INTRODUCTION. CCLXXXV
nulle autre chose). Cette constBuction difficile m'a coûté quarante années d'études ; aussi n'y aura-t-il, dans les longues années de l'avenir, aucun incident, aucun arrêt de l'immuable destin qui ne s'offre avec clarté à mes yeux et qui n'ait sur cette sphère sa forme et son éclatante figure. Mais puisque ta plus vive ambition est d'écrire les faits de guerre, et que, sous l'influence d'astres sinistres, tu ne trouveras dans cette contrée qu'une matière trop fertile, je ne prendrai pas le soin d'éclaircir pour toi quelques événements de ce globe et dn monde qu'il te présente ; je ne te ferai voir qu'une action bien capable de te surprend re, et pleine d'inté«êt pour le but auquel tu aspires... Tu verras sur cette sphère un combat naval, si terrible qu'après en avoir vu le spectacle, je te le jure, nous douterons encore de sa réalité. Jamais ni dans les temps passés ni dans l'avenir, on ne vit, on ne verra une lutte aussi formidable. La mer méditerranée restera libre pour l'armée victorieuse; et, pour la race vaincue mise en déroule, la puissance sur les flots sera détruite *. » Enflammé de désir, Ercilla s'approche et découvre l'ingénieux travail de tout un monde, aussi étendu que le nôtre, mis en relief comme sur un miroir sphérique. Il distingue le rivage de Lépante et la vaste mer couverte de navires, chacun sous leur bannière. Mais tous ces objets semblaient encore immobiles, lorsque tout à coup, de son bâton, le devin frappe deux fois le globe magnifique. Avec d 'effroyables imprécations, il adjure les divinités infernales soumises à son pouvoir; et aussitôt les flots de la mer se troublent, les cordages et les vastes voiles se tendent, les escadres se meuvent, et bientôt, sons les yeux d'Ercilla, éclate la valeur souveraine de l'Espagne. D'un regard surpris, il suivîiit cette multitude de soldats et lisait des caractères qui, tracés sur leur front, indiquaient le nom de chacun et la charge qu'il occupait. Quel fut son
« Cf. Araucaria, ch. xxiii, oct. 71 74.