‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 3 sur 124 · II AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AYANT-PROPOS

des rivalités plus nombreuses, les conceptions de deux siècles littéraires illustrés par d'assez beaux ouvrages. L'invention serait tarie plus que jamais et les nouveautés de rintelligence rendues plus impossibles.

Il faut avouer pourtant que les derniers venus en ce monde, môme en répétant ce que Ton avait pensé jusque-là, n'oofe pas perdu tous leurs droits à la gloire de Toriginalité ; car la plupart de ceux qui manient à présent la plume, ont-ils lu, ont-ils pu lire tous les travaux de génie que la société vieille ou moderne a vus naître? Aussi la maxime de La Bruyère compte-t-elle, de nos jours, un nombre assez faible de partisans. L'esprit humain n'a point paru à tous les yeux frappé d'une ruine incurable et désespérée. On a fait une large part de création à Montesquieu et à d'autres talents. La condamnation prononcée par l'auteur des Caractères a été maintenue toutefois sous une forme plus restreinte, et c'est la poésie qui est restée compromise et meurtrie par Tanathème. Tous les jours nous entendons proférer cette plainte étrange : « La poésie s'en va, » comme autrefois on disait dans Rome : o Les dieux s'en vont*.» C'est la langue des dieux que l'on proscrit dans ce siècle, après^ avoir proscrit avec trop de motifs leur culte il y a tantôt deux mille ans, et l'on déclare que le règne de la prose est arrivé. Nous ne croyons pas que l'avènement de la prose et du bon sens ait été si tardif; mais enfin la raison, est-il dit, a exilé les Muses. Désormais nous n'entendrons plus que les voix sévères de l'historien, du philosophe et du politique. Adieu les doux trésors et les fêtes de l'imagination 1 Ainsi, dans notre maturité vieillissante, plus réservés que La Bruyère, c'est de la poésie seulement que nous prophétisons les funérailles ; comme si l'une des plus nobles facultés de l'esprit humain pouvait

1 Cf. Tacite, Utstor., lib. V, cap. xiii : « Audita major huraana vox, cxcedere Dcos ; simul ÎDgens motus excedentinm. »

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