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époque, des intérêts d'une race ou d'un peuple, de sa vie tout entière, conduite et maîtrisée par la puissance divine. Le trait dominant de l'épopée est un caractère d'indicible grandeur, de fécondité et d'éclatante imagination dans la , peinture des hommes et dans celle de la nature. Nous ajouterons que, dans un ordre inférieur de composition, des critiques indulgents ont quelquefois étendu le nom d'épopée A des actions beaucoup plus circonscrites et à des destinées ordinaires, contenues dans le cercle du foyer : poésie privée, en quelque sorle, sur laquelle une belle intelligence peut faire rejaillir toutes les lumières de la vérité, toutes les émotions du pathétique.
Mais cet examen de définitions ne constituait pour nous que les préliminaires du débat. Est-il juste de dire, à ces deux points de vue fort différents, que l'Espagne n'a pas eu d'épopée? Le verdict de condamnation avait retenti.
Déjà don José Quintana s'était incliné sous la sentence qui ressemblait à un outrage. Quintana devait se montrer d'autant plus difficile et plus exigeant envers l'épopée espagnole, qu'il se faisait de cette forme du génie poétique une idée plus haute et plus glorieuse. Il la regardait avec raison comme le plus bel ornement d'une littérature, . comme le livre classique et l'œuvre magistrale d'une société. «C'est l'épopée, dit-il, qui naturellement et sans violence fait intervenir le Ciel dans l'origine des peuples. C'est elle qui embellit et entoure leur berceau de toute la pompe et de toute la majesté de la religion. Ce que la distance des âges, ce que l'obscurité et l'incertitude des monuments ne permettent pas à l'histoire de découvrir et de raconter, la muse épique Tinspire et le révèle au poète. Il se fait écouter et croire, en subjuguant les âmes à force d'imagination et d'harmonie. La guerre, les lois, les arts,, les coutumes, famille, langue, passions, tout ce qui constitue le caractère et la physionomie^d'un peuple, tout ce
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qui concourt à sa prospérité et à sa gloire, s'y réunit; c'est un livre que Von étudie et que Ton cite avec applaudissement et respect. «
Mais Quintana, après avoir élevé aussi haut Tépopée, avoue qu'elle est moins le résultat du talent et de Tapplication qu'une heureuse fortune, cil y a tant de difûcultés, dit-il, pour l'exécution de ces œuvres compliquées et majestueuses, tant de qualités doivent se rencontrer dans l'écrivain qui veut les vaincre, tant de circonstances exceptionnelles doivent contribuer à son triomphe, que le concours de tous ces faits à une époque donnée et daos le même homme est plutôt un prodige qu'un événement ordinaire. Et comme les prodiges sont rares, les vrais poètes épiques ne le sont pas moins; si bien que des rigoristes ont déclaré nettement qu'il n'y en avait qu'un et demi {uno y me4io), faisant entendre que les autres ne sont que des ébauches imparfaites, de débiles et froides imitations de celui qui a ouvert la carrière ardue, et qu'il a laissé bien loin derrière lui ceux qui ont été tentés de le suivre *. »
Cependant don José Quinlana ne partage pas entièrement l'avis de ces juges sévères. Il y découvre non moins d'injustice que de déraison. Il ne veut pas que, pour exalter deux grands génies de l'antiquité, ou plutôt un seul, on sacrifie les écrivains modernes auxquels TEurope doit, dans ce genre sublime, des tableaux si riches et si magnifiques. Il défend contre les dédains d'une telle censure le poëme sombre et terrible de Dante; celui de l'Arioste, dont rien n'égale la variété infinie et merveilleuse; le trophée majestueux que le génie du Tasse érige à la gloire des croisés. « Ce n'est pas à Homère, ajoute Quintana, que le poète épique anglais emprunte ses beautés
i La Musa épica, Introduccion, p. 1-2.
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neuves et hardies, lorsqu'il chante la création du monde, rinnocence de Thomme et sa chute fatale. Ce n'est pas non plus dans Y Iliade qwe Tesprit original de Klopstock est allé puiser ces accents austères et mâles avec lesquels il a célébré au dix-huitième siècle la Rédemption etleMessie.o Que si d'autres poètes, illustres aussi dans le même genre de composition, se sont avancés avec moins de hardiesse sur les traces des anciens, et n'ont pas montré la même vigueur inventive, le même feu d'imagination, est-ce un motif suffisant pour prononcer une condamnation aussi dure? De grandes et sérieuses beautés, dans le sujet môme et dans l'exécution, n'ont-elles pas compensé plus d'une fois les qualités qui leur manquent et justifié la réputation de leurs travaux?
Après avoir rendu cet hommage aux lettres européennes, Quintana conclut comme il avait débuté, en déclarant que si la littérature espagnole n'a pas de chef-d'œuvre épique, création très-rare dans tous les siècles, c'est à un simple hasard, à un hasard malheureux qu'il faut attribuer cette lacune.
Vous avez entendu le premier aveu de Quintana : l'Espagne ne possède pas une épopée parfaite, un de ces glorieux monuments de l'imagination humaine qui «captivent l'admiration de tous les âges. Nous l'accordons sans peine. La perfection est peu de ce monde. Virgile môme, que l'on a nommé quelquefois le plus bel ouvrage d'Homère, a ses défauts. Homère, lui aussi, au jugement d'Horace, ne sommeille- 1- il pas de temps à autre? Il ne s'agit donc plus que d'un classement relatif, dans lequel il serait facile de constater pour l'Espagne plus d'un titre d'honneur.
Mais Quintana pousse plus avant, et trop loin, à noiresens, la sévérité envers ses compatriotes. Il reconnaît que beaucoup d'écrivains espagnols se sont essayés dans la poésie épique sans que la plupart aient réussi dans leur
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tentative. Les nombreux écrits enregistrés par l'érudition, depuis le Poema del Cid jusqu'à la TUiada de don Angel Sanchez, et au Méjico conquistaday d'Escoiquiz, supportent peu la lecture, dit-il, et on ne les achève qu'avec fatigue. Productions informes et indigestes, inélégantes et froides, elles sont presque toutes condamnées par le goût et méritent peu le nom d'épopées. L'habile critique objecte avec raison, aux érudits et aux bibliographes, que les listes grossies de tant de poèmes épiques sont repoussées par le bon sens, et que, dès qu'il s'agit d'une forme littéraire aussi capitale, on ne doit pas admettre qu'il puisse exister une foule de monuments ; que c'est h peine si l'on peut en signaler un seul avec confiance, et que peut-être il vaut mieux n'en nommer aucun.
Persuadé que cette gloire singulière manquait à sa patrie, don José Quintana a voulu approfondir le débat, et il se demande inutilement à quelle cause se pourrait attribuer l'étrange lacune de la littérature espagnole.
Est-ce à la pénurie de l'imagination ou du savoir chez les poëtes qui ont osé affronter les périls de cette noble tâche? Non, assurément; car si un grand nombre d'entre eux ne soupçonnaient même pas l'énormité de leur entreprise ,*ni la disproportion du sujet et de leurs forces, il en est d'autres, tels que Ercilta, Balbuena, Lope, Hojeda, qui avaient le talent nécessaire pour de pareilles joutes et qui pouvaient se promettre la victoire.
Est-ce à Tabsence de grandes actions, d'événements héroïques et merveilleux, propres à exalter l'imaginatioD et à lui fournir pour l'épopée de sublimes peintures? Mais jamais les Espagnols n'ont vu se dérouler un ensenible d'exploits aussi extraordinaires, dont ils étaient à la fois acteurs et témoins, qu'à Tépoque même où la muse épique leur inspirait, dit-il,.de si pauvres compositions.
Est-ce à l'imperfection de la langue, de cet instrument