INTRODUCTION. CXCVII
que tous ces éléments fussent liés avec art, enchaînés à une action dominante, au fait héroïque qu'il s'agit de faire briller aux yeux du genre humain. L'unité de composition, en un mot, lui est indispensable, comme à tout autre monument de la pensée ou de l'imagination; et, sous ce rapport, l'œuvre d'Ercilla est loin, à notre sens, de mériter les reproches qui lui ont été adressés *. -
Avant tout il faut déclarer que l'unité dont il s'agit ici, nous ne devons pas nous en former une idée trop étroite. L'unité biographique des individus ou des peuples est plutôt une donnée de l'histoire qu'un élément de l'art. Elle doit se rencontrer môme en une chronique. Mais l'épopée veut une autre unité, plus difficile à saisir, l'unité de conduite, celle qui résulte du rapport de toutes les parties à un même but. Celle-là suppose une combinaison habile et profonde, une invention. De même qu'un tableau, pour être entièrement compris et embrassé d'une seule vue, doit présenter une harmonie et une simplicité parfaites, de niôme dans les poômes, si le sujet est multiple, si l'unité ne se fait pas sentir, l'intérêt se divise et s'affaiblit; l'œil s'égare et se perd dans de mobiles et capricieux horizons. Mais Aristote et tous ceux qui ont répété sa doctrine, semblent n'avoir pas saisi tout à fait quelle est l'unité propre au poëme épique 2. Tous ont prétendu que les poëtes devaient choisir d'abord un sujet simple et libre de
* M. Alphonse de Lsimartine formule avec sa supériorité ordinaire Isl i*èg1e de Tunité : « Un poème épique suppose, dit-il, un récit continu, un commencement, un milieu, une fin, récit inspirant par ses péripéties un intérêt épique ou dramatique à celui qui lit ou qui écoute. » (Ëntret. XX, p. 83.) Mais il fait de cette loi une application très-dure à la Divine Comédie^ où il ne veut reconnaître ni unité de personnages, ni unité d'action^ mais une succession d'épisodes sans rapport les uns avec les autres. (/6tV/.,p. 84.)
* Cf. Aristote, Poétique, cli. x\ m.
€XCVI1I INTRODUCTION
tout incident, et y rattacher ensuite quelques faits subal- ^ ternes, sous forme d'épisodes, afin d'étendre et de remplir le cadre de leur composition, a Nous ne pensons pas, dit M. Henri Martin, le savant et sincère interprète de la doctrine d'Aristote, que les poëmes homériques aient été composés avec tant d'art, de précaution et d'adresse.... Il y a une unité dans Iliade ;ï\ y en a une dans rOrfy«5€e .* c'est une unité d'un ordre plus élevé, mais aussi moins exacte et moins sévère que celle qu'Aristote s'efforce en vain d'y trouver; elle est dans l'impression produite par l'ensemble, bien plus que dans le matériel de l'action. Ainsi l'action de V Iliade finirait fort bien immédiatement après la mort d'Hector, comme VEnéide après celle de Turnus. Est-ce donc à dire que le rachat du cadavre d'Hector par Priam et ses Funérailles soient de trop dans le poëme? Non. Si cette partie admirable n'y avait jamais été, le poëme aurait paru fini, et personne ne se serait avisé de la désirer. Mais si on l'en retranchait, ce serait lui faire un tort immense ; le tableau serait moins parfait; l'impression produite serait moins grande et moins complète. C'est là l'unité d'effet et d'impression, essentielle dans toute épopée, dans tonte œuvre d'art, celle qui peut remplacer quelquefois l'unité matérielle de l'action et que rien ne peut remplacer. En un mot l'unité de VIliade et de YOdyssée ressemble à celle des grandes scènes de la nature, et non à celle d'un jardin tracé par Lenôtre^. » L'exagération du précepte de l'école est donc évidente pour les poésies primitives, pour celles d'Homère. Quant aux épopées de seconde main, celles qui furent composées à des époques moins naïves, plus instruites et plus compliquées, mai» oîi le génie créateur de l'écrivain savait pourtant élever une vaste conception à la plus haute puissance de l'imagination
* Cf. M. Henri Martin, Analyse antique de la Poétique d*Aristote,n,(i'i. Caen, 183G.
INTRODUCTION.' CXCIX
:de la poésie, runilé parut être j^lus sévère et Tordre us régulier parce qu'il était plus réfléchi. Cependant if te unité ne se formait pas suivant les procédés dont les ûtiques ont voulu faire des principes invariables. L'artiste ji songerait à suivre constamment la môme direction 'ec une rigueur mathématique, afin de présenter dans son uvre une unité parfaite, et à insérer quelques rares épiides pour embellir sa matière et charmer l'esprit par ur nouveauté, serait en péril d'être bien froid, bien ide, bien incohérent. Les vrais poètes ne composent pas 3 la sorte. L'enchaînement des épisodes forme le tissu ôme de leur travail ; chacun d'eux appartient à l'enmble, comme toute autre partie, comme le début et )mme la fin. La suppression d'un seul incident épisodiqnc lentit rintérêt et brise la chaîne. Ce n'est pas une chesse parasite que l'on puisse faire disparaître sans lire au poëme, mais une portion inhérente au récit, arbre est un : retranchez-lui sa racine, il meurt épuisé ine reçoit plus les sucs que lui envoyait la terre, sa nource : retranchez-lui feuilles et branchages, il ne sera plus i'un tronc informe et mutilé. Vous ne pouvez pas dire lie le tronc plutôt que les branches et les feuilles, plutôt ne la racine; constitue l'arbre lui-môme; mais chacune es parties est nécessaire au tout qu'il présente et qui ne irait pas sans elle. De même le génie des poëtes épiques î compose pas les œuvres qui nous émerveillent par une ternative artificielle du sujet principal et de fragments condaires ; mais leur sève brillante se précipite, fertilise s rameaux et fait éclore ces belles fleurs poétiques que s habiles appellent ensuite des épisodes. Ainsi dans la •emière cantica de. la Divine Comédie^ l'on a souvent gnalé répisode d Ugolin S comme s'il y avait là un épi-
1 Cf. DelV infernoy capitolo xxsiii, édit. Bartolini. Udine, 1823, t. I, 284-589.
ce INTRODUCTION.
sode, comme si ce n'était pas une portion directe et int^ grante d'un pofime où Dante veut surtout frapper nos âme par cette progression toujours croissante des supplices 4 VInfemo. Il y a parmi nos modernes un écrivain que toJ le monde connaît et relit, et dont les ouvrages si admira pourraient faire comprendre mieux que nos paroles l| propre de cette unité féconde dont le poGme épique dor toujours porter l'empreinte. Les romans historiques, ei aux yeux de bien des personnes, vous l'avez vu, le rotati est presque notre épopée, les romans historiques de li^'ai' ter Scott ne sont pas toujours aussi fidèles à leur titre, aussi rectilignes que le voudrait une exigeante correction. Dam son immense richesse, ce beau fleuve écossais débord quelquefois sur ses rives pour en varier les aspects ; puii naturellement et comme de lui-môme, il rentre en sont et roule à travers de nouveaux sites qu'il réfléchi! ; mais! ne perd jamais son nom. L'auteur de Kenilwùrth, 4 Quentin Dunvard^ é'Jvanhœy a cette exubérance, cell| unité libre et abandonnée, mais vivifiante et pure. L'actioi principale de ses ouvrages, les actions secondaires qui ei dépendent, trouvent à la fin leur issue et leur péripétie mais elles ne servent en quelque façon au romancier qu de matière à peinture, et l'unité réelle de ses œuvres cot siste spécialement à laisser dans l'ei^rit l'image irrépr( chable d'une époque retracée avec ses mœurs, sescroyancei tous ses éléments et tous ses caractères. Walter Scott ioi prime en nous la physionomie d'un siècle, comme le vie Homère, avec toutes ses légendes héroïques, unies soovei à l'aide d'une trame assez légère, grave dans notre penséi comme un sillon de feu, l'immortel souvenir de la ^ guerrière et aventureuse des Hellènes. |
L'unité prescrite à la composition épique doit donc et! considérée sous un point de vue moins étroit qu'on nel fait d'ordinaire, et, avec une fausse idée, disparaisse!
INTRODUCTION. CCI
utcs ces distinctions que Von établit entre la narration ême et ses affluents.
U Araucaria de don Ërcilla offre-t-elle cette unité vaste indépendante comme celle de la nature, profonde et riée à la fois? Nous ne craignons pas de Taffirmer. Chez •cilla, rharmonie de l'œuvre est réelle; mais, par un trait stinctif de son talent, la marche des faits est subordone à la peinture des caractères ^, et si Tesprit peut croire
^ La succession des faits ne ponvait présenter au podte Kunité dominte de son épopée. 11 raconte la guerre des Araucanos, non à son début, lis à une date où elle était déjà engagée; la nation vaincue n*était pas umise, et une terrible insurrection, qui donne le sujet du pcëme, n'offre urtant de cette guerre acharnée qu'un simple incident; la guerre Àrauco est antérieure au poème et elle lui survivra. Le poète croyait ns doute que l'Espagne triompherait des barbares; mais cette illusion son patriotisme ne devait jamais se réaliser, et la monarchie espagnole t dépossédée du Chili sans avoir dompté les Indiens ; elle abandonna s magnifiques fondations à des héritiers qui n'ont pas été plus heureux l'ellc, et les Araucanos sont encore libres aujourd'hui. Il est donc vrai ) dire que ce n'est pas dans les événements, mômes de l'histoire qu'il ait possible de saisir l'unité réelle et profonde de la conception épique, ihuteétait commencée et elle n'a pas eu de fin. Mais la série des batailles ' des catastrophes n'est pas l'objet do poëme, il est dans la gloire de Espagne, que le poète fait ressortir avec une singulière grandeur dans us les exploits qui s'accomplissent autour du trône de Philippe II, en mérique et en Europe, et cette gloire trouve une splendeur nouvelle lus l'audace que les capitaines de Philippe opposent à la rébellion d'Aluco et dans les découvertes de Garcia vers les régions australes. 11 est icoutestable d'autre part que les détails de l'antagonisme se groupent ntoar de quelques puissantes individualités. Valdivia, Villagran dispaùssent rapidement de la scène et ne figurent que dans la première divionde X Araucaria; don Garcia lui-même n'apparaît que dans les deux ornières ; mais du côté des Barbares, Caupolican est toujours au centre ) l'action, et il dirige, pendant tonte la durée du poëme, les efforts de ' Insistance nationale. Lautaro, dans la première partie, n'est «que son 'Utenant. Cette grande et héroïque figure do Caupolican, la fermeté ébranlable avec laquelle il maintient le drapeau de l'indépendance, mmoDiquent aux accidents successifs de l'action une unité véritable, >nt la critique n'a pas tenu assez compte, et qui constitue le foyer mOme 'l'épopée. D'autres caractères, souvent mis en relief, lorsque le poète t'fe en arrière son acteur principal, Tucapel, Rengo, le prudent Colo- 'o> (jui paraissent dans tout le développement du poème, et toujours
CCII INTBODUCTIOIf.
un instant à quelque confusion apparente, il s'aperçoi bientôt qu'elle n'est pas produite parTentassement irrégtf lier des objets; elle résulte, à la fin, de la nature mêinl d'un travail inachevé. Ce n'est pas un monument où ij désordre est dans les lignes et dans les ornements de l'ar chitecture; c'est un palais dont les dernières pierres n'oa pas été posées et qui n'offre d'une ruine que le miragi trompeur.
C'est ici le lieu de jeter un coup d'oeil sur l'ensemble d^ rép*bpée dont nous discutons les titres, et de suivre laconi duite des événements qui en forment Tordre général Lorsque nous visitons une cité fameuse, nous cherchoa tout d'abord une hauteur naturelle ou un édifice d'où il noq soit possible de contempler, dans leur harmonie, et le constructions de la ville elle-même et le cadre qui enloon le tableau. La lecture du poëme tout entier fera connaîir le détail, comme le voyageur par un plus long séjour si familiarise avec les rues et les places, avec toute Ja variéli des monuments, leurs antiquités et leur histoire. Peut ôtre saisirons-nous dans ce résumé quelques-unes des qu3 lités fondamentales d'Ercilla, et serons-nous mieux préps rés à l'examen des censures adressées au plan de so poème et à certains épisodes qui lui ont été reprochés are une injuste rigueur.
Que veutErcilla? Célébrer la gloire de l'Espagne et d
avec les mêmes couleurs dont récrÎTain a une fois composé leur physioi^ mie, expriment aussi le génie libre et fler des Arancanos, l'énergie dele< opposiiioii à la conquête ; et leurs rôles divers déterminent encore, t^ celui de Caupolican, Tnnité d'intérêt et d'impression dans l'esprit < lecteur. Ajoutons pourtant que, pour la conduite de la narration, poëme commence par la destruction du fort de Tucapel, au chant i et qu'aux chants xxvi (oct. 38) et xxvii , les Espagnols reconsuu sent Tucapel. C'est à peu près la limite des faits , sauf quelque» < forts, bientôt découragés, tentés par le poôte pour ressaisir le sujet p:> ci pal.
INTRODUCTION. CCUI
sonsouyefain. Plein d'enthousiasme pour la monarchie de Charles-Quint et de Philippe II, il court au bout du nouveau monde se joindre à l'armée qui doit combattre les Araucans rebelles. C'est à la gloire de l'Espagne contre les Indiens qu'il veut consacrer ses chants héroïques. Au terme de son ouvrage, il fait pressentir la victoire de sa patrie; c'est l'apothéose nationale de l'Espagne et de son roi qui . constitue le véritable sujet du po6me.
Mais le succès des Castillans doit.être acheté par de longs efforts. Des flots de sang seront répandus et les obstacles les plus énergiques se dresseront devant les envahisseurs. La race'barbare qu'ils ont à soumettre ne ressemble pas aux populations amollies par un climat plus doux et par une civilisation raffinée comme celle des Aztèques, au milieu desquelles l'Espagnol n'eut qu'à paraître et à commander. Les montagnes de TArauco nourrissent d'intrépides soldats, formés dès le berceau à la fatigue et à tous les exercices de la guerre. Ils obéissent à des chefs redoutés, à des caciques ou curacas, dont le pouvoir e^t à peu près égal. C'est le conseil de la nation. Dans les dangers communs ils reçoivent les ordres d'un souverain élu à la majorité des suffrages, sorte de dictateur qui fait tout fléchir sous sa loi.
La force des armes avait réduit les Araucans à l'obéissance, et leur dernier chef suprême, Ainavillo, attiré à ^n festin par les Espagnols, passe pour avoir succombé au poison; en sorte que , poussés à la révolte par les exactions de leurs envahisseurs, les barbares se trouvaient sans maître pour les diriger. Une des premières scènes du tlrame épique est l'élection de leur chef de guerre. Le pouvoir est disputé par les plus vaillants caciques, dans «ne assemblée solennelle , et, après plusieurs jours consacrés à la difficile épreuve, c'est à Caupolican qu'est tléférée la toute-puissance. 11 réunissait tous les titres
CCIV INTRODUCTION
qui la justifient, patience, bravoure, habileté, résolution.
Le premier usage qu'il fait du coiûmandement est d'attaquer par la ruse et puis par les armes la forteresse de Tucapel. Elle est rasée. Les Espagnols, qui se voyaient dans rimpuissance de la défendre davantage, Tout abandonnée durant une nuit sombre; ils percent à travers l'armée ennemie et se réfugient dans Puren.
La nouvelle du soulèvement parvient, à laConcepcm, aux oreilles de Yaldivia. Cet habile capitaine, qui , après don Diego de Almagro, avait poursuivi la conquête du Chili et fondé du nord au sud tant de cités florissantes, se reposait dans une somptueuse inaction et ne paraissait plus occupé que du soin d'entasser d'immenses trésors. Avec une détermination plus rapide et plus libre, au prc- ^ mierbruit de la révolte, et laissant là le souci de ses mines d'or, il eût pu sauver le fort de Tucapel. Il réunit des soldats et donne l'ordre à V Impériale d'envoyer directement quelques troupes sur la citadelle assiégée. Mais il se détourne en chemin pour visiter des filons productifs, et ces intempestives lenteurs causèrent sa ruine. Lorsqu'il se porte enfin sur Tucapel, il apprend que vingt mille barbares l'attendent de pied ferme ; et bientôt, lui et ses compagnons atteignent la vallée célèbre où leur forteresse naguère s'élevait avec orgueil, mais où leurs yeux à présent n'aperçoivent plus que des décombres.
Cependant le courage des Espagnols ne se dément pas, et ils sont les premiers à l'attaque. Une lutte affreuse, acharnée, commence. Les Araucans, d'abord vainqueurs, tournaient enfin l'épaule, lorsque, ramenés par la voix de Lautaro et les cris de son patriotisme indigné ^, ils revien-
1 Laataro était un yanaconat c*est-à-dire un Indien au service des rhrétions; cf. Arauc,^c\\. m, oct. 34. 11 ne peut souffrir riiumiliationde voir sa patrie écrasée par les Espagnols, abandonne leurs rangs et va ranimer les vaincus. Cf. Arauc, ibid.^ oci. 34-iO.
INTRODUCTION. CCV
nent à la charge et remportent un succès éclatant. La petite armée de Yaldivia est exterminée; lui-même, captif, expire sous un coup de massue. De trois? mille guerriers qui avaient combattu les barbares, il ne restait que deux Indiens amis. Ceux-là s'étaient dérobés à la mort en se cachant dans un hallier. Durant la nuit, ils s'échappèrent, et ce furent eux qui purent seuls porter à la Concepcion la nouvelle du désastre.
Les Araucans, pleins de joie, célèbrent leur fête triomphale et érigent de barbares trophées. Mais déjà la pensée de leur chef a conçu d'autres projets afin d'assurer les fruits de leur victoire. Il adopte Lautaro pour son lieutenant et lui confie une troupe d'élite. Sous les ordres de ce vaillant et habile capitaine, elle ira au-devant des dangers. Lautaro choisira l'emplacement le plus convenable pour y attendre l'ennemi ; car nul doute qu'en apprenant la mort de Yaldivia, de toutes les villes espagnoles n'accourent des guerriers prêts à venger sa défaite. Avec le reste de l'armée araucane^ Gaupolican occupera les gorges d'ÉIicura. Ainsi du côté de la Concepcion, comme du côté de r/mpma/e , leurs adversaires les trouveront sous les armes.
Pendant que les barbares prolongeaient leurs fêtes, un Indien annonce au chef suprême qu'une troupe de quatorze cavaliers espagnols s'est avancée sur le territoire d'Élicura, et qu'elle a culbuté une partie des piqueras que Gaupolican avait envoyés, sous les ordres de Lincoya, à la garde de cette frontière. II commande à Lautaro de se porter en avant ; lui-même doit de près suivre ses pas.
L'escadron espagnol venait de \ Impériale et était sous les ordres de Juan Gomez de Almagro. C'étaient les soldats qu'avait mandés Valdivia, et qui devaient se réunir à lui sous les murs de Tucapel. Arrivés sur les hauteurs de Puren, ils reconnaissent à plusieurs signes que le pays est I. 11
CCYI INTRODUCTION.
soulevé; mais ils ne continuent pas moins leur marche vers Ëlicura, où les barl^ares de Linçoya les attendaient, embusqués dans les bois. Au premier choc, ies Espagnols renversent deux bataillons, et combattent en poursuivant leur course. L'étroit défilé où ils ont été surpris rendait leur défense plus facile. Un seul homme à Tarrière -garde suffisait pour contenir les Araucans. Tout à coup ils voient revenir à eux un Indien que Juan Gomez de Almagro avait ce jour-là môme expédié à Valdivia pour lui porter l'avis de leur arrivée. Le messager leur apprend la triste destinée de Valdivia et la destruction de Tucapel.
II ne leur reste plus qu'à se frayer de nouveau^ à travers ies rangs ennemis, le chemin qu'ils ont parcouru. Une lutte héroïque s'engage entre les hommes de Gastille et les barbares qui les pressent de leurs flots nombreux. Les chevaux étaient déjà épuisés de fatigue, lorsque Lautaro apparaît avec quatre mille soldats. Ainsi la faible poignée d'Espagnols avait à lutter contre les troupes fraîches de Lautaro et contre les bataillons de Linçoya ranimés à la vue de leurs auxiliaires. Un combat acharné, d'une étrange énergie, se soutient longtemps ; mais la moitié des Espagnols est couchée sur le sol, et ceux qui vivaient encore étaient assaillis par d'innombrables ennemis, lorsqu'une affreuse tempête vient jeter l'effroi dans tous les cœurs. A la faveur des ténèbres profondes qu'elle répand sur la terre, les Espagnols sont soustraits à une perte assurée. Almagro, privé de son cheval, se sépare de ses compagnons et court seul à ses destinées. Les six autres se dirigent vers V Impériale. Ils sont recueillis d'abord par la citadelle de Puren, où antérieurement déjà don Juan Gomez de Almagro avait soutenu un assaut des barbares. Mais à peine les Espagnols de Puren ont-ils appris le désastre de Yaldivia et les forces de l'insurrection, que tous ensemble ils abandonnent une forteresse trop mal approvisionnée pour
INTRODUCTION, CCVlî
qu'ils y puissent attendre un tel ennemi. Ils s'acheminent vers V Impériale^ et en route ils retrouvent Almagro qui par d'autres sentiers s'était dérobé à la vue des soldats araucans. Déjà les barbares sont à Puren; ils pillent la citadelle et la détruisent.
Caupolican exécute alors le projet qu'il a conçu. Il remet à Lautaro, son lieutenant, une troupe d'excellents guerriers, pour qu'avec elle il puisse se signaler par des exploits éôlatants. Mais c'est toujours lui, c'est Caupolican qui gouverne l'ensemble de cette guerre; c'est de lui que partent les ordres et l'impulsion. Longtemps, toutefois^ nous aurons sous les yeux les entreprises audacieuses, les stratagèmes, l'héroïsme de Lautaro.
Les deux Indiens attachés à la cause espagnole, qui avaient assisté au massacre des troupes de Yaldivia, et qui n'avaient dû la vie qu'à l'épaisseur des broussailles, étaient venus à Penco {laConcepcùm) répandre la nouvelle sinistre. L'épouvante règne aussitôt dans la ville entière. Mais la douleur des guerriers fît bientôt place à des résolutions courageuses. Francisco de Villagran , le lieutenant de Pedro de Valdivia, n'aspire qu'à venger son capitaine, et fait de rapides préparatifs pour la guerre. Déjà il foule le sol de l'Andalien. C'est derrière une haute montagne, sur une éminence escarpée et entourée de précipices horribles, que Lautaro s'est retranché dans une situation inexpugnable. Rien ne peut attirer hors de ses lignes le prudent et habile barbare. Villagran franchit l'espace qui le sépare de l'ennemi, et une fois que les Espagnols, après de rudes fatigues, sont complètement engagés sur ce terrible et perfide champ de bataille, Lautaro donne à son tour le signal du combat. Il est affreux, obstiné. L'artillerie même ne peut rien contre la furie des Araucans. Ils la bravent et courent aux pièces. L'étendard de Charles-Quint recule devant les vaillants de Lautaro. Villagran lui-même, après
CCVIII ' INTRODUCTION.
des prodiges de valeur, tombe privé de sentiment, et n'est «auvé que par ie retour offensif d'une troupe de braves. Bientôt une fuite désastreuse entraîne l'armée entière. Les fugitifs ont à franchir une barrière élevée par les Araucans et, au delà, une barrière vivante d'Indiens qui leur ont coupé la retraite. Yillagran, ranimé et plus redoutable que dans une victoire, brise l'obstacle, mais il ne peut suspendre le torrent qui l'entraîne. Une partie des Castillans roule dans les abîmes. Le reste fuit et fuit toujours, harcelé par l'armée d'Arauco ; et le poète semble prendre une joie vengeresse à prolonger la peinture de la déroute, comme pour châtier les fuyards qui auraient dû mourir la face tournée vers l'ennemi.
L'effroi est répandu dans la Concepcion. Chacun des habitants croit déjà voir Lautaro prêt à fondre sur des remparts sans défense. On parle de les abandonner. En vain les riches qui ont tout à perdre, en vain un courageux vieillard et une femme héroïque, dona Mencia de Nidos, veulent retenir la foule tremblante, égarée. Le mouvement de retraite commence, et toute la population va chercher dans Santiago un refuge plus sûr et mieux protégé. Bientôt la somptueuse ville de la Concepcion est envahie par les barbares ; ils en pillent les richesses; ils la dévastent : elle s'écroule, comme Ilion, dans les flammes.
Lautaro avait prévenu Caupolican de sa victoire. Un ordre du chef le rappelle avec son armée au val d'Arauco où, dans un conseil des caciques, doit être réglée la conduite ultérieure de la guerre. Au milieu de cette réunion violemment agitée par la discorde, Colocolo, le plus sage et le plus ancien des curacas, propose d'attaquer d'abord la forteresse de Cauten (y Impériale), Elle ne compte qu'un petit nombre de défenseurs. La prise de cette cité rendra facile celle de Yaldivia. Seule Santiago l'inquiète; mais ils pourront songer aux moyens d'en faire la conquête; et.
INTRODUCTION. CCIX
une fois Santiago en leur pouvoir, ils sont maîtres d'anéantir la Serena. Cet avis est adopté par les caciques, et Lautaro réclame la gloire d'aller, avec une élite de cinq cents Araucans, s'emparer de Santiago. Mais tout d'abord l'armée entière est menée contre les remparts de Caulen. Le chef d'Arauco arrête ses guerriers à trois lieues de la ville, et lorsqu'il se décide à marcher contre elle, one tempête furieuse éclate ; le démon, dont elle semblait le cortège, Éponamon, la divinité favorite des Araucans, les anime au combat, leur ordonne de détruire de fond en comble les murs de Cauten. Mais une vision délicieuse dissipe tous ces nuages et rend au ciel la plus douce sérénité. Une femme d'une beauté céleste apparaît dans l'espace. Ses paroles arrêtent les barbares étonnés et ravis. Et comme s'ils eussent obéi à un seul mouvement et à une seule pensée, ils reprennent *en fuyant le chemin de l'Arauco.
Arrivés à Puren, les barbares demeurent quelque temps dans leur patrie. L'hiver enchaîne leur courage. Mais dès que la saison des combats est revenue, leur conseil public les rappelle aux rudes fatigues de la guerre. Pendant que les chefs étaient réunis, quatre guerriers du Penco viennent les informer que les Espagnols ont repris possession des ruines de leur colonie et y rétablissent une citadelle puissante. Au nom des leurs, ils conjurent les héros araucans de venir à leur secours et leur promettent de magnifiques récompenses. Les chefs de l'armée s'engagent à les affranchir. Les messagers cependant retournent dans leurs foyers et trompent leurs maîtres par une feinte et mensongère obéissance.
Le projet des barbares n'était pas resté enveloppé de mystère. A la Cancepcion les chrétiens ont appris que Lautaro a franchi les hauteurs avec deux mille, hommes aguerris et d'intrépides capitaines. Lautaro espérait surpren-
CCX JKTRODUCTIOIf.
dre les Espagnols à l'aube du jour; mais un Indien ami les a prévenus, el tout est préparé pour la défense. A leur tête se trouvait le courageux et prudent Juan de Alvarado. Par ses ordres, neuf cavaliers vont, durant la nuit, épier la marche des barbares; et, à peine ont-ils constaté leur approche, qu'ils retournent à la ConcepcUm prévenir leur commandant. Lorsqu'il a tout disposé pour la résistance, Alvarado part aveo le léger escadron de ses cavaliers pour recevoir les agresseurs. Il ne s'était pas encore écarté d'une demi-lieue qu'il découvre l'armée indienne rangée en bon ordre. Le Castillan va se briser contre les files épaisses et hérissées de lances ; il recule, se retire sans se rompre. L'Araucan s'attache à le poursuivre. Mais^ à la portée du canon, Lautaro a suspendu sa- marche^ pour attendre la chaleur du jour à son midi. Il sait que l'air frais du matin ne fait qu'animer les chevaux et les cavaliers. L'ardeur du soleil au milieu de sa course affaiblira plus promptement ses adversaires. Il reforme son bataillon et se poste à la vue des Espagnols qui se sont abrités sagement dans leur forteresse. Lorsque l'astre eut atteint la haute voûte du ciel, Lautaro pousse son bataillon jusqu'à la place que les Espagnols ont fortifiée. La troupe sort des remparts. Les deux armées se précipitent l'une sur l'autre. Les soldats d' Alvarado, entraînés par la force, cèdent au torrent des barbares. Les Araucans entrent pêle*mêle avec les Espagnols, et après une lutte opiniâtre et sanglante, où l'héroïsme des chefs se révèle des deux côtés par des exploits inouïs^ les Espagnols sont de nouveau réduits à fuir, et une seconde fois la Ccncepcion est perdue pour eux. Les incidents mêmes de la fuite font ressortir l'acharnement implacable des barbares el l'énergie d'Alvarado.
Yoilà donc Lautaro et ses guerriers redevenus maîtres du territoire qui sépare la Concepcion de Santiago, et l'Espagne menacée dans sa plus importante colonie. Fiers
INTRODUCTION. CCXI
de leur triomphe, les Araucans le célèbrent par des jeux publics, dont la description rappelle ceux d'Homère et de Virgile. C'est pour honorer les funérailles de Patrocle et la tombe d'Anchise qu'Achille et Énée convient les guerriers grecs et troyens aux joutes de la force et de Tadresse. C'est pour fêter leur affranchissement national que I«s Araucans réunissent les populations indiennes. Les héros qui se sont distingués dans les combats prennent part encore à ces épreuves. Les jeux désignés par le poëte consistent à jeter une lance plus loin que ses rivaux; c'est à qui l'emportera soit à la. lutte, soit à la course, on au maniement dé Tare et de la massue.
A la fin des jeux et lorsque les athlètes vainqueurs ont été couronnés, lorsque le peuple se fut livré à toute la joie bruyante que lui inspire le bonheur de sa délivrance, Lautaro court exécuter les projets arrêtés dans le conseil d'Arauco. Il brûle du désir de soumettre Santiago. Cinq cents guerriers volent sur ses pas. Partout ils répandent la dévastation, et les habitants fugitifs vont portera la capitale la nouvelle de cette invasion audacieuse. La ville se fortifie, et des cavaliers sont envoyés en. éclaireurs sous un capitaine actif et avisé. Ils doivent au besoin attaquer Veu" nemi et faire prévenir aussitôt la ville. Le quatrième jour, ils rencontrent l'armée araucane, et, mis immédiatement en déroute, ils sont eux-mêmes les messagers de leur dé* faite. Par eux l'on apprend que les ennemis ont élevé une citadelle où ils réunissent les plus vaillants guerriers, des vivres et des munitions de tout genre. Bientôt le barbare devait être aux portes de la ville.
Le vieux Yillagran était alors accablé de souffrances et il ne pouvait lui-même conduire ses Castillans contre l'armée d'Arauco; mais ses prières, ses présents animent les plus braves, et il leur donne pour chef son cousin, Pedro de Villagran, Celui-ci vient camper à une demi-
CCXIl INTRODUCTION.
lieue des Indiens» et, le Icndemaiq, il s'avance pour combattre les barbares. Mais Lautaro s'est retranché derrière ' ses murailles, et a défendu aux siens, sous peine de mort, d'en franchir les limites. Il voulait combattre les Espagnols dans Tenceinte même de la citadelle et leur enlever ' l'avantage que la plaine ouverte assurait à la cavalerie. Dès que les soldats de Yillagran se présenteront à l'attaque, les Araucans doivent prendre la fuite, pour que l'Espagnol les poursuive dans leur asile; et, à un signal donné, quelques-uns doivent revenir du dehors fermer toute issue aux ennemis engagés ; la lutte sera un combat en champ clos, où le fils de Pillan pense exterminer jusqu'au dernier de ses adversaires; Santiago sans défenseurs resterait . à sa merci. Son stratagème faillit réussir. Tout se passa ^ comme il l'avait prévu. Mais l'impatience des barbares fit échouer la rase de leur capitaine. Les fugitifs les plus , éloignés revinrent trop tôt; ils n'attendirent pas que les autres à l'extérieur eussent complètement pris leurs mesures pour interdire le retour; l'attaque furieuse des pre- i miers fit tourner bride aux agresseurs, et ceux-ci eurent le temps encore de franchir les obstacles. L*armée araucane les poursuivit pendant une lieue. Mais Lautaro, tout entier au sentiment amer de sa déception, rappelle ses guerriers et les gourmande avec sévérité. Ils n'ont plus rien à faire qu'à se retirer désormais, pour inspirer à l'ennemi quelque confiance. Ils ne peuvent réussir tant que l'Espagnol battra la plaine et aura derrière lui une ville fortifiée pour s'y mettre à l'abri.
Cependant Pedro de Yillagran revenait pour tenter la chance du combat. Trois fois il attaque avec fureur la citadelle ; trois fois il est repoussé par la bravoure des Araucans, et il finit par se retirer devant cette indomptable résistance qui épuise toutes les forces de ses cavaliers. Lautaro se garde bien de le poursuivre. Il voudrait faire
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naître dans son âme une folle sécurité. Au bout de deux jours, Yillagran envoie des émissaires à] la forteresse in« dienne. Lautaro s'entretient avec eux, et, dans un langage plein de naturel et d'habileté, représente ses pauvres Araucans comme accablés par la faim et par la fatigue. H implore ménke, avec une feinte douleur, la compassion des Espagnols, et les prie d'envoyer des vivres à ses soldats. II ne serait pas généreux d'abuser de leur affaiblissement et de devoir à la famine la supériorité sur des adversaires qu'ils ne doivent désirer combattre qu'avec le glaive. L'envoyé de Villagran rapporte à son capitaine les paroles de Lautaro. Étonné d'apprendre que l'ennemi lui demande des vivres, Yillagran réfléchit et pénètre le stratagème. Il se retire confondu de tant de ruse et se dirige vers Santiago. Le nouveau plan de Lautaro était d'attirer les Espagnols, de submerger la plaine, à l'aide des marais voisins, et d'anéantir la cavalerie sur un terrain où il lui fût devenu impossible de se mouvoir.
Désespéré en apprenant le départ de son adversaire, il reprend avec tristesse et dépit la route de l'Arauco. Mais bientôt il retrouve toute son énergique résolution et jure d'accomplir la promesse qu*il a faite aux caciques. A sept lieues de Penco, il s'arrête et revient sur ses pas, après avoir rappelé à ses barbares que l'adresse et la discipline sont autant que la valeur le gage de la victoire. Déjà il campait dans le val de Mataquino, lorsqu'un Indien qui arrivait de Santiago l'avertit que Ton y est prévenu de sa marche, et que dans la ville abondent tous les moyens de défense. Lautaro comprend qu'il lui faut un plus grand nombre de guerriers. Il répare une forteresse qui s'élève dans la vallée môme où il s'est avancé, et là il grossit sa petite armée d'une foule de barbares que leur hardiesse et l'espérance d'un riche butin faisaient accourir.
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Mais les heures de Lauiaro étaient coinptées, et Caupo- i lican,qui dirigeait contre les forces de TEspagne son lieutenant intrépide, va bientôt paraître lui-même dans la lice, et, en accroissant leurs périls, il ajoutera un titre nouveau à la gloire de ses advei*saires.
A Santiago Ton s'apprête avec courage à recevoir les Araucans, et même une troupe de guerriers valeureux marche à leur rencontre. Francisco de Villagran ne s'était pas endormi dans une trompeuse sécurité. Mais il n'était pas alors à Santiago. Par des chemins secrets il s'était rendu à V Impériale^ et il en ramenait des troupes. Ce fut pendant son retour qu'il délivra Santiago des dangers qui la menaçaient. Une nuit, il avait, à son insu^ arrêté ses soldats tout près du campement de Lautaro. A l'aurore, il réprenait sa marche, lorsqu'il apprend que l'ennemi est dans son voisinage. Il est informé par im barbare des pro* jets de Lautaro, et comment, pour les mieux exécuter, il réunit une armée plus nombreuse. Villagran n'en est pas ému, et conçoit encore de plus belles espérances, lorsqu'il vient .à savoir que de vaillants soldats ont quitté la ville et courent au-devant des rebelles; qu'une journée à peine les sépare de lui. Le capitaine espagnol détermine le même Indien à servir de guide à ses soldats durant la nuit jusqu'au camp de Lautaro, au delà de la montagne escarpée qui le sépare de l'ennemi et forme pour les Araucans un rempart presque inaccessible. En même temps il expédie un messager fidèle vers le courageux escadron qui a quitté Santiago, et il le presse de venir eu toute hâte se joindre à son armée. Le lendemain la réunion avait lieu, et en^ semble, durant la nuit sombre, ils s'avancent à toute bride vers le camp de Lautaro. Une attaque était imminente. Mais, à ce point de son épopée, Ercil la interrompt un in- - stant son récit,pour nous enseigner d'autres événements qui devaient avoir bientôt sur la suite de l'action une influence
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profonde el donner à la gnerre des forces nouvelles.
Toutes les circoDstances que l'écrivain noas a décrites jusqu'ici, depuis le début de l'insurrection jusqu'à ce combat près d'être engagé entre Villagran et Lautaro, tous les faits héroïques développés dans les douze premiers chants du poême^ se sont accomplis avant qu'Ercilla lui-même fût arrivé au Chili. Il n'y a pas pris part ; mais il s'est enquis avec scrupule de la vérité. Il n'a pas voulu se confier à un témoignage partial. Il a consulté les deux peuples, et n'a rapporté que les incidents qni réunissaient en leur faveur une double déposition. Pour la suite de la guerre^ il était lui-même présent; il raconte ce qu'il a vu, ce qu'il a jugé; aucune passion ne Taveugle, et il rend à chacun la justice qu'il mérite. C'est la vérité seule qu'il semble invoquer comme sa muse.
Après avoir ainsi revendiqué ses droits à la confîance du lecteur et marqué pour cette guerre opiniâtre une seconde époque, en quelque sorte, celle où il a été lui-même acteur et témoin irréprochable, il transporte notre imagination au Pérou, auprès du vice-roi de lima, le marquis de Canete. C'est à cet habile gouverneur que les villes du Chili viendront s'adresser pour obtenir des secours contre les rebelles Araucans. C'est à son administration prudente et sévère tour à tour que le poète consacre ici quelques traits de son pinceau.
Les rares qualités de don Andrés Hurtado de Mendoza, marquis de Canete, l'avaient fait choisir par Charles-Quint pour discipliner ce^ vastes provinces du Pérou, dans lesquelles deux vice-rois avaient été traînés à la mort par des mains audacieuses, a Le nouveau chef, nous ditErcilla, sentit quelles passions et quelle perversité la licence avait introduites, combien les esprits étaient prêts à la sédition, sous le voile d'une apparente loyauté, ayec quelle hardiesse se commettaient les outrages, les insultes, les tra-