CHANT XIII
SoHKAimi. — Pendant que don Hurtado de Hendoza pacifie le Pérou, les enToyés dei Tilles chiliennes arrivent à Lima et conjurent le gouverneur de venir à leur secours. — Par ses ordres, don Garcia, son fils, appelle sous les drapeaux de nombreux combattants. — Sur lerre et sur mer, une expédition espagnole se dirige ▼ers le Chili. — Ercilla part avec l'escadre. — Difficultés de la navigation. — > Le poète ramène le lecteur au camp de Lautaro. — Songe prophétique du héros araucan. — Tristes pressentiments de Guacolda.
Heufôux à bon droit peut être nommé celui qui, jeté dans les périls, sait en sortir sans la souillure d'aucune tache et libre de tout reproche ; mais l'homme qui peut les éviter toujours me semble beaucoup mieux protégé par la fortune. Bien que le danger relève encore le plus haut mérite, ne s'y pas aventurer est le propre de la prudence.
Souvent notre fantaisie donne dans des entreprises où elle ne nous promet que sécurité, lille nourrit en nous l'espoir du succès. Nous nous engageons avec audace; mais bientôt, au milieu des risques, le délire nous égare, et nous ne pouvons plus nous soustraire aux embarras qui nous enveloppent. L'âme^ souveraine maîtresse^ assujettie à son esclave^ perd sa force et son habileté pour échapper au désastre.
Vous en eussiez vu au Pérou> qui s'étaieiit efforcés et de seconder lô tyran et de le porter au pouvoir, pour ne montrer, après l'avoir élevé dans les airs, qu'une loyauté perfide à le précipiter. Avec leurs pensées et leurs conseils détestables^ ils lui prêtent soutien ; puis voilà que l'égorgé leur épée infidèle^ tour à tour appui du crime envers le roi, envers des amis fausse et traîtresse.
816 LARAUCANA.
Us forgent la guerre, attisent les dissensions, en gardant une droiture apparente mais trompeuse. Ils pensent gravir ua plus grand nombre d'échelons vers la hauteur, par un sentier roide et raboteux. A la fin leurs coupables projets aboutissentà cette issue misérable et ignominieuse dont vous pouvez être les témoins, si vous considérez avec attention la guerre civile et \& révoltes de cette contrée.
Lorsque tous les nuages se furent dissipés devant la hardiesse et la prudence du marquis, lorsqu'il eut traité les rebelles avec rigueui^ en homme qui connaissait la maladie dont ils étaient tourmentés; au nom du roî, à d'autres qu'avait effleurés 1» môme contagion^ il manifeste la clémence que jusqu'alors la sévérité avait couverte d'un voilé. Un pardon général les lava de leurs fautes.
Mais ni le soulèvement le plus hardi et le plus formidable?'" jamais ait éclaté au Pérou, ni le châtiment exemplaire et te^ rible qui adoucit ce peuple farouche et déchaîné S ne ^^^^ ce moment un assez bruyant tumulte pour étouffer les exploij^ des barbares, la gloire de l'Arauco et son éclatante renomma quifse répandaient jusque dans ces provinces.
i . « No el alrevido caso y espaatoso,
En el Perù jamas acontecido, Ni el ejemplar eastigo rigaroso Que amanaô el fiero pueblo embravecido. »
Winterling applique toute cette première moitié de l'octave à la répreuK^ iasurgés par Mendoza :
■ Nicht dièse unerhOrte Streiige, Mit vrelcher der Markis die Geiâsel Pchwang,. Noch jener Strafen fûrchterliche Menge, Wodurch er das emporte Voile beiwang »
Il «*agit plutôt, selon nous, dans les deux premiers vers, du crime commit, «l '•'' '''^ meiit dans les deux autres. Avec l'interprétation de Winterling, il y aur»»» «""" les deux distiques espagnols une froide et stérile redondance.
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Par les flots et par la terre étaient arrivées des nouvelles qui annonçaient les pertes et les infortunes des Espagnols^ les grandes victoires, les expéditions des barbares et redoutables Araucans. Les villes, dans leur détresse, réclament de rapides et puissants secours. Elles peignent leur triste situation et les événements qui les accablent,
A Geronimo Âlderete le commandement en cbef venait d'être confié ^ C'était un bomme déjà célèbre dans ces régions, et dont le rôle glorieux avait assuré l'ascendant. Guerrier actif et courageux, il avait enduré dans ce pays môme de grands et fatigants travaux. Je ne songe pas à rappeler ses exploits dans mon récit; l'histoire générale en gardera le souvenir.
Alderete n'était point présent, sur le théâtre de la guerre, à nos malheurs et à nos disgrâces : mais avec vous, grand Felipe^
1 « Adelantado. » Le titre d'adelantado ne doit pas être confondu avec celui de visorey ni avec celui de présidente. Le visorey était le gourerneur en chef de tout leTérou, le téritable représentant de tous les pouvoirs monarchiques, le lieutenant direct du roi d'Espagne sur retendue entière du territoire. VadelanSado recevait du prince une commission spéciale, qu'il allait directemeut accomplir avec les forces mises à sa disposition. Souvent Tofficier chargé d'une entreprise était déjà sur le théâtre de la guerre. C'est ainsi que le compagnon d'armes de Francisco Pilarro, lorsque furent explorées la première fois les régions au sud de Panama, Diego de Atmagro, fut nommé par Charles-Quint adelantado pour la conquête du Chili, tandis que Pizarro était investi de la vice-royauté, avait le nord et Cuzco, occupait Quito avec tout le Pérou et fondait Lima. C'e-t aussi sous le titre d'acfe/antado qu'Ercilla désigne Almagro, dans le premier chant de son poëme, lorsqu'il fait le tableau des tentatives dirigées contre le Chili avant celle de Valdivia. (Cf. Arauc^ I, 54.) Le présidente avait une mission temporaire, mais dictatoriale. C'est ainsi qu'à la suite des troubles civils qui avaient fait méconnaître le caractère sacré de deux vice-rois, Pedro de Gasca fut envoyé par Charles-Quint pour rétablir la subordination dans les esprits et rendre quelque vigueur au commandement. H revint en Espagne en 1550, après s'être acquitté incomplètement de sa tâche, et en J555, ce fut à cet Andréa Hurtado de Mendoza, marquis de Cafiete, dont Ercilla dépeint si énergiquement l'administration, que le titre de visorey fut rendu pour étouffer les derniers ferments de la discorde et faire disparaître jusqu'aux traces des factions de Pizarre et d'Almagro. Ces détails peuvent contribuer à répandre quelque lumière sur des titres souvent confondus par les historiens modernes.
SIS LARAUCA>-A« ,
Il était en Angleterre, lorsque vous y plantiez de nouveau Yé tendard de la foi. Là, tous lui^doniiMes Fempire sur ces rivage, c'est de là que tous le fîtes partir, investi d'une entière auU>^ rite. Mais les destins cruels tranchèrent, durant la route, le fil de son existence.
Sa mort si subite fut pleurée, et ce qui en augmenta bien dayantage encore le regret, ce fut de voir l'administratios dépérir, chacun se gouverner à sa guise, la discorde répandre ses feux, l'ambition du pouvoir ne plus reconnaître de fFeù'- Ah I est-il possible qu'un corps sans tête ait jamais qaelque durée ?
Ceux qui étaient venus du Chili pour demander le secouis nécessaire, apprenant que leur nouveau chef avait succombé eî que tout entravait leurs espérances, avec un visage triste et abattu, vont tous, d'un avis unanime^ conjurer don Hurtado d'aviser au mal et de procurer un prompt remède à leurs calamités. •■=:♦:»:* •.» <.i-. "^