AYANT-PROPOS. XXXIII
k)rt incomplet, il soit possible de ramener l'œuvre des traducteurs à une simple formule d'école, ni de déclarer qu'elle remplit un rôle tout à fait subalterne parmi les travaux de l'esprit. Elle nous semble l'auxiliaire efficace d'un sentiment public et collectif de notre civilisation. L'Europe moderne, nous le répétons avec une joie profonde, est sous l'empire énergique des pensées de conciliation et de concorde, et tous les efforts de l'intelligence qui seconderont avec sincérité ce besoin de tous et cette incontestable tendance de nos sociétés, méritent peut-être quelques, regards.
C'est du sein de la France, il faut le proclamer à haute voix, que naissent en plus grand nombre ces livres d'interprétation pour la pensée des peuples nos contemporains; et, juste rémunération, c'est aussi de la France que part, en bondissant, le torrent d'idées, illustres ou secondaires, mais puissantes et souveraines, qui tendent de plus en plus k constituer Tunité littéraire de l'Europe ; c'est par la France que devient plus facile la transmission de to'ut ce que les peuples pensent, imaginent et fécondent. Un homme éminent, qui n'appartient pourtant pas à notre patrie, mais qui, de bonne heure, avait pénétré sa nature et ses facultés dislînctives, disait : «Pour lire ce livre, j'attendrai qu'il soit traduit en français, n Soit que le parler français possède, en effet, un attrait suprême, soit que la clarté nécessaire à notre langue impose une plus grande justesse et une rectitude plus complète aux idées, il est certain que l'Europe semble, presque partout, attendre que la France ait mis sur un ouvrage le prestige de sa plume d'or, et cette féerie qui lui est particulière, avant d'adopter les gloires exotiques. Et cette même Europe s'incline, sauf les réclamations passionnées des faux systèmes et certaines aigreurs d'école, partout elle se courbe devant nos poètes classiques et devant nos impé-