XXII AVANT-PROPOS
que l'étude désormais plus sérieuse, et l'analyse comparée des littératures européennes aient affaibli en nous cet esprit d'injuste exclusion qui faisait rejeter par nos pères des idées, des coutumes et des formes étrangères à leurs habitudes, à leurs principes et à leur caractère, soit qu'une philosophie pleine d'élévation spiritualiste, ait refoulé les pensées de dédain et de raillerie, les instincts destructeurs que les violences de la lutte avaient effarouchés au dix-huitième siècle ; il est certain que l'œuvre de Dante a obtenu de nos jours les jugements d'une critique beaucoup moins négative. Nos justes applaudissements ont accueilli celle renommée nouvelle et salué avec transport la statue déterrée du poêle, lorsque d'habiles mains l'ont dressée entre celles de Virgile et d'Homère *.
Le seizième, le dix-septième , le dix-huitième siècle se | sont trompés sur Dante. Aujourd'hui sa réhabilitation est | complète, et la critique qui s'est emparée du monumeut | glorieux érigé par son génie, a noué par là même avec plus ! de force que jamais la trame d'idées, de poésie, d'images, I
< Peut-être aussi» par un de ces contre-chocs qui se remarquent dans rhistoire de rintelligence humaine, les émotions religieuses, longtemps contraintes, fro ssées, étouffées, ont-elles, en se réveillant sur le sol de la France, contribué à mieux faire sentir cette magnifique expansion du génie catholique au moyen ftge. L'œuvre consacrée par M. de Chateaubriand à la réparation des idées chrétiennes, les Méditations et les Harmonies de Lamartine, ne doivent-elles pas une portion de leur popularité à ces mêmes sentiments qui élèvent vers le ciel T&me des hommes, tournent leurs regards vers Téternelle vérité, vers le monde invisible, et ne souffrent pas qu'ils restent fixés à la terre, aux réalités matérielles ? Si nous avons tant aimé les éloquentes apologies et les images ravissantes qu'ils ont mises au service d'une cause longtemps répudiée, n'est-ce pas que leur voix répondait aux fibres les plus intimes de notre être, l'arrachait à son engourdissement et lui imprimait une vie nouvelle ? 11 en va de même du Dante. SI son œuvre, négligée ou méconnue dans les âges antérieurs, a été enfin proclaiftée l'Iliade du christianisme, l'on ne saurait contester qu'elle le doit en partie aux tendances générales de notre civilisation, plus grave, plus réfléchie, plus tolérante et plus religieuse qu'elle ne l'a jamais été, parce qu'elle ne l'a jamais été plus librement.