‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 57 sur 124 · INTRODUCTION, CCLXXIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION, CCLXXIX

considérable dans les plus belles épopées du quinzième ci du seizième siècle. Le Bemardo de. Balbuena doit une portion de l'intérêt qui Tanime à ces magiques peintures, et V Araucaria d'Ercilla est loin d'y rester étrangère.

Nous avons déjà touché, dans les pages qui précèdent, à deux épisodes célèbres, celui de la bataille navale de Lépante *, et un autre qui renferme dans la description de l'univers, le résumé des grandes conquêtes maritimes de l'Espagne 2. Ces deux riches tableaux oh le poôte a répandu toutes les plus belles couleurs de sa palelte et les trésors de son savoir, ne sont devenus possibles que par l'intervention du merveilleux. Ils ne pouvaient entrer directement dans l'économie d'un poème dont le sujet est en partie antérieur aux sujets qu'ils contiennent. C^est donc au point de vue de la prophétie que les réalités de l'avenir se déroulent sous nos yeux ; et nous ne sommes nullement surpris que dans un pays soumis à l'empire des puissances infernales, au culte d'Eponamon, chez des hommes qui reconnaissent la science des sorciers, qui les appellent à leurs conseils publics, qui, pour toutes leurs entreprises importantes, écoutent ces oracles sacrés, don Ercilla ait mis en scène un enchanteur célèbre, se soit plu à nous décrire son habitation et ait placé dans sa bouche des paroles qui révèlent les choses futures 3.

1 Cf. suprà, p. ccxLV-ccxLviii.

» Cf. Arauc, ch. xxvii.

' 11 n'y a ici aucune contradiction sérieuse entre les croyances réelles du poëte chrétien et la fiction qu'il adopte. Les incantations de la magie restent chez lui la parure poétique quMl emprunte à ses devanciers ; mais quoique l'enchanteur appelle et adjure les divinités infernales, il est soumis cependant, comme Tenfer, à une puissance occulte et supérieure qui mène le poëtc lui-même et qui dirige ses pas vers la demeure où Ta* venir se déroule devant lui. Fiton n'est pas un magicien vulgaire; il semble qu'il ait reçu du ciel Tordre de réaliser pour Ercilla, au xxiv* et au xxvii»' cbant de l'épopée les révélations du xviii*. Elles lui ont été faites par un personnage surnaturel, mais qui n'a aucun rapport avec les traditions de la sorcellerie. Tout se coordonne et s'exécute sous ilmpulsion d'une main

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