CCLXXXIV INTRODUCTION
centre en est aussi visible que la surface. « On y distingue d'autres globes, ouvrage d'une main céleste qui voulut leur donner à tous un centre commun. Soit qu'ils s'élèvent, soit qu'ils s'abaissent, le grand cercle qui les renferme demeure toujours immobile : partout il présentele môme aspect; partout commence et finit ce chef-d'œuvre d'un art divin *. «Dans la matière subtile dont ce vaste globe, abrégé de l'univers, est composé, roule, à la place qui lui est prescrite, notre globeterrestre; et Thétis montre à Gama la route que le héros parcourt en ce moment, celle qu'il doit parcourir encore, celle qu'il désire connaître. Elle lui fait suivre du regard et lui nomme avec l'accent inspiré de l'enthousiasme tous les rivages où le Portugal devait planter son drapeau victorieux, ses glorieuses Quinas el propager la foi du Christ. L'imagination allégorique de Camoens s'est déployée avec une grande richesse dans cette conclusion de son épopée. II a rais à profitaveciin rare succès le système des péripatéticiens pour peindre l'ensemble des corps célestes, et a décrit en poète, amant de sa patrie, les événements célèbres qui se préparaient pour elle.
La fiction d'Ercilla semble avoir été inspirée par celle de son prédécesseur. Mais il n'a pas rattaché la sphère terrestre à tout un système planétaire. La u bola » transparente qu'il place sous nos yeux contient seulement les merveilles de notre demeure. Par un art et un travail surnaturels, elle paraissait se soutenir elle-même en l'air, (( comme si le grand cercle et le mécanisme intérieur se fussent appuyés sur leur propre centre *. » Fiton explique au poëte le prodige qu'il contemple : « Le globe dont tu vois ici l'artifice est un abrégé du vaste univers (il s'agit cette fois de notre monde, à nous autres humains, et de
» Cf. Os Lusiadas^ canto x, oitava 78 ; ôdit. Paris, 1847 ; tpad. de M. MiUié. Paris, 1825, t. Il, p. 168. — * Cf. Ârauc, cil. xxm, oct. 68.