‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 31 sur 124 · INTR0DUCTI05. LIX · texte numérisé non relu

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élégante de Racine ne méritaient-ils donc pas de remplir, dans une de ces analyses tellei^ qu'un aussi parfait critique sait les faire, tout l'espace qui sépare la réforme inspira* trice de Malherbe de la froide sonorité de Rousseau? Les strophes si pathétiques de Rodrigue, la prophétie de Joad^ les chœurs d'Athalie et d'Esther, quel champ ouvert à la plume fine et délicate qui a retracé avec une si heureuse éloquence toutes les vicissitudes de la poésie lyrique sur le théâtre d'Athènes! El, dans d'autres sphères encore, l'ode 9 la Renommée aux Muses » ou les Hymnes spirituelles de ce même Racine n'étaient-elles pas dignes d'être notées par vos crayons, entre Pompignan et Ronsard?

Mais peut-être, cédant à un scrupule de son goût érudit etsuperhe, M. Yillemain s'est-il rappelé, dans la contemplation de tant d'objets divers, et en cherchant surla route lumineuse de l'humanité les richesses que l'inspiration la plus sublime y avait répandues, peut-être s'est-il rappelé le conseil de Corinne à Pindare (lui-môme l'a cité*) : « Il faut semer par pincées, » disait-elle au poëte avec un sourire, « et non renverser tout le sac. » Ou bien les oublis Involontaires sont-ils inévitables en une si féconde et vaste carrière; ou encore y a-t-il un danger inhérent à ces §tudes compréhensives et cycliques, dans lesquelles la aécessité de tout effleurer oblige quelquefois à trancher m vif des époques, à choisir un exemple significatif et à sacrifier, avec le procédé expéditif d'un victimaire, des 3rinces mêmes de la pensée?

Quoi qu'il en soit, nous sommes averti des écueils qui ièment la riante mer des Cyclades 2, par un modèle d'une lutorité si imposante et entourée depuis longtemps de toutes^ los déférences 3. Je me bornerai donc à vous soumettre

* Page 37.

> Cf. Horace, Carmina, I, 14.

' Nous ne voudrions pas que les restrictions que nous avons expriméesmsseat un instant fair« douter de notre pensée tout entière, de notre

IX INTRODUCTION

quelques remai*ques sur la principale épopée donfrse glo-

iégitime, de notre profond respect pour le beau talent de M. Villemain, dont chaque parole a rantorité d'un arr6t, et pour l'iocontestable supériorité du livre même qui noua occupe.

En suivant chez la plupart des peuples Télan de cette poésie d'enthousiasme qui lui est ctière, il en a signalé les principales créations avec un accent élevé et noble, digne des poètes mêmes quil apprécie. C'est merveille de le voir analyser ou plutét sentir et peindre les anciennes œuvres inspirées de la Grèce, Tode religieuse ou philosophique, ou politique et guerrière ; puis ces chants d'amour et ces accords qui traduisent les plaisirs familiers de la vie athénienne, ou les éclatantes vibrations du génie lyrique sur le théâtre, et les derniers ouvrages qu'il produit jusqu'au règne des Ptolémées, sous lesquels il s'abaisse pour se relever encore; les développements d'un art plus réfléchi au sein de Rome, cette conquérante imitatrice, qui, malgré pins d'une beauté originale, n'égahi jamais la féconde souplesse ni les flammes de l'imagination grecque. i

L'intérêt croit encore pour nous, lorsque M. Villemain parcourt d'un ' regard si perçant, mais trop rapide, aussi rapide que le trait de lumière, toutes les. régions de l'humanité rajeunie par le christianisme, depuis Dante jusqu'à Fernando Herrera, depuis sainte Thérèse jusqu'à Heginald Heber et José djo Heredia ou Manzoni. Rien n'égale la variété de ses tableaui savants et exquis, soit qu'il rapproche du génie dePindare celui de Bossuet ou d'Eschyle ou celui des prophètes bibliques, soit qu'il exalte la poésie concise, élégante et tout humaine d'Horace et les grâces philosophiques de son imagination ; et pourtant une verve, une émotion plus réelles, plus commun icatives, dominent dans la peinture pleine d'attraits des littératures européennes.

Qne de charmantes pages, lorsqu'il s'attache à décrire le mouvement lyrique de la pensée, après le renouvellement des croyances, des sentiments, des races, ou lorsqu'il marque de son style riche et buriné cette révolution surnaturelle qui, par la foi et la liberté morale, par tons les souffles et tous les feux d'un enthousiasme plus pur et plus contemplatif, vint ranimer les âmes, les intelligences, les voix et les lyres, dans les cénacles chrétiens et dans les rangs d'une savante prélature ! Nulle part n'a été retracé, avec ce soin curieux des détails et cet entrain d'éloquence, le réveil des esprits émus, ravis d'une si vive secousse et qui, dans leurs ferventes aspirations vers Dieu, célébraient, comme en chœur, les dogmes, les fêtes, les martyrs du christianisme. Le livre de M. Villemain est un chant nouveau et comme un hymne de la critique sur les Apollinaire, les Grégoire de Naziauzo, les Synésius, ou, dans notre Europe occidentale, sur les Prudence et les Paulin .

Après cette revue magistrale d'une littérature fraîche éclose, qui était un élan des cœurs, un essor de la prière, Texpression exacte du culte et de la foi, M. Villemain aborde l'histoire de la littérature lyrique dans toutes les sociétés issues de la religion nouvelle.

Le premier entraînement du critique est vers Dante, le grand précurseiii'

INTRODUCTIOIf. LXÏ

rifîe la littérature espagnole, et à les ranger dans Tinvea-

de toate poésio en Europe,et dont l'imagination altiëre, vivifiée par la science et par ramour^ marque une des dates les plus glorieuses de rhiimanité. Le critique change de clef, et il nous dépeint, avec la môme raison éloquente, le naturel mélodieux et concis de Pétrarque.

Puis^ chez les Espagnols, il nous dit la verve biblique et nationale do Herrera, l'élégance enthousiaste et pure de Luis de Léon, la poésie aussi érudite que majestueuse de Rioja, l'accent d'amour contemplatif, de charité profonde et passionnée qui règne dans les chants de sainte Thérèse.

En France, le néologisme ambitieux et qnelques nnives douceurs de Ronsard, la force et la simplicité de Malherbe, donnant enfin à notre langue son caractère durable et immortel, ont trouvé dans M. Villemain leur jnge sincère et incorruptible.

Personne n'a mieux dit non plus comment, « avec la chute de l'ancienne civilisation, apparut pour la première fois le génie septentrional, mais tout inculte et grossier, jetant sur le Midi son empreinte barbare, et ternissant d^abord ce qu'il devait rajeunir. » (Pag. 5l3, etc.) De cet esprit do Nord M. Villemain examine surtout les traces ds^ns la IHtérature anglaise. L'imagination britaotiique est restée fille du Nord, malgré l'influence de la moderne Italie, malgré le culte des lettres classiques et l'action plus prononcée encore de la poésie sacrée des Hébreux. C'est ainsi que, sons ies formes toutes nouvelles, lui apparaissent Tenthonsiasme sublime de Hilton et le brillant lyrisme de Oryden. Jl consacre aussi de ravissantes pages aux conceptions méditatives et savantes, rares et courtes poésies, 3ù la muse de Gray, mélancolique et religieuse, naturelle et exquise» balance encore, aux yeux des hommes de goût et des critiques, la muse, bugueuse et bruyante de Bypon (voy. le Barde, le Cimetière de village^ îtc.|. M. Villemain retrace de Gray une simple et douce biooraphie, préférable à tous les efforts tumultueux d'une renommée plus éclatante, nais rabaissée par quelques vices.

Un retour heureux vers notre patrie permet à l'auteur de signaler chez Pompignan des strophes immortelles, auprès de la pure et navrante méodie des derniers vers de Gilbert. La Révolution éclate, et, sous ses K effluves de feu », la poésie ne perd pourtant pas tous ses droits, et nous royons figurer, dans des camps fort opposés et avec des talents fort divers, ici André Chénier, « noble soldat de la muse lyrique », et là Lebrun, plus savant et plus forcené dans sa fougue qu'il n'est original et inventeur.

C'est avec une sorte de complaisante affection que M. Villemain, jéroiilant, à travers l'histoire des âges, ce long répertoire de la poésie yrique, revient vers l'Angleterre, pour nous initier aux œuvres de Coleâdge. Poète de premier ordre, lorsqu'il chante la nature sauvage des Upes, son patriotisme s'épanche, dans l'ordre politique, en verve plus iffrénée et plus turbulente que vigoureuse et sensée. Malgré ses rares ilans, la poésie de Coleridge est violente et ivre de germ»nisme. Un autre Icrivain anglais, dont l'existence de pieux et dévoué prosélyte est racontée

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taire de la poésie épique au delà des Pyrénées. Cette énu-

par M. ViHemain avec des nuaneea ravissaDteft de atyle et dea rapprochements diver-8. est ré?êque protestant de Calcutta, Reginald Ueber. Le critique compare l'àmede Heber à celle de Fénelon, son ardeur charitable à l'irrésistible apostolat du moine Wiofried, sa douceur et aon élévation pliilosophique à celles de ce Synésins qui porta sur le siège épwcopsl de Ptolémaîs toutes les grâces d'une imagination platonicienne. Correct et poli dans ses vers, Heber fut le poète de la nature et des sentiments de la vie privée, comme celui des plus nobles et des plus purs sentiments ' religieux.

<I'est en affirmant la supériorité des splendeurs intellectuelles de la France que M. ViHemain rend une telle justice à l'Europe. Il fait voir dans ses lumineux aperçus tout ce que le caractère de notre nation avait de provoquant et d'inspirateur pour les lettres étrangères. A ce point de vue, il salue en Italie, à l'aurore de ce siècle, les beaux noms de Monti, de Pindemonte et de Bianzoni surtout, de Manzoni qui a écrit l'ode la plus élevée et la plus religieuse de notre époque sur la plus haute gloire des temps modernes.

Se demandant ensuite s'il n'y a plus nulle part « la voix légère d'Ariel et son chant limpide et sonore qui monte vers les deux -, il nomme Béranger, « le trouvère artistement familier », — « le panégyriste de l'orgueil national « ; il parle avec entraînement de sa verve «< militaire et moqueuse », des douces et harmonieuses rêveries de Lamartine, de ses éloquentes mélancolies, ou de la pittoresque et sonore imagination de Victor Hugo, du retentissement musical et fier de sa pensée fortement ébranlée par le contre-coup des événements qui remuèrent son berceau et par les tristesses de son âge mûr.

Et dans chacun de ces tableaux, nets et précis autant qu'ils sont riches de couletir et d'animation, l'écriviiin a su interpréter la niétamorphcfie des lettres par le mouvement naturel des révolutions humaines, donner de nouveaux titres à l'histoire ou expliquer le génie par les incidents de quelqne noble ou touchante biographie. Avec une telle plume (et c'est une justice que M. de Lamartine lui a faite), l'historien de l'esprit est aussi grand que Thistorien de la politique, et la critique, sans cesser d'être la maîtresse souveraine du goût, prend sa place au niveau de l'histoire générale des peuples, par la profondeur, l'étendue et la haute moralité de ses appréciations. (Cf. Cours familier de littérature^ Entretien CIV«, p. 114-115.)

M. ViHemain, en achevant sa belle et grave étude de spéculation et d'histoire, recherche enfin si nous avons à craindre le dessèchement de h vie morale, et il proteste avec autant d'éloquence que de raison ea faveur de l'immortalité de l'enthousiasme par la religion et les arts. • Non, s'écrie-t-il, dans des lignes qui ne périront pas, les mœurs changent, les formes politiques s'altèrent, les langues se détruisent, et la transplantation des races peut accroître et h&ter toutes ces mutations inévitables; mais l'âme humaine, avec ses goûts divers et ses touches sonores de seu-

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mération sommaire doit se borner à l'Espagne. Encore la prudence, utile et cauteleuse conseillère, m'avertit souvent, et, comme le nomenclateur d'Horace *, me touche du coude pour me rappeler combien cette lice est remplie de périls, combien il y a de célébrités pour les contemporains que l'équilable avenir, que le jugement austère de la critique doivent laisser ensevelies dans la poussière dont les siècles les ont encombrées. Si nous voulions insister sur chacune d'elles, nous pourrions avoir à craindre parfois le destin du voyageur imprudent qui s'endort à l'ombre du manceniliier.

Ainsi, et afin de parvenir à une table complète des monuments épiques de l'Espagne, nous essaierons de ne sortir du soi espagnol que pour signaler quelques ressemblances réelles, ou fortuites ou cherchées, entre le génie épique des Castillans et celui des autres peuples; et, dans notre catalogue même, nous citerons, il est vrai, toutes les tentatives constatées, mais nous ne prêterons une oreille plus complaisante qu'aux accents dignes de vivre, à la voix de ces écrivains que la critique espagnole admet au nombre de ses illustrations classiques.

Cette méthode beaucoup plus restreinte, plus aride, et plus analogue, j'en ai peur, aux allures de la bonne et méticuleuse Allemagne, aux habitudes de la critique espagnole elle-même 2, nous forcera de supprimer plus d'une per-

iîbilité, de jugement, d'imagination, ne change pas, ne dégénère pas, ne [)erd aucune des conditions de sa puissance. » (P. 606>(i07.) Le noble icrivain met hardiment le génie poétique au-dessus des désastres dont Kîmblent le menacer, aux yeux de beaucoup d'hommes, les préoccupations natérielles ou l'unité militaire.

* Cf. I Epist,^ IV, 60, sqq.

Mercemur servum, qui dictet nomîna, lœyum

Qui fodicet latus, et cogat trans pondéra dextram

Porrigere. .....

« Nous faisons particulièrement allusion ici à rexcellent ouvrage que Ion Cayetano Alberto de la Barrera y Leirado a publié à Madrid, aux frais le rÉtat, en 1860, sous ce titre : Catdlogo bibliogrdfico y bingrdfi.o del

IXIY INTRODUCTION.

spective sur des œuvres qui charment nos regards; mais nous y aurions moins i^gret, si nous pouvions être certain, en fouillant le sol d'Espagne, d'avoir amené au jour, pour quelque jeune imagination laborieuse et active, nn peu de cette poudre d'or qu'il renferme, et qui repose là, toujours précieuse, mais négligée.

Nous ne saurions douter qu'une œuvre telle que VAraucana d'Ërcilla ne soit deslinée à laisser son empreinte sur plus d'une intelligence productive. L'Espagne, qui a marqué de sa flamme le grand Corneille, ne s'est pas retirée des affaires humaines^ au point d'abandonner à tout autre et à jamais le sceptre littéraire.

L'influence de Dante, nous l'avons dit, n'a pas toujours agi sur l'esprit européen avec les mêmes pouvoirs que de nos jours. Il semble qu'il y ait, pour l'action du génie, et des siècles de jachère et des époques de moisson féconde. Chaque talent a son heure d'empire, comme chaque littérature. L'imagination moderne, mêlée de science et d'élans naturels, va puiser à des rives diverses et s'alimente à des courants souvent fort éloignés les uns des autres. Mais elle les effleure tous et recueille avec une libre fantaisie les" germes de vie que chacun d'eux lui apporte. Tantôt elle s'arrête avec le Tasse sous les bosquets d'Armide; tantôt elle s'inspire des prodigieuses inventions de Goethe ou de Shakspeare; aux Lope, aux Calderon a plus d'une fois appartenu le prestige; et le règne, ou tout au moins un peu d'influence, ne saurait-il passer un jour à Ercilla? Il en est des grands poètes comme des fleuves

featro antiguo espanol, desde sus or {gènes hasta medindos del sigio xviii. Puissions-nous suivre, même à une grande distance, les traces de ce judicieux modèle. 11 y a un défaut surtout que nous serions heureux d'avoir su éviter. Puisse-t-on ne jamais dire de ce modeste ouvrage d^exégèse littéraire ce mot, que les commentateurs ont tant de fois mérité, que Ton y trouve rarement ce que Ton voudrait y voir, et presque toujours ce que Ton ne clicrcho pas.

INTRODUCTION. LXY

de la Bible. Loin de leur point de départ, loin de leur source profonde et mystérieuse qui jaillit dans TEden, ils arrosent la terre ; leurs flots majeslueux parcourent tout rOrient et viennent enfin, après un long parcours à travers des solitudes, enrichir de leurs tributs de vastes et florissants royaumes.

§2- Quels sont nos ^incipaiix devanciers ?

Nous avons dit quel était notre but. Bien que les remarques dont se compose la suite de cette Introduction ne soient peut-être pas sans utilité pour TinteUigence de répopée en Espagne, et en particulier pour celle de Tceuvre d'Ercilla, le véritable jugement de V Araucaria appartient à la nomenclature raisonnée des écrits en vers que la critique de nos voisins a rangés d'ordinaire sous la dénomination de poèmes épiques.

Pour les éléments qui constituent ce catalogue, nous sommes précédés par des travaux de grande valeur, dont il importe de vous entretenir un instant.

Nicolas Antonio (1617-1684) a le premier, au dixseptième siècle, compilé pour sa patrie une histoire des lettres espagnoles qui soit digne de fixer l'attention. Le magnifique dépôt de livres que possédait à Séville le couvent des Bénédictins, vingt années passées à Rome et les relations d'Antonio avec les plus savants amis de la littérature, lui ont ouvert toutes les ressources nécessaires pour la rédaction d'un ouvrage sérieux, presque toujours exact et dont les érudits invoquent sans cesse le témoignage*. Mais ses énormes in-folio^, écrits en latin, confondent tous

1 Cf. Tlcknor, History of Spanish Literature, t, }, p. 239-240. « Bibliotheca vêtus et nova^ 4 vol. iii-f», Madrid, 1787-1788, avec les notes de Ferez Bayer,

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les genres et toutes les époques. Il a suivi, du moins pour les derniers siècles, Tordre alphabétique des noms d'auteurs, et il faut une certaine obstination littéraire pour dépouiller les quatre volumes de ses deux Bibliothèques^ pour y chercher, comme dans un épais brouillard, les indications qu'il donne sur les monuments de l'épopée en Espagne. C'est une mine très-riche, mais singulièrement confuse et insuffisante aujourd'hui depuis les découvertes rccenles de la science*. ^

1 Né à Së ville, Nicolas Antonio mourut à Madrid; c'est à Séville qa'ii se forma d'abord au goût des belles-lettres, sous la direction de Francisco Jimenez, docte professeur do colléite de Saint-Thomas et homme d'un grand esprit. Après les premières études de philosophie et de théologie, il vint à Salamanque suivre les cours de droit civil et de droit canouiqae, sous un maître plus célèbre encore, don Francisco Ramos del Manzano. Son début dans la littérature fut un traité de Eociiio, imprimé à Anvers, 1659, in-fo. Cela lui valut de la part de Philippe IV d'être aussitôL nommé agent général des Espagnes près le Saint-Siège. Il resta dix-Junt ansà Rome, et les affaires de confiance dont il fut chargé ne Tempôchèrent pas d'achever le grand ouvrage {B'bliotheca hisf>ana vêtus et nova)^ que longtemps auparavant il avait commencé à Séville. La colIectîoD de livres qu'il sut réunir à Rome était la plus considérable du pays, après la Vaticane; elle comptait trente mille volumes. C'est à Rome qu'il publia, en ? vol. in-f« (1672), la seconde partie de sa Bibliotheca^ celle où il nomme et apprécie les écrivains espagnols du seizième et du dix-septième siècle (1500-1670). La première partie [Bibliotheca vêtus) ne parut qu'après sa mort et à Madrid, 1684. Ses manuscrits furent revisés par doo Manuel Marti, de Valence, bibliothécfiire du cardinal Saenz de Aguirre; le savant cardinal fit hs frais de l'impression. Outre son traité de VExil et sa Bibliothèque, l'on cite encore comme œuvres manuscrites de Nicolas Antonio une Bibliotheca hispano-rabinica^ei un autre livre intitulé Libertas ou De lihertis tractatus. Il mentionne lui-même cette dernière composition dans le de Exilio (lib. I, cap. m, n» lO). Mais on ignore ce que l'un et l'autre sont devenus. Un érudit espagnol d'un grand méfite, don Grii^irorio Maytins y Siîjrflr, a publié un petit nonibrede lettres par Nicolas Antonio, en luiigue t^spagnole ; il les fit paraître d'abord à Lyon (1733), ^ym cellea û^ don Aiutinto Solis et une lettre de don Crislôbal Crespi de YuktïiLira^ H {ilua t»iJ, à Madrid, avec beaucoup d'autres correspondance^T rt^unle^-? t^n cinq volumes (i773j. Don Eugénie de Ochoa avait ces tlcui n cuells aous Irs yeux lorsque, en 1850, il reproduisit les lettres de Nicolas Autotiio, dana r£f>z«ro/ario e^pano/ de Rivadeneyra. Cf. Bibl, Hivftd.^ t. XUt, p. I»R?; c'est la source où nous avons puisé tous les détails d4f cotte courtç biographie.

INTRODUCTION. LXVII

' Don José Quintana, Tun des plus vaillants esprits de l'Espagne moderne, s*est montré beaucoup plus discret et plus judicieux. Des principales compositions épiques^ de celles qu'il estimait les mieux faites pour être transmises à la postérité, il a formé, en 1833, un recueil en trois volumes, connu sous le nom de Musa épica, et il doit à cette publication une partie de sa renommée *. Une excellente introduction, à laquelle je ne reproche que la sévérité poussée à l'excès envers ses compatriotes, exprime sa pensée sur chacune des créations qu'il admet dans sa trop courte galerie. Pourquoi faut-il que cet esprit délicat et sûr se soit borné aux créations réputées classiques en Espagne, et que son goût érudit, mais circonspect, un peu exclusif, ait relégué dans l'ombre beaucoup d'écrits assez dignes d'être conservés et connus de l'Europe polie et savante? Nous aurons souvent recours aux jugements et aux observations austères de Quintana.

Deux autres écrivains plus rapprochés de nous, M. Ternaux-Gompans et don Gayetano Rosell ont fait pour les poésies épiques ou narratives de l'Espagne des relevés spéciaux et d'une incontestable valeur, mais toujours plus insuffisants, de ces richesses que l'intelligence inépuisable de la nation et les recherches des philologues augmentent et amoncellent toujours. Le premier de ces comptes rendus a été publié en 1840, à Paris, dans la Coleccion de los mejores aulores espaholes entreprise par Baudry 2. Le second appartient à la Biblioteca de autores espanoles, éditée à Madrid, par M. Rivadeneyra ^

Le catalogue dû à la plume de M. Ternaux * contient

* José Quintana avait publié, dès 1807, en 3 volumea, ses Poesias selectas caste/ lanas. La Musa épica n*efit qu'une suite tardive de cet ouvrage; Baudry Ta fait intrer dans sa collection en 18a8.

* T. XXI. p. xxvi-xxxii.

' Vous Je trouvez au l. XXIX, imprimé en 1864; p. xix-xxvii.

* M. Ternaux-Compans a été assez récemment enlevé à IVrudititfu fran-

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