AD ROI NOTRE MAÎTRE
Comme tous mes ouvrages, depuis que J'écris, sont offerts à Votre Majesté, celui-ci, fidèle au môme devoir, recourt au soutien qui lui est nécessaire. Je supplie Votre Majesté de daigner y jeter un regard. Cette grande faveur, qui sera son orgueil, aura aussi le pouvoir de l'accréditer et de le mettre à l'abri d'une censure indiscrète '. Que Notre- Seigneur garde la personne catholique de Votre Majesté ' !
. Don Alonso de Ercïlla y ZuSiga.
1 Philippe 11, roi d'Espagne.
t Cette pensée est reprise et développée par Breiila, au début de son poëoie (1, 3-5).
s Selon Brnnet (t. II, fa partie, p. 1046), la dédicaee à Philippe II ne se trouve que dans la Ire édition d'Srcilla, dans celle de Madrid, 1569, qui renferme seulement les quinxe premiers chants de VAraueana. Elle aurait disparu des éditions suivantes, dues à Tauteur lui-même. T aurait-il dans cette suppression une marque des méconteotements et des déceptions du poëte disgracié et découragé ? Les détails de sa biographie éclairciront le problème. Quoi qu'il en soit, ce genre de dédicace était fort usité au seizième siècle, dans la poésie espagnole, et an dix-huitième dans celle des Anglais. Cervantes mettait son Don Quijote sous le patronage du duc de Béjar ; Yalbuena dédiait son Bemardo au comte de Lemos ; Fray Diego de Hojeda offrait sa Criêtiada au marquis de Montes Claros, Tiee-roi du Pérou. Tous les écriTains éprouvaient alors le besoin de placer leurs œurres poétiques sous la protection d*un nom célèbre. Beaucoup plus tard, et dans Téclat mém'e de la liberté anglaise, Young adressait, sous cette forme, de pompeuses flatteries à la plupart des familles paissantes d'Angleterre, comme La Fontaine, sous la monarchie de Louis XIT, avait attiré sur les recueils successifs de ses charmantes fables la faveur du Dauphin, de madame de Montespan et du duc de Bourgogne. Aujourd'hui même cet usage n'a pas complètement disparu ; mais il est devenu souvent une marque de respect ou d'affection. Au dix-huitième siècle, Gaspar Melchor de Jovellanos, esprit émineut et rare, le critiquait arec dureté. Dans le prologue de son Pelayo, il s'exprime ainsi: « Nunca se han gradnado las obras por el mérite é el poder del Meeénas que las protège. ; De que sirve, pues, importuner à los poderosos con dedieatorias Usonjeras, hinchadas y pomposas T i Que se adelanta con empellarlos en la proteecion de los trabajos literarios ? Las dedicatorias nunca aproTecban al eseritor que Us haee ni engrandecen al Meeénas que las reeibe ; todos saben que las <llcta la neeeaidad y las adona la adnlaeion. > (Bibl. Eitadoneyra, t. XLYI, p. 5S.)