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Tucapel 'la surveillance iles détachemenls s'étendait au loin; car des avis certains annonçaient que des guerriers de Gaupolican avaient paru. Mais Tarmée s'épuisa en stériles efforts pour réduire à la paix les adversaires de l'Espagne. En vain elle employa tour à tour les bienfaits £t les promesses, les menaces et les sévérités; en vain fitelle de continuelles incursions à travers les villages voisins et les métairies des barbares. Rien ne put ramener ce peuple inflexible.
Don Garcia comprenait combien était important le site occupé par ses armes^ combien il lui assurait le centre de la contrée. Il fut donc décidé que l'on se maintiendrait dans ce retranchement solide. Et afin de le pourvoir, contre les attaques de l'avenir, des subsistances qui lui manquaient encore^ deux capitaines avec ceux qui étaient les plus disposés à les suivre, et Ercilla, leur compagnon, associé à leur exploit, prirent le chemin direct de Gauten. Malgré les obstacles, ils franchirent sans combat les passages les plus périlleux, et arrivèrent sains et saufs à la cité espagnole. Les babilants leur fournirent avec empressement tous les vivres nécessaires, et, pleins de joie, sans qu'aucune rumeur de guerre se fit entendre, avec des provisions de fruits, des grains et des troupeaux, ils reviennent aussitôt vers Tucapel, Mais le retour devait leur être disputé.
Tout parut cKabord s'aplanir devant eux. Ils traversaient des pays couverts d'Indiens, tantôt paisibles, tantôt soulevés, et au moment où se découvrit à leurs yeux la sierra de Puren, ils rencontrèrent une escorte de soldats espagnols, leurs amis, qui venaient les secourir contre les dangers de la route. Après une nuit de repos, dès les premières blancheurs de l'aube, ils remettent vivement en marche leurs bêtes chargées de bagage et les troupeaux à l'abri des escadrons qui les enveloppent et les protègent
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de toutes parts. Ercilla était de Tavant-garde et allait à la découverte dans la profondeur d'un vaste et sombre défilé, lorsque de nombreux barbares qui attendaient en embuscade le convoi des deux côtés <le la quebrada^ poussent jusqu'au ciel des cris sauvages et occupent toutes les issues. 0 La multitude croissait à tel point, nous dit le poète, qu'elle semblait naître de l'herbe même qu'elle foulait ^. » Le combat de défilé qui s'engage est dépeint avec une singulière vigueur de coloris. Le bruit des Araucans qiii accourent et s'amoncellent; le tumulte des Espagnols qui appellent à l'aide, dans un chemin étroit où ils ne peuvent ni avancer ni reculer; le spectacle des bagages, des valets et du bétail qui embarrassent et encombrent au loin le défilé; ce défilé lui-môme qui se développe en ligne oblique, pressé entre deux hautes montagnes, et finit par se rétrécir à tel point qu'à peine deux hommes y peuvent marcher côte à côte ; ce ruisseau qui l'accompagne dans toute sa longueur et qui le resserre encore : tous ces objets composent un tableau expressif, et leur assemblage heureux atteste le pinceau d'un maître consommé. Sur plusieurs points du sentier, les Espagnols, troublés et confus, cherchaient à éviter l'ouragan de traits déchaîné sur leur tête. Dans l'étroit passage l'ennemi avait disposé avec ordre ses soldats et les projectiles, et, avec tout l'avantage du terrain, lançait les rochers de la hauteur. Battus par cette affreuse tourmente, cruellement blessés, les Espagnols cherchent d'abord un abri, sous un arbre, sous une pierre caverneuse ; mais bientôt, avec l'antique bravoure de leur race, ils aspirent à se venger, et leurs formidables décharges font rouler sur les pentes abruptes les cadavres des Indiens.
Le point le plus ardent de l'attaque était le convoi luimême. Là les barbares triomphaient et se livraient au pil-
« Cf. Arauc.^ cli. xxviii, oct. 41.
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lage. Ce fut aussi la cause de leur perte. Quelques braves» animés et conduits par Ercilla, gravissent la hauteur la plus escarpée et dirigent contre les agresseurs épouvantés et confondus les coups de leurs mousquets et les pierres de la montagne. Pris entre deux feux, l'ennemi fuit et se disperse de toutes parts. Les Espagnols avaient perdu une portion de leur convoi, mais ils restaient vainqueurs. Au son guerrier de leurs tambours H de leurs trompettes, précédés par d'hi^biles éclaireurs, ils rentrent à Tucapel, blessés, mais applaudis. Les barbares se retiraient à pas rapides, avec de nombreuses dépouilles. Ils parviennent aux lieux où était Caupolican. Mais à peine a-t-il appris le désordre du pillsige et la licence qui leur ont fait perdre la victoire, qu'aussitôt il fait peser sur plusieurs un châtiment exemplaire. Ce fut à Talcamavida qu'il réunit les restes de son armée en déroute, et, pour délibérer sur les affaires de la patrie, il convoque les principaux caciques.
Les rigueurs du sort n'avaient point abattu Jeur cens* tance. Dans le . court espace de trois mois, ils avaient perdu quatre grandes batailles; mais leur cœur n'était ni triste ni consterné. Loin de là, ils étaient réunis pour un conseil de guerre et ne songeaient qu'à une attaque nouvelle. Il n'y eut pas de nombreuses contradictions, lorsque Caupolican, enflammé d'une plus grande ardeur et d'une énergie croissante, leur proposa, pour sauver la patrie me^ nacée, de livrer aux flammes leurs demeures et leurs domaines. Si la mort les attend, tout leur est superflu, dit-il ; avec la victoire tout le reste est reconquis. L'opinion du chef entraîne tous les sufl*rages. Il s'agit donc de savoir si les Araucans vivront libres dans une patrie indépendante, ou si les conquérants régneront ,' mais sur des cadavres et sur un désert.
Les Espagnols, vainqueurs au défilé de Puren, avec plus de pertes et de dommages que de profits , s'étaient mis à
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Tabri dans leur forteresse de Tucapel. Ercilla, dans la ra-* pidité de son récit, ne songe pas à se traîner dans Fornière d'un historien qui redoute la moindre omission; il veut abréger beaucoup, et ne peut consentir à enregistrer toutes les rencontres dangereuses qui coûtèrent à ses compagnons des Jlots de sang et de giands efforts. Il passe une seconde bataille acharnée qui enleva beaucoup de guerriers aux deux partis et laisse le soin de ce détail scrupuleux à un autre narrateur. .
Lorsque don Garcia vit la place garnie, pour deux mois, de munitions et de vivres, il se détermine à la laisserions les ordres de Reinoso. Les autres villes, fatiguées des horreurs de la guerre, étaient sans lois et sans gouvernement. Le désordre triomphait partout, et la présence de don Garcia était réclamée en tous lieux. Il charge de la garde du pays les soldats les plus habiles et les plus éprouvés, et, en ordre de bataille, traverse la contrée rebelle. Par la sierra de Ptiren, il se rend à V Impériale, où il châtie les excès, rétablit la justice et imprime aux affaires une sage direction. Le poète avait suivi ses pas.
Mais dès que les Araucans ont appris que les forces de l'Espagne sont divisées, ils réunissent leurs soldats et reprennent leurs projets de massacre et de dévastation. A cette nouvelle, trente cavaliers, parmi lesquels se trouvait don Ërcilia, s'aventurent par les bois épais de Tirû, et, à travers leurs défilés trompeurs, harcelés par mille surprises, atteignent le fort de Tucapel. Ce secours fut accueilli avec une joie proportionnée aux périls dont la citadelle se sentait alors menacée. Une attaque était imminente.
Voici quelle était la disposition des esprits dans l'armée barbare. Chacun semblait comprendre que l'heureuse destinée du pays penchait vers son déclin. Caupolican perdait peu à peu son ascendant. On le soupçonnait de traîner la guerre en longueur pour se maintenir au pouvoir. Mille