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ces peuples ^ A nul autre que lui elle n'appartient à plus Juste titre ; et il est bien de célébrer sa mémoire, puisqu'il est parvenu à pousser aussi avant son épée. (Test lui qui a remporté dans l'Arauco cette gloire que personne Jusque-là n*fivait pu obtenir. Il mit sur la tête de ces hommes altiers un Joug pesant, et changea leur liberté en servitude.
Arme seulement de la cape et de Tëpée, mais secouru par son génie, en peu de temps il rassembla une nombreuse et brillante élite* de braves compagnons ', et, avec un plan arrêté, d'une ftine intrépide, il prend directement la route du Chili, décidé à trouver dans cette attaque ou le succès d'une œuvre difficile ou la fin de sa' propre existence *•
Durant une route longue et âpre, il se vit tourmenté cruellement, par la faim» 1a soif et le froid ; mais^ avec une fermeté digne de son entreprise, il déploya dans ces travaux toute sa valeur guerrière. Une heureuse fortune, un destin prospère le conduisirent au cœur du Chili, malgré tous ceux qui s'efforcerent de l'arrêter et qui ne prirent les armes que pour se perdre eux-mêmes ^.
i L^existence de ValdîTîa présente deux époques, celle de la eonquète, dont II est le héros I il sut asservir le Chili ) celle de finsurreetton, doDt il fut la Tietime. C'est donc ici le véritable point de suture entre les deux premiers ehautsdu poëme d'Ereilla.
t Telle fut l^origine de bien des fortunes espagnoles au Mexique et an Péroa, et lorsque le pcëte parle de buena gente, il ne trompe personne. L*on sait ce qu'étaient la plupart de ces brigands audacieux*
8 Vous retrouvez encore ici un souvenir de Virgile t
in ulrniii<)ue paratbs, "•*'* '
8én verMre doit», leu cerW occumbere moril. '
; {Énéidet ii> •1*0.) ^
be coàntos eslorbarlo procuraron
Que en su daûo las armas levantaron.
Winterliog ne rend pas le dernier vers, comme s'il n*était à ses yeux, qu'une ré* pétition du précédent) mais t en su dafio • s'applique aux adversaires de Valdiviâ et donne à Poctave une idée de plus.
A son entrée, il eut avec ces nations batailles et rencontres périlleuses, en différents lieux et à maintes reprises. Les résultats parurent longtemps douteux ; mais à la fin les Espagnols virent triompher leur courage, et, grâce à leurs vaillantes mains, toujours secourus par la destinée, poursuivant la guerre avec vigueur, ils occupèrent la plus grande partie du territoire.
Ce ne fut pas sans de graves dangers ni sans perdre beaucoup des leurs, que, pressés de toutes parts, ils soutinrent six années de lutte, n'ayant parfois que des racines amères et sauvages pour nourrir leurs corps épuisés; mais aussi ils firent tomber les armes des barbares et les soumirent à la volonté espagnole. Une inébranlable bravoure et un héroïsme inouï leur donnaient dans les fatigues des forces nouvelles ^
Depuis, Valdivia marche en conquérant. Tout cède à son courage et au tranchant de son épée. 11 soumet à ses lois les Promaucaes, les Gurios, les Gauquenes, race belliqueuse, et, traversant le Mauleet le fougueux Itàta, il arrive jusqu'à TAndalïen *. Là, il fonde cette ville célèbre, entourée de superbes remparts, qui en peu de temps fut si heureuse et si infortunée '.
Toute la seconde moitié de cette octave dans la versioa allemande est faible de style, familière et sur le ton de la ballade : So trieb sein gûnatiges Gcschicke Ihn worwûrls slets und nie zurijcke, Bis er luletst trois allem Widersland Itn Herzen Cbili'a sich befand.
C^est un défaut, je le répète, qui se rencontre rarement dans cette belle et savante traduction.
1 11 est encore difficile de comprendre pourquoi Winterling a fait disparaître cette octave où les obstacles de Tentreprise sont signalés à c6té de la gloire du succès. * Winterling traduit : « V^ar es bis an den BergAndalican gezogen. » Mais il ne s'agit pas ici de cette montagne. VAndalican est nommé plus loin par le poëte lorsqu'il raconte les progrès ultérieurs de Valdivia (oct. 6Î), et, à ce passage, Winterling traduit fort bien « andalicanische Gebirg. » Mais cela même aurait dû l'avertir de ne pas confondre deux objets différeots et distingués par TécrivaiD, une montagne et une province.
s Allusion à la ville de Penco ou Concepciofif deux fois ruinée par les Araucani dans répo|>ée d'ErelUa.
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Le héros eut à livrer une bataille sanglante où il fut sur le point de périr ; mais Dieu lui porta secours dans ce péril, comme il l'avait soutenu dans tous les autres. Je laisse aux écrivains à qui ce rôle est confié, le soin de donner à ces événements un récit plus étendu. Là fut pris le barbare Ainavillo^ l'honneur et le chef des Pencones ^
Valdivia vainqueur parvient aux bords célèbres du Biobio qui sépare le Penco de l'État indompté, et roule Jusqu'à l'Océan, accompagné du Nibequeten, vaste fleuve, et de plusieurs autres tributaires '. Puis^ avec une rapide et nouvelle ardeur^ le conquérant, suivi d'escadrons en bon ordre et bien formés, franchit les rochers escarpés d'Andalican, et foule aux pieds la fertile terre d'Arauco.
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Je ne veux pas m'arréter davantage à ses exploits. Non ; mon désir n'est pas de faire naître l'ennui. Ma pensée est de glisser rapidement sur l'ensemble, pour ne pas imiter l'indiscrétion des importuns. Tel est mon dessein et mon plan. Aussi ]e me borne à le dire, avant que les guerriers de l'Arauco fussent ré-
1 Ainairillo précède Caupolican dans le cummandement de l'Arauco. Sun r6le n'appartient pas au cadre du poëme. C'est Caupolican qui en est le héros. Son devancier périt victime d'un guet-apenB, et fut empoisonné parles bpagnols (Ct. chant II, oct. 38).
s Le commencement de cette octave fait souveuir des beau vers de Dante :
Siede la terra dove natafui
Su la marina dov' il Po di»cende
Per aver pacc co* seguaci sui.
{Infemo, V.)
Les vers d'Ercilla ont Tabondance et la grandeur expressive de l'italien :
De aUi llegô al fainoso Biubio El cual divide à Penco dcl estado, Qne del Nibequeten, copioso rio, T de olros viene al mar acompanado.
V^inlerling est resté bien loin de ces formes vivantes :
Und der sammt dem Nibequeten .J .
Und andern Flûssen nach dem Meer hineilet.
C'est le géographe qui succède* au poêle et au peintre.
4« .L'jUIACCàMA,
daiU en^eryitttde, il y eut tant de batailles que, deyant leur nombre infini, Je renonce à les compter ^
Lxrv I
L'inyasion reçut un puissant secours de Terreur où étaient ces peuples ignorants^ lorsqu'ils virent portés sur des animam dociles ces bommes qui, par un miracle ou par un uoyen' étrange, semblaient être venus des régions célestes. Troublés par l'explosion soudaine de la poudre * et par les terribles n-
* Ereilla avait [gans doute un astre motif eocore pour n'entrer ici dans anemi et' tâll. U a*aTait paà htalsté à cette première conquête du ChiU «Idc ta pln»belli* qneuM province ; il ne vit même pas cette partie de la goerre d'insarrection q«1 racoate dans let quinze premiers chants de son po^me. Ce n'est qu'à la fin daqoiisième chant et depuis le seizième surtout qu'il prend lui-même part iractiou elli^ Tient le témoin des faits qu*il rapporte.
S « TiroB. B Mousquets et canons. — La plupart des .historiens et des poètes espagnols du temps ont décrit la même épouvante et aussi Tétonnement des nitarels devant la merreiUe des vaisseaux espagnols :
De cet ebAleaux ailés qui volaient sur lei eaux. Dans w pièce intitulée El nuevo mundo deseubierto por CrUtàhal Colam, Lape de Vega a su peindre avec une rare naiveté les impressions de ees peuples primi* tifs à la vue des étrangers, de leurs navires, de leurs chevaux et aux dètonatiwtf de leur artillerie (act. II, se. ii). Juan de Castellanus, dans son immense et confuse épopée Etêffiaê de varone$ illustres de Indiae, n'a pas manqué non p(as de BOUS décrire la surprise des Indiens de San -Salvador devant les vaisseau arrivés soas U conduite de Colomb par la route des eaui :
Salian i mirar nuettros navios
Volvian i lot bosquet etpantados, : j
Huian en eanoas por lot riot.
No taben que hacerie de turbadot:
Entraban j salian de buhiot,
Jamis de eilrana gente visitadoi ;
Ningun entendimienlo tufo IIots
Poder adevinar cota tan nueva. (Eleg. I, caaio i.)
Animés à la résistance par la voix de leur chef, les sauvages, dit-il encore, poussent de grands cris, saisissent leurs arcs, leurs javelots, et marchent bravemest i l'ennemi ; mais le seul bruit des armes à feu les fait disparaître :
Por alto tiran el artilleria
Laeual biio que nadie loe aguarde
Metiéndoie por bosquet y por brenat
T por concavidadcs de las penas.
Como nubelque grande crecimienlo
De pluTïas & lot ojot représenta, ^
Pero la fuena teea de algun viento «
Sot eiearoi vaporei ahuyenla
Dejando tin aquel Impedinwnto
Los canpot con el toi que lot calienta;
Ansi la bateria de lot traenot
Ahuyentaron Indiot destot lenos.
' Fué la rùatica gente diverlida,
Sin que su rey piidiese detenellot. (i6td.)
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rages de ces coups inconnus, ils craignaient les agresseurs comme des dieux immortels qui combattaient avec la foudre étincelante.
Les exploits héroïques des Espagnols ajoutaient à la croyance qu'ils ne mouraient pas. Les ennemis les plus superstitieux annonçaient par les maux présents ceux que l'avenir apporterait encore ; et ainsi, chancelants, incertains, irrésolus^ voyant à des signes trop manifestes qu'ils allaient être écrasés^ les Araucans, sous le nom d'union fraternelle et de foi jurée S se soumirent à Tohéissance pour la première fois.
Après avoir assuré leur conquête par une garde suffisante, les nôtres poussèrent leurs courses plus avant. Tous les peuples, à la vue de TArauco assujetti, se livrèrent sahs résistance, elles vainqueurs, étendant leur empire sur une immense contrée^ fondèrent sept villes florissantes, Coquimbo, Penco, Angol et Santiago, l'Impériale, Villa-Hica et la cité du Lac ^ .
i C*était comme la paix romaine : « Ubi sotitudinem faciunt pacem appellant. • (Tacite, A^ric, XXX). Cicéronnf était pas moins explicite que Thistorien des empereurs lorsque, devant le Sénat, il reyendiquait contre Antoine les droits de la li^berté publique et préférait même la guerre civile à une paix abjecte et au calme des esclaves : « Et nomen pacis dulce est, « s'écriait-il, » et ipsa res salutaris; sed inter pacem et servilutem plurimum interest. Fax est tranquilla libertés : servitua malorum omnium postremum, non modo bello, sed ^morte etiam repellendum. » Philipp., Il, 44.
Mais l'expressiou pax nostra était entrée dans la langue vulgaire 4es historiens, pour désigner la paix donnée par les Romains, c'est-à-dire resclavage. Cf. Tacite, (A»i'ia/.,XlI»cbap. 23.) Il dit en parlant des Bretons: « Qui pacem nostram metuel>ant. • Les Bretons ne craignaient point la paix, mais la paix telle que Rome la faisait aux peuplesalliés ou vaincus. Dans la plupart des autres écrivains, romana pax avait fiai par signifier l'empire romain, étendu partout où ses lois étaient eonsenlies et re«pectées par Punivers devenu esclave. Sénèque, de ClemerUia^ I, 4, : «Hic casus romana pacis exilium erit ; hic tant! fortunam populi in ruinas a(;et. • Pline, XXVII, I : • Immense romance pacis majestate. a Au seizième sàcle, TEspagne a reproduit et souvent exagéré contre les peuples du nouveau eontiueut la politique des vieux maîtres du monde.
> Cette simple énumcration désigne les villes fuudéds par Valdivia sur toute la c6te du Chili. Les envahisseurs allèrent du nord au sud, suivant la marche des lucai, et se portèrent plus loin qu'eux. La villa du Lac esl Valdivia, le terme de la conquête* Sur toute» ces belles colonies espa(raoles doat U plupart devaient disparaître, Cf. Infra, t. II, Suppléments historiques.
io.
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L'heureux succès, la victoire, la renommée, les possessioni qu'ils acquirent, leur inspirèrent un tel orgueil et une vaDité telle que dix hommes n'auraient pu tenir dans un espace de mille lieues ^, et il ne leur passait jamais par la mémoirt qu'en sept pieds de terre il faudrait à la fin renfermer toutes ces pensées présomptueuses, cette vaine gloire et ces vaines prétentions * I I