‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 44 sur 124 · CLXXXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CLXXXIV INTRODUCTION

et horribles menaces. Il promet aux envahisseurs un ennemi plein de haine et de rage implacables. Puis^ il les quitte, léger comme le vent. Ercilla n'a qu'un cri d'admiration pour le sauvage ainsi obstiné. H le nomme ; il veut faire passer à la postérité le souvenir du courage et de la vaillance de l'audacieux Galvarino ^

Ce même Indien, prisonnier avec d'autres compagnons, reparait au xxvi* chant de VAraiicana et fournit à Ercilla une nouvelle occasion de montrer son grand cœur et ce type de caractère magnanime que jious nous plaisons à signaler. Dans la troupe des captifs furent choisis les douze Caciques les plus hardis, ceux que leur costume désignait comme les principaux chefs. On prononça contre eux une sentence de mort. Ils furent condamnés à être pendus à des arbres et à flotter au vent. Arrivé à l'heure de l'exécution et affligé de ce jugement cruel, Ercilla veut du moins sauver l'un d'eux. Mais le barbare, qui n'aspire qu'à la mort, lève aussitôt les deux bras qu'il tenait cachés sous son vêlement et montre que les deux mains lui manquaient. On recpnnait Galvarino, qui renouvelle contre les Espagnols le plus formidable cri de rage et de vengeance. Fatigué d'une vie importune, il leur lançait d'écrasants outrages. Ercilla était auprès de l'Indien. Touché de sa volonté si fière et si résolue, il s'opposait à plusieurs des siens et s'etforçait de conserver la vie au barbare qui la dédaignait. Mais, à la fin, les juges persistèrent à déclarer que sa mort importait au salut commun. Le poète s'éloigna plein de regret, et Galvarino fut entraîné vers le lieu où, avec les autres caciques, il devait subir le supplice ^. « Avec une grande solennité, dit Ercilla, et une grande ex iravagance, on leur infligea cet ignoble et injuste châtiment, et ils payèrent là de leur vie une dette que, dans l'estime de

Araucana, ch. xxii, oct. 45-54.

Cf. ch. xxvi, oct. 22-37. .

INTRODCCTIOR. CLXXXV

beaucoup, ils n'avaient pas contractée ^ » Et, plus loin, il ajoute avec la haute ironie d'une Ame honnête et froissée : « Les robustes chênes où les victimes flottaient portèrent cette année* là des fruits qui leur étaient inconnus ^. »

Mais c'est particulièrement lorsqu'il s'agit de peindre l'héroïsme de Lautaro et de Caupolican, que' don Erciila laisse prendre un libre cours aux sentimetits qui l'animent. L'on ne peut rendre à des ennemis un hommage plus complet et plus expressif.

Lautaro est le lieutenant du chef suprême élu par le conseil des caciques ^. Ses hauts faits et ses stratagèmes remplissent la première partie de l'épopée *. Vainqueur de Villagran dans l'Andalien *, il s'empare de la Coneepcion^ et dévaste cette grande cité, orgueil de l'Espagne sur la mer du Sud •; et, après avoir épuisé contre l'ennemi toutes les ruses de l'esprit le plus inventif, vaincu par une trahison ^ durant une attaque nocturne, il meurt à l'entrée de Ja forteresse qui lui servait d'abri, et avec lui, dans l'enceinte, meurent tous les barbares, ses compagnons d'armes. Au signal de la trompette, il s'arrache de sa couche, et , la poitrine, la tête encore désarmées, il se porte le premier à la défense des siens : « Non, s'écrie le poète, non, avec une telle légèreté ne s'élance pas le misérable avare enrichi, qui toujours songe à ses trésors, s'il entend le bruit de quelque voleur; non, une mère ne vole

* Âraucana, cli. xxvi, oct. 30.

« Ibid,, oct. 37 :

« T los robostos robles desU prueba Llevaron «quel afto fruta nueta. •

» Ibid., cb. III, oct. 84 ; ch. ii, oct. 58.

♦ Cf. chants iii-mv.

» Cf. cil. iv-vii.

« Cf. chant vu.

f et. chant xn, oct. 6t-67.

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