‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 23 sur 124 · XXVI II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

XXVI II AVANT-PROPOS

identique. De Tltalie nous apprenons mieux que les amcetti et les mascarate^ et de TEspagne autre chose que le spectacle des toreadores ou les boléros d'Andalousie.

Entre la France et le Nord même influence, mènae rapprochement, et par le même procédé de transfasion littéraire. C'eût été chose étrange de voir au dix-sqptième et aussi au dix-huitième siècle l'expression des visages si, en France, on avait parlé dans un salon, dans une réunion de lettrés^ si l'on ^vait entretenu plusieurs de nos académies, des vieilles poésies Scandinaves, des Eddas, ou des épopées légendaires de l'antique Allemagne , et des chantres d'amour du moyen âge teutonique. Aujourd'hui les travaux d'Ampère* et d'Ozanam*, de M. Saint-Marc Girardin^ de Fauriel* et d'Octave d'Assailli*, les ont popularisés parmi nous. Qui ne connaît pas le nom des Nibelungeriy depuis qu'une dame française, madame de la Meltière®, et M. Emile de Lavelaye^ leur ont imprimé tour à tour une existence nouvelle? Mais que sont toutes ces merveilles surannées, si vous réfléchissez aux modernes créations importées en France de tout le nord de l'Europe: àMickiewicz, chantre sublime d'une nationalité saignante, qui a cessé d'être pour nous exclusivement polo-

1 Littérature et voyages^ par J. J. Ampère. Allemagne et Scandinavie,

< Voyez, dans les œuvres complètes d'Ozauam : Les Germains avant le Christianisme. 1847; la Civilisation chrétienne chez les Francs. 1849; et, dans le U* \olume de&Mélangest Littérature allemande au moyeu àgc. 1841; des NibQlungen et de la poésie épique.

' Cf. Notices politiques et littéraires sur TAllemagne ; et Cours de litt. dramatique, 1865, t. III, p. 360-379.

* Cf. Histoire de la poésie provençale^ t. I, p, 305-344. Paris, chez Jules Labitte, 1846.

* Les Chevaliers-poètes de V Allemagne [Minnesinger], par Octave d*Assailly. 18G2.

« En 1839, chez Joubert.

"^ En ISCi, chez Hachette.

AVANT-PROPOS. XXK

nais ^ ; à Karamsin, le grand historien de la Rassie, à qui M. Jauffret a donné le droit de cité française*; à ce Pouchkine surtout, qui ressemble à un poète arabe égaré dans les neiges de Saint-Pétersbourg, et dont le génie deyient cosmopolite depnis que la prose française l'a placé dans toutes les bibliothèques de l'Occident '? Que dirai-je des œuvres de rAIlemagne, de KIopstock, dont une main de fenlme nous a dotés ^ ? de Herder, dont Edgar Quinet nous a éclaîrci en les traduisant, mais sans les rendre moins parado3:ales, les idées sur l'histoire de l'humanité ' ? de Lessing, que M. le comte de Saint-Aulaire a enlevé à la scène allemande pour mettre sous tous les yeux l'habile contexture de ses drames*? de Goethe et de Schiller, ces superbes dépouilles opimes, que Marmier ^ et M. de Barante ®, que M. Porchal * et M. Régnier*^, que

1 GEuvres poétiques complètes d'Adam Mickiewici, trad. parCbristieo

Ostrowski, 2 vol. 1849.

a il volumes in-8«». Ï8ï9, sqq.

9 Œuvres choisies de Pouchkine^ poète natioual de la Russie, trad. pour la première fois en français, par H. Dupoot, 2 vol. in -8. 1847. Ea 18G2, plusieurs poèmes dramatiques du même écrivain ont été traduits par Ivan Tonrgiienefif et Louis Viardot.

* La Messiade, pcSme en vingt chants, par KIopstock; trad. nouv. par ]V|me la baronne de Carlowitz. 1840. — Nous attendons avec impatience qu'un essai plus domplet et plus fidèle répare au plus tôt parmi nous les lacunes trop nombreuses de poésie et de style que M">« de Carlowitz a laissées dans sa version du Messie. M.C. Diez, un des hommes de France qui connaissent le mieux TAllemague et qui nous a déjà donné les Odes choisies de KIopstock, nous parait l'écrivain prédestiné à cette noble et difficile tâche.

^ Idées sur la philosophie de l'humanité, tr. en franc, par Edgar Quinet, 3 vol. in- 80. 1827.

8 Cf. Théâtres étrangers, t. IV, « Emîlia Galotti. » 1822. "

■^ Théâtre de Schiller, trad. nouv., 3 vol. de la Collection Charpentier. — Théâtre de Goethe, 1 vol. du môme recueil.

^ 6 volumes, chez Ladvocat. 1821.

* Œuvres de Goethe, trad. nouvelle par Jacques Porchat, 10 vol. in-8*. 1861-63.

^^ Œuvres de Schiller, trad. nouvelle par Ad. Régnier, 8 vol. in-8». 1859-61.

XXX AVANT-PaOPOS.

M. Henry Blaze de Bury * ont apportées d'une main victorieuse de l'autre bord du Rhin, pour en former parmi nous un véritable trophée littéraire et de rares modèles ! Mommsen^ le premier historien de Tépoque, est devenu français par une traduction toute récente' ; et Henri Heine, le poëted es poignantes et aigres douleurs, est devenu l'un de nos compatriotes, lorsque son propre stylet eut fait passer dans notre prose sveltc et moqueuse toute sa verve d'ironie incisive et sceptique^. L'Angleterre nous a également abandonné ses trésors. Shakspeare, que Letourneur blessait sans pitié au dix-huitième siècle, a pris place parmi nos meilleurs livres, depuis que M. Guizot *, M. Victor Hugo fils' et M. Emile Montégut* lui ont fait parler une langue qui ne s'oublie pas comme celle de leur devancier. Un académicien célèbre a fait pénétrer presque dans les classes plébéiennes le chef-d'œuvre deGoldsmith^. Milton a été pris des mains de Louis Racine, pour devenir lisible et pour être admiré, même dans une autre langue que la sienne. Au poète Delille *, à M. de Pongerville *, à Cha-

* Le Faust de Goethe, trad. complète par M. Henri Blaze, 1 vol. de la Coll. Charpentier. 1853.

> Hist, romaine, par Mommsen, trad. par M. Alexandre, t. I-VI. Paris, librairie Franck. 1863. s En 1834-1835, chez Eugène Renduel.

* 13 volumes in-8o. Paris, chez Ladvocat, 1821. — La môme traduction corrigée a paru en 8 vol. in-S», chez Didier, en 1863, et diins le format in- 12, en 1865.

^ Œuvr. compl. de W. Shakespeare, 15 vol. in-8o. 1859-65 ; le même traducteur a publié l'année suivante (1866) 3 vol. do pièces apocryphes attribuées au grand poëte.

« Œuvres complètes de Shakespeare, trad.. par Emile Montégut, richement illustrée par livraisons, depuis le 16 mars 1866.

' Charles Nodier a fiiit paraître à Paris, en 1837, chez Bourgueleret, grand in -8°, la traduction du Vicaire de Wakefield, tant de fois reproduite et illustrée. Dès 17G7,1l!*' de Montesson avait fttit connaître en France ce charmant ouvrage, mais sa renommée, son avènement véritable ne date parmi nous que de la prose de Nodier.

8 En 1805.

» La trad. du Paradis perdu, par M. de Pongcrville, publiée en 1838, a été reproduite dans la GoU, Charpentier, en 18ôâ.

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