XVIII AYANT- PROPOS
répopée espagnole ; elles n'ont point pris Tessor avec hardiesse au-dessus de la poésie légendaire ; c'est un lambeau qui relève du berceau de l'art, et forme en quelque sorte le premier débrouîllement de la langue poétique en Espagne. Il existe sur cette terre de gloire une foule de récits épiques, et, s'ils ne méritent pas tous un rang parmi les modèles, on est surpris pourtant de leur prodigieuse multitude et de la beauté que présentent plusieurs d'entre eux. UAraucana d'Ercilla est, en Espagne, le type le plus complet et le plus significatif de la poésie épique. Ce riche monument et un certain nombre d'ouvrages du môme genre apparaissent dans Vère de maturité et de vigoureuse éclosion pour la verve péninsulaire ; fleurs du seizième siècle, consacrés par les suffrages unanimes de la critique, Ton ne saurait dire qu'ils appartiennent au simple domaine des érudits; Le génie d'Ercilla surtout résonne dans la haute sphère de l'imagination et agit avec empire sur l'esprit de ses compatriotes. UAraucana est l'œuvre la plus heureusement conduite, la plus brillante de formes et de style, dont nous soyons redevables à la société castillane. Ce n'est pas un document d'origine, un bégayement poétique, une légende; elle appartient au large courant de l'intelligence, au fleuve de la poésie ; elle jaillit du sein d'une société mûrie, forte et active, dans la plénitude de la vie et de la puissance.
Voilà pourquoi nous avons traduit le pofime de l'Araeicana.
Tout le monde sait que don Ercilla a chanté l'insurrection de l'Arauco contre le joug espagnol et la vaillante opiniâtreté des envahisseurs à soumettre les malheureux Indiens. Le poète a pris part à cette tentative; il en a été le soldat et le narrateur. De là cet enthousiasme guerrier, qui anime son épopée entière, comme la flamme des combats brûle dans les Perses d'Eschyle, hoplite à Marathon et