‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 72 sur 124 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

Somma IBE *. ^ Description du Chili et de TArauco; mœurs et eoutomet guerrièrat des indigènes. — Entreprises des Ineas du Pérou contre les Arancans. — Déoonirerte et première conquête du pays par les Espagnols. — Cause de rinsurreetioa contre leur puissance.

Je ne chante ni les darnes^ ni l'amour, ni les galanteries des chevaliers épris d'amour, ni les gages, les délices, les tendresses, des sentiments amoureux, ni les soucis qu'ils inspirent ; mais la valeur, les exploits, les prouesses de ces Espagnols intrépides, qui placèrent avec le glaive sur la tête indomptée de l'Artmco un joug inflexible '.

Je dirai aussi les actions insignes d'un peuple qui n'obéit à aucun roi, ses entreprises éclatantes et téméraires qui méritent à juste titre d'être célébrées^ ses stratagèmes inouïs^ ses résolutions glorieuses, qui rehaussent encore

1 II est fort douteux que les sommaires du texte espagnol appartiennent à Eroilla. Tout au moins, si Técrivain a pu rédiger arec quelque négligeaee une portion aussi accessoire de son ouvrage, elle reste insuffisante. Le%argumerUs répondent quelquefois assez peu au sujet que le chant développe. Winterliog les a littéralement traduits. Au lieu de suivre son exemple, nous avons plus d'une fois modifié ees résumés trop succincts, afin de les approprier davantage à la conduite réelle de» événements.

t La plupart des critiques français qui se sont occupés d^Ereilla, ont cité eette première octave, ou ils L*ont traduite, mais avec un suecès inégal. Cf. Chateaubriand, Génie du Christianisme, partie II, livre I, chap. iv; Stsmondi, Littérature 4tt' Midi de VMUrope, éàii. de 1829, t. m, p. 456; M. de Puibusque, Bittoire eompa-

la LARAUCANA.

les Espagnols ^. L'illastration du Taiaquear ne s'aûcrott-

rié de» littératwrei t»pagnoIe et française^ 1. 1, p. i76, tte. ; le troisième ver* nrtottt a été aiiex mal eompris :

ni las ■aettras, regalof , ni ternexai De amoroMM •feclos

« Les tovrmenti, les huigmuriy les taerifiee» des tendres seoCimenIs > né nous lemblent pas, dans la version de M. de PttibiiM|a«, Peiact équiralent des tenues •spsgnols. Le sens de regalos est neitemeot indiqué dans nne phrase de Queredo ( «Obras jocosas t, Casa de las ealidades de un easamientùt p. 317, édit. Baudry, 1842) : « Fea no es eompafiia, sino susto : kermosa no es regalo, sino caidado ; ■ (la laide n'est pas une eompagaie, mais un objet d*effroi, la belle est moina un ebarme qu'un souci). Les plaisirs de la eoor sont désigués par ces mots : « Los regalos de la corte. » Regalo signifiera donc charme, délice. — L'esposition du poëme ne se fait pas attendre. Elle est contenue dans ces huit premiers vers, et tous sentes immédiatement, à la beauté du contraste qne présentent les denz parlies de ToctaTO, un grand mettre dans Tari d^éerlre. Cependant, malgré le choix ^u*!! fait d'un sujet belUqaeaz, Erctila n*a pas touIu relever la poésie héroïque au-dessus des chants d'aventure amoureuse. Il exprime plusieurs fois, dans le cours de son épopée, le regret de n'avoir pas à célébrer, comme d^autres poètes, les tendres sentiments du cœur ; il se plaint de la monotonie d'une épopée toute militaire ; fl cnrie la gloire de Pétrarque et de Garcilaso. Cf. chant xr, oct. 9.

i A ce début simple et naturel, Gilibert de Herlhiac, le seul Français qui ait essayé de traduire Ercilla et qui a trop souvent abrégé l'ouvrage espaguol, sans conserver aucune de ses divisions par chuits et par oetares, substitue une invocation toute nourelle : « Dieu des amours, ma muse s'éloigne avec regret de tes antels et des bocages fleuris d*Amathonte. Un pouvoir irrésistible Tentraine sur les plages orageuses et inhospitalièrël du Noureau Monde. Dans son vol audacieux, elle plane déjà sur ces rochers des Cordillères, sillonnés par la foudre et les torrents ; elle parcourt les plaines immenses et solitaires des régions magellaniques. Cest au milieu de ces sites affreux, de cette nature âpre et sauvage, que le dieu des combats réclame aujourd'hui les chants de la poésie. Un peuple que les impénétrables desseins de la Providence retiennent encore dans les ténèbres de l'iguorance et de la barbarie, dont les mœurs et la bravoure n'ont d'autres guides qu'une civilisation grossière et l'amour d*une liberté sauvage, remplit du bruit de ses exploits et de sa gloire les déserts de ces horribles contrées. Placé par la nature sur des monti escarpés où règne un éternel hiver, au milieu de rochers arides, mais dont les flancs recèlent les précieux métaux dont l'Europe est avide, un patriotisme énergique rattache à cet affreux climat. Il ose en disputer l'empire aux nobles enfants de la Casttlle. Il ose prescrire un terme à l'ambition et aux conquêtes des rainqueurs de Hontexuma et des Péruviens. Il brave le joug et la puissance de ces maîtres du monde, et, seul au milieu de TAmérique soumise et enchaînée, il défend la cause de la liberté. Aimables compagnes de la reine des amours, ne me suivez pas sur ces montagnes glacées, dans ces vallons fangeux et dévastés par les tempêtes. Au lieu de ces fleurs que tous tous plaises à cueillir et dont tous ornez la couronne des f aToris d'Apollon, tous ne Terriez que la trace encore fumante des Tolcans, que des plaines immenses bouIcTersées par d*affreux tremblements de terre, des champs de bataille couverts de sang et de débris d'armures. Votre Toii, votre douz sourire s'efforceraient en Tain de répandre quelques charmes sur des contrées dévouées anx ravsges des éléments et d'adoucir les mœurs des fils de la barbirle. Restez, dWines enchanteresses, dans les bosquets de Paphos et sur les rives heureuses de Cythère; continuez & former ces danses gracieuses si chères aux amours et aux filles de Mnémosyne. Souvenez-vous que j'ai déjà osé tous adresser mes Tœoz et

LABAUGAMA. 18

&\le pas de toute la renommée du vaincu ^ ?

Magnanime Felipe^ je vous supplie de jeter les regards sur. ce travail et de Taccueillir. Fût-il destitué de toute valeur, en se donnant à vous, il reste protégé*. C'est un récit sans altération,

mon encens, et daignez les recevoir encore, lorsque j'aurai parcouru la périlleuse carrière qui s'ouyre devant moi » (p. 65-67).

C'est là créer à frais nouveaui, ce n'est plus traduire, c'est enlever un de tes prinoifanz caractères à un écrivain d'une concision aussi éclatante et aussi nerveuse que Test Brcilla. C'est introduire chei un poëte qui s*y est constamment refusé, les fictions de la mythologie, que M. de Herihiac a inutilement touIu justifier dans l'cBuvre de Camoëns {Discours préliminaire, p. 40-50j. J'ajoute que c'est inveuter à contresens. Car cette page de Gilibert de Merlhiac n'offre aucune traee de la généreuse sympathie que le poète espagnol exprime pour ses barbares et audacieui adversairei. Un autre défaut qui dépare ce commencement tout de fantaisie, consiste dans ees détails géographiques, réservés par le texte original, et placés, sous une toat aalrc forme, après la dédicace du poème au roi Felipe II, mais dont la versiaa de 1814 n*a pas su éviter plus loin la répétition.

i I^s vers 7 et 8 de la deuxième octave rappellent cette noble maxime : A vaincre sans pcril on triomphe sans gloire ;

mais ils sont loin d*en être la traduclioa formelle. Le texte espagnol renferme on idiotisme qui a trompé la plupart des traducteurs, et que nous avons essayé de rendre par une construction interrogative :

Paes no es el vencedor mas estimado

De aquello en que el vencido es repatado*

Sismondi {Litt. du Midi de VEurope (1813), t. III, p. 444; édit. de 1829» t. m, p. 451), donne le sens précis : « Car le vainqueur gagoe en réputation tout ce que le vaincu avait déjà de gloire. ■ Raynouard, Journal des savants (1824), p. 534, traduit avec une liltéralité plus scrupuleuse encore : « Puisque le vainqueur ne peut obtenir une estime et une renommée moindres que celles qui restent au vaincu, s C'est aussi à peu près la formule présentée par M. Winterling, en 1831 :

Denn gleiohes Lob inuss inan dem Siéger geben, Wie des Besiegten Tehlgeachlagenen Strebeni

C'est-à-dire : « Cttr il faut donner une égale louange au Yatnqneur et aux efforts trompés du vaincu. » iuan de Castellanos a reproduit avec des termes presque sem* blables la pensée d'Ercilla :

Por ser el venéedor en mas tenido Guanto mas es la fuerta del Yencido.

Varones ilustret di Indiast elegla ttV, eSnto ti; o<!ti <0i * Nous avons suivi le texte de donCayetano K.ote\\,Bibliothi Rivad., Madrid, 1891 ^ t. XVII, p. 4 :

Que de todo vdior necesitada t

QuedS con darse a vos fatoreeidd.

M. Wioterliog altère le vers d'Ercilla en traduisant ainsi;

benn ailes Werlbs muss es enlbehrèn, Wofern es eol-en BeitiU nichl erhâlt,

tiré delà vérité môme el formé 8ur son modèle^. Ne dédaignez pas ce présent, si pauvre qu'il soit, afin qu'à mes vers s'attache un peu de crédit,

Je veux les dédier à un si haut seigneur pour que la hardiesse de mon hommage les soutienne. Prenons cette manière de les illustrer ; qui verra leur patron les croira plus dignes d'honneur, et^ si par là on ne renonce pas au blflme, da moins, confus, on aura plus de mesure, en pensant qu'une œavre qui s'adresse à vous, doit contenir un certain mérite caché'.

aot & mot : c Car il faut qu'il ne préienle aucun mérite, s'il ii*obtlent pas TOtre ap* probation. • Le dernier vert de Toelate complète et explique la pensée do poète. Tout ce patMge et l*octaTe euivante rappellent les sentiments exprimés par ErcilU dans la courte dédicace en prose qu'il adresse au même souferain. Cf. supr,, p. 3. * Mot à mot : «Taillé sur sa mesure, » Cortada à su vMiida, Sismondi traduit avee hardiesse, « coupée à sa mesure ; t mais il souligne ces termes, comme s'ils présentaient une métaphore ou bixarre ou trop familière dans notre idiome.

s M. Winterling a supprimé celte octave. Elle sert pourtant à nous faire eonnaitre les mœurs de l'époque, le respect et la reconnaissance d'Ercilla, au début de sa carrière, enyers son royal protecteur. Ce n'étaient pas seulement les poètes» mais les historiens qui intoquaient ainsi sur leurs œuvres les regards et le patronage dt pouvoir. Antonio de Solis s'exprime de même sorte dans sa lettre au roi Philippe IT : « Pero no es mi inimo que V. M. se digne de concéder el fnào é ias advertenciis de una leccion que habrâ perdido parte de su grandeza en las negligeocfas de mi pluma : solo aspiro i que V. H. me permita su nombre, para ilu&lrar la f rente de roi libro; y no sin algun titulo que da baslante razon à mi disculpa; pues se debe & v. H. cuanto escriben sus cronistas ; y yo pago con este corto caudal de mis estudios la deuda de mi profesion : deuda en euyo reconocimiento desea manifestarse mi humildad, y puede mal encubrirse mi ambicion ; pues busco para su desempeiio la gloria de tan alto patrocinio, y hallo en la sombra de V. M. todo ci rsplendor que falta en mis escritos. » V. Bisioria de la Conquista de Méjico, édit- Baudry, 1838, p. 12.

M. Gilibert de Merihiac, dans son discours préliminaire (p. 53) se montre bien sévère envers Ercilla, en disant que le poète donne à Philippe II « un éloge qoi peint à la fois le despotisme du maître et la bassesse de ses courtisans. » Ce que je voudrais le moins suspecter, c'est la sincérité même de la louange» avec le caractère fort connu d'un tel écrivain. La flatterie d'Ercilla n'a rieu de plus exagéré qu« les vers adressés à Bl™e de Monlespan par La Fontaine, le moins courtisan de tçus les hommes :

Favorisez les jeux où mon esprit s'amuse !

La^Temps, qui détruit tout, respectant votre appui,

Me laissera Tranchir les ans dans cet ouvrage : ,

Tout auteur qui voudra vivre encor après lui,

Doit s*acqnérir votre suffrage. ^

C'est de vous que mes vers attendent tout leur prix.

Et plus loin :

Olympe, c'est assez qu'à mon dernier ouvrage Votre nom serve un jour de rempart et d'abri; Protégez désorinais le livré favori

J'ai été nourri dans votre palais, et cet avantage, quelle considération ne m'assure-t-il pas encore l II prêtera de la délicatesse à mon style pesant et la beauté de l'art à ce qui va sans ordre. Oui, animé par tant de motifs, je consacrerai ma plume aux fureurs de Mars ^ Prêtez roreille, seigneur, à mes récits: car la plupart des événements m'ont eu pour témoin fidèle ■.

Le Chili est une province fertile et renommée dans )es célèbres régions de l'hémisphère austral. Il est respecté des peuples les plus lointains, pour son courage, sa supériorité et sa

Far qtii J'ose espérer une seconde vie : Sous vos seuls auspices, ces vers Seront jugés, malgré Venvie, Dignes des yeux de runivers.

(CBnvr. compl. de La Fontaine, édit. P. Dupont, 1896, Fablei, t. II, p. M.) Boileau, Bacine, Molière ne payaient-ils pas en éloges leur bienrenue à la cour de Louis XIV et la protection du monarque? et si les esprits sévères ont peine aujourd'hui à s'aceoDiinoder de tous leurs panégyriques, est-on bien en droit de contester la loyale franchise de ces beaux génies ? Ercilia, timide et respectueux devant le roi Philippe, son maître, lui exprime toujours sa pensée dans ses écrits avec uue dignité calme et virile, et il croyait certainement, d'une croyance convaincue, à Taction toute-puissante et mystérieuse de la royauté; en invoquant son protectorat littéraire, il admettait à coup sûr, pour elle, ùa titre et une inQuence de prérogative. U n'y avait dans son âme aucune de ces faiblesses d'adulateur qui choquent si vivement chez quelques poètes de l'empire romain, et qui sont devenues si étrangères à la moderne république des lettres. Cependant quelque jugement que Ton porte sur les éloges accordés par le poëte espagnol à Philippe II, il ne lui dit rien qui ressemble à la version de Merlhiac : ■ Monarque heureux et puissant, vous dont les sages décrets règlent les destinées des deux hémisphères > (p. 67). 11 ne déclare pas non plus que son récit exact et vrai est ■ embelli de quelques ornements. » Toutes ces parures de style sont étrangères à Ercilia.

1 « La pluma eotregaré al furor de Marte. * Entregaré, ^e livrerai, je consacrerai. M. Winterling traduit heureusement:

* weih' ich die Feder Mavors grimmer Wuth. - ^ t

«Cf. Virg., Enéide, II, 5-6:

Quxque ipsa miserrima vidi '' "' " " '

Et quorum pars magna fui

Cf. Araucanaf XII, 71. — Le poëme d'Ercilla qui ne manque pas d*allusions à sa propre existence, est rempli du souvenir des grands événements de son époque ; mais l'écrivain se gloriQc surtout de raconter en historien véridique, les aveatures cle guerre et de conquête dont il a été lui-même le témoin oeulaire. C'est au m« chant que pour lui commence le r6le nouveau de narrateur môle aux incidents qu'il décrit et dont il fait dans son litre la déposition fidèle pour l'avcDir,

puissance. Ia nation qui Thabitc est si hautaine, si fière, si brave et si belliqueuse, qu'elle n'a Jamais été gouvernée par des rois, ni soumise à aucune domination étrangère-

C'est du nord au midi que le Chili se développe. Son rivage immense est baigné par la nouvelle mer, qu'on appelle la mer du Sud. DeTaurore au couchant le pays se resserre. Son étendue est de cent milles quand nous le mesurons dans sa plus grande largeur ; mais en longueur il embrasse sous le ciel antarctique Tingt-sept degrés, et se déroule jusqu'aux lieux où l'Océan et la mer chilienne mêlent leurs eaux par un étroit passage ^

vm

Ces deux vastes mers qui ambitionnent de se réunir en franchissant leurs bords, battent les rochers et élèvent leurs flots ; mais il leur est interdit de se confondre. A ce point seulement elles divisent la terre et peuvent communiquer entre elles. Magalhaens, seigneur, fut le premier homme qui^ frayant ce chemin, lui donna un nom^.

1 Sismondi, Littérature du Midide t Europe^ t. III, p. 458, a montré ici une grande séTérité envers notre écrivain. \\ cite cette octaTe» en raffaibliwant un peu. Paif Il se contente d'ajouter : « Sii a'itrea strophes, du même style à pen près, compièteot la description du Chili et de TArauco. Ereilla n*a point senti qu'en poésie il fallait peindre un climat ou une contrée, au lieu de la mesurerti Ces autres octaves aaiquelles Sismoodi fait allusioa, renferment de fort belles images qui relèvent on peo l'aridité de quelques détails. Mais si austère que soit la critique de Sismondi, celle de M. Wioterling est plus inflexible encore. Il supprime les octaves 7, 8 et 9. Il est facile de voir cependant qu'Ercilla y attachait une haute importance. Dans d'autres parties de YAraucnna (eh. xviii, xxvii, xxxvi) il aime à décrire les lieux qo'il a parcourus ou que la science lui a fait connaître, et quelquefois ses peintures sont très-développées. Les poëtes du xri* siècle mettaient un grand prix à paraître savants; l'érudition était à leurs yeux la sœur du génie, et ils ne négligeaient aucase occasion de dérouler leurs connaissances, sans qu*ils parvinssent toujours à les fosdre dans le tissu de leur poëme avec d'bannouieuses proportions. Mais nous detoat ajouter que si l'écrivain espagnol insiste sur des descriptions abrégées par Winter* ling et blAmées par Sismondi, c'est que le Chili et l'Arauco étaient alors encore beaucoup moins connus qu'ils ne le sont de nos jours, et il suffit de nous reporter au Prologue d'Ercilla pour nous en convaincre : « La tierra es tan remets y apsrtada y la postrera que los Espaftoles han pisado por la parte del Perù, que no ^ puede tener délia casi noticia. » Cf. supr.^ p. 5.

> Ce fut au service de l'Espagne que Magalhaens (que nous appelons Magellto;

VABAUCARA. *7

Par la faute des pilotes, ou pour une cause mystérieuse^ importante peut-être, mais ignorée, cette route secrète, déjà confit sa décourerte. CamoeDB repr(H*be mAme aaoAvigateor lotitoBiflii de iTétre BOo(r4 iafidèle à son pays, bien qu*il lui rende une éclatante justice 1 1

0 Magalhaans, no feito aonn vcrdaila PortuguAi, porem nao oa lealdadd.

(Os Lusiodas, X, 140). Il avoue on peu plus haut, qo», WÊéeomteiU éê êom ^Hneê, Magalbaens s*est frayé à Toceident une route dont reiistenee B*élait pas BéflM Mapçonnée. 11 est certain que Magellan usa du même droit que 6ébaalî«B Cabot* qai consacra tour à tour ses lumières et son eouiage aux inlérèls de PAiiglcIefTe et de l'Espagse, servant avec loyauté le souver«in dont il adoptait la rmmt, la qaitlaBt dès qu*il avait à se plaindre de son ingratitude, récompense trop ordinaire. MagalhacM ne jouit pas d'abord de toute sa gloire. Elle fut reenetUie par inan Sébastien ^1 Cano ou de Bleano, Ce fut lui qui ramena un des vaisseaux de la flotte, de Tîdore i San-Lucar de Barrameda (21 décembre 1521-4 septembre 1S2S). Ce navire i^appclait la Nao Victoria. Au départ de Magalhaeos (10 août IS19), la Victoria était commandée par Luis de Uendoza ; Magalbaens lui-même arborait soA pavillon sur le vaisseau la Trinidad. Eleaoo était alors simple eontre*niaitre à bord de la Corneepcion. Son rôle ne fut même pas toujours à l'abri dn reproebe. U prit part à la conjuration de Gaspar de Quesada contre Magalhaens dans la baie de Saint-Julica (avril i5iO) ; nnaisil ramena le seul débris de cette grande et glorieose expédition. Il acheva ainsi la première circumnavigation du globe dont StralKNi avait eoflipris la possibilité ; et lorsqu'il reparut en Espagne sar la Yicioria, il était presqae ea droit de montrer sur son blason, comme il le fit, le globe terrestre avee eelte orgueilleuse inscription : « Primus eireomdedisli me. » (Cf. Navarrette, t. lY, Madrid, 1837, et surtout M. de Humboldt, Géogr. du Noweau^ContinmUi, IV, p. 31S-33d). M. de Humboldt fait remarquer, à ce propos, le penebant qu'avaient le* célèbres navigateurs à conserver dans leurs armes le souvenir de leurs découvertes. Christophe Colomb plaça dans les siennes le tracé des terres qu'il avait trouvées ; Diego da Ordai, la figure du volcan d'Orixaba qu'il avait gravi avec intrépidité. Mail Elcaao ne devait pourtant pas faire oublier Magalhaens par ses contemporains. Sifdepnia, il eut part au succès de l'expédition dirigée par Garcia Jofré de Loayaa aaquel est dna la première découverte du cap Horn, il est vrai de dire pourtant qu'il ne faisait que représenter son amiral, tué par les sauvages, lorsque Cbarles-Qutnt le combla Inî. ^ même de faveurs et lui donna audience dans Yalladolid. L'intrépide navigateur, auquel don Ercilla vient d'accorder un souvenir, a toujours obtfuu depoiale seizième siècle les respects et l'admiration des hommes. De nos jours même des hwinears tardifs, mais dictés par la justice, ont été rendus à Magjklhaens. Noqb lisons dans les feuilles publiques de 1866 t « On sait qu'après la découverte dn détroit qui porte son nom, Magellan prit possession de l'arcbipel des Philippines et i^uta ee riche fleuron à la couronne d'Espagne. Obligé de s'arrêter à Céba, avant qa'il «ût pu atteindre Luçoo, dont Manille est la capitale, U commit rimprodenca d'accepter le défi du cacique de Itlot de Mactan. Les lois du temps, si rigides en matière d'honneur, le eootràignirent à refouler les raisons qui eussent dû l'empèeber d'accepter ce combat impolitique. Avec cinquante Espagnols, choisis parmi les hommes les plus déterminés de l'expédition, il descendit & Mactan, ayant d'abord de l'eau jusqu'à la ceinture, cherchant son ennemi au milieu des mangliers qni bordaient le n^age.Tout à coup une nuée de flèches, lancées par des mains invisibles, s'abattit aar l«

nue, est restée cachée pour nous^ soit que Ton ait mal pris sa hauteur précise, soit qu'un Ilot déplacé par la mer orageuse et par un yent irrité, ait échoué à l'ouverture du détroit et l'ait fermé à nos yeux ^

(roupe imprudente, et le malheureux Msgellan, avec six de ses compagnons, tomba mortellement frappé. Les moines de Tordre de Saiot-Augustto qui accompagnaieut l'expédition, firent creuser une tombe à Tendroit même où Magellan avait rendu le dernier soupir, et depuis cette époque ceux qui leur succédèrent mirent tous leurs soins à entretenir pieusement ia croix sous laquelle reposait celui auquel l*£spagae doit la possession d*une de ses plus belles colonies. Grâce à rinitiative d*un officier de l'armée espagnole aux îles Philippines, le colonel dou Miguel Creus, un élégant monument en pierre vient de remplacer la modeste croix de bois qui avait indiqué jusqu*à ce jour le lieu oîile corps de HernaDdo de Magellau repose depuis 1521. • Ses grands travaux d*exploration u*ont pas manqué de successeurs, et tout récem* ment encore, un steamer à vapeur, le Cottlogon vient d'achever au nom du gouvernement français d'admirables études sur le détroit auquel le nom de Magalhaeos est resté avec justice.

1 Le père Acosta dans son Bistoria naturaî y moral de las Jndias (lit, tO) citée par M. Alexandre de Humboldt, Géographie du Nouveau-Continent, t. Ill, s'étonoe quo dou Ereilla ait pu s'imaginer que le détroit avait disparu par un phénonoèoe violent de la nature, et que la route frayée par Magellan vers les Moluques s'était refermée. Ereilla surtout pouvait-il douter de la permanence du passage, lui qui s'était avancé en 1558, sous les ordres de don Garcia, sur la côte ouest de la Pa(agonie, au delà de Chitoé, jusqu'au sud du degaguadero d'Ancud ? et cette erreur pouvait-il bien l'exprimer encore, lorsque, la même année, l'expédition de Ladrillero avait traversé le détroit f M. de Uumboldt reconnaît que la littérature de tous les temps est remplie de contradictions aussi difficiles à résoudre. Mais la distance de l'Aneud-box au détroit est immense 'et suffit pour nous expliquer l'ignorance ou l'incertitude d'Ercilla. S'il croyait que le passage avait été peut-être intercepté par une révolution physique, d'autres, plus incrédules, prétendaient encore, lorsque le père Acosta écrivait son Hifioire, en 1589, qu'il n'y avait pas de détroit du tout. En général, on peut affirmer que les extrêmes régions de l'Amérique méridionale étaient alors fort mal coonues. De Humdoldt a jeté de grandes lumières sur toute cette question : t Les ancieus géographes, dit-il, laissent flotter l'esprit. Tantôt ils semblent croire au passage d'une mer à l'autre au moyen d'un détroit semblable au détroit de Gibraltar. D'autres fois, ils parlent d'un cap qui s'avance, et cette considération semble les conduire à comparer les deux extrémités de l'Afrique et

du Nouveau Continent Des analogies de configuration entre l'Amérique et

l'Afrique avaient influé sur la confiance avec laquelle on cherchait un passage! la mer découverte par Balboa, les côtes se prolongeant, depuis le cap Frio, couatamment du N.-E. au S.-O. Ce passage pouvait avoir lieu ou en doublant un eap ou ea naviguant à travers un détroit. t^Mais les opinions du seizième siècle sur la véritable forme du sud américain ont été fort embrouillées. Aeosta lui-même combat ceux qui suppriment le détroit et pensent que la terre ferme se termine brusquement, qu'au delà il n'y a que des lies. Il tient pour certain que des deux côtés du passage il y a de la terre ferme, et que l'on ne sait pas jusqu'où s'étend la terre vers le sud. Ainsi donc, à une date où une caravelle de l'escadre de Loaysa avait déjà cons* tatéque la terre finissait par 55o de latitude, Acosta était convaincu encore que la Terre de Peu commençait un grand eontiuent austral, et il n'admettait pas d'ar* ehipel là où les derniers relèvements du capitaine King le constatent. D'autres erreurs nous figurent l'Amérique terminée en pointe sans qu'il y ait trace d'ua

LABAUCANA. 4 9

Le pays^ disons-nous, court du nord au midi. La mer le lave au couchant. Du côté oriental se dressent des montagnes dont la chaîne continue traverse un espace de mille lieues. Au centre est le foyer de la guerre ; c'est là qu'elle s'élève à toute sa perfection par le maniement des armes et par la pratique des combats ^ Là, Vénus et l'Amour ne trouvent^aucune place ; lày Mars furieux domine sans partage,

Dans la contrée que nous avons décrite, et qui se déploie avec toute cette grandeur, se trouve, au trente-sixième degré, l'État où se verse tant- de sang indien et tant de sang espagnol. Là^ est ce peuple fier et indomptable qui a placé le Chili dans une telle détresse, et qui par sa valeur et une lutte acharnée fait à l'entour trembler toute la terre.

xri

L'Arauco, et ce nom dit assez, tenait sous ses lois la plus grande partie de cette vaste région, avec une gloire, un ascendant et une autorité qui s'étendaient d'un pôle à l'autre. 11 mit les Espagnols dans ces graves périls que bientôt feront voir mes récits. Une ligne de vingt lieues forme ses frontières, et seize vaillants chefs sont les maîtres du territoire*.

détroit ou d'une île adjacente. (Cf. A. de Humboldt, lœ, eit,, t. V, p. S51-254). Après de pareils détailSf devons-nous être surpris de voir que don Ereilla, qui ne coitleste pas la découverte de Magalhaens, qui lui en rapporte toute la gloire, exprime quelque doute sur la seule permanence du passage et veuille eipliquer à sa manière l'intereeplion du détroit T

1 En medio et doade el punto de I« guerra . >

Por UM 7 ejereielo mas se aftna.

M. Winterling n'offre ici dans sa version qa'un équivalent affaibli

Dort selwt ihr den Schauplati liegen Von vielen mdrderiMhen Kriegen.

C'est ou ton de complainte substitué à l'accent héroïque des vers espagnolSf qot le tradueteur allemand a souvent conservé avec tant de succès. * Cette donxième octave est supprimée par M. Winterling,

%% LARAUCANA.

Oui, seize caciques ou seigneurs possèdent cet État superbe. Pour les travaux de la guerre^ ce sont les meilleurs qui soient nés de mères barbares. Défenseurs et remparts de la patrie, nul ne leur est préféré pour le gouvernement. Il y a d'autres caciques ; mais ceux-là doiveal à leur courage d'être les premiers qui commandent.

Au seigneur seul les vassaux doivent le tribut d'un service personnel, et seul il peut, à chaque occasion, lorsqu'il est nécessaire, les contraindre par la force à remplir leur devoir ^ Mais aussi la loi l'oblige à les instruire dans le métier de la guerre, avec tant de persévérance, de soin et de discipline, qu'ils deviennent à leur tour maîtres danà Fart qu'ils ont appris.

Voici une des pratiques auxquelles on soumet les enfants dès qu'ils la peuvent supporter et qu'ils ont les forces nécessaires. Us doivent, sans repos et sans arrêt, aller en courant par une pente âpre et pierreuse, et quand ils reviennent au point où finit leur épreuve, le vainqueur reç(Ht une récompense ^ Ils arrivent ainsi A être si légers et si robustes, qu'ils atteignent les cerfs sans perdre haleine*.

Dès l'enfance, c'est aux exercices du corps qu'on les oblige et

1 Ici commence dans Pépopée espagnole le tableau d'une sorte de féodaliié nDilitaire ; comme celle de r£urope au moyen âge elle présente ta même soUdariié dt droits et de devoirs. La description d*ErcilIa est bien menée. Sans suivre une dW)sion didactique, il nous fait connaître : 1» l'éducation guerrière et la ôiteipHae à» Araucans; î° leurs coutumes politiques; 3» les mœurs religieuses et le caraelèrc des indigènes; 4o Tbistoire du pays, jusqu'à la rébellion qui fait le sujet mène ^ poëme.

> Vous rencontrez ici dans la réalité de l'histoire un nouvel exemple de cette tn&k et forte éducation physique que les lois de Lycurgue encourageaient à Sparte (C(« Plutarq. AuxoOpYo;* xvi-xxi, édit. D6hner« collect. Didot, t. I, p. 58 sqq.. ctqiH< ches Xénophon {Cyropéd.j 1. I, ch. ii], n'est que le rêve et la fiction d'une politiq<x tout idéale.

' Cf. Tacite, de Aforib, German,^ cap. « : « In hos artus, in baee eorport q»« miramur, excrescunt. »• |

l'abaucaha. ai

qu'on les excite. Lorsqu'ils ayancent en ftge, oa les forme an métier àe la guerre et à ses durs travaux. S'il en est un qui donne indice de faiblesse, on le déclare inhabile à la vie des combats, et celui qui s'est signalé dans les anneS| reçoit un grade conforme à son mérite.

Les charges de la guerre et les premiers rangs ne s'obtiennent point par de lâches moyens; ils ne s'accordent pas à la noblesse^ ni au droit d'héritage, ni à la fortune, ni à une plus haute naissance. Un cœur intrépide, la supériorité de la bravoure : voilà ce qui fait préférer les hommes, voilà ce qui les Illustre, leur donne un titre ; voilà dans quelles balances on pèse les qualités et la valeur de la personne *•

Ceux qui sont voués à la guerre ne sont astreints à ancan autre service ; ils sont exemptés du travail et du labourage, et nourris par le vulgaire*; mais les lois leur ordonnent d'être, à point nommé, pourvus d'armes, et de les savoir diriger avec adresse dans les guerres et dans les combats anxquels ils sont appelés •.

Les armes qu'ils savent le mieux manier sont : les piques, Icb hallebardes, les lances et encore ces longues pointes auxquelles ils adaptent un manche et dont la forme est celle du stylet ; les haches, les marteaux et les masses d'armes, les dards, les jave-

* Il Mt difficile de ne pas reeonnaitre iei dans les Ten da poSte «oit ao relour «ur sa destinée personnelle, soit une allosion à des abos qui airaient froissé •oa esprit de justice. Ils dohs offrent contre les intrigues de la cour contemporaine une de ces satires indirectes que Tacite ue s'interdit pas toojonrs et qo*il sait se faire pardonner à force d'éloquence et de justesse.

* « U génie baja, » -* • la gente eonsan, • ^ « la gente barbare araucana • sont, chex Ereilla, des expressions synonymiques. Il emploie quelquefois aussi le mot « caoalla» dans le même sens, et il ne faut pas en confondre la signiAcstion avec celle du mol fraoï^is qui lui ressemble. (Cf. 1, Si s III. M ; V, 36; VIK, 48 ; X, 6; ZI> 53, 58.) Lorsque Ercilla vent parler de la foule avec quelque mépris, il ajoute au mot • eanalla • des épitbètes qui le caractérisent (Cf. XIV, 22) : « La beja y vil «uialla t la pile tnultUuie,

' « En las licites guerres y batalbs. • C« sont les guerref oatlojMlet preicrîlM Pv U ténu, par le eooaeU dci caciques.

loU, les flèches et les épieuxS les lacets d'osier et de fortes liaaea^ les frondes et les trabuquels pour lancer là pierre.

Ils ont emprunté quelques-unes de ces armes tout récemment aux chrétiens ; car une lutte continuelle et les soucis qu'elle fait naître instruisent l'homme et chaque heure devient pour lui un progrès. Les autres, ils les ont imaginées, selon les circonstances; aussi bien le besoin est un grand inventeur, et le travail opiniâtre est le père des ingénieuses découvertes*.

Us ont de forts et doubles corselets, armure commune à tous les soldats, ou une sorte de casaque qui, bien que moderne, est plus en usage ; des grèves^ des brassards, des gorgerins, des morions de formes et d'agencements divers, faits de peaux pré-

1 Le lecteur est tenté un instant de blâmer ici des détails trop techniques; m«is devons-nous oublier qu*ils semblent fort naturels sous la plume d*un homme de guerre et dans un récit de guerre, lorsqu'il s*agit de nous faire connaître tooslei moyens de résistance que les Araucans pouyaient opposer aux Espagnols? A défaut de cette raison qui suffit pour justifier le poëte, la véracité historique serait encore son excuse. On sait quel est le goût de toutes les peuplades primitives pour les armes de tout genre. Le capitaine Burton, dans l'ezeellent éenl que Mn>e Loreau a traduit pour la France, Voyage aux grands lacs de fAfriqut orientale^ 1862* constate les mêmes habitudes parmi les peuplades qu'il nous dépeint Il s^exprime en ces termes : « Dans l'Uzaramo, jamais les hommes ne paraissent en public sans un déploiement d*armes dont ils font parade ; ce sont, quand ils n'ool pis de mousquets, des arcs et des flèches empoisonnées, des lances «t desnm«s, Itrands couteaux pareils aux dagues des Somalis, et qu'ils fabriquent «ox>inèmes avec du fer qu'on leur apporte» (p. 99-100). Burtou et Speke nous fourniront encore d'autres, traits de ressemblance entre les Araucans et les tribus africaines dw< ils ont visité le territoire et étudié les coutumes, en cherchant les sources '■ Nil.

s « Laios de fuertes mimbres. » Wiuterling, dans sa traduction, commente ce pesage avec une heureuse brièveté :

Aucli Schlingea fur des Feindes Hais und Fuss.

9 Souvenir bien placé de l'antiquité classique :

Labor oiAnia vineit

Improbus, et duris urgens in rébus «gestas.

Virg., Gtorg.^ 1, 14fi-l««.

L'infiuence de l'antiquité est en général plus visible dans la première partie ai 1 Araucana, celle de l'Italie dans les deux dernières.

parées et d'un cuir*i dur qu'à peine Vacier le plus fin le b«irait percer^.

Chaque soldat est tenu d'apprendre ijne arme seulement et de s'y exercer, celle pour laquelle, dans son enfance» il a montré un penchant plus décidé*. C'est la seule qu'il s'attache i Bavoir manier avec une adresse toujours croissante : celui qui lance la flèche ne s'embarrasse pas de jouer de la pique, ni la soldat a la pique, des flèches ou de la masse d'armes.

Ils savent établir un camp, et se montrent en bataillons bien rangés, distincts et fermes'. Chaque file est formée de plus de cent soldats. Entre deux rangs de piques, les archers, sans suivre

1 Cette oetaTe et! omise par Wiiiterting. Krcilla insiste pourtant avee raison nr toutes les ressemblanees et les différences que les armures des Artueans présentaient avec ceJJes des Espagnols. De pareilles peintures étaient alors d*un intérêt géoéral, à peioe affaibli de nos jours.

< Cette obligation n'excluait pat la Tariéfé des aptitudes et le libre eboli de la carrière. Eo cela, il y avait une grande opposition entre les Àraueant et les Âg^ptiens caractérisas par Bossuet : « On faisait mieux, dit le grand écrivain {Diic, nr FBist. univ., 3 • part., cbap. m), ce qu'on avait toujours vu faire et à quoi on s'était aaiqueroen« exercé dès son enfance. . . et dans un si bel ordre, les fainéants na savaient oii se cacher. > Eu Egypte, Molière fût resté un tapissier et Câlinât un plaideur ou un. conseiller obscur.

' (f EscuaJro nés. » Lorsqu'il s'agit des Àraucans, ce mot signifie toujours hataiU Ions. Le poète I vi-mème complète quelquefois soa langage : « escuadron de infanlerifti (ch. XII, oct. 36). Les barbares n'avaient pas alors de cavalerie. Lautaro, le lieutenant de Canpo licau, du chef suprême de l'insurrection, voulait en créer une. L*on voit au chant «ii avec quel soin et dans quel but il s'appliquait à obtenir des chevaui. (Cf. XI, 5S5 ; xii, 19.) Il ne pouvait que difficilement poursuivre avec de simplet péonei\e% résultats de ses victoires. On voit déjà, au ehant xi, oct. 51, qu'il avait eu dit chevau x pour sa part de butin. Il en sacrifie un pour divertir ses compagnons «l'armes aux dépens des Espagnols. Au chant xii, oct. 15, dans sa conférence avee Marcos,il réclame des Espagnols douze chevaux comme tribut. Dans le même ehant, '^ct. 20 et 21, il fait parader devant Harcos et son compagnon ses six cavaliers « ehiU canos. a Les vues de Lautaro furent si bien suivies par ses barbares qu'aujourd'hui 1er troupeaux de chevaux sont une des principales richesses et l'une des forces de l'Aravcaoie. « Les chevaux qui descendent des chevaux espagnols ont fait de ces Indiens' des espèces de Tartares. GrAee i eux, ils se réunissent tout à eoup en troupes nombreuses, font des marches de 800 à ISOOkilonnètres, pillent le pays ennemi, et tê retirent rapidement avee leur butin. » (llnllebran,édit. Lavallée, t. YI, p. 721.) Lei assemblées des modernes Araucans se tiennent en plein air, comme «utrêfoitf'mait à cheval. (Cf. Orellie-Antoine !«», Son avènement au trôné et ta cu^tivité auChiUf Avam-propos, p. 4. — Cbap. i, de la Relation, p. 4.5.

aucan ordre, font de loin des blessure? meurtrières, sous la protection des piquiers, qui marchent à rangs serrés, comme je l'ai dit, Jusqu'à ce qu'ils puissent^ avec leur lance^ mesurer l'ennemi,

XXÏV

Si le bataillon qui commence la lutte cède à la force et est mis en déroute, un autre vole à son secours avec une telle vitesse, qu'il donne à peine le temps de s'en apercevoir. Si celui-ci est rompu, un autre attaque brusquement, et, lorsque le premier a rétabli ses rangs, il ne peut quitter sa position avant de connaître le sort des soldats engagés ^

. Us cherchent à s'environner de marais' pour effrayer et faire périr les chevaux, et afin d'y trouver eux-mêmes quelquefois un refuge, s'ils viennent à éprouver une défaite. Là^ ils peuvent se reformer à l'abri des périls, et font du mal ' sans qu'on puisse

1 Admirable préeision du ityle d'Rrcilla ! Huit vers sufâsent aa poète pour ooos peindre les mouvements de trois bataillons. Winterling commente fort bien les deux derniers -rert de TociaTe S4 :

Doeh eher nieht den Kampt besiimet,

Àls bit tie ttebt, das nun dar Feind die Schtaeht ^ewinnet

Le bataillon rompu ne doit pas pouvoir s'attribuer rhonueur d'une victoire remportée par d'autres combattants, et il ne peut revenir à la charge que si renneni est vainqueur aussi du deuxième et du troisième bataillon.

t Nous n'oserions croire que ce soit cette octave que Gilibert de Herlhiae, trompé par une allitération « Pantanos • ait voulu rendre par ces lignes de son ouvrage : « Les Araucans font quelquefois alliance avec les Patagons, dont les chevaux causent beaucoup d'effroi à tous les peuples de ces centrées; c'est ausû dans le territoire de cette nation voisine quMls vont se réfugier, lorsqu'ils éprouvent quelque revers. Ce pays, presque inaccessible à une armée offensive, leur offre de grandes facilités pour recommencer impunément leurs excursions (p. 73). > Nous aimotu mieux penser que ce sont là des détails nouveaux de géographie et d'histoire qn'il ajoute au texte d*ErcilIa, comme il a fait déjà au début du poëme. (Cf. supra^ p. 12, note I.)

S « Ofenden. » (Cf. Supra^ oct. 23. (V^interling traduit fort bien, en changeant un peu l'expression du texte :

Von dort aus kônnen ihre Bogenschûltea

Uns ungerochen manchen Schaden Ihua durch Pfeile.

Le génie rusé des barbares éeUte déjà dans ce» détails. Il apparaît mienx encore plas loin, oel. 81-St, an deuxième ehant, dans le stratagème ourdi par CnapolicaB pour s'emparer de la forteresse de Tueapet, et dans tons les piégea ai Tnriét qa'imagine Lautaro pour s'assuree la victoire.

yAKÂUCANA. 15

leur nuire. L'emplacement perfide et ses nombreux obstacles

empêchent l'approche de nos troupes.

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