‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 5 sur 124 · VI AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VI AYANT-PROPOS

esprits, comme dans Tordre politique 1 M. Ampère croit à cette disparition progressive des individualités nationales : « L'uniformité toujours croissante de la civilisation moderne, qui a effacé presque partout la diversité des costumes, nous dit-il, efface aussi la diversité des génies littéraires. Peut-être est-ce un malheur, mais certainement c'est un fait. Ce rapprochement entre les littératures des nations européennes a été d'abord une copie servile de la France par les autres peuples, ou une contrefaçon de l'étranger par la France. » — « A celte période d'imitation outrée, continue l'excellent critique, a succédé une ère de développements parallèles qui ne résultent point d'une reproduction artificielle, mais qui proviennent de la parité du développement social. Les littératures étaient d'abord entièrement diff'érentes; puis elles se sont ressemblé parce qu'elles s'imitaient ; aujourd'hui elles se ressemblent sans s'imiter *. t M. Ampère applique la même vue aux États-Unis. « La littérature des États-Unis, dit-il, ne sera pas un nouveau monde sans doute, mais elle sera une province de plus dans le vaste empire des littératures civilisées ^. »

Cependant toute cette généreuse théorie ne semble jusqu'ici appuyée que sur des indices qui commencent à se manifester et sur des réalités naissantes, bien que chaque jour elles se prononcent davantage. Nous sommes fort éloignés encore de son triomphe définitif; et si nous assistons à un mouvement visible vers l'unité, que de difficultés pourtant, quelles murailles entre les.peuples! Que de hauteurs escarpées doivent s'abaisser ou s'écrouler avant que les sociétés puissent se connaître mieux , s'apprécier , anéantir leurs haines et leurs antipathies séculaires, se pénétrer mutuellement de leurs pensées, de leurs senli-

* Promenade en Amérique, t. I, p. 16.

« Cf. id., iOid.

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