AVANT-PROPOS. XXIII
de sentiments^ de mérités qui unissent l'Italie et la France, et toutes les deux à l'Europe entière.
Serait-il interdit de penser que d'autres épopées et des gloires moins éclatantes, mais respectables encore, sont dans la même situation que celles de Dante avant le dixneuvième siècle? Nous avons de ceci la conviction la plus profonde, et l'œuvre espagnole que nous avons traduite nous seaible bien digne delà réhabilitation que nous voudrions provoquer pour elle. Notre unique regret est que l'apologie du vieux poème héroïque, son commentaire et sa version française scrupuleuse et complète, n'aient pas été entrepris par des mains plus capables de faire triompher ce débat de justice littéraire. Nous sera-t-il permis de l'avouer? Notre plus haute ambition serait de montrer à la France un point étincelant de celte grande imagination castillane, si digne de la sympathie et de l'admiration universelles, et de marquer ainsi, par un épisode seulement, comme l'exige le sentiment de notre médiocrité^ un des traits d'union qui relient l'Espagne à la France et à toute la société européenne.
Quel que soit en effet le caractère subalterne d'un travail de traducteur, il est impossible aujourd'hui de ne pas voir dans de pareilles tentatives plus qu'un stérile et froid exercice de la phrase et du mot. Assurément, en elle-même, la simple traduction es une tâche fructueuse; en elle-même elle a sa valçur littéraire ; mais cette valeur grandit encore, lorsque l'on réfléchit à ce contact et à cette fusion d'idées, à cette assimilation de doctrines, dont nous parlions il y a un instant, et qu'avec beaucoup d'autres causes elle est destinée à produire aussi entre les différentes contrées de notre monde occidental. Sans doute il y a dans toute la civilisation européenne un empire dévolu à quelques