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la série chronologique des épopées espagnoles ou plutôt des compositions narratives, soit épiques, soit religieuses, soit burlesques, du seizième et du dix-septième siècle ^. C'est entre 1521 et 1694 que se placent tous les ouvrages dont il nous donne l'indication, quelquefois avec les détails les plus précieux. L'auteur de ce répertoire avait sous la main des textes imprimés et de nombreux manuscrits, et, à leur défaut, il a toujours le soin de nous faire connaître les sources où il puise la désignation des ouvrages qu'il n'avait pu réunir à sa belle et riche collection. La méthode suivie par M. Ternaux présente assurément quelques
çaise. Lettré d*une distinction rare etd*un savoir infini, il mettait aveclt plus courtoise obligeance ses livres et son esprit inépuisable au service de ceux-là mOoies qui n'avaient auprès de lui d*autre titre que la coquduuauté des mêmes études. Nous consultions H. Ternaux-Compans sur quelques difficultés du texte d*£ret7/a, lorsque nous reçûmes de sa demeure de Castelbiague, près Salies, une lettre du 18 octobre 1864, qui n'était pas de sa main et qui nous informait de ses souffrances. Quelques jours aprè!>, au mois de décembre, chacun a pu lire dans les feuilles pabliques la nouvelle de sa mort. — Comme chez tous les vrais savants, rétendue de sos connaissances n'avait d'égale que la libéralité de ses communications toujours excellentes et toujours prêtes. M. Teroaui* Compans a laiss*^ de belles et utiles traductions de queiques historiens da Mexique primitif. Les ouvrages d'Ixtlilxochitl, du sang royal de Tezcnco, ceux de Tezozomoc qui descendait d'Atzaputzalco, et qui tous deux écrivirent la langue des vainqueurs, auraient moins de lecteurs parmi doos, si notre docte et patient contemporain n'avait fait passer ces curieui monuments dans la langue française pour les populariser en Europe Cf. Voyages^ relations et mémoires originaux pour servir à r/iistoirt de la découverte de V Amérique, publiés pour la première fois en français, Paris, 1837-1841, 20 vol. iu 8.
1 II n'est pas superflu de rappeler ici à nos lecteurs que les collections épiques des Espagnols ne justifient pas toujours le titre que la critiqua leur a donné. Sans doute la dénomination est souvent inexacte, mais pai quelle autre pourrait-on la remplacer, qui fût meilleure et d'une application plus générale ? Don Rosell a reconnu tout ce qu'offriraient de vague les expressions de poemas castetlanos, de poemas herôicos, Valbuena déclara «on épopée un poème héroïque; mais la même désignation conTîent-elIc à la Crisiiada du Padre Hojeda? Nous nous conformerons donc à l'ussg: et rinus conserverons sous le nom commun de poèmes épiques toutes le: upiivres de récit; il est devenu comme un terme générique; il est asseï clrk]r,et tout le monde le comprend et l'emploie sans illusion.
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avantages ; elle nous conduit à travers le temps , et elle déroule devant nous les aspects divers de l'imagination, au moment où ils se déploient, à peu près comme à Texplorateur qui descend le cours d'un fieuve se montrent tour à tour les horizons variés de ses rives. Nous assistons ainsi à la vie réelle de la poésie; nous sommes initiés aux développements successifs que revêt l'activité d'un peuple, et nous retrouvons unis entre eux et éclairés de leur vraie lumière les monuments contemporains. Quelques inconvénients, toutefois, se mêlent à cette utilité. L'énuméralibn du critique laisse de côté bien des œuvres qui précèdent ou qui suivent ses deux dates extrêmes. Avant le seizième siècle, après le dix-septième, la muse épique n'est pas restée silencieuse en Espagne, ef personne n'était plus capable que l'auteur du catalogue de 4840 de nous dire quels trésors la langue castillane renferme, dans la sphère de l'épopée, en deçà et au delà des bornes qu*il s'est prescrites. Mais les recherches de M. Ternaux eussent-elles été moins restreintes, sa méthode même, l'ordre chronologique ne nous semblerait pas à l'abri de tout reproche. L'histoire du génie littéraire ne consiste pas seulement à citer les créations d'une époque et leurs influences mutuelles. Elle s'étend au delà et s'efforce de réunir sous un même coup d'œil une foule d'inspirations analogues dues à des périodes différentes.
Je ne dis pas à des sociétés différentes. Nous retomberions dans4e procédé que M. Villemain adopte et que seul il pouvait faire valoir. Hé ! sans doute, le rapprochement des pays les plus éloignés est devenu de nos jours pour toutes les intelligences polies une habitude et presque une obligation, et, afin de nous borner à un exemple bien connu, choisi dans l'ordre des écrivains dramatiques, quel est le littérateur qui prétendrait aujourd'hui avoir approfondi la tragédie de Guillen de Castro, las Mocedades del
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Cid, en classant la pièce parmi les autres productions d( la scène espagnole, sans jeter un regard d'abord sur h Romancero del Cid, qui a fourni ses matériaux au théâtre indigène, et surtout sans comparer l'œuvre de Guillen au Cid de Corneille, son plus éclatant inlerprèle? Ce sont là, nous ne Tignorons pas, des sujets étroitement liés à jamais et que l'histoire littéraire s'est, à bon droit, accoutumée à joindre ensemble comme les parties d'un brillant faisceau, malgré l'espace ou la durée qui les séparent *. Ne nous éloignons même pas de la poésie épique, notre véritable domaine; qui pourrait à présent, dans ce progrès de l'érudition, et lorsque tous les peuples se touchent, lorsque toutes les littératures se communiquent les poèmes qui font leur gloire, qui pourrait s'imaginer connaître Klopstock, pour l'avoir placé entre Lessing et Wieland, sans lui demander compte des emprunts qu'il fait à la Cristiada, au Messie espagnol du Padre Hojeda? Telle esr, nous l'avouons , l'unité essentielle du monde littéraire.
1 Voy. sur cette matière la judicieuse étude de M. Walras, Le Cid, esquisse littéraire^ Douai, 1853. C'est à M. de Parieu, alors ministre, qne nous avons dû, en quittant Lyon, la bonne fortune de connaître^e critique, homme de bien et d'éloquence, dont nous citons l'ouvrage/ Ce n'est pas le seul esprit éclairé et bienveillant que nous ayons rencontré durant notre séjour trop rapide dans cette cité intelligente et polie. Douai se nomme quelquefois V Athènes du Nord. L'avenir confirmera-t-il cet éloge? Les décisions de l'avenir sont lettres closes ; mais il est incontestable qae. Douai renferme bon nombre d'Athéniens, s'il est permis de juger ainsi de ses habitants par la douceur des mœurs. la finesse des idées et le goût des beaux-arts. Nous prions le ministre de l'Instruction publique, de 1850, si sa conscience garde quelque souvenir du bien qu'il a fail^ de recevoir ici l'expression de notre sincère gratitude pour nous avoir rapproché quelques mois d'un pareil centre de lumières, de fortes études et d'urbanité sociale. L'abbé Rara, véritable apôtre, M. Camaret, bienveillant recteur et ami toujours sûr, M. Fleury, habile historien de l'Angleterre et adminifctratrur iniîji5[<i, M. Talon, avocat éloquent et lettré, M. Chédieo, tradiicreurd'Épicit^fp aussi exact que français, M. Walras, sont des caraclëri*s que l'on irotibli^ Jnmais. Ce sont les vives et charmantes causeries du deniirr qui nous ont entraîné presque à notre insu vers ces magnifiques idiomes de l'Kuropc néo-latine qu'il possédait comme une langue TQatariïeUe.
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Les œuvres de riinaginatk)a ressemblenl à une vaste famille; elles ont des ancêtres et des arrière-neveux. Et nous ne reprocherions à personne d'allerd'une main pieuse et discrète réunira propos les titres qui constatent leur parenté véritable partout où ils se trouvent dispersés.
Mais c'est en particulier pour les différents âges d'un mêtne peuple qu'il en est ainsi, et que ce besoin de comparaison se fait plus invinciblement sentir; et alors aussi le vice inhérent à Tordre chronologique apparaît dans tout son jour. Il est plus d'une fois arrivé, en Espagne, que les mômes événements aient sollicité la verve de plusieurs poètes dont le temps n'avait point rapproché le berceau. Ainsi, la première partie de VAraucana de don Ërcilla parut à Madrid, en 1569. La suite et la fin du même ouvrage ne virent le jour que dans les années 4578 et 1589. Or, Pedro de Ona fit paraître en 1596 un Arauco domado. Diego de Sanisteban Osorio retrace en 1597 la suite des mêmes expéditions. Mais entre la première tentative d'Ercilla et celles de ses deux successeurs, M. Ternaux-Gompans a trouvé place pour une trentaine d'épopées, la plupart sur des matières bien différentes. 11 en est de même pour une foule d'autres sujets sur lesquels nous ne pouvons nous étendre ici.
Je vais plus loin. Les poètes espagnols, nous venons de le voir par l'exemple d'Ercilla, ont souvent publié à un .long intervalle le commencement et la fin de leurs épopées. Dans les vingt années qui séparent la première et la troisième division de VAraucana , quelle multitude de poèmes éclos déjà dans la Péninsule I Un catalogue, fondé exclusivement sur l'ordre des dates, interrompra donc plus d'une fois, non-seulement la série des œuvres narratives fondées sur les mêmes événements, mais les parties d'un même ensemble, le début et l'achèvement d'une même composition.
LXXTl IKTBODUCTION.
Au danger que présentent c; respect aveugle pour h chronologie et ce mélange de tous les sujets, se joint m autre inconvénient encore, la confusion de tous les genres les plus opposés. Pour obéir à Tordre préféré par M. Ternaux, nous aurions à passer, sans règle et sans préparation, du grave au plaisant, d'une œuvre burlesque à une conception pathétique, de la Creacion del mundo^ de Azevedc (1615), à la Mosquea, par Joseph de Villaviciosa(1615), pour revenir ensuite à un poème religieux d'Antonio Ribeira (1616), ou bien aux Amantes de Teruel^ par Yague de Salas (1616).
Ainsi, en définitive, l'ordre des dates, commode pour les recherches de la science littéraire et pour l'étude de chaque période ou de chaque genre isolés, ne produit pourtant qu'une irrégularité presque inévitable, et ne fournit que le classement extérieur des matériaux. Il prépare les données de l'histoire ; mais il ne saurait suppléer l'histoire elle-même, ni faire apprécier dignement la vie poétique d'une nation dans son unité féconde et dans son harmonie.
Pour les deux siècles auxquels il a restreint son énumération, M. Ternaux-Compans, hâtons-nous de le dire, n'a laissé qu'un petit nombre de lacunes à combler. Il rappelle à peu près tous les développements de cette forme du génie *. Mais dans les travaux de cette espèce , nous sommes toujours tentés de faire meilleur accueil aux listes les plus complètçs, et le tableau publié par don Cayetano RoseH est en effet beaucoup plus étendu. Don Rosell a voulu embrasser tous les ouvrages épiques que l'Espagne
* M. Ternaux-Compans a limité à peu près, dans son Catalogue, lechoh des poëmes à des sujets véritablement épiques. Il s*est conformé aui principes sévères du goût français. Nous suivrons avec plus de docilité les traditions ou, si Ton vent, les préjugés de la critique chez nos voisins, dont l'inventaire est beaucoup moins circonscrit et embrasse, nous le répétons, sous le titre à'épopée, presque toutes les compositions de poésie narrative.