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entier, et non pas de quelques érudits qu*il faut rappeler l'attitude et les prédilections; réellement au dixseptième siècle, on connaissait fort peu en France la littérature étrangère qui n'était pas celle de l'Italie et de l'Espagne . Même celle-là, on ne la traduisait pas; on la transformait quelquefois à coups de génie, ou bien on la défigurait; quant au reste, on n'y songeait même pas, et ce fut toute une révolution dans les cercles littéraires, lorsqu'on apprit un jour que M. Louis Racine venait de mettre en prose française le Paradis perdu de Milton *. Shakspeare lui-môme ne date pour nous que de Voltaire; et, à une époque encore plus récente, toute l'Allemagne a eu pour introducteurs auprès de nous M. Turgot et M"** de Staël. Mais aujourd'hui à quel spectacle n as* sistons-nous pas ? Dante a trouvé vingt traducteurs. La Bretagne compte Brizeux parmi ses interprètes *, et le sénat français l'un de ses vice-présidents, M. Mesnard ^; Lamennais a retrempé dans les couleurs de l'Alighieri ses pinceaux vieillissants \ M. le comte de Gramont^ nous a livré les Triomphes, les Sonnets et les mélodieux Canzoni de Pétrarque; Auguste Desplaces, les merveilles du Tasse •; Périès, les récits et les doctrines de Machiavelli, unique au monde par la fermeté du style comme par l'excès des principes ?^. M. Dusseuil et Antoine de Latour nous ont
1 Le Paradis perdu de Milioiif trad. par Louis Racine. 1765.
s 0EuvrQ9 de Dante Alighieri, la Divine Comédie^ trad.- nouvelle par A. Brizeux. 1843.
s La Vivine Comédie, trad. nouv. par M. Mesnard^ 1854-1857, 3 vol. in-80.
^ Œuvres posthumes de F. Lamennais, la Divine Comédie de Dante Alighieri, 3 vol in-go. 1855.
s Poésies de Pétrarque, traduction complète par le comte F. L. de Gramont. 1850.
0 La Jérusalem délivrée^ suivie de rAmiula, par Auguste Desplaces.
7 12 vol. in-8». 1823-1826.
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reproduit les inexprimables beautés de Manzoni-^ et de Silvio Pellico *. Alfieri, Mqnti ont eu leurs chefs-d'œuvre dramatiques rendus en vers français par Duplessis ' .
L'Espagne, que le grand Corneille croyait imiter seule- «ment en nous donnant le Cid^ qu'il surpasse quelquefois, n'a pas gardé complètement, elle non plus, le secret de son imagination, et nous avons d'elle quelques aperçus assez récents.
M. Damas-Hinard nous a restitué le génie de Cervantes*, déguisé naguère sous les froides parodies de Florian et de Dubournial. Le même écrivain a déversé dans la langue française, je vous le disais, le plus vieux poëme héroïque de la Péninsule^ et aussi les chants populaires des romanceros *. Par lui encore, Lope de Yega • et Calderon ^ sont devenus pour nous des hôtes plus familiers. M. Alphonse Roy er nous a fai l connaître quelques drames d ' Alarcon ^ et de Gabriel Tellez •jles Comedias de Cervantes *^ cette seconde gloire de l'écrivain qui a immortalisé Sancho Pança, don Quijote et leurs idéales montures. La plume de Charles Habeneck a fait étinceler sous nos yeux, par un choix trop
1 Les Fiancés, trad. par Rey Dusseuil. 1853.
« Mes Prisons^ Mémoires de Silvio Pellico, trad. par Antoine de Latour. 1835. — Lettres de Silvio Pellico, trad. par M. Antoine de Latour. 1857. — Le même littérateur nous donnait, en 1811, le théâtre et les poésies de Manzoni.
8 CEuvreâ d'Alfieri et de Monti, trad. par M. Ph. Duplessis, 5 vol. in-S».
* V admirable Don Quichotte de la Mandiez par M. Damas- Hinard, 2 vol. 1847.
8 Romancero espagnol, ou Recueil de chants populaires de TEspagne, par M. Damas-Hinard, 2 vol. 1844.
« Théâtre de Lope de Vega, traduit par M. Damas-Hinard, 2 vol. 1850. 7 Théâtre de Calderon, trad. nouvelle par Damas-Hinard, 3 vol. 1850.
* Alarcou, théâtre, traduit pour la première fois par Alphonse Royer. 1 865. ^ Tirso de Molina, théâtre, traduit pour la première fois par Alphonse
Royer. 18C3.
^^ Michel Cervantes, théâtre, traduit pour la première fois par Alphonse Royer. 1862.
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discret peut-être, la verve tragique de Francisco de Rojas, l'esprit de Moreto, de Gqevara*. Le talent comique de Moratin est devenu nôtre par les studieux elTorts d'Ernest Hollander^. Le génie austère et philosophique du prêtre Balmés a parlé la langue de Pascal >. Les romances istôrtcas du duc de Rivas n'ont pas dédaigné notre idiome*; et comme pour établir un lien plus intime encore entre la France et l'Espagne, voilà que Martinez de la Rosa, le dernier président du conseil de Gastille, le plus bel esprit dont l'Espagne ait eu dans ces derniers temps à déplorer la perte, a écrit en français pour la scène de Paris, en espagnol pour celle de Madrid, sa forte et pathétique tragédie d'Aben-Humeya *. D'autre part, un petit mais glorieux royaume, l'annexe de l'Espagne dans la littérature comme dans l'histoire, le Portugal a confié à M. Millié le soin de nous initier à toutes les gr&ces et à tous les enthousiasmes de son Camoens •. Ainsi les deux sociétés d'Italie et d'Espagne ont commencé à se révéler mieux à la France ; un plus large courant d'idées exotiques vient du Midi parcourir les sillons de l'intelligence française. Ainsi se rapprochent les unes des autres des civilisations d'origine
^ Chefs-d'œuvre du thé&tre espagnol, trad. pour la première fois par Charles Habeneck. 1862.
* Théâtre espagnol, les Comédies de don Leandro Fernandez de Moratin, trad. par Ernest HoUander. 1855.
s Cr. El criterio^ trad. en franc, en 1852 par M. Ëdonard Manec, sous un nouveau titre : l'Art dC arriver au vrai; la Philosophie fondamentale, trad. par le même, 3 vol. 1852; le Protestantisme et le Catholicisme comparés dans leurs rapports avec la civilisation européenne, trad. par M. de Blanche-Raffio, 3 vol. 1852; Cf. Charles de Mazade, l'Espagne moderne^ p. 115. — Quelques-unes de ces traductions de Balmés avaient déjà para en 1848, en 185t.
* Cf. La liberté de penser^ Revue philosophique et littéraire, t. V, p. 368-395.
* Aben ffumeya^ ou la Révolte des Maures sovs Philippe II, drame historique en espagnol et en français, par M. Martinez de la Rosa. 1845.
* Lés LusiadeSy ou les Portugais, poème de Camoens, en dix chants, trr.d. nouv. par J. B. J. Millié, 2 vol. 1825.