‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 7 sur 124 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

route, et, tout en reculant devant nous avec sagesse, par la pensée, raccomplissement de nos plus chères espérances, que reconnaissons-nous en Europe même, dans cette portion du globe la plus civilisée, la plus heureuse et la plus unie? On peut affirmer que, même aux époques où chacune des nations qui la composent semblait suivre, un peu à l'écart, une orgueilleuse spirale, monter seule et indépendante, avec une fierté trop personnelle, au-dessus de ses fivales, ce qui est en définitive se traîner en arrière et se rétrécir, Tidée de rapports littéraires plus nombreux et plus complets entre elle et ses voisines a fait son chemin cependant, à travers la lutte des écoles les plus opposées en principes.

Voyez l'Espagne. Malgré sa profonde originalité nationale, elle a subi une foule d'influences étrangères. Je ne parle pas ' ici des Arabes dont on a peut-être exagéré l'action sur sa littérature*; mais l'Italie n'a-t-elle pas, au dix-huitième siècle, marqué de son empreinte la prosodie, la poésie même et toute l'imagination castillane? Ce ne fut pourtant pas sans un combat acharné. Castillejo et son école luttèrent avec opiniâtreté contre cette domination ^ extérieure ; mais Boscan, Garcilaso de la Vega, Hurtado de Mendoza triomphèrent, et, en introduisant, avec une sage mesure, dans leur patrie, les types de la beauté italienne, ils ont laissé les lettres espagnoles illustrées et agrandies. Au dix-huitième siècle, l'empire de l'esprit français se révèle dans la Péninsule ; Ignacio Luzan, pour réformer le goût de sa nation, s'appuie, dans sa Poétique, sur les exemples français; il devient le chef des Gallicistas; mais il trouve devant lui d'implacables adversaires qui ressai-

* Cf. Sismondi, De la littérature du midi de l'Europe^ 1. 1, ch. net m. — Ginguené, Histoire littéraire d'Italie^ t. I, ch. n, iv, v, vi; rectifiés par Bruce Whyte, Histoire des langues romanes et de leur littérature^ t. J> ch. XV et XVI ; t. II, ch. xviii et xix.

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