‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 48 sur 124 · CCXVI - IflTHODUCTION · texte numérisé non relu

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bisons*.» Aussi appela4-il d'abord l'adresse à son aide. Il se montra doux et bienveillant jusqu'à ce qu'il pût arrêter la marche des coupables et rendre à la justice force et puissance. Il cbangea les tribunaux et les magistrats, et quand il eut investi de l'autorité publique des bommes équitables et craignant Dieu; alors enfin éclatèrent les rigueurs. Les criminels furent décrétés d'exil ou de mort. L'épouvante se répandit dans ce peuple orgueilleux. Il ne sul plus que se taire et trembler. La sévérité du vice-roi fut regardée oomme un utile remède là où tant de passions étaient déchaînées. Frappé de terreur, l'esprit d'arrogante révolte s'inclina. Le pays maîtrisé reçut un frein qu'il ne brisa plus, et de meilleures espérances brillèrent pour l'avenir. ^

Tandis que don Hurtado de Mendoza était aux prises avec les difficultés de sa province de « los Reyes, 0 et s'efforçait, par la hardiesse unie à la prudence, de dissiper les orages qui l'avaient troublée, les entreprises des barbares araucans, leurs exploits, les désastres des cités espagnoles du Chili s'étaient divulgués et répandus au loin; par mer et par terre étaient arrivées des nouvelles sinistres. Les villes, dans leur détresse, réclamaient un rapide secours. Elles peignaient leur triste situation et les événements dont elles étaient accablées. En Europe même était parvenu le bruit de cette sanglante insurrection; et Gerônimo Alderete fut nommé adelantado pour réparer les maux d'une guerre lointaine. C'était un capitaine actif et courageux qui, sous ce même climat, s'était acquis une grande célébrité dans de rudes et fatigants travaux. Alderete n'était pas alors sur le théâtre des événements. Il était avec Philippe en Angleterre. C'est de là que le prince le fît partir, investi d'une entière autorité, et ce fut avec lui que

* Cf. Ai^aucana^ch. xii, oct. 77.

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partit Ercilla. Mais, durant la route, Alderete se vit arrêté par le destin. L'île de Taboga lui servit de tombe.

Ceux qui étaient venus du Chili pour solliciter de Canete l'intervention nécessaire, apprenant que leur nouveau chef avait succombé, conjurent le vice-roi d'aviser à la situa-* tionetde procurer un prompt remède à leur désespoir. Ils le supplient de mettre à leur tête son fils don Garcia. Quand on saura que don Garcia commande l'expédition, peuple et cavaliers se mettront en branle, heureux de marcher sous un pareil guide. Hurtado de Mendoza accueillit avec empressement cette prière, et son fils, étalant sous les yeux les plus brillantes récompenses, attire de toutes les régions du Pérou une multitude considérable de soldats. Il excite dans tous les cœurs un ardent désir de passer au Chili pour y manier les armes dans de grandes batailles. Lorsque les dispositions les plus importantes eurent été faites, une troupe de cavaliers prit aussitôt la route de terre; elle devait franchir les plages désertes d'Atacama. Le corps de l'armée attend que le ciel soit dépouillé de nuages, et une flotte est destinée à le conduire par mer au but de l'entreprise belliqueuse. Ercilla n,' oublie pas de dire qu'il était lui-même sur la capitane. Philippe, dont il était page, lui avait accordé de suivre Alderete : «Jusque-là l'épée, nous dit-il, ne lui avait pas encore été permise ^. » Mais lorsqu'il a laissé à Taboga le gouverneur dans sa tombe, il poursuit sa route, à travers beaucoup de fatigues et de périls, et arrive assez tôt pour se joindre à la brillante et courageuse armée du Pérou. Ainsi les cavaliers sur terre, le corps principal de l'expédition sur les flots, s'acheminaient également vers le foyer de la rébellion, pour y porter la vengeance de l'Espagne.

C'est alors que le poète, par une de ces brusques saillies d'imagination dont l'Arioste lui a donné tant de fois

i Cf. Arauc, ch. xiii, oct. 29.

CCXTIIT INTRODUCTION.

î'exemple, revient au camp de Lautaro menacé par les soldats de Villagran. Un seul sentier conduisait à la place et était gardé par des sentinelles. Villagran, dans un profond silence, avait franchi l'Apre montagne qui le séparait ^es Araucans. Arrivé près du fort, voyant que le ciel est encore étoile, il s'arrête et attend la lumière du jour. îl avait pu se dérober aux sentinelles en se dirigeant vers le côté de la forteresse que les barbares négligeaient, parce qu'ils le réputaient inabordable. Lorsque les ténèbres î5ommencèrent à s'éclaircir, les gardes placés sur le rem- Xrnrt, croyant tout en sûreté, se retirèrent pour se livrer, eux aussi, au repos. Tout le fort resta silencieux, et l'armée entière ensevelie dans les douceurs du sommeil. Villagran "voit le moment favorable. Peu à peu il s'approche davantage de la citadelle, sans que personne mette obstacle à sa marche, et l'Espagnol attaque le mur avec des cris terribles. A moitié endormis, à moitié réveillés, les Araucans, mal armés, opposent aux assaillants leurs poitrines audacieuses, et Lautaro, qui le premier vole à la défense des çiens, trouve en combattant la mort des héros. Sur son cadavre la lutte continue, affreuse, inexorable. L'armée entière des Araucans est exterminée dans la citadelle qui lui servait de refuge. Ercilla se plaît à développer cette Bcène de carnage où l'héroïsme barbare se déploie dans toute sa mâle énergie, et où pas un Araucan ne veut consentir à vivre au prix de sa liberté : « Ceux que jamais la peur, nous dit le poëte, n'est parvenue, malgré les périls, àranger parmi les siens, se faisant de leur vaillante poitrine un bouclier, justifiaient leur antique renom de bravoure inflexible. On ne vit pas leur tête nue reculer devant le tranchant du glaive, et leur main gauche ne refusait pas Jenr épée pour accomplir le devoir de la main droite abattue *. » Cette mêlée, ou plutôt cette boucherie hu-

1 Cf. Àrauc, cb. ziv, oct. 93.

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maine épouvante. Villagran lui-même ne peut voir sans pitié, sans admiration, ces vaillants qui « mouraient, et ne se rendaient pas, muertos, no rendidos *. » En vain il leur propose la vie : tous ensemble, ils rugissent : a La mortl la mort*! 9 Et tous ils restèrent couchés sur la poussière. Les Espagnols, épuisés de fatigue et couverts de blessures, quittent Tenceinte fortifiée que jonchaient tellement les armes brisées et les cadavres, qu'àgrand'peine ils purent les franchir. Ainsi s'achève le sanglant épisode, et le héros que Caupolican avait chargé de réduire Santiago a disparu à nos yeux, pendant que la flotte qui portait don Garcia et ses soldats cinglait vers les rivages du Chili. . .

Elle relâche à Goquimbo, le port de la Serena^ et, dans les douceurs de cette ville, la flotte affamée répare ses forces qu'avait affaiblies une navigation longue et pénible. On attendait les cavaliers qui avaient eu à braver les âpres soUtudes d'Atacama. Ils arrivèrent bientôt, et pendant un mois ils se reposèrent au sein de la joie, jusqu'à ce que leurs chevaux eussent retrouvé leur vigueur. Alors, sans attendre la flotte, ils prirent la route qui les conduisait à leur but. Ils devaient entrer à Santiago, où étaient les fugitifs échappés au désastre de la Goncepcion. Les autres soldats remontèrent sur les navires qui les avaient* apportés, dès que le ciel sembla leur promettre un trajet heureux. Mais une affreuse tempête ne tarda pas à les assaillir. Après les transes terribles d'un naufrage imminent» ils se trouvèrent tout près du rivage qu'ils venaient chercher. En face du Penco, ils abordèrent à l'ile de Quiriquina. Là, ils sont accueillis par la guerre ; mais un

»'Cf. Chant xv, oct. 42. L'on voit que ce cri de Théroîsme n'est pas d*une date aussi récente qu'on le croit d'ordinaire, ou plutôt il est de tous les âges.

» Cf. t6iV/.,oct. 44.

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prodige met en fuile les naturels, qui s'échappent de l'île sur des poutres et sur des radeaux, et les Espagnols se font de leur tie un point de départ et un abri.

Avertis de leur arrivée et réunis dans la vallée d'Ongolmo, les caciques araucans et quelques chefs illustres des peuples voisins, leurs alliés dans cette guerre, étaient à peu près tous résolus d'en venir aux prises avec les envahisseurs, et ce ne fut que pour déterminer le lieu, le temps et les moyens, qu'ils ouvrirent la délibération. Gaupollcan voulait aller assaillir l'ennemi à Timproviste ; mais, aprè un orageux débat, où la violence, comme toujours, avait sa place et retardait les décisions de l'assemblée, il est reconnu : que les Araucans ont une multitude de soldats et des chefs nombreux ; mais que l^rmée espagnole est

. séparée d'eux par un bras de mer et qu'elle est retranchée dans une situation où elle peut braver leurs attaques ; qu'ils n'ont aucun moyen de franchir le passage ; que la sagesse leur conseille de laisser les adversaires exprimer leurs vues et leurs desseins ; il s'agit de les sonder, de les tromper, de les attirer, en montrant toujours au dehors un esprit enclin à la paix et abattu par les revers; qu'il faut leur abandonner sur le rivage un assez large espace pour qu'ils viennent à la terre ferme ; et qu'alors, en réu*

''nissant toutes leurs forces, les Araucans trouveront bien le pouvoir de les accabler. Ce projet est adopté par la plupart des suOrages; et Millalauco, jeune homme de parole habile, pénétrant, doué de prudence et d'astuce, est envoyé au camp ennemi^ où il doit étudier les plans, les forces, la position des Espagnols* Le rusé barbare met une adresse consommée dans l'exécution de son rôle. Don Garcia fait à TAraucan le plus gracieux accueil; puis il le renvoie chargé de présents pour les caciques, et persuadé qu'il agrée l'alliance des Indiens et les conditions qu'ils proposent. Instruits de leur succès, les caciques rompent

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l'assemblée. Ils feignent de disperser leurs soldais et ne font que se mieux préparer à la lutte. Ils exaltent le courage de la multilude.

Pleins de méfiance, les Espagnols gardent encore leur poste plus de deux mois. Enfin, avides de connaître les desseins des barbares, ils se déterminent à quitter l'Ile où ils se sont retranchés. Cent trente soldats d*élite, munis d'armes et d'ustensiles, descendent sur le rivage opposé à Quinquina. Une légère éminence s'élevait près de la mer. C'est là qu'ils doivent construire un fort régulier, défendu par un fossé large et profond, afin que l'armée puisse y être établie à Tabri du péril, jusqu'à l'arrivée de la cavalerie. Déjà don Garcia sait qu'elle est 'en marche *. Une fois fixés sur le continent, si les Espagnols apprennent que les barbares ont des projets coupables, de la forteresse, au moindre mouvement, on leur infligerait une punition sévère et on les réduirait par l'épouvante à invoquer la paix. A Ja faveur d'une nuit silencieuse, la petite troupe expéditionnaire (don Ercilla se trouvait dans ses rangs) passe le détroit et accomplit sa mission. A Taube du jour, la cime de la colline apparut chargée de soldats et de ma* tériaux. En peu de temps, sur une forte muraille, couronnée de pièces d'artillerie, flotta la bannière du roi d'Espagne. L'armée tout entière alors se dirigea vers le rivage araucan, où elle attendit le moment d'agir, abritée derrière les remparts de la haute citadelle.

Cependant, à deux milles de ses retranchements, les ennemis se réunissaient au val de Talcaguano. Pleins d'une fougueuse ardeur, ils brûlent d'attaquer leurs adversaires, de mettre tout à feu et à sang. En bataillons serrés, d'un pas rapide, protégés par les ombres de la nuit, ils s'ap-

1 11 ne peut ici être question que de la marche des cavaliers depuis Santiago Jusqu'à la Concepcion; car leur itinéraire depuis la Screna jusqu'à Santiago a été signalé an chant xv, oct 61-64.

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prochentdu fort espagnol et s'arrêtent dans un vaste ravi» au pied de la colline. Là ils attendent en silence les clartés naissantes de Taurore.

Dès les premiers cris des barbares, les Espagnols se rangent aux postes qui leur ont été assignés. Ils voient les Araucans qui s'avancent partagés en trois masses profondes. Le signal de l'assaut retentit. L'attaque de la forte* resse, les détails du combat, richement accidenté et semé d'exploits héroïques, forment une des peintures les plus saisissantes d'Ercilla. Les soldats restés à la garde des na* vires sont attirés par le bruit de la bataille, et la part qu'ils prennent à Taction, hors des murs, près du rivage, ajoute encore à l'intérêt et à la grandeur du récit. Mais, quels que fussent l'acharnement et l'opiniâtreté des barbares, don Garcia de Mendoza se défendit avec tant de bravoure, qu'après avoir lutté depuis i'aubc jusqu'à midi, l'armée araucane tourna l'épaule et s'éloigna des remparts. Les Espagnols, réunis en bataillon dans la plaine, les . suivirent à pas mesurés, pour user de tous les avantages de la victoire ; mais ils revinrent à la hâte, craignant quelque embuscade des Indiens. Lorsque la nuit s'avança, les soldats se retirèrent dans le lieu que le devoir désignait à chacun, formant la garde, distribués en sentinelles sur les murailles et près du fort. Pendant une semaine entière, la troupe fut occupée à débarrasser les fossés remplis, à détruire les ponts jetés sur les fossés par les barbares, à refaire ce qui était détruit, à compléter les travaux de défense; si bien que l'enceinte devint capable de résister à l'assaut le plus furieux. Remplis de courage et en bon ordre, les Espagnols attendaient l'ennemi dont la rumeur publique leur annonçait le retour. Ils reçurent aussi des nouvelles de leur cavalerie. Elle était partie de Santiago, approvisionnée d'armes et de munitions. Mille chevaux et deux mille archers étaient sur le point d'arriver; mais

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leur marche avait été ralentie par tous les obstacles d'iior hiver pluvieux.

Et déjà, dans leur forteresse du Penco, les soldats de don Garcia étaient informés que les Araucans allaient exé:* cuter une seconde attaque^ avec tontes les forces du pays et avec des préparatifs terribles. L'assaut devait avoir liea à la dernière veille delà nuit, et l'armée toute prêle atlenrdait sans crainte; mais elle avait renoncé à tout secours des hommes^ lorsque tout à coup on vit apparaître ks cavaliers avec leurs bannières déployées au vent. La vue de ce puissant renfort fit réfléchir les caciques barbares. Leurs combattants avec les machines de guerre et les échelles étaient à peu de distance de la forteresse, mais ua avis plein de prudence leur fit abandonner leurs projelSc. Ils replient leurs bandes formidables, jusqu'à ce qu'ils puissent être informés avec exactitude du nombre de soldats dont l'armée espagnole vient d'être augmentée. haK patients du repos, les Castillans brûlaient du désir de rav^ ger la terre ennemie. Ils murmuraient contre rinaction et. demandaient un prompt départ. Le jour et l'heure avaieni été fixés par les chefs, et le signal de l'expédition allait ôtra* donnée et voilà que se présente une grande foule de cava»liers et de fantassins qui venaient de Vlmpértate, à travées tous les obstacles d'un pays rebelle et soulevé. Don Garcia leur attribue des postes et des quartiers^ pour que chacnni puisse accourir à sa bannière. Ainsi grandissaient les force» ^e l'Espagnol. Au commenoement de la lutte, les efforla, étaient souvent isolés. Les soldats de Tucapel n'ont pur résister aux attaques de Caupolican. Valdivia arrive trop^ t^'^i'd pour unir ses forces aux leurs, et il est lui-môma écrasé par ses adversaires. Et il n'était déjà plus, lorsque; les héros, venus de Cauten pour soutenir avec lui les dé;i'enseurs de la forteresse, se virent entourés d'une armée innombrable et furent presque tous anéantis. Ici, tout au

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contraire, l'armée près de marcher à la conquête, est rejointe par des archers, par une puissante cavalerie et par de hardis auxiliaires. L'on peut pressentir quelle sera la destinée des combats.

Pendant que cotte armée formidable menace rArauco, le chef des barbares, Caupolican, montre de son côté une prévoyance active et intelligente. Il con&e ses bataillons à des capitaines courageux et habiles. C'est dans l'art de la guerre que son génie éclate davantage, et lorsqu'il eut tout réglé, il voulut faire un jour le dénombrement de ses forces. Ercilla fait une magnifique peinture de l'armée indienne, à la façon de Virgile et d'Homère, de l'Arioste et du Tasse. Il nomme les caciques et les peuples qu'ils mènent à la bataille ; il les caractérise en poëte par un trait distinctif qui les fait vivre dans notre imagination. Puis il ajoute : « Comme on voit la mer déployer et mullit)lier ses vagues, ainsi se presse cette vaillante multitude de guerriers. La terre tremble et frémit à l'entour, foulée et battue par leurs pieds innombrables. Plein de bruits confus, l'air est obscurci par un amas de poussière soulevée, qui en vaste tourbillon monte jusqu'au ciel, telle qu'un brouillard épais et sombre, ou telle qu'un nuage ténébreux *. »

L'âme du lecteur frissonne à l'idée de l'affreux spectacle auquel il doit assister lorsque ces deux armées puissantes vont se heurter avec furie. Au moment du départ, don Garcia harangue ses troupes et inspire une ardeur nouvelle à des cœurs enthousiastes. Les Espagnols franchissent les eaux du Biobio et pénètrent dans la contrée ennemie. A peine sont-ils établis dans leur premier campement, que les barbares sont signalés par les éclaireurs, et une bataille terrible s'engage au pied de l'Andalican. Mais l'armée

1 Cf. Arauc.^ ch. xxi, oct. 50.

1 NTEODUCTIO» . CCXX V

araucaoe, malgré la bravoure de ses meilleurs champions, est réduite à se retirer.

Dans l'irritation qu'ils éprouvent contre les Indiens et pour fpapper de terreur Tesprit des tribus, les Espagnols condamnent un captif à avoir les deux mains coupées. Mais le barbare, plein de rage, court animer ses compagnons. 11 arrive sur TÂDdalican où le chef a rallié ses soldats. Les caciques, réunis en conseil secret, discutaient sur les intérêts de la guerre. Parmi les avis belliqueux se faisait entendre aussi la voix de la prudence et de la con-^ ciliation; mais au milieu de ces opinions contraires et d^ ces débats confus, Galvarino se présente; il est admis, et ses paroles d'une sublimité sauvage, la vue de ses poignets mutilés et saignants, mettent fin à toute délibération. Les cceurs les plus tièdes sont enflammés de colère, et il n'est plus question que de guerre acharnée, implacable. Cependant pour le temps, le lieu et l'exécution, les esprits les plus mûrs et les plus circonspects l'emportent sur ceux qui à l'instant môme veulent en venir aux armes.

Abrités dans leur enceinte, bien gardés et prêts à tout événement, les Espagnols attendaient le retour de la lunoiière. Dès qu'elle parut^ils s'avancèrent en bon ordre, et au milieu du jour ils gravissaient la côte d'Andalican. Ils la trouvèrent blanchie parles os des Espagnols que Lautaro y avait vaincus et massacrés. Puis ils descendirent au val d'Aranco. Là, ils forment leur camp au milieu d'une plaine fertile, et envoient aussitôt quelques hommes du pays porter leurs promesses aux tribus voisines, et leur offrir une paix assurée avec la loi chrétienne. Mais comme, au terme fixé, les barbares n'apparaissaient pas, et que déjà plusieurs jours s'étaient écoulés sans que, par la ruse et l'adresse, les émissaires eussent rien pu savoir des projets de l'ennemi, il fut convenu que plusieurs Espagnols se dissémineraient dans les villages et dans les huttes, afin d'y

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obtenir des renseignements. Ercilla fut de ce nombre. Mais ils ne rapportèrent aucune information; Deux semaines ils restèrent dans ce lieu, avec leurs espérances trompées. Ils n'apprenaient rien sur le cauteleux Araacan, et ises desseins demeuraient pour eux un mystère. Ils veulent s'arracher au doute qui tient les esprits suspendus, et se décident à franchir les défilés périlleux ; ils veulent chercher l'ennemi et mettre fin à la guerre.

Un soir, comme ils atteignaient une région populeuse traversée par un grand fleuve, à l'ouverture môme de la vallée ils venaient de dresser leurs tent-es, lorsque d'un bouquet d'arbres, sort un Araucan à l'air audacieux, bien armé. 11 cherche la demeure de don Garcia, et arrivé en sa présence il lui présente un cartel au nom de Gaupoli^ can. Seul à seul, Gaupolican appelle don Garcia au combat. Ils lutteront en présence des deux armées; car l'armée d'Arauco à la pointe du jour doit paraître dans la plaine. Les conditions du défi ne sont pas fort compliquées : Gaupolican vaincu se soumet avec les siens à l'empire de don Garcia; vainqueur, il ne veut d'autre gloire que celle du succès, et laisse le chef espagnol libre dans sa haute dignité. Hurtado. accepte le combat, et l'envoyé se retire avec un visage qui décèle toute son arrogance.

Quelques-uns crurent que cette visite n'avait d'autre but que de reconnaître les troupe^s espagnoles et le camp où elles s'étaient retranchées. Aussi, lorsque la nuit est survenue^ les soldats sont rangés en ordre de bataille, et ils attendent appuyés sur la hampe de leurs piques, accablés par le sommeil et par leurs armes pesantes. A peine Taurore perçait à l'orient, qu'avec des cris soudains l'armée indienne apparaît de tous côtés, en trois masses distinctes. Elle venait envelopper le camp espagnol. Mais la cavalerie toute prête s'ébranle et prend les devants. Elle commence le combat. G'est dans la plaine de Millarapué que le

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duel s'engage, non pas entre lesî deux chefs, comme Fa proposé le barbare, pour endormir la vigilance des Espa»» gnols, mais entre les deux armées entières. La lutte est furieuse, horrible; et jamais Ercilla lui-môme n'a décrit. une action plus enflammée ni plus retentissante. Les alternatives du succès et de la défaite laissent notre esprit longtemps incertain; mais, quelle que soit Tintrépiditi: des barbares, ils sont à la fin battus et refoulés; les vail^ ]ants tournent l'épaule, et les Espagnols n'ont presque plus qu'à poursuivre et à frapper. « Aussi, mon génie et ma plume, s'écrie le poëte, si familiarisés qu'ils soiei&t avec les horreurs delà guerre, reculent devant le massacre épouvantable que ce jour vît exécuter contre des hommes qui défendaient leur patrie ^. » Parmiles prisonniers furent choisis les douze les plus hardis, et ceux que leurs insignes dénotaient comme les principaux chefs ; et, fidèles à ce» maximes cruelles qui les portaient à vouloir effrayer les âmes pour comprimer plus tôt Tinsurrection, les Espagnol les condamnèrent à mort :

« Quedando por ejemplo y escarmicnto Colgados de los ârboles al viento '. »

I^'ennemi en déroute s'était retiré de toutes parts. Les^ vainqueurs abandonnent leur triste séjour, tout jonché de cadavres, et bientôt, sans accident, ils arrivent sur l'emK placement sinistre oîi Valdivia avait bâti une forteresse et avait trouvé ensuite une fin déplorable. En peu de temp» ils élèvent un mur qui environne l'ancienne place d'armes. Là, leurs bagag^s^ leurs serviteurs et le reste de l'armée sant mieux mis à l'abri des désastres et des périls. De là, le pays entier peut être plus facilement assailli et sollicité de rentrer, sans combat, sous le joug de la soumission. De

1 Cf. Arauc.tCh. xwi, oct. 8.

« Cf. ibid., oct. 2?.

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