I.VIIl
Deux mille Indiens, soldats alliés, qui soutenaient la troupe €]e Valdivia, exercés à lancer au loin la flèche, augmentaient le liideux carnage, et versaient des flots de sang. Intrépides, ils accompagnèrent aussi à la mort les héros espagnols qui restèrent invaincus tant qu'ils furent animés d'un souffle de vie,
Tantôt d'un côté et tantôt d'un autre, le magnanime Valdivia montrait sa bravoure et son habileté. Il faisait avec le glaive lout ce qu'eût pu Taire le terrible Mars. Mais, à lui seul, il ne suffit pas pour arrêter le désastre. La plupart des siens ont succombé. Les autres voient approcher une fin certaine, et ne demandent pourtant ni merci ni trêve.
Deux à deux, trois à trois, tombaient les restes de la petite troupe, épuisée de sang. Et toujours la fureur des barbares s'accroit et lui annonce une fin présente. Déjà la faible poignée de braves était réduite seulement à quatorze soldats, mai«, inflexibles, ils ne voulurent pas se rendre et ne cédèrent qu'à l'impitoyable acier.
Valdivia restait seul, avec un prêtre qu'une mauvaise fortune avait amené dans ces lieux. A la vue de son camp détruit, de ses ressources brisées, de son faible cortège : « Puisque le combat m'est interdit, s'écrie-t-il, cherchons notre salut ailleurs. » Aussitôt il pousse son cheval de toute sa vitesse. Derrière lui s'élançait le ministre des autels.
Comme on voîl se soustraire aux chasseurs deux énormes et fiers sangliers, aux soies frissonnantes, que poursuivent les limiers agiles, avides du sang de leurs sauvages enneaiis : pour les atteindre bondissent les rapides et généreux lévriers, nour- | rissons de l'Irlande ; aussi vive est Tardeur, aussi légère est la coui-sc des Araucons qui volent sur les pas des deux chrétiens i in fortunés.
LXin
Puissant Felipe, le tourbillon des (rails que dardaient les barbares était semblable à l'ouragan qui précipite la gnle. Mais bientôt, à une courte distance, ils joignent les fugitifs dont un lieu plein de fange avait arrOté la course. Les barbares se jettent sur eux avec fureur. Chacun croirait perdre son iilre de brave, s'il était le dernier à saisir celte proie. Le prêtre est tué à l'instant môme. Ils outragent Valdivia et le traînent devant les Caciques.
Caupolicân triomphe de le voir vivant et réduit à cette misérable fortune. Avec le ton d'un vainqueur et d'un regard fier, il le menace et Tinterrogc à la fois. Valdivia répond en malheureux captif, et, d'une voix humble et soumise, demande qu'on ne lui donne pas la mort. Il jure de laisser l'Arauco jouir en liberlé d'une tranquille paix.
On dit que, touché de l'abaissement de Valdivia, Caupolicân fut sur le point de se décider pour le pardon. Mais un de ses proches, au cœur impitoyable, que le chef respectait à cause de son grand âge, s'écria ; « Pour ajouter foi aux paroles d'un homme qui s'est rendu, veux-lu donc perdre un temps si précieux et tous les apprêts de cette guerre? » Et, ajustant Valdivia, il lui assène un coup sur le crûne avec une forte et lourde branche de genévrier.
Le taureau furieux, al taché au poteau par de puissantes
LATIAUCANA. iOS
irroies, mugit, entouré de la foule limide qui le regarde jc surprise; l'adroit boucher, d'un bras exercé dans son , soulève son dur et pesant marteau, et le fait retomber avec ueur au point où la tôte se déprime par derrière ; l'animal bat, et expire en palpitant ^ :