CHANT IV
ioMMAimE.-— Quatorze Espagnols, venus de Tlmpériale, pour se joindre aux soldais de Yaldîvia dans la forteresse deTucapel, sont arrêtés au val d'Elicura par une embuscade des Araucans. — Ils ne se déterminent à revenir sur leurs pas que lorsqu'ils apprennent le désastre de Yaldivia. >- Lutte héroïque de cette poignée d'hommes contre les premiers assaillants, et bientôt aussi contre les troupes fraîches de Lautaro. — La moitié des Espagnols succombe. — Le reste est sauvé par une tempête qui épouvante les barbares. — Les Espagnols qui survivent vont porter à Puren la nouvelle du désastre de Yaldivia. — La garnison effrayée se replie sur l'Impériale. — Puren est abandonné aui Araucans. — Lau* tare avec une armée choisie et nombreuse va camper sur TAndalican. — Émo> tion produite à Penco par la mort de Yaldivia. — Villagran quitte la ville à la tête de ses soldats et marche vers la montagne où Lautaro l'attend avec ses guer« tiers.
Que la jastice est importante et belle I Mille désastres sont arrêtés par elle dans leur cours. Si le rebelle Arauco a pris une si grande puissance^ si tous ses habitants sont révoltés^ et s*il pousse à tel point sa fureur, c'est parce qu'on laissa fuir l'iicurc du cbâtîment. La maladie qui est négligée au début, exige à la fin des soins plus sévères.
Ce n'est pas vertu, mais vice et mollesse, lorsque d'une souffrance doit en sortir une autre plus douloureuse encore, que de n'oser traiter le mal avec le fer, si la nature même de la blessure l exige. Cependant que ce ne soit pas avec une telle rigueur que la clémence perde tout à fait son droit et sa force. Celui-là est bon et compatissant qui, sans crainte, coupe le doigt pour sauver le bras entier.
Je ne veux pas dire qu'à chaque instant la justice doive armer sa main du glaive, mais qu'elle le fasse suivant la gravité seule des faits, leur étendue, et selon les projets des coupables. Car nous voyons clairement que dans les misères présentes, la justice
lit LARAUGANA. l
Tut à l'origine lernie parla soif des richesses, et donna lien à la rébellion de jeter de profondes racines, de se fortifier dans ! les cœurs. I
Mais il ne faut pas comprendre ce devoir comme tel caractère léger qui s'abandonne au premier mouvement, qui, poar donuer vigueur à la loi, se rend inhumain, et, pour atteindre à la considération, devient sanguinaire ; ni comme cet autre, qui, frappant avec iniquité, sans but, sans cause et sans raison, par caprice et vain orgueil, ne veut laisser d'autre souvenir que celui de sa barbarie.
Ce serait ici une vaste et belle matière où ma plume pourra/^ prodiguer de curieux détails ; mais je ne songe pas à me plonger en un pareil sujet. Il offrirait des débats inopportuns et périiloux. Le temps doit tout révéler plutôt que mes vers dont peutêtre on soupçonnerait la déposition ^. Je dirai seulement, suivant la maxime des sages^ que là où manque le roi, les torts se multiplient.
Je reviens à mon propos, et laisse de côté tout récit d'injustice. Aussi bien c'est trop de peine que de jeter ses plaintes au vent du désert. Je vais parler de ces Espagnols, qui combattaient contre les fiers bataillons d'Àrauco, et conquirent un nom célébre, l'honneur, la gloire, par des exploits dignes d'être transmis à l'avenir.
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Leur action fut assez héroïque pour mériter une atteofio^ singulière, et il faudrait, pour la redire, un talent accrédité.
i Cette octave et celles qui précèdent contiennent sans doute une allusion au trti* tentent que don Erciila eut à subir dans Tlmpériale et dont il se plaint an chiot XXXVI de son épopée. La manière dont il.parle ici (oet. 4) « de ces caractères légers qui s'abandonnent au premier mouvement et qui, pour donner force à li ^^* se rendent inhumains,» répond en effet asses bien au ton avec lequel il s'exprime sur don Garcia, le jeune officier qui commandait au Chili les troupes espagnoles et dont le poète eut à subir la sentence irréfléchie. La fin de l'octave 5 nous montre encore rbabileté avec laquelle Erciila savait se placer sous le patronage du roi Pk«- Itppe II. "^ •* -
Non, je le déclare, il n'est aucun lecteur qui puisse hésiter à lui donner un rang parmi les plus grandes. Je veux y consacrer toutes les forces do mon style, bien que je doive me borner à un abrégé rapide. Je nommerai aussi les combattants; ils ont de justes titres à la louange :