‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 81 sur 124 · L»ARAUCANA · texte numérisé non relu

L»ARAUCANA

laissent les Espagnols entrer librement et sans résistance. A peine les ont-ils recueillis au milieu d'eux, que la haie de guerriers qui s'élait séparée, se referme et derriùre elle ensevelit les chrétiens K

Comme le caïman affamé, quand il aperçoit une troupe do poissons qui viennent, en meute turbulente, fendre le cours des eaux et troubler tout à Tentour l'onde limpide, ouvre avec précaution sa gueule immense, y laisse entrer sa proie, et, resserrant tout à coup ses vastes mâchoires, l'extermine et satisfait sa faim insatiable ^ ;

Ainsi le petit escadron est enveloppé dans les rangs homicides et disparaît en peu d'instants, sans qu'un seul chrétien puisse échapper à la mort ^. Et déjà l'armée des Araucans s'avance docile aux sons rauques de la trompette. Avec un bruit formidable, d'une marche régulière et hardie, elle attaque de toutes parts les Espagnols.

1 Brièveté de narration qui ajoute à la (erreur.

s Comparaison neuve et hardie, puisée dans la nal-jre même de rAmériquc, comme le pseudo-Ossian puisait les siennes dans le climat du l'Ecosse. Chateaubriand, Iprçqi'il place en Amérique la scène de ses fictions, emprunte également aux divers phénomènes, aux forêts, aux animaux monstrueux des fleuves de ces régions loin« taiues la plupart de ses belles et pittoresques similitudes. Ainsi veut-il peindre deux guerriers qui luttent avec rage Pun contre Taulre et cherchent à k'él«off«r dans leurs bras serrés par la colère, Thabile coloriste s'exprime en ces mots : « Sur les rivages du Nil ou dans les fleuves des Florides, deux crocodijes se disputent an printemps une femelle brillante : les rivaux s'élancent des bords opposés du fleu\e. et se joignent au milieu. De leurs brai ils se saisissent; ils ouvrent des gueules effroyables; leurs dents se heurtent avec un craquement horrible; leurs écailles se choquent comme les armures de deux guerriers ; le sang coule de leurs mâchoires écumantes et jaillit eu gerbes de leurs naseaux brûlants : ils poussent de sourds mugissements semblables au bruit lointain du tonnerre. Le fleuve, qu'ils frappent rfc leur queue, mugit autour de leurs flancs comme autour d'ua vaisseau battu par la tempête. Tantôt ils s'abîment dans des goufi'res sans fond et continuent leur lutte au voisinage des enfers; un impur limon s'élève sur les eaux ; tantôt ils remontent à la surface des vagues, se chargent avec une furie redoublée, s'enfoncent de nouveau dans les onJes, reparaissent, plongent, et semblent vouloir éterniser leur épouvantable combat. » (Les Nat^hes, l. III ; é lit. Pourrat, t. XXIÎ, p. 75.)

3 Ce premier essai de bataille fait prévoir quel sera le sort de tonte l'armée. Le cercle des barbares Ee ferme et se resserre autour d'elle avec une rapidité effrayante.

91 L ARAUCAHA.

Le bataillon de Maréande, échauffé par le carnage, se hâtait d'un pas plus audacieux. En le voyant ainsi rapproché, Valdi\ia qu'un premier échec n'a point abattu ordonne à son lieutenant de choisir les plus vaillants soldats, et de fondre sur Teonemi d'une course impétueuse; mais dix Espagnols seulemeu: osèrent opposer à la mort leur front héroïque.

Contre le bataillon terrible des barbares ils se précipileot sans peur et la bride flottante. En heurlaot rcnnemi, chacun des dix retire vingt fois sa lance ensanglantée. Un seul fui renversé de son cheval. La poitrine ouverîe et livré aussitôt aoi horribles frissons et aux dernières angoisses de la mort, il tombe à terre sur sa blessure et expire '•

Et les neuf autres ensuite tombèrent à leur tour, mais après avoir fait des aclîons si éclatantes qu'elles ont obtenu les plus justes droits aux louanges de l'éternelle renommée. Ils moururent tous les dix, ne laissant d'eux-mêmes que des tronçons, après avoir d'avance vengé leur trépas. Aussitôt la trompette espagnole retentit et donne le dernier signal de l'attaque '.

Les nôtres se précipitent avec une telle furie, les dents serrées et en pressant leurs lances ^ que, de quatre batailloos,

« « Sobre b Uaga en liem eajô muerto. »

C'«&t L'harmonie imitative de Daate, lorsqa*il peiut la chute de soa propre corps:

• E caddi eomo corpo morlo c«de. >

{Jnfem., c. V.)

OU p1fii6t c'est l'accent eipressif de tous les grands maîtres dans l'art d'écrire.

ï Le premier signai a été celui de l'attaque de Bo^adilla; le second a été donoé P^r le sargento. Celui-ci est le troisième. La troupe de YaldÎTia engage, hélai! foo iJeruier combat.

^ îititu n'avons pu conserver intégralement l'expresson originale :

« Los dienles y las lansas apretando« »

L AHÂUGAMA. ff

ils forcent le plus redoutable à reculer pendant an long espace. Ils frappent et blessent, renversent et massacrent; Jambes, bras et têtes volent sous leurs coups. Mais rien n'émeut les barbares. Bientôt ils ont recouvré la plaine et nous repoussent à leur tour.

C'est une lutte où il s*agit de la vie ou de la mort. Que Dieu pardonne à celui qui tombe dans cette mêlée ' I De part et d'autre le choc est si violent que dans les deux armées une foule de guerriers succombent. Le terrain est mis à haut prix et chacun le défend à outrance. Personne ne veut faire un pas en arrière. Des torrents de sang inondent la prairie et en rougissent les vertes herbes.

Sous la violence des coups homicides, les armures les mieux trempées se brisent en retentissant, et des plaies affreuses découvrent et mettent à nu les entrailles palpitantes. Les têtes séparées de leurs troncs roulent sur le sol ensanglanté; un reste de souffle vital les anime; leurs yeux menaçants se meuvent encore, et déjà frémissent leurs lèvres contractées.

Mot à mot : « Serrant leurs deuti et leur» lances. • Ce genre d'association de mot*, nous rarons dit (Cf. iupra^ oct. xxi, note 3), est plus dans le Roût des langues anciennes que dans celui de notre idiome. Horace a pu dire a^ec une heureuse brièveté :

.... Jam galeam Pallas et sgida

Currusque et rabiem parât.

(Od., 1. 15.)

La prose latine avaît elle-même de ces hardiesses. En p< riant des femmes germaines. Tacite nous rapporte ce liait de leur courjge :« Cibosque et horlamina pugnaulibus gestant. *{De morib. Germon., Vil.) Mais le français se prête peu à ces arrangements elliptiques. Nous avons cité un passage de fiossuet. Casimir Delavigne, dans sa cantate des TroyenneSj fait dire aussi aux captives des Grecs :

Deboot, noua teraerona aux convivea joyeux Le Tin, TiTrease et l'arrogance. »

(ŒuTrea coœpl., édit. Delloye, 1136, p. 594.)

Userait facile de réunir plusieurs traits analogue»; ce sont là, dans notre langue, des hardiesses exceptionnelles,

i Généreux sentiment de pitié et de religion qui émeut profondément dans la peinture d'une bataille.

L'implacable acier des deux armées ennemies a partout répandu la couleur du sang. L'attaque est toujours plus furieuse. Seul l'épuisement des forces ralentit le combat. Mais personne n'aspire à un autre repos que le repos suprême de la tombe *; et le moins intrépide met tous ses soins et toute son ambition à ne pas mourir sans vengeance.

xxxni

 l'aspect du trépas et du sort qui les attend, la rage suscite dans les nôtres une force si extraordinaire que les Araucans, au déshonneur et au préjudice de leur nation, perdent toute la plaine, et à la fin montrent leurs épaules aux vainqueurs. L'air retentit au loin de ces cris : « Victoire ! Espagne ! Espagne ! ■ Mois l'invincible et dure dcstiaée ^ fit naître un étrange incident pour exécuter ses arrêts.

Valdivia avait pour page le fils d'un Cacique renommé *. Chéri de son maître et comblé de ses faveurs, ce jeune homme était alors de service auprès de lui. L'amour de la patrie enflamme son cœur, à la vue des siens qui se retirent à la hâte. D'une

t « Vlinguno alli prétende olro reposo

Que el ûUimo reposo de la muerte. »

Deux beaux vers qui se graveut dans la mémoire et ne s^ea effacent plus.

s «Incontrastable.» Si ce terme u*est pas latin, il est du moins tout formé du latin, et répond à une fort belle épithète de Virgile :

Ineluclabile faluin.

(En., VIII, 3S4.)

S Ici le poêle introduit sur la scène un nouveau personnage, Lautaro, le héros des f|iiinie premiers chants de l'épopée, et le plus grand des chefs barbares après Caupulkàn Ceii Lautaro qui fait triompher l'armée araucane, tant qu^il est à la tète dii« guerrier», A peine le héros succombe-t-il, que la fortune change et rend à rivspa^uo! les faveurs. Ainsi, dans l'économie de VAraucana, Lautaro est chargé de ' bartie heureuse, du r6Ie de la victoire. Ercilla fait ressortir tout d'abord sa nai»- "" reieTçe, son courage, son éloquence entrainantepl achèvera le portrait du 1 la lui de ce troisième chant, oet. 87.

voix vibr^nle, il se met à les exciter et s'efforce de les ranimer par ce langage :

« 0 nation aveugle, et que Tépouvanlc gouverne l De quel côté se tournent vos poitrines craintives ? La gloire que vous avez acquise en dix siècles meurt ici avec tous vos exploits. Aujourd'hui perdent leur puissance, qui jamais n'avait élé profanée ^ vos lois, vos statuts, vos privilèges. Vous étiez maîtres, hommes libres et redoutés; vous restez esclaves, écrasés et avilis.

« Vous flétrissez vos nobles nncôtres et vos descendants ', Vous faites à un tronc généreux une incurable plaie, une souillure; vous y greflez l'opprobre d'une honte éternelle. Voyez à quelle impuissance vos adversaires sont réduits; comme leur haleine est épuisée ; comme les flancsde leurs chevaux battent avec violence, inondés de sang et baignés de sueur !

« Âh! ne renoncez pas à l'usage et à la coutume que noua tenons de nos aïeux. Ne laissons pas tomber ce nom d'Araucans du sommet de la gloire à ce degré d'infamie. Fuyez le joug pesant et la servitude. Opposons un cœur intrépide à la fureur du glaive I Pourquoi montrer à l'ennemi ces fortes épa^ules, que vous ne savez que soustraire aux périls.

« Gravez mes paroles dans votre mémoire. C'est une aveugle et honteuse crainte qui vous égare. Laissez de vous au monde

1 t JamAs violada. •L'expression est exagérée à dessein par Laiitaro; les Araucani ont déjà subi l'oppression ; mais cette honte du pasic serait ((Thcc«; pour rux, s'ils osaient revenir sur leurs pas et saisir la victoire. Leur sulccs total. lirait leur patiic dans son ancienne fpltndtur et dans son indépcnitancc.

S Tout le inonde te souvient d'un semblable rappruchcment de mots, si propre à et flammer le courage du désespoir, et que Tacite met dans la bouche de Gal^'acufi, le héros des Calôdoniens : • Pruinde, ituri in aciem, et majores vestros et pos« leros cogilate. • {Agric, xxxii.)

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une renommée impérissable^ en délivrant votre sol assujetti. Revenez ; ne refusez pas une si grande victoire. C'est le destin qui vous seconde et qui vous appelle ; ou du moins arrêtez vos pieds fugitirs, et vous verrez comment Je meurs pour vous défendre ^ »

Aussitôt il brandit contre Valdivia^ son maître^ une lourde el forte lance. 11 veut donner un grand exemple^ et faire naître l'espérance parmi les siens, et, pour les mieux persuader, il court à raltaque.Il se jette au milieu des piques espagnoles, comme un cerf que la chaleur dévore, se jette dans une onde fraîche pendant les heures brûlantes de l'été^ et cherche un abri contre les feux du soleil dans le cristal des eaux *•

Au premier choc, d'un seul coup, il transperce un guerrier; il en frappe un autre au milieu du flanc, et, quoique la terrible lance fût d'une grosseur énorme, le fer sanglant sortit par l'autre côté. L'Araucan bondit, se tourne et retourne avec une agile souplesse. Il atteint à la cuisse un troisième soldat; la pique robuste s'y brise, et laisse dans la blessure un large trongon.

i Les haranguei forment un des cfttésies plus brillauis du poëroe d'Brcilla. Celle de Colocolo, AU cbaDt II, celle de Caupolicau que nous allons bientôt enleudie (cet. 77-81), et le discours que vient de prononcer le vaillant Tanacona sulGraieni pour justifier noire assertion. Lautaro cherche d'abord à piquer le point d'hono«or des Araocans. Puis il leur montre la facilité du succès. Que de motib puisunti n'ont-ils point pour revenir sur leurs pas et pour braver les Espagnols I La gloire de leur nom, la liberté, la renommée à conquérirl Enfin il termine par un argument tout personnel, celui de Texeisple. S'ils veulent se couvrir de honte, lui, do moins saura mourir en combattant sous leurs yeux.

< Ereilla, quand il écrivait ces vers, ne connaissait pas la belle similitude du Tasse :

« Non è 81 gralo ai caldi giorni il luono Che speranza di pioggia al inondo apporte, Como tu caro aile feroci genli L'alleru siion de' bellici iilrumenti. >

{La GertuaL liber,^ canto 1, 71.)

Les deux objets romparos diffèrent uu peu, mais le sentimont est le même cbei tes deux poëtes, et, sansTobslacle des dates, nous pourrions croire ici à une inlelli)!eule imitatiou. La première partie de VAraucana parut eu 1569; la Ceruêalemme est de 1575. S'il y a eu un Imitateur |Ce serait donc le puëte italien.

L'AKAUCÀNA. 97

Privé de son fer destructeur, il saisit à l'instant sur le sol une dure et pesante masse d'armes. La mort ou les blessures suivent ses coups, il mutile, il renverse^ et bientôt il a. rendu libre à Tentour un large espace. C'est surXui que se concentre alors la bataille entière. Toute autre poursuite cessé; à lui seul est donnée la chasse par les vainqueurs; mais d'un saut léger, il les évite de toutes paris, et, au lieu de Tatteindre, ils frappent en vain les airs.

XLH

A-t-on jamais entQndu, a-t-on lu jamais dans les histoires anciennes un trait si étonnant, qu'un homme du parti des vainqueurs les ait quittés pour passer aux vaincus, et que le courage d'un adolescent barbare, sa seule vaillance, ait pu arracher violemment aux mains des chrétiens une aussi grande victoire * ?

Non^ les deux Publius Décius, qui sacrifièrent leurs jourt pour une patrie bien-aimée, ni Curtius, Horace, Scévola ou Léonidas^ n'ont fait éclater autant d'héroïsme, ni ceux qui, dans les guerres les plus acharnées, ont conquis un renom illustre avec le glaive, Furius, Marcellus, Fulvius, Cincinnatus, Marcus Sergiu», Philon, Scéva ou Dentatus.

Dites-le-moi : ces hommes fameux, qu'ont-ils fait qui se puisse égaler à l'action de ce barbare ? Quel projet, quelle bataille ont-ils hasardés, où, pour le moins, les chances ne fussent douteuses? Quels risques ont-ils affrontés, quels périls, sans

1 Cette octave et les quatre suivantes ont été omises par M. Winterling. Hais on se demande avec j^toupement pourquoi l'habile traducteur a supprimé le plaidoyer d(i poëte eo faveur du courage des vaincus ? On se demande encore, et avec le même sentiment de surprise, pourquoi il veut enlever à un écrivain du seizième siècle ce caractère, qui est le propre de toute Tépoque, de montrer un peu sa science historique, comme ailleurs il aime à étal«r son savoir en géographie. (Cf. Arauc.f ch. XXVll)? 11 ne s'agit pas de refaire ou de réparer un vieil ouvrage avec le goût épuré et susceptible de nos contemporains, mais de reproduire une graude création avec la livrée même de sou siècle et de l'imagination qui Ta fait naître.

que la soif du commandement ait poussé leur ftme, ou qu'ils aient été sollicités par ces grands intérêts qui inspirent aux timides eux-mômes la bravoure 7

Beaucoup entreprennent des actions audacieuses et s'oITrent avec intrépidité à la mort, avides de réputation ou de vainc gloire; mais ils ne savent pas supporter un échec éclatant lis se montrent pleins de constance et d'énergie^ jusqu'à ce qu'ils voient décliner leur destin. La vigueur d'Ame et la résolution leur manquent à la fois, dès que s'évanouissent les fragiles faveurs de la fortune.

Mais lui, c'est le décret du sort, c'est la fatale sentence prononcée contre sa patrie, qu'il confond et soumet à. une discussion nouvelle; entîn il suffit à Ja faire révoquer, il tient télé à la fortune et aux destins, triomphe de leur volonté expresse, s'oppose à la furie du vainqueur, et rend la victoire à des soldais effrayés.

XL Vil

Déjà le sol était jonché d'armes, et le combat inégal engagé avec toute son ardeur, lorsque le sage Caupolicàn se retourne à l'appel de cette voix amie, et ensemble ses guerriers s'aperçoivent, la honte, le courroux et la rage dans l'âme, qu'un jeune homme résiste seul à ceux que tant de monde n'osait affrontef.

Il arrive parfois que des gens pleins de cœur^ surpris à l'improviste, il arrive qu'en des lieux où tout semble à craindre, des hommes qui pensent être ignorés, se dérobent aux luttos, aux rencontres périlleuses, et prennent la fuite; mais s'ils se voient reconnus par celui qui marche derrière eux, ils reviennent sur leurs pas, tout irrités, poussés par la honte et contraints par l'honneur *.

^ ErcilU montre daus tes Yen une grande connaissance du cœur bomain, cl sa pensée nous frappe autant par sa justesse que par l'éclat de ses formes. Il d« ooo-

L ABAUGANA. ' 99

Ainsi les Âraucans se retournent et attaquent leurs vainqueurs. Ils font briller les armes qu'ils ne brandissaient plus, et, à grands cris, promettent tous do mourir, La terre Iremble et gémit sous le choc impétueux des deux troupes rivales; elles versent avec une fougue aveugle et une farouche bravoure le saDg appauvri qui leur restait encore.

Diego Oro terrasse Painaguala. De sa lance il lui a traversé la poitrine ; mais Caupolicân l'observe, et ne le laisse pas jouir longtemps de cet exploit. D'un mouvement oblique, il soulève sa massue de fer, et le coup furieux va droit à son but. Le heaume du guerrier se remplit à l'instant ie la cervelle fumante qui l'inonde.

Après celui-là, il en étend par terre un autre, si défiguré qu'il fut impassible désormais de le reconnaître. La tûte armée du casque, la place entière où porta la massue, resta broyée. Valdivia et Ongolmo se rencontrent. Ils se précipitent à l'attaque tous deux à la fois. Valdivia blesse Ongolmo à la main. L'Araucan n'a frappé qu'un coup inutile.

LU

L'Espagnol passe d'une course rapide et furieuse. Il ne s'arrête pas davantage à ce barbare, et pousse aux lieux où, dans un conflit terrible, le jeune et intrépide Leucoton, seul contre Reinoso et Juan de Lamas, défendait l'honneur de son parti.

(este pas le sentimeut du devoir; mais il sait combien Thonneur est pour lui un excellent auxiliaire, et que nous cherchons souvent « la gloire et les applaudissements dans le devoir. » (Massillon, Petit-Carême^ édit. Deschanel, p. 1$3.) N'estce pas la même vérilé que le prince de Ligne exprime avec sa finesse habituelle et sous un autre aspect : « On est bien plus brillant devant Tennemi, quand on est avec des gens dont on fait du cas, surtout quand on n*a pas encore été avec eux dans le feu. On fait alors des prodiges, que seul on ne ferait peut-être pas autant, i» {Mémoires^ t. II, p. 258, édit. d'Ambroise Dupont, Paris, 1827.) Telle est la puissance àrxpundonor; il double la bravoure et souvent il la ranime daiis les cœurs

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Son adresse et son habileté soutenaient le combat inégal, et la victoire était en balance.

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Mais la lutte se divisa lorsque Valdivia survint à la place où elle était engagée. Aussitôt accourt une partie des troupes araucanes, pour appuyer et défendre leur combattant. Le carnage et la destruction se renouvellent. De côté et d'autre les guerriers s'entre-choquent. Une vaste rumeur s'élève jusqu'aux astres^ et de Facier, qui heurte Tacier, mille étincelles jaillissent.

Longtemps indécise, la victoire ne sait où fixer sa flottante préférence. L'air retentit d'un bruit affreux ; le sang inonde et rougit la terre. L'un ne demande et n'ambitionne qu'une fia honorable ; l'autre dans ses bras étreint son ennemi, et, pour lui donner plus vite le cruel trépas, sonde avec le poignard la route la plus facile.

A Juan de Gudiel il fut peu salutaire de s'estimer habile maître dans la lutte. Mal à propos et avec de vains efforts, il presse Guaticol, dont l'adresse est égale à la sienne ; et, à ce moment, Purén> le frère du barbare, qui se tenait près de lui, ouvre dans le flanc gauche de l'Espagnol, avec sa dague, uue blessure par où entra la mort en chassant la vie.

Andrés de Villaroel, affaibli déjà par la perte de son sang répandu, court au milieu des Araucans, et ne cherche qu'à tomber avec gloire. Juan de las Penas, horriblement blessé, pousse à travers les épais bataillons, hérissés de fer, et se place près de lui. La destinée les fait en môme temps égaux dans la mor(.

Le nombre des guerriers infidèles et celui des chrétiens étaient fort différents et ne pouvaient être comparés. Les uns

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savaient une armée immense; les autres ne comptaient plus que soixante combattauts. Enfin la mobile et capricieuse Fortune, cr^ui était toujours demeurée incertaine, pencha vers la race perverse et déclara juste, une cause réputée jusqu'alors le parti de ■.'injustice.

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