INTRODUCTION. LXXIII
a consacrés aux exploits des héros, aax légmdes religieuses, à l'histoire, à là fkble ou à la satire. 11 répare quelques oublis de M. Temaux-Gooipans ; et les poèmes de la même famille qa*ont vus paraître le dix-huitième et le dix-neuvième siècle, sont aussi contenus au nouveau catalogue. L'auteur n'a point partagé pour les œuvres épiques des deux derniers siècles le jugement sévère de don Ëugenio de Ochoa. Ge dernier critique, éminent sons tant de rapports, fait à peine grâce à Nicolas Femandez Moratin, à Yriarte et à Mclendez Valdes *. Plus généreux, disons mieux, plus équitable envers ses compatriotes, don Rosell a compris dans sa liste l'année 1851. Il mentionne deux poésies épiques sur la victoire de Bailen que, l'année » précédente, avaient soumises an jugement de l'Académie espagnole don Joaquin José Cervino et don Antonio Aparici y Guijarro. De récentes victoires sur la terre d'AMque ont même provoqué chez ce peuple glorieux quelques nouveaux jets d'imagination. Les fils du Cid ne manquent jamais de chantres pour célébrer leurs triomphes , et la nomenclature de don Cayetano Rosell. nous n'en doutons, pas, aura besoin elle*mème d'être bientôt remplacée.
Cependant, l'ordre suivi par don Rosell nous parait, à quelques égards, aussi défectueux que celui de son devan* cier français. Le classement alphabétique des écrivains entraine les mêmes embarras que la simple chronologie. Il réduit à confondre les genres les plus divers de composition. De plus, il mêle toutes les époques et fait ainsi disparaître jusqu'à la marque de l'influence exercée sur une génération littéraire par celles qui l'ont précédée dans les temps, n n'eût môme pas suffi de n'omettre aucun des re* présentapts de l'épopée espagnole, quel que fût l'instant de leur venue en ce monde, depuis les plus anciens auteurs anonymes jusqu'aux poètes de nos jours et aux derniers
1 CoUcction Baudry, t. XXI^ p. xxv.
LXXIV INTRODUCTIOn.
lauréats inspirés par les succès d'O'Donncil ^. Si par là, le cercle que parcourt le docte littérateur est beaucoup plus vaste et mieux rempli que celui de M. Ternaux, il est tout aussi confus; j'oserai même dire qu'il Test davantage.
1 Quelque éteodoes qu'aient été les recherches de M. Cayetano Rosell dftns les bibliothèques de sa patrie et dans celles de ses doctes coatemporains, il est loin d*avolr voulu donner un inrenuire complet des poèmes ÔApagnoto, publiés ou inédits. Personne n'ignore combien il est difficile de réunir et de classer môme les titres de tant d'œuvres diverses que chaqne siècle a déposées comqie par couches dans la poussière des couvents et des pneblos. Quelle existence permettrait de comparer tant de vies de saints, ou tout au moins celles qui ont aifecté la forme de Tépopée P Un pareil travail mériterait lui-même, suivant les expressions de don Rosell, le titre à'héroiquey et, après les efforts teniéi> par l'intelligence pour les connaître, lui resterait-il, dit encore le même critique, assez de bon sens pour les apprécier ? Que serait-ce, si l'on voulait énumérer cette foule d'hagiographies, écrites on décimes, en romances, en segnidillas ? T&che infinie, d'une utilité douteuse. Beaucoup d'entre elles, beaucoup de compoeitions âiscétiqufs ou morales, n'ont d'héroïque que la patience de ceux qui les uut composées, ajoute don Rosell : « pues la mayor parte nada tienen de licrôico sino la paciencia de les que los escribieron. • (P. xviii.) Le lecteur pourrait aussi réclamer un peu de l'éloge, et, tout en recueillant les souvenirs les plus effacés des sociétés littéraires, il faut bien faire sa part à l'oubli. Mais, en accordant à don Rosell qu'il a eu raison d'exclure do son répertoire bon nombre d'oeuvres inédites, qui ne comptent que par leur énormité, nous regretterons qu'if n'ait pu indiquer anx amis des lettres ce qu'est devenu le poème que la reine dona Maria Josefa Amelia de Saxe, épouse de Ferdinand Vil, avait intitulé : Vida de son Fernando, Uno autre création inédite, dont il nous parle encore, est la Dfsvef'giienza^ de don Manuel Breton de los Herreros. Don Rosell cite ce poôme comme une œuvre digne de l'incomparable fécondité et de la verve prodigieuse d'un tel écrivain ; nous ignorons si la Desvergùenza de Iliirreros a depuis été donnée au public. Toujours est-il que nous ne sao- 1 ions rendre une Justice trop éclatante aux patients labeurs de don Rosell, qui est allé chercher duns tous les dépôts de la science, parmi les livres des savants ses amis, dans les catalogues de tout genre, dans les manu- S( riis même, les éléments d'une étude assex aride, et dont un petit nombre d'esprits pourront seuls apprécier toute la vaillante persévérance. Gomme s'il ne se fût pas contenté de ce premier travail, don Rosell a voulu le compléter, à quelques égards, par une étude supplémentaire, et a fourni au c. XXX VIII de la BibL Rivadeneyra un < Gatélogo de los autorcs citados en el Laurel de Apolo^ de Lope de Vega », et ce Catalogue renferme encore plus d'un détail précieux^ pour l'histoire de l'épopée espagnole.
IMTRODUGTIOM. LXXT
Avec la disposition de M. Ternaux-Compans, nous parvenons du moins à ranger sous une date commune les poésies que fait jaillir l'esprit dominant de chaque période. Un groupe d'années nous offre ainsi sa floraison distincte, et nous suivons les progrès de l'idiome national. Mais avec la marche nouvelle préférée par don Gayetano , ce mé* rite relatif a disparu. Quoi que l'on fasse, on sent nailre quelque trouble dans son. esprit devant tous ces noms propres entassés, comme dans la Bibliotheca de Nicolas Antonio, suivant la seule éventualité de leurs initiales; et il arrive que, sans nous donner plus que M. Ternaux l'ordre régulier des matières, il nous enlève le classement précis des années. Je ne suis plus le courant du fleuve^ mon itinéraire est tout capricieux. Je monte ou descends, selon qu'un souffle mobile me chasse vers la source ou m'entraîne vers l'embouchure. Je me plaignais tout à l'heure d'ôlrc , presque sans fruit, enchaîné à une date. Dois-je être maintenant l'esclave d'un alphabet ^ ?
' Le premier volame des Poemas épicos^ que don Gayetano Rosell accom- ])agne, comme le suivant, de bonnes notices et de courtes mais Judicieuses dissertations {Bibi, Rivad., t. XYII, 1851), renferme les cinq monuments réputés classiques dans toute la Péninsule : VAraucana d'Ercilla ; lo Bemardo de Balbuena; la Cristiada du Padre Hojeda; la Historia del Monserrate p&T Cnstàhsi} ÔQ Viroes; la Mosquea de Vitlaviciosa. Pour classer entre elles toutes ces compositions, le critique espagnol n'a consulté que rintérôt et la variété. Il n'a pas adopté la disposition chronologique ; mais, en tète de chaque poème, il a fait connaître la date de l'auteur et celle des éditions premières, et a cru inutile de signaler davantftge l'avénement du poème, sa formation et sa place relative dans le monde littéraire. Plus fidèle à l'ordre des dates, il eût placé le Monserrate après VAraucana et mis à la fin le Bernardo, après la Mosquea,
Le deuxième volume 'ibid.ft. XXIX, 1854) contient une autre série de poésies narratives qui offrent encore une véritable importance : VAusiriada de Rufo, le San José f de Valdivielso, la Creacion del mundo par Acevedo, Ndpoles recuperada par don Francisco de Boija, VArauco domado par Pedro de Ona; puis quelques petits ouvrages: Endimion par Diaz Callecerrada; Fdhula del Genil par Pedro Espinosa; la Raquel par don Luis de lUIoa; el Deucalion par Verdugo de Gastilla; la Agresion britànica par don Juan Maria Mauri ; las Naves de Cartes dèstruidas par Nicolas
LXXVI INTRODUCTION
11 est une autre distribution des matières à laquelle donnaient lieu presque fatalement l'histoire même de l'Espagne et la configuration géographique de son territoire. Longtemps cette société puissante n'a été en apparence, malgré l'unité de race et d'idiome, qu'un assemblage d'États souvent hostiles et acharnés à des luttes fratricides sur un sol assez accidenté par la nature pour sembler prêt à toutes les guerres intestines. Si l'Espagne a ses annales monarchiques, elle a aussi pendant des siècles ses histoires provinciales ; et c'est l'aspect de ces provinces autrefois presque indépendantes et souveraines qui frappe tout d'abord le voyageur et l'historien. AUssi une tentation naturelle est venue à un excellent critique, je songe celte fois
Fernandez Moratin ; le même cajet traité par Vaca de Guzman ; la înocencia perdida d* Alberto Lista; le même sujet par Reyaoso.
•Plusieurs des quatorie ouvrages épiques du deuiième volame peuvent ètr« préférés par quelque lecteur à telle ou telle des poésies que le premier rea< ferme; mais ils n'ont pas comm^ elles la consécration du temps et Tunanlme suffrage de la critique. Ils compiètent le recueil depuis le dernier tiers du seizième siècle Jusqu'à la restauration littéraire de l'Espagneà la 6a du dix-huitième siècle et an commencement du diz-neu?ième. DonRosella réuni des ouvrages de tous les genres, de toutes les formes, depuis les monaments à larges proportions Jusqu'au po^me limité à un seul chant, depuis la création héroïque Jusqu'au tableau descriptif et purement imagioaire. U s'est proposé, dans cette seconde partie de sa collection, d'offrir an lecteur des exemples de toutes les écoles et d'ouvrir au goût de chacun une source d'attrayantes comparaisons. Les imitateurs de l'antiquité, ceux du Tasse, déjà moins habiles que leurs devanciers, les disciples de l'Arioste, encoro moins heureux, les auteurs d'aventures chevaleresques, plus insensés que leurs héros, les écrivains qui paraphrasent des textes sacrés, ceux qui se bornent au cadre de l'idylle, présentaient à don Cayetano Rosell toute une armée d'écrivains, an sein de laquelle il a su faire un choix intelligent et discret. Mais il n'a pas suivi, dans cette seconde partie de soa vaste travail, non plus que dans la première, Tordre des dates. Autrement VArauco domndo de Pedro de Ofia (1596) serait placé entre VAw' Iriada de Rufo (1584), et la Fabula del Geml{t6Qb) : celle-ci précéderait le San José (1001); VEndimion de CiiÙecerrada (1627) suivrait la Creacion del mundo de Acevedo (I6l5) et la Raquel de UUoa (1650) aurait son rang avant Nàpotea recuperada, par Francisco de Borja (16&1); le Deu' calùm (1110) ; les deux po6mes sur les Naves de Cartes desiruidas (1778), ceux qui ont poursujetla Inocencia perdida(lW>\\enûsi\SLAgreswn britd^ nka (1S06) fermeraient le recueil dans l'œuvre que nous venons de nommer.
INTRODUCTION • LXXVH
au plus attrayant» au plus instruit et au plus distingué des touristes, à M. Antoine de Latour; c'était de visiter l'Es* pagne par grandes contrées, d'en peindre les horizons, les villes^ les habitants, le présent et le passé, et de nous ré« véler, à travers la vie générale de chaque pTovince, la vie intime et intellectuelle du génie, celle des arts, des lettres et du culte religieux. Ce point de vue, supérieurement saisi au vif même et, pour ainsi dire, dans la nature pro* pre de la Péninsule, a été exécuté par M. de Latour avec tout le talent, Tesprit, la grâce, les nouveautés et les tré* sors d'élégante diction qui font le charme de ses ouvrages, L'avouerai-je pourtant? Je me perds quelquefois etm'é^ gare sur ses traces, par un attrait irrésistible, dans les sen* tiers où il m'enchaîne avec mille séductions ; et le grand chemin, la voie publique et retentissante de la nation, celle où roule le char de l'existence commune, je désapprends à le suivre. Je cesse de chercher, à travers des flots d'une poussière d'or, les larges perspectives de la patrie même. Il y a sans doute, en Espagne, une vie qui tient à la province, au fleuve et à la montagne, et qu'il importe de connaître et de constater; mais derrière elle, ou plutôt au-dessus d'elle, brille dans toute la force de sa rayon^ nante puissance l'idée de la, monarchie catholique des Espagnes, dont l'action a été de tous les siècles, depuis le premier jour où l'Espagne fut en contact avec l'islamisme, et qui n'a fait que grandir à travers le fer et le feu. L'impression de cette suzeraineté dominante a été plus énergique que tout le reste sur le génie littéraire de la Péninsule, et elle est si éclatante que nous craindrions de faire une méprise en nous attachant à aucune division semblable à celle qui vient d'être citée, lorsque nous essayerons le ta* bleau de l'épopée espagnole ^.
* Que le poétique peintre de Garcilaso et de sainte Thérèse, qui a écrit tant de pages si touchantes sur la royale et Religieuse presqu'île^ que
LXXVIII IHTRODUCTfOH, .
Ainsi donCi et pour réunir nos appréciations critiques, l'érudition profonde et spéciale déployée par M. Temaux- Gompans et par don Gayetano Rosell, dans les catalogues dont nous avons débattu la valeur, les avantages réels que ces deux œuvres présentent comme esquisse générale de répopée chez les Espagnols, nous eussent engagé à suivre le même cadre de discussion^ ces habiles revues ont laissé peu de chose à faire, et il suffisait presque d'achever par les données nouvelles du savant madrileno la série chronologique de notre compatriote; mais nous avons désiré indiquer aussi aux jeunes gens qui aiment les lettres étrangères, outre la table des épopées et des poèmes narratifs, les principales sources d'inspiration où ils ont été puisés. Il fallait donc, pour classer les œuvres, adopter un ordre différent.
Or il nous a semblé, après un examen très-attentif, que la plupart des créations rangées dans les recueils et dans les catalogues sous le titre de Poemas epicos^ pouvaient se rapporter à quelques sections essentielles :
i® Les unes sont fournies par la mythologie païenney surtout par les fables amoureuses que cette mythologie contient en si grand nombre; et c'est Ovide qui prête à ses modernes imitateurs presque tous les sujets qu'ils développent. Au moment où le goût public pour ce genre de composition allait éclater avec le plus d'ardeur et comme pour en augmenter le fiévreux enthousiasme, le Portugais Viana donnait à Valladolid (1 589, in-4'»), en terza rima^ une traduction espagnole des Métamorphoses, Georges Ticknor
M. de Latour nous pardonne ce scrupule et cette dissidence. Issu de la même école, où nous nous sommes presque donné la main, mais où iraortant il ne m* a pas été accordé de partager ses études, que riiabile traducteur de Silvio Pellico reçoive du moins nos vifs et affectueux ^eme^ cléments pour le bonheur quMI nous a procuré de pouvoir faire à sa suite le voyage d' Andalousie, de Cadix et de Tolède. Nous nous rencontrerons bientôt dans ces coui-aes tout idéales, à travers les majestueuses beautés du Bemardo.
INTRODUCTION. LXXIX
la regarde comme un des plus heureux essais de cette espèce, entrepris dans Tâge où le vieil idiome castillan était encore dans sa pureté native^. L'Espagne allait puiser avoc avidité à cette source intarissable^.
^^ Des œuvres de tout gei^re, en quantité inouïe, ont été inspirées aux Castillans par la Religion^ par les croyances publiques. Il y a là, chez nos voisins, un véritable débordement d'imagination, un océan de poésie oîi Ton court danger de se perdre. L'ordre et la sage distribution des matières est, en cette occurrence^ plus indispensable que jamais. Sous cette dénomination comprShensive d'épopée religieuse, nous faisons figurer les poésies empruntées à la Bible, celles qui doivent leur naissance à l'Évangile, d'autres enfin qui relèvent de l'histoire du christianisme. Les poèmes dont le canevas est tout biblique nous retracent tantôt la création elle-même, tantôt des histoires individuelles, comme celles des Tobie ou d'Esther. Les poômes évangéliques se rapportent surtout à trois figures dominantes, celle de saint Joseph, celle de la Vierge et celle du Christ. Les écrits qui se rattachent au développement historique de la loi nouvelle, renferment ou des légendes chrétiennes, quel que soit le théâtre qui les vit se dérouler, ou de saintes anecdotes particulières à l'Espagne.
3** La troisième source épique, si j'ose le dire, où puisa l'imagination de nos voisins, est le monde de la chevalerie et les poèmes qui en ont jailli se présentent sous deux as* pects. Tantôt ils célèbrent les exploits de quelque paladin fameux, comme le Bernardo del Carpio, tantôt ils n'offrent
4 History of Spanish Uterature^ t. Il, p. 497, note 17.
s Vingt-six ans plus tard, en 1615, Cristdbal de Mesa fit paraître, à Madrid, sa version de Y Enéide, et, en 1618, celle des Eglogues et des Géorgiques latines. Il n'avait d'autre prétention que de traduire Virgile, comme Vian a de faire connaître Ovide Mais tous deux, et Viana surtout, ouvrirent aux poë:cs de leur pays une source féconde d'inspiration.
LXIX IHTRODDCTIOR.
qu'un tissu d'aventures romanesques et galantes, comme celles du More Abindarraez.
4* Vhîstoire^ à son tour vint fournir à la muse épique plus d'un livre attrayant. La plupart des compositions narratives choisies par les auteurs espagnols dans cette mine féconde nous dépeignent ou un grand événement de l'antiquité, ou une circonstance de la lutte héroïque de l'Espagne contre les Maures, ou une aventure de leurs conquêtes maritimes, ou un incident de la politique espagnole aux prises avec quelque nation de TEurope, parfois aussi un fait isolé indépendant des grandes agitations de la société péninsulaire.
5** Le cinquième genre de poésie narrative est celui que forment les sujeti moraux. Si nous ne consultions que les règles et les habitudes de notre goût français, il faudrait supprimer cette section presque entière. Elle offre peu de rapports avec la composition épique. Nous l'avons conservée cependant, parce qu'elle seule peut donner accès à plusieurs ouvrages que la critique espagnole s'obstine i maintenir au catalogue des épopées, et qu'elle marque souvent les progrès les plus considérables de l'idiome national.
6" La sixième et dernière classe contient les œuvres burlesques, les poésies hérci-comiques. Ce n'est pas la France qni a donné le premier exemple classique de ce genre de littérature, ni l'Italie, ni l'Angleterre. Si, dans leur pays même, Boileau, Tassoni et Pope ont eu des prédécesseurs, les Espagnols ont devancé tout TOccident pour cette forme spirituelle de création poétique. Elle est de toutes la plus opposée, par nature, au génie même et au souffle de l'épopée, et nous devions la reléguer à la dernière place ; mais elle est digne encore de notre étude, à cause de la verve étonnante et de l'imagination inventive que plusieurs écrivains y ont déployées.
Contre la division que nous venons de tracer et que
INTRODUCTION. LXXXI
BOUS croyons complète, se présente ime objection prévue. La littérature espagnole renferme des poèmes narratifs à la fois religieux et historiques, et qui appartiendraient, à ce double titre, aussi bien à la quatrième qu'à la deuxième section de notre classement. II se présente même des matières plus compliquées encore. Ainsi , au seizième siècle (i564) parut à Saragosse, sous le titre commun de Libro de lo$ cuarenta cantos peregrinos^ un recueil de Jtomânces commentées en prose. L'auteur du commentaire, Alonso de Fuentes, distribue en quatre compartiments les récits qu'il s'était chargé de classer et d'éclaircir. Le pre* mier est consacré à des histoires tirées de l'Écriture sainte; le deuxième^ à quelques exploits célèbres des Homains, Bechos de Bomanos; les événements de la troisième partie appartiennent encore aux annales de l'antiquité, mais à d'autres souvenirs que ceux de Rome ; et la qua-: trième raconte ce que firent les chrétiens à la conquête de Malaga et de Grenade. Certes nous ne songeons pas à donner un pareil livre pour un modèle de régularité et de construction littéraire; mais, à moins de démembrer ce singulier ouvrage et de renvoyer chaque fragment à son origine première, il serait mal aisé de déterminer la place qu'il devrait avoir dans les cadres de notre division. En pareil cas, lorsque le sujet peut flotter d'un cadre à un autre, au lieu de dresser une infranchissable barrière, nous ^ avons pensé qu'il valait mieux laisser fléchir d'ordinaire la ligne de partage, surtout quand il s'agit de l'imagination d'un peuple chez qi^i la religion et la politique ont presque toujours été inséparables, et nous avons cru plus conforme à la raison de désigner alors son lieu à toute poésie complexe, suivant les couleurs que l'écrivain y avait fait prévaloir.
Pour chacune de nos six classes distinctes nous suivrons l'ordre dans lequel les monuments se sont succédé. Par