte, pour que nos soldats prissent courage. Sa ruse voulait leur ouvrir une fausse perspective et
« « Senor. * Le poëte sVIresse à Philippe II, «ou protecteur, et à qui VArawana *ou s'en souvieat est Uéiiice.
%9B VARAUCANA',
les amener ainsi à ne pas s'éloigner ^ 11 dissimulait ses projets trompeurs » Jiuqu'A ce que ie succès couronnât^ suivanl ses désirs, l'adroit stratagème qu'il avait imaginé.
Marcos^ ému par son langage, lui dit : « Je te le promets, J'essayerai de faire valoir les motifs que tu exprimes, et J'emploierai dans cette tentative tout ce que j'ai de puissance. » Il dit, et aussitôt, faisant obéir au frein son coursier, il s*éloigne. Les deux compagnons cheminèrent jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés au camp espagnol.
Bientôt Villagran eut appris de point en point tout ce que Lauiaro avait dit à Marcos. Plein de doute et de soupçons, il s'étonne de voir qu'il sollicite des vivres. D'un esprit cauteleux, actif et pénétrant, il interroge les plis et replis de sa rapide imagination; il comprend le projet caché de son ennemi, la situation périlleuse de la troupe espagnole et le désastre qui la menace.
Aussitôt il a choisi le remède nécessaire. Lorsque la nature est plongée dans l'obscurité la plus profonde, sans faire sonner la trompette, instruit du danger, il prend la route de la cité, libre d'ennemis, et admire le génie astucieux de Lautaro. Mais, en ce moment, je ne veux plus m'occuper des nôtres ; il me platt de raconter le piège étrange et nouveau qu'avait formé la ' ruse inventive du barbare.
La lumière renaissante n'avait pas encore été rendue aa
1 « T eon Mto IndaeirU i que eiperase. »
Winterling traduit aîngi : I
« Zum bleiben yroW er sie dadarch Termdgen
Und n«Qe Hoffnungen dea Sitgt erregen. » I
« Etperar > reut dire ici tout simplement attendrt, et Winlertiog Fayait bien reodi i par le verbe • bleibea j » ]e seeond ver» de la traduction est ua commentaire eiaet, mais qui ne répond plus à aucune eipression du texte espagnol.
monde, et déjà les Araucans savent le départ et la retraite inattendue de leurs ennemie, lis manifestent bru yamment leur déplaisir ^ Tous Toient avec clarté que, presque au terme de leur projet, il s'en est fallu de peu d'instants qu'ils ne fissent des chrétiens un aifreux massacre^ et que pas un ne pût désormais brandir la lance.
Le terrain de la forteresse est en effet cerné par des montagnes, et forme une plaine basse et resserrée. Mille cours d'eau le baignent et se distribuent dans des fossés, que la main des hommes a creusés avec adresse. Si, à leur origine, on coupe leurs digues, la campagne aussitôt se change en un lac et en un
1 C'est ici Tun de ces passages où Ton peut hésiter longtemps et rester indécis entre deux interprétations. Nous allons transcrire l'octave espagnole :
« Aun no era bien la nueva lux Uegada, Coando luego los birbaroi supieron La sabita partida y relirada, Que no con poca muestra lo sintieron, Viendo claro que al fin de la jornada Por un espaeio brève no pudieron Hacer en los crislianos tal malanza Que nadie dellos mas tomira lanza. »
Tel est le texte de Baudry, p. 73. Celui de Cayetano Roseti ne présente qu'une légère iifférence de ponctuation ; il met après sintieron une marque de séparation plus listinctiTe, un point et virgule (Bibliot. Rivaden., t. XVtT, p. 48). Winterling raduit- :
« Noch ^mr die Naebt dem Horgen nicbt gewichen,
Als die Barbaren scbon geyiiss
Gewusst, das oich die Spanier heimlieh weggeschlicben,
Denn nicht aus eioem Urastand scblossen sie *s,
Und deutieh ward es ibnen mehr und mehr
Das gegenw&rlig nicht der rechte Zeilpunct wftr,
Die Feinde dergestalt lU schiagen,
Dan keiner mehr die Waffen nvûrde tragen. »
:*est sur le quatrième vers de l'octave que porte la difficulté. Winterling, et la ponctuation de Cayetano Rosell semble favoriser le sens qu'il préfère, croit qu'il 'a^it des indices nombreux qui démontrent aux Indiens le départ des Espagnols. fous n'y trouvons rien à redire. Cependant nous ne saisissons pas avec netteté en [uot plusieurs circonstances seraient nécessaires aux barbares pour acquérir cette lertitude de la retraite des ennemis. Les yeux d'un émissaire leur suffisaient et ils l'ont pas besoin d^autres preuves. Hais, en s'apercevant de la retraite des soldats 'Spagnols, ils sentent vivement le mal qu'elle leur cause, et ils manifestent par des igoes extérieurs le déplaisir qu'ils en éprouvent. Ils voient leur échapper tout à ait une vengeance qu'ils avaient été près de saisir. Nous pensons que les termes le don Ercilla se. prêtent au sens que nous avons adopté, autant qu'à celui de Winerling.
t»l L'ARAUGAlfA. l
vaste marais. Le sol noyé s'amollit et se détrempe ; ilMCieQse, devient perfide^ spongieux et glissant.
Les canaax une fois rompus, les champs d*alentour ioondéset convertis en fange^ les chevaux n'auraient pu se moaToir, enibarrasses dans un terrain humide et visqueux ; ou, s*ils avaiei;: attendu encore, ils eussent été pris comme le sont à la gIo<i£ passereaux appâtés. Car déjà Lautaro, donnant des ordres npides, avait commencé Texécution de son stratagème,
' Attristé du dépari des Espagnols^ le même jour, il quitte a^^ dépit la forteresse, et sur le chemin le plus direct de rAraucc> il marche avec son bataillon de fantassins, il agite et rook dans son cœur soucieux mille pensées diverses ' ; mais aucuce d'elles ne lui présente la consolation ni l'excuse qu'il cherM et il se parle ainsi à lui-même en gémissant,
« Quel prétexte, disait-il, pourra me suftire et me ]astiS<!^ d'une telle faute? N'ai-je pas présumé beaucoup en ^^ chargeant d'une entreprise dont le poids me reste et m'accable Et de quoi puis-je me plaindre, si ce n'est de moi-même, ^^ que tout a été dirigé par mes mains? N'est-ce pas moi qui^ promis de faire en une seule année la conquête du monde « l'un à l'autre pôle ?
XXXVIII
« Et pendant qu'avec une troupe si brillante, je n'ai pu m-, môme apercevoir les remparts espagnols, la lune déjà trois f i dans tout son éclat a vu mon armée sans succèSi et le char re^
1 « Magno eurarum fluctaat esio,
Atque animum nune bue celerein, nune dividit illae, In parUs(]ue rapi| Taria*, p«rqu« omiiU versât. »
l(Vv(r., *».. VW, 1MJ-?
t^ARÀtJGÀ!7À. ^^9
plendissant de Phaéthon est passé du Scorpion au Verseau « ; et au terme, il nous faut partir maltraités, après avoir perdu plus de cent soldats I
« Si par la mort j'avais la certitude qu'une telle honte se pût déguiser, bientôt, poussée par une main inutile à mon pays, cette lance aurait traversé mon faible cœur; mais ce serait assurer à l'ennemi plus de vengeance et de gloire, s'il pensait que j'ai redouté son bras puissant plus que le mien, débile, lâche et craintif.
« Ah ! je le jure par Tétemel pouvoir des Enfers », si la mort avant une année ne me terrasse, je chasserai du Chili les armes espagnoles, et j'abreuverai de sang toute la terre. Aucun changement du ciel, nileschaleurs de Tété, ni les rudesses de l'hiver, ne pourra interrompre le cours des combats, et, dans la profon-
i L'oB est un peu surpris de toute cette science d'astronome et de mythologue dans la bouche de Lautaro. La traduction de Winterling adoucit un peu celte in- Traisemblance de diction. Aux mots, « el carro de Faelon », elle substitue « der Sonne Licht. > Dans la pensée d'Ercilla. la métaphore ne signifiait pas darantage. Mais le goût n'admet pas facilement un pareil style dans la bouche d'un chef de sauvages. Ce sont là des oublis, des anachronismes de style assez fréquents dans toutes les littératures, et ils se produisent ians les usages et dans la langue populaires comme dans les beaux-arts. M. Antoine de Latour parle dans « Séville et Anda» lousie ■ (t. I,,p. 174), d'une fête publique, où, à la tête d'un cortège, quatre caraliers, armés à la romaine, portaient à leur casque, comme des cbcYaliers du moyen âge, des plumes blanches flottantes et la visière féodale. Ailleurs (t. II, p. 260), des enfants se disputent l'honneur de conduire les voyageurs à la place des taureaux ; ils désignaient ainsi l'amphithéâtre romain d'Kalica. Le même écrivain avait entendu parler en Grèce du iultan Xerxès. Les œuvres de Shakspeare contiennent une foule de ces renversements bizarres d'idées, de locutions et de coutumes. Dans le Songe d*une nuit d'été, des acteurs doivent jouer Pyrame'et Thisbé devant le duc Thésée et la belle Hippqjjte (act. I, se. ii). Chez quel peuple de la terre les arts n'out-ils pas ofifert les mêmes singularités ? L'histoire de U peinture est pleine de ces aberrations. Sanchez de Castro, dans un de ses tableaux, avait donné à la sainte Vierge un chapelet et des lunettes (Cf M. de Latour, L c!, t. II p. 148). La récente expédition des Anglais contre l'Abyssinie nous a révélé un fait analogue. Parmi les peintures qui décoraient l'église d'Attegerath, on a signalé un a passage de la mer Rouge, • où les fantassins de Pharaon, à moitié engloutis, lèvent des fusils au-dessus de leurs tètes. Excusons Ercilla d'avoir donné à Lautaro quelques notions d'astronomie et de l'avoir initié aux fables de la Grèce. Ceci tient à l'époque où il vivait ; son génie est de tous les siècles.
a Ici Virinterling introduit dans le style d'Ercilla une locution mythologique qui ne s'y rencontre pas : • Ich sch-wôre bei des t Orcus > eVgen Mâchten. » Le texte original dit simplement : « To juro al inferno poder eterno. »
8 00 LARAUCANA.
deur môme du royaume sombre, il ne se verra pas un Ë^ag&ol àTabridemes coups.»
Il fit aussi le serment solennel de ne jamais revenir à son nid bien-aimé, de ne se garantir ni de se défendre jaaiais contre la pluie, le soleil^ le vent ou la fraîcheur des nuits, de ne jamais s'occuper d'aucune joie, avant d'avoir enseigné au monde que Lautaro ne se détermine pas à une difficile entreprise, sans lui donner par sa valeur un honorable achèvement ^.
Alors parut enfin se détendre cette corde de douleur qui parfois le serrait avec une souffrance si amère et si cruelle qu'il était sur le point de perdre tout sentiment. — Ainsi, marchait avec les siens le farouche Lautaro^ et, à la fin de la troisième journée, en attendant l'occasion qu'il espère, il choisit un camp au milieu d'une plaine fertile, non loin du rivage de la mer.
Près de là, d'un cours impétueux, descend d'une montagne ritâta superbe, et traversant ces lieux ombragés, il roule ses
i Voyez dans Tacite {De morib* Germ,^ c. xxxi), des serments analogues* Les barbares dont il décrit les coutumes, les Catles, se laissaient croitre, dès Tàge de puberté, la barbe et les cheveux, et ne dépouillaient cet aspect sautVage, qu'après s'être délié, eu tuant un ennemi, du vœu qu'ils avaient fait à la vertu guerrière de le garder jusque-là. 11 y avait des braves qui preuaieut en outre un anneau de fer (signe d'ignominie chez cette nation), et le portaient comme une chaîne, jusqu'à ce qu'ils se rachetassent par la mort d'un ennemi. La plupart des Cattes aimaient à paraître avec ce symbole (Cf. L. Burnouf, Œuvres de Tacite^ t. VI, p* 47). L'habiU traducteur, p. 318, cite, d'après Labletterie, quelques faits analogues de l'histoire moderne. Dans les Pays-Bas, après l'exécution des comtes de Horn et d'Bgmont. quelques-uns firent l'ancien vœu germanique, promettant de ne point toucher à leurs cheveux, jusqu'à ce qu'on eût vengé ces deux illustres victimes de la cruauté do duc d'Âlbe (Cf. Hug. Grotius, ad annum 1&68). « En 1414, Jeau de Bourboo. pour éviter l'oisiveté, acquérir de la gloire et les bonnes grâces de sa dame, é' vœu, lui avec seize autres chevaliers et écuyers de noms et d'armes, de porter toas les dimanches à la jambe gauche un fer de prisonnier, savoir en or pour les cbeva* liers, et en argent pour les écuyers, jusqu'à ce qu'ils eussent trouvé pareil nombre de chevaliers et d'écuyers pour les combattre. Ces marques de captivité volontaire se nommaient emprises, c'est-à-dire entreprises, parce qu'ils prouvaient que celui qui les portait, avait résolu de les garder jusqu'à ce qu'il eût accompli le dessein qu'il avait formé. » (Cf. Yertot, Mém* de l'Acad. des Inscr. et B.-L., t. Il, p. 595, et Œiivi', chois, de Vertot, t. V, p. 223).
LABAUGANÂ. SOI
ondes paisibles^ lentes et majestueuses. Les bocages riants pro* voguaient au bonbeur. Le vent y soufflait d'une haleine plus amoureuse, et jouait avec les tendres fleurs blanches et jaunes^ rouges et azurées.
Sept lieues forment la distance qui sépare de Penco cette terre charmante et féconde. Les produits abondants qui la couvrent lui permettent de nourrir des guerriers nombreui. Du côté oriental, elle touche à la grande Cordillère et à la haute Sierra d'où^ rapide et bondissant, l'Itâta s'élance pour verser le tribut de ses eaux dans les flots salés delà mer.
La contrée où ils campaient avait appartenu un temps aux Espagnols ; mais elle avait brisé la foi promise, en voyant que la fortune semblait s'être déclarée pour les armes de TÉtat barbare. Vingt-deux lieues, il est vrai, enfermaient tout le territoire de TArauco ; mais quelque bornés que fussent ses domaines, il avait acquis un tel ascendant^ que toute la nation le respectait.
C'est lui qui abaisse et humilie jusque dans la poussière l'orgueil et la bravoure des Espagnols* C'est lui qui fait relever jusqu'au ciel la tête de cetix qui étaient abattus, tristes et tremblants* C'est lui qui fait vivre dans la crainte et dans l'épouvante les plus puissants peuples par delà ses limites ^ Nations lointaines ou voisines ou étrangères fléchissent devant lui et se soumettent à ses lois^
L*élite des barbares, dans la plaine où elle repose, accuse le letnps d'avoir une course trop lente. Trop lente est sa course pour celui-là seul qui attend ce qu'il désire, car pour celui qui
i Les oclBtes AA; 4S* et 46« ont disparu dans la version de H. Winterling. Elles renrernent pourtant des descriptions charmantes, si douces au milieu du tableau de la guerre, et le poète y retient sur Téloge de VAraueo, trop bien jastifié par les dernières tictoirei des barbares.
SOS LARAUGANA.
n'espère pas le bonheur, elle est toujours trop hâtive. Mms lorsque le moment voulu et l'occasion furent arrivés^ Lautaro réunit ses vaillants soldats S et, avant qu'ils se missent bd route, il leur adressa ces rapides paroles :
XLVni
« Amis, s'il était vrai que, toute autre considération mise à l'écart, le désir de combattre et la fougueuse ardeur que je vois en vous, fussent la meilleure garantie du triomphe^ Je puis tous le déclarer^ nul doute à mes yeux que vous ne portiez la victoire dans vos mains, et rien ne me ferait reculer môme d'un pas, dût l'univers entier marcher contre moi.
« Mais ce n'est pas seulement avec le courage que s'achève une entreprise difficile el périlleuse. Que sert la bravoure sans mesure, si notre force môme est bornée? Mais la force, eût-elle des limites^ lorsque l'esprit industrieux la conduit et la gouverne^ aplanit les plus rudes obstacles^ et permet d'exécuter sans peine les projets les plus embarrassants.
« Combien n'en voyons-nous pas qui, perdant le pouvoir, subissent l'ignominie et les misères de l'exil, pour n'avoir su que présenter toujours une poitrine audacieuse au fer de l'ennemi ? Ce n'est pas valeur, c'est plutôt', et à Juste titre^ folie, témérité, erreur honteuse. La valeur, c'est l'obéissance à l'ordre ; la valeur sans ordre, c'est délire.
« Ainsi, dans cette affaire, dans cette gr^de expédition, Avec toute notre bravoure, nous nous détruisons nous-mômes, parce que nous n'avons jamais égard à rien, si ce n'est à l'aveugle fougue qui nous entraîne. Si, par une fureur trop hâtive, nous n'eussions perdu l'occasion favorable qui nous souriait, il ne
1 « A. sus valientes bArbaros. • Wiuteiiiag : « Seiaen tapfere Cohorten, » Léger Anachronisme de style, presque inévitable dans un long travail.
L*ARÀUGÀMÀ. SOS
resterait plus ni Espagnol ni chose aucune dont le destin fût encore à décider.
LU
« Quand nos ennemis entrèrent dans la citadelle, si vous aviez su vous contenir et attendre quelques instants^ votre vaillance eût acquis Timmortalilé ; pas un chrétien n'eût échappé à vos coups. A Santiago, ils n'avaieat nulle inquiétude; avec ceux des nôtres qui tournaient la citadelle S nous eussions accompli un de ces exploits, un de ces faits d'armes heureux que ne peuvent effacer ni le temps ni la mort.
LUI
« Voici donc l'avis que je veux vous donner. Votre devoir est de vous laisser gouverner par la raison. Résistez à Fardeur qui vous emporte, jusqu'à ce que le moment opportun vous appelle. Ne vous affranchissez jamais de Tobéissance qui m'est due, et ne devancez non plus jamais les ordres que je vous prescns. Celui qui n'obéira pas ou qui écoulerait un courage téméraire, je ferai de lui la victime d'un châtiment sans exemple.
« Et, puisque nous retournons dans des lieux où vous avez montré combien est faible notre bravoure , quand nous ne
1 « Con U génie qae andaba por defuen
Htciéramoi un hecho y una auerte Que no la eonaumieran tiempo y muerte. » WinterliDg :
« Wenn an der Hannschafl, die herausgekommen,
80 blul'ge Rache wir vorher genommen,
Daaa niehU den Sciiadun su enetien mehr im Stand. »
NooB ne contestons pas que ce sens-là ne paisse jaillir des mots espagnols. « La gente que andaba par defuera » peut à la rigueur désigner les guerriers sortis de la ville ; mais ces mêmes guerriers sont désignés déjà par le quatrième vers de Toctate, I Pues ningun enemigo se nos fuera ; • et Lautaro ne parait pas songer à opposer à la quiétude de Ssntiago les dangers des soldats de Villagran. Il pense bien plutôt à sa ruse trompée, à la précipitation des siens ; mieux inspirés et plus dociles, avec le secours de leurs compagnons qui revenaient par le dehors, pour fermer le passage aux Espagnols, \U eus^sent remporté une victoire éclatante. Mais dans la narration du X[« chant, Winter'.ing a fait disparaiire des octaves eutières, et celle suppression rendait ici le détail des trois derniers vers assez obscur pour le traducteur de Niîrnberg.
toi L*ARAUCANA. |
Mvonspas la conduire, Je le jure par cette main que je lôreS oq vous sere» rendus à vos premiers honneurs^ ou notre sang arrosera le champ de bataille, et nous y resterons étendus pour servir de pftlure à la férocité des bêtes sauvages^ à celle des impurs oiseaux de proie \ »
C'est par ces termes que Lautaro acheva son discours. La trompette sonna le départ^ et de nouveau ils se mirent en marche pour l'expédition, du pas rapide auquel ils étaient accoutumés, et, aUanl ainsi, au moment où un golfe se déployait devant eux, et qu'à leur droite ils enteraient sur le territoire de MaUquino, ils rencontrèrent en leur chemin un barbare qui venait, leur disail4i, de la cité espagnole.
îl leur affirmait avec serment qu'à Mapocîi<5 on était insiroit de leur marche, soit que le vent en eût porté la nouvelle, soît que des espions attentifs l'eussent fait connaître^ si bien que ^^ ville était déjà pourvue d'aliments nombreux. Tout élail pr^t pour la couvrir et la défendre, provisions, armements^'projeC' tiles.
Lvn
Assuré des faits^ Lautaro change les premiers plans qu'il &^^' Conçus. Uvoit qu'il y aurait témérité à poursuivre son dessein avef une troupe aussi faible. Le barliare songe à réunir d'autres guef Tiers, et aussitôt il se décide. Dans cette vallée, se trouvait «" emplacement déjà fort par lui-même. Avec toute son adressent les soins lès plus actifs, il le munit encore de constructions.
i • Alio la diestra. • Ces mots ne doivent pas être mis entre parenlbèsfcbmme ils le sont dans le teite de M. Cayetanb Rosell, et le ter'be alMo ne doit ^ ^tre accentué. 11 est à la pretnière pe^son^e de Tindicalif présent ; c'est toujou Lautaro qui parle, et la bonstruction est très-régulière ï * aIio la diestrt en^^' Iiabeis de ser réstituidos, etc. i tVinterling adopte la parenthèse et traduit:
« Zuiil Zeichen d<et- BesckiirOruBg réckèt teir hbch dto Ûand c
Céite Intert>rëtation répand sur toute la phrase espagnole un ym% à W i*****
l'abaucana s 05
Il ne met point de relâche à son œuvre, et comme le lieu môme favorisait les travaux, en peu de temps on vit s'élever une citadelle redoutable, entourée d'un fossé et d'un solide rempart. A ce bruit, une foule d'hommes étaient accourus, avides et jaloux de partager des dépouilles. Je suis contraint de les quitter de toute ma vitesse, car j'entends au sein de notre cité un grand tumulte.
On savait dans Mapochd, on était assuré que, tout furieux, le fils de Pillân, à la tête d'un bataillon de soldats éprouvés, allait fondre sur la ville et l'envelopper de ses armes. Soudain la crainte met en émoi et en confusion le peuple espagnol; mais le sang que la terreur avait glacé, un ardent courage le ranime,
Aux armes accourent les vaillants, et ceux que les années appesantissent font servir leur prudence et leurs utiles avis à fortifler les parties faibles des remparts. D'après leur conseil, trente jeunes gens, pleins de courage, sous les ordres d'un chef rusé, s'empressent avec quelques barbares leurs amis d'aller à la découverte de leurs adversaires*
Villagran n'était pas alors au milieu des siens dans cette ville troublée. 11 s'était rendu à l'Impériale par une route détournée de r Arauco ; mais déjà il revenait avec des troupes nouvelles, et, près du lieu où était l'enceinte des barbares, formée d'é* normes troncs et de fascines, sans le savoir, une nuit il avait posé son camp.
Lorsqu'eut paru la fraîche et riante aurore, comme le général reprenait sa marche, au pied d'un coteau, il rencontra sur sa route un Indien du pays. Il est informé par le barbare que près de là est le camp de Lautaro. Le détc^il de ce qui s'y passe
t06 l'ahaucana.
lui est révélé. Le Jeune homme en était parfaitement instrnil; il venait lui-même de la forteresse d'où il était sorti pourfûR du butin.
L'Espagnol apprend du barbare tous les projets que l'ennemi médite. 11 est informé que Lautaro rassemble des soldats, en attendant que s'avance une occasion opportune. Mais rien n'épouvante les héros de Gautén, et moins que jamais lorsquils savent qu'une troupe de nos soldats s'approche et ^ qu'à peine une Journée la sépare d'eux encore.
Villagran demande à l'Indien s'il pourrait s'emparer des retranchements barbares, et le jeune homme en souriant lui répondit que la force de la situation rendait toute tentative impossible ; que, par derrière, une montagne abrupte et rocheuse l'abrite, et de ce côté en interdit l'abord.
Mais Villagran : « Je suis résolu, dit-il, à me laisser guider par ton récit et à me frayer un passage sur la haute sierra. Je veux tenter un exploit, et si, en une nuit, tu peux me conduire au camp de Lautaro , une récompense suivra ta peine. Si ta mens, le feu sera ton partage. »
Sans crainte l'Indien repartit : « Je jure qu'il ne me faudra pas une nuit entière pour te mener à ton but, par un chemin difficile, mais sûr. Tu peux te fier à cette parole ; de Lautaro, Je ne saurais te défendre. Toute la troupe de tes compagnons sera impuissante, si tu marches contre lui; il vous prendra tous, et vous fera subir mille genres de supplices ignominieux'*
LXVfl Mais le terrible sort que présentait à Villagran le guerrier
« C» «ont les guerriers dont il est question à la fin de PoeltTe eo«.
LARAUCANA. S07
barbare, n'ébranla point le héros. 11 voit avec quelle assurance l'Indien se comporte, et il ne doute point de sa sincérité. A la troupe qui venait de Santiago^ il dépêche un messager diligent, afin qu'en toute hâte et dans le plus bref délai elle vienne se joindre à ses forces.
LXVin
Le lendemain, les deux corps étaient réunis, et ensemble, ils allèrent par où il plut au barbare de les conduire. Durant la nuit silencieuse, ils ne cessèrent de frapper avec l'éperon les flancs de leurs chevaux. Plus tard, je conterai ce qu'ils devinrent ; car il est bon de les abandonner maintenant à leur course pour faire connaître la venue en ces contrées d'un chef qui donna de nouvelles forces à la guerre.
Jusqu'à présent, ô mon maître, je n'ai pas assisté moi-même aux événements dont j'ai offert ia narration abrégée. Voilà pourquoi, par une juste défiance, je n'ai pas voulu m'instruire auprès d'interprètes prévenus. J'ai interrogé les deux partis, et n'ai rapporté, comme véritables, que les faits pour lesquels tous se réunissent et s'accordent, et, en général, les circon« stances qui soulèvent le moins de contradictions.
Hélas ! pour justifier jusqu'ici mes paroles, quels flots de sang versé ne voyons-nous pas I En poursuivant son cours, cette histoire, je m'y engage, offrira plus de garanties encore. Je pourrai tout affirmer comme un témoin présent à l'expédition entière. Je ne me laisserai pas aveugler par la passion qui est loin de mon âme ^ et je ne refuserai à personne ce qui lui appartient.
Aucun pas n'a été fait sur cette terre, que mes pieds ne l'aient mesuré ; aucune atteinte de lance ni d'épée n'a été reçue
1 c Sio eegarme pasion, de la cnal ha^o. »
Cf. Tacite, Annal,, lir. I, chap. i : « Sine ira et ttadio, qaorum eautas procul habeo. »
toi LARAUCANA.
que Je ne poisse nommer la main d*où la blessure est partie^ . Si moi-même j'ai distribué peu de coups, voici mon excase: ravie du spectacle que J'avais sous les yeux, mon âme y étùi tout entière, et tellement absorbée, que mon bras oubliût quel* quefois de brandir le glaive,
Si une cause m*a excité à écrire, malgré la pauvreté de moi: talent et la rudesse de ma plume, c'a été pour ne pas laisse: disparaître de si beaux courages, et pour que le temps ne pû^ en consumer injustement le souvenir. Que personne ne s'imagine que l'ambition de me montrer poète habile ait éveillé mo: chant; certes, Je connais loute ma faiblesse et toute l'aridité d mon étroit cerveau.
De ma stérile veine il reste une preuve suffisante etunt:^ moignage assez frappant. La vérité dans mes récits va toute oce et sans artifice, afin dé pouvoir s'ouvrir une route moins p^^ rilleuse. Mais si un ei^cès m'emporte en dehors de ces limite^ Je prie que l'on m^acCôrde un peu d'indulgence, et que T' veuille bien considérer en iboi mon bon vouloir, mon uniq-désir d'agréer et de plaire.
La barbe ne couvre pas encore mon visage, et ma plume i. osé entreprendre un vaste sujet. Aussi, j'ai besoin que la faï«-l m'obtienne ce qui appartient si peu à mes jeunes années, i'^^, père. Seigneur, que l'on songera au zèle et à la juste cause q-
1 Avec un tout autre teatiment, le même langage te troufe dans la boack^-^ héros eomique de Corneille. Le jactancieox Dorante se rencontre arec le niodou' Taillant Ereilla :
« Il ne l'est fait eombats ni sièges iioporUnti, Nos ormes n*ont jamais remporté de Tictoire, Où cette main n'ait eu bonne part i la gloire. >
{Le Jfenfeur, act. I, te m.'
La connaissance profonde que Pierre Corneille avait de la Uttératnre espjp^ explique ou ces emprunts ou ces analogies.
m'enflamment, et que Von tiendra compte de mes intentions, pour me pardonner quelques erreurs '
Je veux un instant abandonner l'Arauco ; car il existe une im« portante liaison entre mon sujet et ce que la nécessité m'oblige à raconter du Pérou, bien qu'un immense intervalle sépare les deux territoires; et, pour que se puissent mieux comprendre et avec plus de facilité les événements qui suivent, si Lautaro disparaît de mon récit, je dois dire quelques mots rapides sur les guerriers qui s'ébranlent dans ce moment pour Taller détruire.
Le marquis de Ganete était arrivé à la superbe cité des Rois, où l'avait envoyé le très-grand Charles-Quint, afin de garder et de rétablir son pouvoir. De hautes qualités Tout désigné pour vice-roi d'un pays où deux vice-rois, saisis par le bras audacieux des rebelles, avaient été traînés à la mort.
Le nouveau chef sentit quelles passions et quelle perversité la licence avait introduites, combien les esprits étaient prêts à la sédition, sous le voile d'une apparente loyauté, avec quelle audace se commettaient les outrages, les insultes, les trahisons. 11 vit bien que le corps du tyran n'était pas encore décomposé \ et que son cadavre même recommençait à se mouvoir.
1 Uoctave 74* est sopprimée par Winterling. Don Ereilla y exprime des Idées qni lui BODt chères. On est frappé de la ressemblance qae préseotcnt les sentiments contenus daos les octaves 72«, 73* et 74», et ceux que développe la lettre du poëte à Philippe II (Cf. aupr,f p, 3), le prologue de son épopée (p. 5 et suIt.), et les premières octaves du poème (p. 13-15).
S « Vtendo que aun el tîrano no hedia,
Que aunque muerto, de fresco se bulUa. s
Winterling semble voir ici l'esprit dUosubordination, et il traduit :
« Und als ar wahrnabm, dass, lo sahr man sle bekflmpfet Noeb imroer nieht dei Aufrubra Hyder sei gedAmpfet. »
Mais il est bien question ici d*uDe personne réelle. Dans l'octave 81, Ereilla reproduit la même expression : « el bando del tirano; > il i*agit évidemment d*ttn nsur-
810 i'abaucana.
Aussi, le vice-roi débuta avec adresse et prudence. Il ne présenta pas d'abocd le fer ni l'impitoyable tranchant de Vépée.
patcnr des poaToin publiei. Winterliog traduit beaoeoap mîeax ce dcniène pam^:...
« Aile, die
8ich den Aarwieglern ange»cblossen
Uod Ln de« Aufruhn Feuer Gel gegossea. » f)
Bien qn'il ijoate au texte une métaphore nouveile, et qu'il ne désigne encore » enn ehef spécial de l'inturrection. Au chant xiiie, oct. 3, Ercilla parle de eeaiq«i ont Toulu soutenir lé tyran :
« Levantar el Urano y ayadarle. •
et eette fois Winterling traduit fort heureusement :
€ Des Usarpstors Thron su heben und su itfitsen. »
Ercilla veut signaler un homme que tout le monde, à un monoânt donné, sppelvt I El tirano. > (/est Gonzalo Pizarre. tf.% deux Tice-rois dont il est parlé dans l'oetare précédente et que les rebelles mirent à mort sont Francisco Piza<ro, leeos* qoéraut du Pérou, puis Blasco Nufiez Vêla, qui, le premier, reçut à son dépit* d*E8pagne et officiellement le nom de vice-roi . Toute cette guerre cÎTile du Pérou, où le meurtre des chefs, l*iDSubordinatioo, l'esprit de rapine et de yen^mcc oceupeat une si triste place, a été supérieurement retracée par Agostin de Zirat< {Historiadel descubrimiento y conquisia del Perû, lib. IV, cap. 8, lib. ▼, cap. 33; bibliotb. RÎTadeneyra, t. XXVi). Trois fois Ercilla donne à Gouzalo Pizarro le non de tyran. Il importe d'établir le véritable sens que le poëte attache à eette expr«^ sion. Il est visible qu'il ne l'appelle ainsi que parce que Gonzalo exerça près de tro<* années au Pérou un pouvoir à peu près absolu et sans avoir reçu du roi d'Espsp' aucune investiture personnelle. C'est donc à l'usurpation de l'autorité dictatoriale et non pas à l'exercice même de cette autorité que l'epithète s'applique. Loin de p^e* •enter aux yeux des historiens un caractère d'odieuse violence, ce hardi aventarier provoque leurs éloges. Juan de Velasco loue son habileté comme administratear, il beauté de ses fondations, son courage et sa générosité. Il avait accompagné s<mi frère à la conquête du Pérou et l'aida à combattre et à ruiner les partisans d'AlmsgrO' Mais la guerre civile, qui avait armé l'un contre l'autre les deux conquérants au Pérou, fut le principe de longues et saaglautes divisions fatales à tous. Lorsque Almagro, vaincu à Las Salinast eut péri, décapité à Cuzco, le vainqueur partagea le pouvoir avec son frère Gonzalo ; il ne se réserva que la province de Lima, et toute la côte de Tumbez à Payta. Gonzalo reçut le gouvernement du royaume dt Quito, jusqu'à la province de Pastos, et au S* degré de latitude sud , là oà le Chinchipe et le Chachapoyas s'unissent au Harafiou, tout le territoire dont il pourrait s'emparer à l'est, dans le pays de la Canela (Cf. Juan de Telasco, Bût. du roy, de Qutto, t. Il, p. 146, collection T.-Compans). Pendant que le fils d'Ahaagro, un fier et hardi jeune homme, agitait dans son Ame des pensées de vengeance et soulevait les capitaines fidèles à la mémoire de son père, Gonzalo fondait des villef et s'engageait dans une exploration malheureuse du haut Marailon. Durant ss longue absence, de tristes événements s'étaient accomplis. Francisco Pixarro avait été égorgé dans son palais, après une défense héroïque contre ses dix SMartricn.
LARAUGANA. »fl
C'eût été, pour de pareils moments, se jeter dans les embarras et égarer le glaive en une dangereuse méprise. Il se montra
Les Aimagristes avaient proclamé gouverneur du Pérou le fils même de Tancien compagnon et compétiteur de Francisco. Mais déjà la cour de Madrid avait pourvu au désordre par des remèdes aussi violents que le mal lui-même. L'ambition de Francisco Pizarro paraissait le plus grand danger. Gharles*Quint envoya comm« gouverneur Yaca de Castro. Il devait prendre en main le pouvoir, si Pizarro était mort ; dans le cas contraire, il devait lui laisser le gouvernement, en considération de ses succès, et ne prendre que le titre de Juge royal, pour apaiser les troubles. Yaca triompha du jeune Almagrô à la sanglante bataille de Chupas (1942). Puis à Cuzco même, où le vaincu s*était réfugié, il lui fit trancher la tête. Yaca semblait avoir calmé tout le Pérou. De Quito, où il était rentré avec quelques débris de cette expédition vers TEst que son frère lui avait tant recommandée, Gonzalo sollicita une audience du nouveau gouverneur. Celui-ci l'ajourna d'abord ; il voulait attendre la fin de la lutte qu'il avait entreprise, contre Diego d'Almagro, et, après sa victoire, il reçut Gouzalo avec distinction et l'investit, au nom du roi, du gouvernement que son frère lui avait donné. Yaca resta un an et demi à Cuzco et gouverna sagement. Mais son administration ne fut qu'une suspension d'armes. Pendant cette courte paix, l'habileté que déploya le nouveau chef ne lui fit pourtant éviter aucune des barbaries qui jusque-là avaient pesé sur les Indiens. Dès qu'une province était conquise, on faisait le partage, le repartimiento, en commanderies ; les commandeurs traçaient les vaincus eu vils esclaves, en bêtes de somme, les épuisaient aux travaux des mines, sans paye ni récompense. Celte tyrannie décimait ceux que l'intérêt seul avait fait épargner. Il y eut un cri poussé par tous les hommes sages, et Charles-Quint ordonna une enquête, et il sortit de là de nouvelles lois des Inde plus tutélaires, des ordonnances royales, inspirées par Las Casas, et qui furent signées le 20 novembre 11:42. Ces lois, copiées et envoyées en Amérique bien avant la signature, y provoquèrent une résistance anticipée. Chaque Espagnol se croyait dépossédé d'un droit de propriété, lorsque le souverain lui enlevait le droit d'oppression. Les villes s'entendirent pour déjouer ces lois spoliatrice»^ et qui retiraient les repartimientot sans indemnité. L'incendie fut général, et les conseils municipaux écrivirent à Yaca et à Gonzalo pour qu'ils s'efforçassent de les faire révoquer. Mais déjà la Cour avait compris qu'elle ne pouvait pas confier leur exécution à Yaca de Castro, qu'elle devait s'en remettre à un homme qui eût plus d'autorité et de résolution. Elle envoya Blasco Nufiez Yela, gentilhomme intègre et courageux. Il derait exécuter les lois à la lettre. Pour le soutenir, on établit une audience royale à Lima* Avant que Blasco et les auditeurs fussent arrivés, la rébellion avait pris des forces. Blasco se comporta avec plus de hauteur et de fermeté que de prudence. 11 proclama partout les nouvelles lois des Indes et usa de rigueurs inutiles. Yacik s'était rendu vers lui pour se soumettre à l'autorité royale dont il était le nouveai» dépositaire. Le vice-roi le fait jeter en prison, comme un vil criminel ; puis il lui abat la tête. D'autres exécutions aussi injustes que barbares soulevèrent contre Blasco l'indignation générale. Gonzalo est investi de pleins pouvoirs par les villes insurgées, pour combattre le vice-roi. Le frère dePizarre organise rapidement une armée, pendant que Blasco voit fondre la sienne entre ses mains par la désertion. Les oidores eux-mêmes l'abandonnent et l'envoient prisonnier dans une petite île voisine de Lima, d'où bientôt il devait partir pour l'Espagne. Mais pendant que Gonzalo triomphait et entrait en maître à Lima, l'auditeur chargé de la garde de Blasco lui rend la liberté. L'intrépide vice-roi relève l'étendard royal à Lima. Fizarre se rend à Tumbcz; mais déjà Blasco Nufiez était à Quito, et soulevait partout les hommes restés fidèles à la royauté. Il pousse jusqu'à San-Miguel de Piura, où il met en déroute complète les lieutenants de Pizarre (juin 1545). Pizarre
8tt L'ABAUCANA«
doux et bienYeilIanU flatta de la maia le dos du iDoi»tie,lfl^ qu'à ce qu'il pût arrêter la marche des coupables et rendre àl \ Justice force et puissance. '
Pendant qu'il songe à préparer l'avenir et à purifier tout à fai le pays de ses souillures, il supprime les anciens juges et léublit dans toutes les cités des magistrats choisis par lui-méiQe> C'étaient des hommes qu'il savait être équitables^ craigQaD> Dieu, le roi et le monde, toujours utiles dans de semblable: dignités.
n amusait et nourrissait les esprits avec la pensée d'une i^
t'ébnnl« ; mtiidéjk le TÎee-roi Mk d«ot Qaito. Pixtm Ty poursuit; Bltseotvitps^' Popayan. CaU« eoune, comme an eiocher, continue sur une étendue àt qu*<^'' degrés. Bnfia, tttiré par une ruse de Pizarre, qui feiut une absence, BUscoeït' tiré près de Quito. La Tiee-roi est Taineu à Ifia-Quito. On lui coupa Ja tètivp*' déplaisir de Piiarre qui lui fit reudre de pompeux honneurs funèbres. ^^*^'^^ nouent Gonsalo Pîxarro fut maître absolu du Pérou ; il pardonna nobleme&t * les auxiliaires de Blaseo Nuîiez. Il gouverna paisiblement dans Quito à'iboriP'^ dans Lima. Hais en Europe l'orage était déjà formé contre lui. Cepeo<l"'.^^ eonnaissait encore à Madrid que l'emprisonnement de Blaseo et PasurpatK* - Gonsalo. Ces tristes résultats étaient attribués aux fautes du vice-roi e\»*^ i flexible rigidité. Don Philippe et le conseil royal qui gouvernait poar loi, P<°^^ | Tabsence de Charles-Quint, envoyèrent an Pérou un homme de caractère »^ ^ modéré, • qui exécuta par l'astuce 'du renard ce que le vice-roi avait ^^^, Toulani employer la force du lion » (Velaseo, t. II, p. 280). La Gaseê, soof "- | pie titre de Présidente, prit si bien ses mesures que l'amiral de Gonsalo ^^'^ remit la flotte des rebelles, et obtint contre Pizarre L'appui de presque toas»^ -' vemeurs. Gonsalo se détermina à fuir vers le Chili, et à y faire de ■*'"'''**.'„^ 1 quêtes ; il s'arrête en chemin, et avec la moitié moins de soldats que ^'" ^ saire, bat Centeno, se fortifie dans Cuzco et reprend la défense. Mais an< '^ ' nombreuse l'attendait dans les plaines de Xaquixahuana. Abandonné pu^^ | siens, il est vaincu, et ce fut sa première défaite. Au lieu même du combiti ** ' | conduit au supplice sur une mule, les mains attachées et couvert d'oa ^'"^**'., mourut en silence arec un courage invincible. De tous les Pizarros, c'est e<><*'^'| ■réunissait le plus de qualités. Après cette victoire, la Gasca se rendit i^*"^^^. | toute son armée. On pilla la magnifique maison de Pizarre ; elle fut >^^^"V|,' eelles de ses partisans, le sel fut semé sur les fondations, et Ton érig'* '^ ,' place descolouues chargées de ces mots : « Ici furent les maisons dei i^*^''^; '\ \ tête de Gonzalo fut portée à Lima, et mise, dans la Plasa mayor, sar s^ P"'', marbre, entouré d'une forte grille de fer, et portant cette insoriptioa: * . ^ \ est celle du traître Gonzalo Pizarro qui livra bataille dans la vallée de Xs?»"'' ,' contre le royal étendard de son maître, le lundi 9 avril 1548. • Il est '*«•'* , |j •par les détails du récit qui précède la vraie signification du mot fir«JW fr^* Pizarre par le poète ErciHa.
partilioD générale K Les plus criminels en attendaient les plus
1 ■ Bepartimiento. • Le partage qui se faisait aprèa chaque conquête nouvelle CDtre les eiiTabisseurs Tictorieui, leur attribuait des trésen, des terres, des vas* saox, mais le mode de répartition Yariait beaucoup suivant le caprice des chefs et des ifou-vemeurs. La royauté espagnole n*y re^sardait pas de bien près, pourvu que sa part fût régulièrement prélevée. Son lot était un cinquième des dépouilles, et les virfyes ne ma«iquaieot pas de leur envoyer leur quinto. Les « bistoriadores primitivos de lodia » renferment sur les « repartiniientos » les détails les plus fiurieux . Francisco Lopex de Gomara nous raconte ce qui se pa-sa au Pérou quand les vainqueurs se partafrèrent les richesses d'Atabaliba : t Francisco Pizarro, dit«il, 6t peser Tor et Targent. Lorsqu'ils eurent été fondus et épurés, il y eut cinquantedeux mille mares d'argent et un million trois cent vingt-six mille cinq cents pegoM d'or; jamais, jusque-là, on n'avait vu réunis pareille somme ni de tels trésors. Le roi reçut, pour son quinto, très-près de quatre cent mille pesos ; chaque cavalier espagnol eut huit mille neuf cents pesos d'or et trois cent soixante marcs d'argent; \tvpeoH9s avaient qvatre mille quatre cent cinquante pesos d'or et cent quatre-vingts marcs d'argent; les eapitaines de trente à quarante mille p««o«. Francisco Pixarre eut pins que personne, et comme capitaine général s'appropria une forte table d'or qu'Atabaliba avait dans sa litière et qui pesait vingt-cinq mille ea«tellanos (le « castellano * était la cinquantième partie du marc d'or. Le eastellano de oro du chroniqueur Jerez, le peso de orOy le ducado de oro de Gomara offrent des expressions synonymes. Ils égalaient 80 réauz de vellon, un peu plus d'un doublon d'Espagne, on quatre piastres fortes; la livre était alors de 18 onces et non de 16 comme à présent ; le marc était la moitié de la livre ; Cf.Yelasco, t. I, p. 348). Jamais les soldats ne s'enrichirent ainsi, ni aussi vite ni sans périls; jamais ils ne jouèrent de la sorte; il y en eut beaucoup qui perdirent leur part aux des ou à la • dobladilla « [martingale). Le prix des objets renchérit avec l'accroissement des richesses. La valeur d'uoe paire de chausses en drap fut portée à trente pesos^ celle d'une paire de brodequins à soixante; une cape noire coûtait cent peso»; une main de papier dix; une azumbre de vin (un peu plu& de deux litres) valait le double; un cheval se payait trois, quatre et jusqu'à cinq mille ducats. .. Pizarre donna aux gens d'Almagro, quoiqu'il n'y fût pas obligé, de cinq cents à mille ducats, pour éviter toute sédition de leur part ; et il envoya à l'empereur son quinto et la relation de sa conquête, par son frère Fernando Pizarro. Avec Fernando revinrent en Espagne une foule de guerriers riches de vingt, trente, quarante mille ducats. Ils apportaient presque tout l'or d'Atabaliba et remplirent de caisses d'or et d'argent, à Séville, toute la chambre du commerce [casa de contratacion^ tribunal établi pour les affaires commerciales des deux Indcb). Cf. Bibl. Rivad., t. XXII, p. 231. Francisco de Jerez, secrétaire de Pizarre, donne à peu près les mêmes chiffres pour le total des marcs d'argent et des pe^os d'or dus à la conquête. Les différences sont assez légères lorsqu'il s'agit de pareils résultats et sont dues en partie aux droits prélevés par les fondeurs. Francisco de Jerez donne cinquante^un mille six cent dix marcs d'argent, et un million trois cent vingt-six mille cinq cent trente-neuf pesos d'or. 11 élève le quinto du roi à deux cent soixante-deux mille deux cent cinquante-neuf pesos d'or et dix mille cinq cent vingt-un mille marcs d'argent; le lot de chaque cavalier à huit mille huit cent quatre-vingts pesos d'or, à trois cent soixante-deux marcs d'argent ; celui des fantassins à quatre mille quatre cent quarante pesos, à cent quatre-vingt-un marcs. Le même historien rapporte encore que le gouverneur donnait plus on moins, suivant le mérite de chacun, selon la qualité des personnes ou les fatigues qu'elles avaient eues à souffrir.
Avant de faire le repartimiento , il avait réservé aussi une certaine quantité d'or, pour les hommes de Diego de Almagro, et pour les marchands et les matelots arrivés
tu l'araucana.
beaux avantages, et fondaieot leur espoir sar les habitades d>i
4cp«b la §• 4«Uf!«erT€. Il faisait foadre de cioqHanle à loizante mille pecMpsj««r; «ae foift Mènw oa atteicait le chiffre de qoatre-TÎngt mille. A ce tnm. eUieat employés les ladieBS, habiles argentiers et fondeurs; neof forges j éiaesi eoMacrées» Fraaeiseo de Jcret fait remarquer, comme Praaeiseo de Gooûn, <;m la maltipUeatioB da naméraire fat aussitôt saÎTÎe d'an aceroisseoBent rapide ius le pris des denrées et de toutes les marchaDdises. Il pooTut de ceci porter boi t^ moignagc et attester la valear à laquelle s*éleTèrent des objets qo'îl avait été )>méase fareé d*aeqnérir : Un cheval coûtait, dit-il, mille cinq cents et jusqo'i tro^ mille trois eenls pesos; le prix commun était de deux mille cinq ceatt petos, f- Vom n'en trouvait guère pour pareille somme. Trois oaum^ret de vin se readai«^ soitante pesos. Jeres doana lai-mème quarante pesos pour deux aznml»«s. U énitcomoM Gomara, une paire de chausses à trente ou quarante pesos, une cape à «li on cent vingt pesos ; une main de papier à dix pesos ; mais il fait desecndrei tmîi ou quarante pesos le prix des brodequins que Gomara pousse à soixante. Cae epe< se payait de quarante à cinquante pesos, on n'avait une gousse d'ail que poor ^^ demi-peso, et une demi-onee de safran avarié ne s'échangeait que contre Ao-^ peins. L*oa payait quelquefois avec un morceau d'or qui valait le double de ii monnaie battue, et il semblait au vendeur qu'il ne reeevait qu'on vil |K'ix de * denrée. Lorsqu^on sortait pour acheter quoi que ce fût, ou pour payer ses créaaei<f>> il fallait être suivi d'un Indien chargé d'or»
Quatre vais>eaux remplis de trésors arrivèrent tour à tour à Séville. Le prcniff atteignit le port le 5 décembre 1533; le deuxième, le 9 janvier 1534; le 3 jiu>-' la même année* arrivèrent les deux autres ; tous avec leur superbe cargaison ^ talliqne. Le vaiseeau qui idMrda le 9 janvier 1534 était celui de Bernando ^«rr^ le frère du gouverneur de la Nouveile-Castille. Il apportait au roi cent eioqosB^ trois mille pesos d'or et cinq mille quarante-huit marcs d'argent. Bernando pres»^ de plus au roi trente-huit vases d'or et quarante-huit d'argent. Dans le noathre* > y avait un aigle d'argent assex grand pour renfermer deux cruches d'eau ; il T **'' aussi deux marmites. Tune en or^l'aulre en argent.dont chacune suffisait ponrcoeter'^ une vache dépecée; deux sacs en or capables de recevoir chacnn deux î^^ (boisseaux de b'é) ; une idole en or, grand*; comme un enfant de quatre ans, et dei> petits tambours. Les autres vases éUient des eàntaroi d'or et d'argent, de U o^' tenaoce tout au moins de deux arrobes (plus de 32 litres). Tous ces trésors ^' chaînés sar le port de Séville, étaient portés à « la casa de eontratacion, ■ ki ^va i force de bras, les caisses, deux à la fois, sur autant de chariots traînés par ■>< couple de bœufs (Cf. Rivad., t. XXVI, p. 343-346).
Francisco Lopex de Gomara ne parle pas avec moins de curieux renseigiienec'« des dépouilles de Mejico. Le métal fondu rendit cent trente mille easleHamt " pesos). Ils furent répartis suivant les qualités et les services de chacun. Le quintoU roi s'éleva à vingt-six mille castellanos. Une foule d'autres objets d'un prix u^' vinrent en Europe sur les caravelles de Cortés, et l'historien ne les évalue p«s < moius de cent cinquante mille ducats. Les pierres fines, les costumes et les ontments gracieux avaient leur place auprès des tigres enchaînés. Plus tard, d*autr6 trésors furent encore envoyés par le conquérant à l'empereur. Diego de Soto fC' chargé de lui porter soixante-dix mille castellanos, et une couleuvrioe d'aïq^eot q^ valait vingt-quatre mille pesos d'or. L'on y voyait en relief un phénix, avec o:.c Inscription due a Cortés lui-même et qui loi attira, parmi les poètes de la eoor, p « d'envieux que sa magnifique découverte :
« Aqaetia naeiô siu par ; To en lerviros ain legnûdo; Vos ain jgnal en el mondo. >
L*ARADGANA. 815
ouYemement passé. Mais cependant^ le marquis prenait
liblioth. Rivad., t. XXII, p. 409). Ainsi s*aceoiBpliMait l'attente dei Européens ; tnsi s'achevait la spoliation d'une race d'hommes sur un sol, où un cacique, pri- >nnier de Colomb, au début de la conquête, portait au cou une magnifique aaioe d'or qui pesait douze marcs ou six cents castellanosi l.es exactions ne sévissaient encore que sur les vaincus, sur les populations indienes et le gouvernement espagnol fut indulgent pour des spoliateurs qui l'enrichissaient, 'humanité seule avait i souffrir, et pourtant quelques historiens courageui parlèrent es cruautés de l'invasion avec de justes colères. Alvar Nufiez Cabesa de Yaca ra- Dnte avec indignation le traitement fait aux peuples soumis. On prenait impunément, it-il, leurs femmes et leurs filles, leurs hamacs et tout ce qu'ils possédaient et LOS jamais les payer ; c'était uoe violence sans frein. On contraignait les malheuiuXy à coups de bâton, à venir travailler un sol qui leur avait appartenu et sans ue leur travail fût rétribué. La dispersion commença. Ils fuyaient aux montanés (Cf. Bibl. Rivad., t. XXII, p. 593;.
Hais ces tristes tableaux n'ébranlèrent pas les âmes, et dans la métropole on ne inquiéta des désordres que lorsque la guerre civile éclata et mêla ses fureurs i exercice de la tyrannie.
Agustiu de Zârate [ffist, del Perû, lib. YI, cap. ix), nous l'avons dit, fait conaitre en détail toute cette hideuse histoire, où les eiactions furent sans nombre t les embarras du gouverneur presque insurmontables. HaisGomara nous enseigne Bibl. Rivad., t. XXII, p. 274), que le présidente Gasca, envoyé d'Europe pour ainner la discorde et rendre force au pouvoir, rapporta à l'empereur un milliou rois cent mille castellanot. Charles-Quint avait-il beaucoup à s'inquiéter, après lela, du mode de distribution adopté par Gasca pour le r^artimiento qu'il exécu* ait a trois mille lieues du centre de la monarchie ? Gasca était loin, toutefois, de satisfaire tout le monde. Il y eut contre lui, au Pérou même, bien des réclamaions ; il ue guérit pas tout le mal, et d'autres exactions rendirent nécessaires les iévérités de Cafiete; mais Gasca put du rooios quitter son gouvernement en 15S0, isns avoir à trembler devant les violences qui furent si fatales à ses devanciers. Le shef audacieux qui avait découvert l'empire des loeas, et ses frères font périr Diego de Almagro; le fils de la victime fait égorger Francisco Pizarro; Yaca de Castro tranche la tète au meurtrier de Pizarro; Bla>co Nufiez Yela donne des fers, [>uis la mort, à Yaca de Castro; Bla&co Nunez succombe lui-même dans une bataille contre Gonzalo Pizarro, que Gasca fait exécuter. Tant de désordres, de crimes et d'impitoyable justice, et les iniquités capricieuses, jointes aux repartimientos ^ émurent beaucoup moios la cour d'Espagne que le mépris si fréquent de l'autorité royale dans la personne de ses mandataires. Les répartitions ne provoquaient la vigilance de la monarchie que pour un seul motif, pour maintenir le respect des droits régaliens, «su real patnmonio. » (Cf. fiernal Diai de Castillo, ConquUta de Nueva-Jispafia, Rivad., t. XXYI, p. 314). If. Alexandre de Humboldt regarde avec raison les repartimientot dont les historiens nous ont gardé les détails, comme la cause la plus puissante de l'extinction progressive de toute une race d'hommes, et des affreuses guerres civiles dont le Pérou fut le théâtre ; mais il déclare aussi que Cortés et Pizarro n'ont fait qu'appliquer et développer les maximes de l'administration coloniale de leur célèbre précurseur, de Christophe Colomb lui-même. Suivant le docte écrivain, trop bien appuyé sur des faits irrécusables, les intérêts de l'humanité furent sacrifiés par Colomb au désir de rendre la conquête plus lucrative et de procurer des bras aux lavaderos, La nécessité de réunir des ouvriers nombreux le poussa à des mesures extrêmes qui semblaient aux envahisseurs assez justifiées par la férocité des Caraïbes et par l'insurrection partielle d'Haïti. Des familles entières se Tirent enlevées au sol natal. Bientôt l'homme fut échangé contre
Si 6 LARAUCANA.
des informations, et , grftce au faux bruit répandu , préparait rexécution de ses projets divers. Non-seulement il punit les coupables, il revint môme sur des délits qui semblaient effacés par le pardon ^
des dêaréci. Colomb enroyt d'un coup ciaq eeots Caraïbes poar être Tendas à 6é- ▼ilie. La royauté résista mollemeot et consentit au trafic de la ebair bumaine. Le préteste de cette indignité fut d'abord la nécessité d'instruire les naturels ou de les cbàtier de leur désobéissance. Mais bientôt te prétexte même disparut, et on les disiribiia entre les E^ipagnols pour le travail des mines. Dès <499, cette grande eaute de dépopulation pour rAniériqi<e était en pleine activité. Cbristophe Colomb fit lui-même des repartimiêntos, partagea les terres comme des fiefs et saerifia la liberté des indigèues. On voulut restreindre ees ezictiona et on tes augmenta. Pouf prouver tonte Timportaoee des terres découvertes qu'ils avaient à régir, les représentants de la monarcbie dépassèrent les abus de Colomb. La contrainte an travail, sa taxe arbitraire, le droit de transporter les indigènes par milliers dans les parties les plus éloignées de l*tle, et de les tenir pendant bnit mois séparés de leur famille, devinrent des ittstituti<Mis légales. Le repartimiento se trouvait dani toutes les instructions de la métropole. La population s'éteignit, écrasée par des travaux excessifs, dans dVlroites vallées aurifères. Enfin, un horrible décret permit de vendre les Caraïbes des lies et de la terre ferme. Colomb essayait d^expliquer à ses souveraiiis les rigueurs auxquelles il avait été lui-même réduit, par rimplaeable loi des nécessités. • Je dois être jugé, dirait-il, comme un capitaine qui est venu d'Espagne conquérir les pays vers 1 Inde, et non comme on homme qui administre une ville, grande ou petite, soumise à un régime régulier : car j'ai eu à placer sous le vassehge de Son Altesse, des peuples sauvages, belliqueux, vivant par monts et forêts. » H. de Humboldt, à qui nous empruntons tous ces faits et souvent avec son propre langage, déclare avec son habituelle justesse que, malgré le respect qui demeure dû aux nobles travaux et au mâle génie de Colomb, et quelles que puissent être pour lui les excuses de la nécessité ou de la politique, il avait jeté en av«nt le germe de toutes les misères qui suivirent. Il introduit l'usage de faire combattre des chiens cautre les indigènes. A peine eut>il rencontré son frère Barthélémy à Haïti, qu'il entreprit avec lui, le 24 mars 1495, son expédition contre le roi Uanicatex, dans laquelle il emmena vingt chiens. On se servait aussi de ces animaux pour faire déchirer ceux qu'on disait coupables. Combattre ainsi, faire vendre comme esclaves, exténuer dans les lavaderos les tristes Indiens, n'était-ce pas poser le principe de tout ce que la brutalité logique de la conquête devait oser de plus abominables corollaires? Malgré quelques luis plus humaines qu'elle laissait échapper de temps à autre, la monurchie espagnole était complice de tous ces excès. Rodrigo de Albuquerque fut envoyé à Haïti avec le dangereux titre de • Repartidor de caciques y Indios por los poderei reaies. ■ Pirarro saura tirer les conséquences de ces commencements affreux, et la guerre civile sera le juste chàtimeut des plus odieuses scélératesses. (CL de Humboldt, Géogr. du Nouveau-Continent ^ t. III^ p. 248-375.)
1 L'octave 80, si utile à l'intelligence de tout le récit d'Ercilla, est supprimée par Winterling. Le poète peint à merveille la politique de la cour de Madrid, qui fut souvent aussi la politique des empereurs d'Allemagne, lorsqu'ils agissaient sous là pression de cette cour. Ainsi faisait Ferdinand d*Autricbe, après sa victoire sur les Bohémiens, à Prague (1 620) : • Drei Monate liess der Kaiser verstreichen, ehe er eioe Uoiersuchung iiber das Vergaugene... gegen die Prote^tanten in dem Kônigreich aufgehoben. » Schiller, HisL de la guerre de Trente ans, édit. Hachette, 1866, p. 03-94, trad. de Régnier, t. YI, p. 84-85.
L'aRAUCAMA, 317
Tels pensaient qu'avec le temps désormais leurs fautes étaient couvertes de l'oubli, qui les voient tout à coup rappelées en des proclamations publiques et révélées pour recevoir leur châtiment. Dans la plupart des villes qui s'étaient révoltées, un matin^ à la môme heure , furent frappés de mort^ ceux qui avaient mis toute leur puissance et tout leur courage à servir la cause du tyran.
Noble Hoi^ je ne condamne pas ceux qui moururent ; le pardon s'était étendu sur leur tôte. Ils étaient à propos rentrés à votre service et revenus au devoir dans ^cs circonstances importantes. Leurs fautes restaient remises 4 votre grande clémence. A vous seul, Seigneur, il appartient de les Juger alors ; à vous seul est le pouvoir de les sauver ou de les proscrire.
Je ne puis me prononcer austoeite quç^iion, moi qui m'ab^ tiens Xoujours d« le faire sur lost points 4'JiaonQin)4 H «dis saur lemeat que la crainte et une affreuse; épouvosn te fpreiM réj^9« dues au milieu de ce peuple orgpudHieuii^ pfO^tefrsiApptie^a'aiorf inflexibles que le marquis infligea, et qui laissèrent le Pérou tout entier surpris et confondu, devant uii plan de Cdùdûhe rempli d'audace et de hasards, et qu'il était même périlleux de concevoir.
Tout homme reconnu coupable était banni du royaume pour expier sa faute, et l'exil est dans ces contrées le plus sensible des outrages, celui que Ton se résigne le moins à souffrir. Le juste méme^ celui dont la vie était exemplaire et droite, sondait avec terreur sa conscience, en voyant les rigueurs de la justice courroucée, qui avait enfin arraché son glaive du fourreau.
sit l'avaucana.
Des capitaines aussi , des soldats qui avaient servi avec gloire dans la guerre, et attendaient une récompense selon les coutumes du pays, le vice-roi, soupçonnant qu'il peut les avoii pour adversaires irrités, les transporte loin de la contrée Gomme des captifs, et remet le soin de leur solde aux mains d'un roi si puissant et souverain suprême ^ .
Ce fut là surtout ce qui mit en émoi la nation entière. Chacun ignore la cause de ces exils, si le droit ou Tinjusticeleâ prescrit. On ne sait que se taire et que trembler. On ciaiot la colère et la rigueur qui sévissent, et, sans que Ton ose interroger sur le motif des châtiments, on prête à tous les bniiii une oreille attentive ; mais l'on ne parvient à recueillir qce des rumeurs.
L'efTroi, le silence, la confusion grandissent. La foule étoonée se disperse. Non, personne ne demande la cause mystérieuse du châtiment. Lademander eût aussi paru un crime. M la connaître, ils se regardent les uns les autres , et le plo^ sage serre les épaules ^ craignant Vatieinte de la rigueur pi^
i Celte octave et la saivante, destinées à peindre l'épouTsute dont furent »!$>« toutes les âmes, devant les mesures implacables de CaSete, ne figurent pas bob ^^ dans la traduction allemande.
8 T el mas labio los hombros eneogia.
Winterling; traduit :
« Und der Verstfindigste wagt kaum ein AehMliflickea 1
Aas Scheu » '
L'original et le traducteur présentent deux idées fort distinctes. Le mot « AehM^ ziickeo, » dans la langue allemande, Indique un mouvement des épaules qs! b'^ pas d*un sage; il semble impliquer un blâme ou du dédain. L*expressioa efpr gnole n'exprime que la terreur. « Encoger se de hombros • indique le movftûd naturel de la crainte et le désir de ne pas sortir du silence. C'est le mène tti^ ment que peignait Tacite lorsque, pour d'autres motifs et dans des circoB»U»e« différentes, il disait, dans son bel et pittoresque idiome, que l'aeeiisatioD d« le» majeaté enchaînait, à Rome, le zèle des meilleurs anis et faisait dn lilate «ri nécessité : . vinclum et nécessitas tilendl. . Annal, ^ III, 67.
ente, qui ne semble se déchaîner qu'au hasard de ses caprices*.
1 II y t plus d'an trait de ressemblance entre cet admirable tableau d*Brcilla et uelques passages où Thistorien de Rome nous décrit l'effroi des citoyens devant es tristes manœuvres des délateurs sous les règnes de Tibère ou de Néron. Cf. innal.^ lY, 69 : « Non alias magis aniia et paveus civitas, egens adversum proimos : congressus, colloquia, notœ igaotœque aures, vitarî ; eljam muta atque in- DÎma, tectum et pariet«s, circumspeclabantur. » Cf. ihid,, YI, 7, 19; XYI, ; etc. Mais il est inutile de chercher ici une imitation directe de Tacite, lorsque I réniité même était pour le poète la meilleure des inspirations. Au besoin, le narquis de Cafiete trouvait un modèle de conduite prudente et énergique à la fois, ans un de ses devanciers au pouvoir, le presidettte La Gasca, celui-là même dont DUS aTons parlé déjà, et qui apaisa avec tant d*habiteté les désordres suscités par i guerre civile de Pizarro et d'Almagro. Le récit que Juan Yelasco fait de l'admiistra lion de La Gasca et celui qu'Ercilla développe, nous présentent plus d'un approchement curieux; c'est, de part et d'autre, dans les deux chefs la même réerve cauteleuse d'abord, les mêmes ménagements personnels, puis l'explosion de I puissance monarchique et de la justice. Pendant que Gonzalo Pizarro, eu 1546, tait accueilli à Lima, au milieu d«s fêtes, Hinojosa, auquel il avait confié su flotte, li eovoya un message de Panama, pour lui apprendre qu'il était arrivé un prêtre e peu d'apparence, avec un faible nombre de serviteurs; qu'il se disait président
l'audience royale de Lima, et muni de pouvoirs par l'Empereur, pour révoquer !S ordonnances royales qui avaient causé tant de troubles au Pérou, par l'impruence de Blasco Nufiez. Hinojosa ajoutait que c'était un homme très-bon, que tout } qu'il lui avait entendu dire lui paraissait favorable au pays ; mais que, s'il ap- Drtait quelque ordre contraire à leur intérêt, il s'en débarrasserait facilement air le fer ou le poison. Pizarro ne tint pas compte de ce petit prêtre mal accomagné, ei remplissait Lima de fêtes. Mais ce petit prêtre avait obtenu de Charlesuint tous les pouvoirs d'un souverain. Déjà avancé en âge, plein d'habileté, éproui dans une mission difficile contre les Morisques de Yalence, il se refusa à tout ilaire et à tous les titres qu'on voulait lui prodiguer; il n'emporta pour mobilier ue son bréviaire et son étole ; mais l'empereur lui accorda une juridiction complète ur les hommes et sur les affaires, la faculté de pardonner, de châtier, de récomenser, de lever des troupes, d'appeler des renforts de toutes parts. A Nombre' e-Dios (depuis Porto-Bello), il gagna tous les cœurs. A Panama, il apprit les derliers actes de Pizarre, et quelle puissante armée il avait réunie sous son commandenent. La Gasca comprit qu'il lui en fallait à lui-même une plus forte encore II écrivit
Quito, à Nicaragua, à Mexico, à SantO'Domingo, pour obtenir des chevaux, des roupes, des armes. Et en même temps il informait tous les corps municipaux du ^érou qu'il venait abroger les lois signées à Yalladolid. Il adressa aussi une lettre . Gonzalo pour l'inviter, par toutes les raisons les plus persuasives, à remettre on gouvernement entre les mains de l'empereur; qu'il apportait la révocation des oi'j le pardon des excès, l'ordre de répartir les villages, suivant l'avis des gouverleurs, à l'avantage des Espagnols et des Indiens, le pouvoir d' ordonner de nouelles conquêtes et des repartimienton ; il l'exhortait à ne pas se fier à ses parti- ^ ans, qu'ils l'abandonneraient pour profiter de l'amnistie et qu'ils se tourneraient /
cotre lui^MBr suivre l'étendard de leur souverain. Excité par ses aveugles amis, «^^ ^ ' tonzalo répondit à La Gasca pMirH^m^ger à retourner en Espagne, que c'était là ^, J r e qu'il avait de mieux à faire pour le service de l'empereur. Les messagers de ; îonzalo devaient aller demander à Charles-Quint pour leur chef la continuation de ^ on gouvernement et lui offrir une somme considérable pwu^ ÂQutfiBÛ^ ses guerres outre Ici luthériens. Hinojosa reçut l'ordre d'offrir à La Gaâca 50,000 pesos d'or ^ ^-
315 P ï-'araucaha,
LXXXVIII
Habile, grande et audacieuse fut Taction du vice-roi, et il en est peu, qu'ajuste titre l'on puisse estimer supérieures. Elle fut
et d'acheter 8on départ, ou de s*ea déraire, 8*11 refusait de paitir. De ce momeut, La Gasea ee déclare ouTcrtement. Il dévoile sa mission. Il fragne Hinojosa. Il rassemble tous les gouverneurs et capitaines de la province, affirme son pouvoir saai limites. Hinojosa lui remet sa flotte, tous les autres se rangent sous les drapeaui de Charles-Quint. Le petit prêtre est à la tète d'une armée qu^il organise avec Ti< gueur; il gagne tous les cœurs par sa générosité, proclame une amnistie générale et révoque les lois. Il ordonne aux capitaines dedescendie au cri de Vive U Boiî sur tous les points de la côte, à Lima, a Arequipa, à Truxitlo. Toutes la villes du Pérou se prononcèrent pour le roi, comme Hinojosa. La marche de Li Gasca ne fit qu'un triomphe; malgré le désastre de Ceateno, il trouva, près de Caiiamarca. une excellente armée sous les ordres de Belaloisar, si bien qu'il fut obligé d'écrire pour suspendre l'envoi des nombreux renforts qui lui étaient dfitinés. T'est à Xauxa qu'il rallie ses lieutenants et leurs troupes. Bientôt, avec tej 2,S00 hommes, il franchit l'Apurimac, sur un pont de lianes, à un endroit que Pizarro aurait pu mieux défendre. Pedro de Valdivia était venu du Chili adjoindre à La Gasca, et on le vit bien à la manière dont il disposa l'armée du roi dans la plaine de Xaquixahuana, où Pizarre trouva, après sa défaite, le chAtiment des rebelles. Mais La Gasca avait devant lui une wuvre plus difficile qu'une victoire. Il s'agissait de faire cesser les désordres, de calmer les esprits, d'introduire un goa* vernemeot pacifique et régulier. Après de nouveaux repartimientos qui ne coutentèrent personne, il se rendit à Lima (fin de 1548). Quatre questions restaient à résou'lre : les attributions de l'audience royale, le gouvernement du Popayan, la •ituation des Indiens, la distribution et la Juridictiou des évèchés. Il régla cet différentes matières avec une rare sagesse, et ne partit de Lima qu'au mois de février 1550. Juan de Velasco porte sur lui cette appréciation judicieuse : • Ea arrêtant la rébellion, en récompensant largement les dignes officiers qui l'avaient servi fidèlement, en cherchant à faire le bonheur de tous, en leur assurant une existence raisonnable, en introduisant les maximes d'un gouvernement régulier, La Gasca réussit, en un peu plus de deux ans, à calmer autant que ponible cette mer tumultueuse du Pérou. Sa conduite habile, sa prudence et sou noble désinté* ressèment lui firent accomplir avec honneur la mission difficile qu'on lui avait confiçe... Lorsqu'il était arrivé à la Terre-Ferme, il n'avait que quatre cents ducati et était sans armes et sans soldats. Il fit si bien qu'il mit sur pied la plus belle ar* mée qui ait été vue au Pérou. Il dépensa en préparatifs contre Piiarro quatre-vingtdix mille pesos d'or qu'on lui avait prêtés et qu'il remboursa. Il rapporta à Tenipereur Charle9-Quiut un million cinq cent mille pesos^ ce qui revient à dix millioni de piastres fortes. U était chargé de plus, pour le compte de divers parliculieri, de deux millions de pesos d'or ; et, avec tout cela, il ne rapoorta rien pour lui, ee qui est certainement le plus grand miracle qu'on ait vu en Amérique... L'eope* reur le fit venir à Augsbourg, pour se faire raconter par lui tout ce qui s*était passé, et lui douna pour récompense Tévêché de Palencia, qui valait vingt mille ducats de rente, a {Hist. du roy. de QuitOy Collect. T.-Compans, t. U, p. 343 et suiv.) Que manquait-il donc à l'administration de La Gasca pour que la révolte n'eût pas de retour et que le tyran dont se plaint Ercilla fdt bien mort? U eut, comme Yaca de Castro, le malheur d'avoir à lutter contre les embarras inextricables d'un malheureux système colonial, celui de* repartimientos. Tous les problèmes se compliquaient pour lui, comme po«r tant d'autres, de celte question déplorable
t^ABAUCAtîA. 8îi
S célébrée avec éloge, et comme un utile remède pour tant prits déchaînés. Par elle, le Pérou demeura frappé de ter- % malgré sa témérité et son arrogance séditieuse. La justice une route plus assurée; de meilleures espérances brillèrent p l'avenir.
insi le pays maîtrisé, reçut un mors et un frein qu'il ne era plus. Ainsi Tambitieu^ et le rebelle furent réduits à se lenter de leurs seuls biens. Le tumulte et le désir désoroé se virent soumis au repos et à une compression plus rireuse. Ainsi des richesses mal fondées sont peu durables.; uguement qu'à la fin donne toujours l'expérience 1
el, que ne pouvaient satisfaire vingt ou trente mille piastres revenu, enchaîne de telle sorte son avidité^ qu'il se trouve
e depuis l'origine à la conquête même. Avant de pouToir penser au bien pu* au service de Dieu et du roi, au bonheur des Indiens, il eût fallu cooteoter les Espagnols, et pourcela, comme le dit Velasco, donner à chacun le Pérou entier. Il envoie d*abord dans toutes les provinces des capitaines de confiance ' lever les tributs royaux et les quintoi. Puis il récompense ses officiers en accordant de riches provinces où Tor et les troupeaux se trouvaient en abonde. 11 s'occupe de repartimientos^ de dotations pécuniaires, de rentes annuelles* consacra des sommes considérables, et cependant tous se plaignaient; ils aient ingénument que tout leur devait appartenir. Le fait est que l'exploitation le des commauderies se trouvait restreinte par les sages dispositions du pre^te. Jusque-là, on n'avait rien fait pour l'àme des Indiens; l^on ne songeait qu'à qu'on leur faisait recueillir; l'avarice prélevait des taxes énormes, et la ;ue était sans repos. Pendant la seule guerre civile des Espagnols, plus de ;t mille Indiens étaient morts sous le poids des fardeaux «dont les écrasaient s maîtres; un plus grand nombre succomba dans leurs expéditions, et dans le ail continuel des mines. La Gasca menaça de peines sévères et de la perte de s repartimientos ceux qui épuiseraient les forces des Indiens et leur imposent des corvées sans récompense. 11 allégea aussi pour ces malheureux les tri- \ royaux, et il confia l'instruction, religieuse des Indiens aux évèques, auk préet aux moines, qui n'avaient eu d'autre occupation jusque-là que la guerre et troubles. L'on conçoit combien, dans leurs habitudes invétérées de violence} humanité et d'avarice, les colons durent se trouver contraints et réduits par des )«res aussi protectrices pour ceux qu'ils regardaient jusque-là comme leur pro- Mé, leur chosej leur béte de somme et leur outil. Aussi Teffervescence conti« ; il y eut même un complot pour obliger La Gasca à refaire les pàrtages| les ueurs furent sévèrement châtiés; Cependant det plaintes furent portées en ^s* ;Ue et tùéptiiéét. Mais le mal était profond et assei enraciné pour que le mer* s de Cafiete ait eu, ^ncoie aprèt La Gasca, à y appliquer le fer el le feu.
tu l'araugana.
heureux de garder seulement Texistence. Le marquis fait ensuite exécuter la répartition entre les hommes de valeur et deT mérite, pour relever les esprits abattus, et pour infliger une peine plus grande à ceux qu'il avait frappés.
Devant de pareilles leçons et de pareils événements, pourquoi voyons-nous tant d'hommes s'égarer, et, sur le sable ou sur de» bases fragiles, élever de hauts édifices ? Âh I combien éclate la faiblesse de leurs fondations, lorsqu'à nos yeux, par terre, d'une telle vitesse, ils sont précipités avec leur nom perdu, flétri, et que de toute notre puissance, nous fuyons le contact de leur souillure ^ I
0 vaine folie I 0 ignorante et honteuse légèreté de i'honoimc qui, d'un esprit imprévoyant, au milieu des périls et des embarras où il se hasarde, ne voit pas les traces de celui qui le précède, et ne sait pas comprendre, par l'exemple certain d'une infortune étrangère, que l'ami le plus fidèle, de son bras lui arrachera la vie, pour se justifier lui- môme et pour laver dQ toute faute son propre glaive dans ce sang répandu !
XGiU
J'admets que cet homme-là soit soutenu quelque temps avec perfidie sur des épaules de traîtres ; mais si le vent vient à changer tout à coup, le souffle bruyant l'inquiète, le tourmente et le déconcerte ; que si la voix du roi se fait entendre, il n'y a ' pas de son plus rude et plus déchirant pour son oreille; car le nom seul du roi ' possède une telle force qu'elle lui serre et lui brise les os.
1 Cette octale, avec la précédente et la 97«, n*ont pas laissé de traces dans la Tersion de Winterling. L'on ne comprend pas le raotif de toutes ces suppressions. 11 «'y a pas un seul de ces trois passages qui ne soit nécessaire, ou à la peinture des sentiments de la foule, ou à la leçon pratique que le poète veut faire jaillir de son récit, ou à la glorification de la monarchie espagnole, qui est le but constant de son épopée tout entière.
s C'est Texpression consacrée par tous les historiens. Toujouri les ordres des visoreyes, des adelantadoSj des présidentes^ se donnaient « en nombre de Su Majestad, a m en nombre y debajo del sello de Su Majestad ■ (Cf. Agustin de Zârate, JSfù/orta del Perû, p. 548, édit. Rirad., t. XXVI, etc.).
L'ABAUGANA. 123
Que la fortune fasse luire à ses regards quelques joies, de combien d'amertumes ne sont-elles pas mêlées I Que de craintes I Que de dégoûts I Quelle triste et cauteleuse existence I Chaque instant lui présente le supplice de la mort. Il redoute Tami même auquel il sacrifie davantage. Sa vie, autrefois libre et sûre, est exposée maintenant à tous les glaives.
En refusant au roi le devoir et l'obéissance, il s'est assujetti au dernier des soldats. Il met son empressement à le satisfaire, en proie à la terreur et aux soucis inquiets; et ceux qui, devant lui^ paraissent le plus dévoués , dirigent les lances contre son flanc, et tiennent au-dessus de sa tête mille épées toutes prêtes et menaçantes.
Chaque rumeur^ chaque mot effraye son âme. Tout silence est pour lui une défection. Si Ton remue ou lève le bras, iloroit, le malheureux I que c'est pour le massacrer. 11 traîne la corde dont le lacet lui serre la gorge. Quel motif de confiance pourrait lui inspirer le repos 7 Ah I celui qui ose refuser au monarque son hommage, gardera mal à son tyran sa foi inviolable.
Si, pour vous arrêter, il ne suffît pas de voir les coupables tomber d'une chute si rapide, et pas un ne réussir, les gibets et la terre d'exil se peupler de criminels qui l'ont si bien mérité, leur parti, leur maison, leur lignage, s'avilir sous un nom qui les obscurcit et les déshonore; qu'au moins vous arrôte*4e devoir qui nous oblige dès notre naissance envers le roi notre souverain I
De pas en pas. Je vais m'éloignant de la matière que j'avais
ti4 L*ARAV€ANA.
commencée, mais bien que je m'écarle en aveugle de mon^n po8, par les chemins les plus escarpés et sans guide, Vhorriï "^ bruit de la guerre qui s'enflamme^ me Tera revenir à la droi: voie. Aussi, tranquille et confiant, j'ose reposer un instant la mes forces qui s'épuisent.