AYANT- PROPOS. XVII
dans l'expression du génie dramatique en Espagne que de rares intermittences, et ses chefs-d'œuvre se sont élevés au niveau des poèmes les plus parfaits de la scène antique ou moderne. Or, nous ne le possédons que par fragments, une pièce par-ci par-là.
A côté de cette illustration dominante, si noblement représentée par Lope, par Tirso de Molina, Calderon, Guevara, Rojas, Alarcon, Moreto, viennent les lyriques et Técole éclatante de Séville, si richement analysée par M. Antoine de Latour ^, et dont les plus beaux titres sont un recueil de M. Rivadeneyra 2. Sauf les morceaux que M. de Latour a traduits avec un art et un savoir exquis, cette portion de la poésie espagnole est encore inconnue ou à peu près en deçà des monts.
Puis se présentent, comme un troisième faisceau de gloire littéraire, les œuvres de poésie narrative, le recueil des épopées. Elles ont aussi une place considérable dans rhistoire de Timagination espagnole; elles méritent de fixer les regards de la critique, et peuvent offrir à la jeune génération de nos écrivains des sources d'inspiration heureuse. La France ne les connaît pas dans son idiome vulgarisateur. Cependant l'histoire de la poésie épique chez les Espagnols a été inaugurée parmi nous et tout récemment par une publication d'une valeur incontestable. Leur plus vieux chant héroïque est le « Poema del Cid ». M. Damas-Hinard l'a traduit pour la France, et ce beau travail est accompagné de notes et de discussions lumineuses qui en rehaussent singulièrement l'importance ^. Mais jusqu'à présent cette tentative est isolée. Les deux cantares dont le Cid se compose, appartiennent aux débuts de
* Études sur FEspagne^ 1. 1, p. 182 et suiv.
« BibhoL, t. XXXII et XLII.
' Poëme du Cid, texte espagnol, accompagné d'une traduction française, de notes, d'un vocabulaire et d'une introduction, par Damas Hinard. Paris, 1858.