‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 59 sur 124 · CCLXXXII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CCLXXXII INTRODUCTION

tent leurs affreuses mixtures, soit avec le cabinet du docteur Faust que le génie plastique du dernier de ces grands maîtres a rendu immortel *. C'est là surtout le côté de la fiction d'Ercilla que Balbuena se propose de reproduire dans son Bemardo, lorsqu'il fait entrer son lecteur dans la Cueva du magicien TIascalan; mais Balbuena prodigue les détails les plus bizarres et insiste sur la description avec une fatigante prolixité ^. Ercilla, plus sobre, réserve ses meilleurs coups de pinceau pour l'intérieur même du séjour merveilleux de Fiton et pour la sphère surnaturelle où il découvre l'image de l'avenir et les flots de Lépante chargés d'escadres, be chantre du Bemardo nous dédommage par les magnifiques perspectives de la découverte d'un autre monde, de la conquête de la Nouvelle-Espagne par Hernando Cortés, et de la succession des rois de Castille depuis Alphonse le Chaste jusqu'à Charles-Quint ^. Mais le prélude est démesuré et parfois puéril. Ercilla, chez lequel nous voudrions aussi pouvoir supprimer quelques incidents assez grotesques, a du moins l'avantage d'une marche plus rapide, et dès qu'une fois il est en présence de son véritable succès, il atteint à une grandeur incomparable.

D'un œil attentif, il parcourait avec surprise le vaste dépôt du magicien, lorsqu'il vit entrer un vieillard exténué de maigreur et qui s'appuyait sur un jonc recourbé. C'était lui, c'était le formidable enchanteur. Bien qu'il soit défendu de prophétiser les événements à venir, il consent à complaire au désir de celui qui est venu visiter son asile par des chemins pénibles et infréquentés. D'un pas lourd et tardif, tenant Ercilla par la main, il le conduit dans une autre salle tout étincelante, dont l'architecture et la

1 Cf. Faust ^ édit. Heidelberg, Ï832, p. 19et»8oi?. * Cf. El Bernardo, ch. xviii.

«Cf. ibid., ch. xix.

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