AYANT-PROPOS. IX
sissent les armes de Gastillejo et veulent repousser, comme lui, le génie exotique. Garcia de la Huerta proteste avec colère contre les Afrancesados. Tous ses efTorls ne parviennent pas à détourner de Timagination de ses compatriotes les qualités nouvelles qu'elle conquiert à notre école, plutôt par une émulation de gloire que par copie ; la langue devient plus élégante et plus tempérée, au con* tact de la nôtre ; la clarté, ce don et ce charme de la France^ la justesse et la raison désormais ont une place mieux respectée et plus étendue dans l'idiome de Castille, auprès de ses grandeurs personnelles. Gadalso, Moratin, Melendez, Quintana, ces brillants élèves de notre génie, sont restés originaux, avec des acquisitions réelles, noble butin dont l'Espagne se* glorifie à juste titre !
Et pourtant, au seizième siècle, que voulait l'Espagne politique? La domination universelle. C'était là son unique rêve. Elle ne cherchait qu'à imposer le joug de sa puissance. Au dix-huitième siècle, elle s'affaissait et subissait tous les désenchantements d'une décadence relative. Mais au-dessus de cette œuvre d'ambition égoîsle, au-dessus de cette malheureuse et triste décomposition de toutes ses forces, déjà s'étaient révélés ses liens plus intimes avec la France et l'Italie ; et, pendant que d^inintelligentes antipathies, des doctrines exclusives et sans prévoyance, accusaient l'Espagne de s'être amoindrie, d'avoir dégénéré,. . sous la pression, sous l'étreinte du génie italien et du génie français, la légitimité de cette double dominalion était reconnue ; plus italienne d'abord, et bientôt plus française, l'Espagne était devenue plus européenne. Depuis, ce n'est pas seulement la France, c'est l'Allemagne, c'est l'Angleterre qui, à leur tour, lui ont fourni d'autres modèles, d'autres sources de perfectionnement. Jovellanos, Melendez Yaldes, ont consulté la muse de Milton ; Esproncéda s'est éveillé, a grandi aux sons de la