INTRODUCTION . CCLVII
sir de nous charmer un instant par de ravissantes oppositions de couleurs et ne leur prescrivons pas une inflexible géométrie. Qu'il en soit ainsi pour Pétrarque. Qu'il en soit ainsi pour Ercilla.
Je le répète, c'est moins le choix des épisodes et des digressions, que l'excès de leur étendue que Ton serait le plus en droit de reprocher au poëte espagnol, et son défaut n'est pas précisément de manquer à la règle d'une religieuse unité, mais bien plutôt aux convenances de la réserve et de la mesure, à la justesse des proportions. Sauf cette loi d'harmonie et de parfait achèvement, que le temps et les dégoûts ne lui ont pas permis de mieux respecter, l'unité n'est pas enfreinte, et, tout en exprimant les principaux aspects que présentent le monde moral et la société du seizième siècle, surtout en Espagne, le savoir, les sentiments, les idées qui dominaient alors, le poëte a su enchaîner par des liens étroits tous les tableaux de sa belle et riche composition. L'analyse de V Araucana, que nous avons placée sous vos yeux, aura suffl, je l'espère, malgré son aridité, pour vous en convaincre.
En esquissant les faits extérieurs qui en constituent le tissu même, nous avons écarté avec soin tout ce qui donne du relief aux objets et met les caractères en saillie, la grandeur et la variété des personnages qui prennent part à l'action héroïque, tant de scènes sublimes ou attendrissantes qui jettent leur poétique enchantement sur le fond sinistre des Lalailles, tant de trésors d'imagination, éternel honneur de la langue de Gastille, la beauté du style qui place Ercilla parmi les classiques de sa patrie, cette foule de comparaisons expressives, brillantes et ne^ives, qui répandent dans l'idiome du poète le charme d'une allégorie heureuse et les symboles transparents de la nature, enfin cette autre beauté, plus rare peut-être, qui fait d'une épopée un