‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 92 sur 124 · CHANT VI · texte numérisé non relu

CHANT VI

SoMMAimi. — Tableau de la déroute des Espagnolt. — Dangers de Villagran. — Résistance de quelques braves. ~ Cruauté des Araucaus envers les Indiens amis. — Destinée des Espagnols qui ont survécu à la bataille. ~ La plupart sont égorgés durant la fuite ou roulent dans les précipices. — Un petit nombre échappent à la fureur des barbares.

A une âme courageuse ni l'adversité ni les rigueurs de Tinconstante fortune ne peuvent présenter jamais des accidents assez terribles pour la forcer de subir l'opprobre. Tel se montrait alors Villagran. C'est par la mort, puisque tout autre moyen échappe à sa puissance, qu'il veut s'affranchir de l'affreuse route où l'entraînait sa destinée.

Ses soldats, pressant leur marche, se retiraient en masse confuse, lorsque, regardant d'où vient cette nouvelle et grande rumeur, ils voient par terre leur vaillant capitaine. Seuls, treize Espagnols, dédaigneux de la vie, retournent bride et viennent montrer leur visage. Ils déchirent les flancs de leurs chevaux, et se jettent en avant pour assaillir des milliers d'ennemis.

Avec plus de bravoure que je ne saurais le dire, le petit escadron, impétueux à l'attaque, fait dans les rangs opposés une large ouverture, et les chances du combat semblent se rétablir plus égales. Us se précipitent jusqu'au lieu où leur malheureux chef, que les coups ont privé de tout sentiment, gisait sur le sol, sans aide et sans secours, abandonné, au milieu d'un cercle d'Araucans furieux.

Chacun des adversaires en même temps veut être le pre-

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mier à le saisir et à mériter cette gloire éclatante. Ils étaient comme des loups dévorants qui s'acharnent sur une faible brebis égarée. Leurs hurlements sauvages et discordants forment une sinistre et déchirante musique» et cependant les mâtins du village accourent en toute hâte au bruit qu'ils font en tendre.

Ainsi les ennemis serrés entouraient l'infortuné Villagran Ils ne savaient comment lui donner la mort^ et s'embarrassaien les uns les autres ; mais les treize Espagnols» dans leur bouil lante valeur, bondissent et fondent à l'instant sur la troup( barbare. Déjà le sang qu'ils viennent de verser les inonde et lei rougit, le sang des guerriers qu'ils laissaient expirants der rière eux.

D'un rapide essor, et entraînés par l'amour de leur chef, ili volent au lieu où ils voient Villagran étendu. Leurs épées tran chantes et intrépides s'abreuvent de nouveau dans des flots d< sang. Les ennemis que le fer atteint, quittent la place. D'ui côté et d'autre ils se retirent à l'écart, saisis d'effroi . Quelques uns soutiennent avec plus de succès l'honneur de leur parti jusqu'à ce qu'ils meurent en le défendant.

Si un épais bataillon est* rompu et abandonne la lice aprè une rude épreuve, une seconde et plus nombreuse bande si forme aussitôt, et le môme poste est occupé par elle. Villagrai ne sortait pas encore de son triste sommeil; mais ses guerrier déployèrent un courage si actif et manièrent leurs armes ave tant d'agilité, qu'au moment où il se ranima,-ils purent le re placer à cheval.

S'ils eussent encore tardé quelque temps» c'en était fait d lui, et, à tout prendre, il sortit de là si maltraité, que, malgr les solides lames qui protégeaient son corps, tous ses membre étaient moulus et meurtris. Mais, réveillé tout à coup de soi

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issoupissement, dès qu'il aperçoit treize Espagnols à ses cOtéSy 1 oublie le danger qui l'entoure encore^ et se Jette à travers les piques menaçantes.

Au milieu de Tarmée ennemie, avec une incorrigible audace il s'élance. 11 est soutenu par la troupe d'amis qui l'accompagnent et qui écrasent le barbare dans leur marche. Ils frappent à coups pressés, renversent et châtient leurs adversaires avec tant de violence^ que les marques de leur fureur durent encore aujourd'hui, et bien des années dans l'Arauco survivra la méoioire de tel massacre et de tels ravages ^

Bernai atteint Mailongo en passant. Il lui porte avec vigueur de haut en bas un coup d'aplomb, auquel ne résista point le casque d'acier. Le tranchant courut jusqu'à la poitrine.

1 Le ▼!• chant de VAraueana est l'un de ceux auxquels Vf^inlerling a fait subir les plus cruels retranchemeuts. Il supprime d'abord les octaves 9, 10, 12, 13. Dans la 13e pourtant se rencontre une comparaison charmante, et au seul point de vue de la beauté d'imagination, il eût dû la conserver; puis il fait disparaître les octaTes 13, 18, 19, 20, 21. Il réunit en une seule les octaves 23 et 24. 11 efface encore la 32*, la 35e et la iS'.Yoyons si le goût exigeait tant de sacrifices, ou bien s'il n'y a là «]ue de simples mutilations du texte original. — Ici d'abord, la 9e octave est indispensable à l'enchaînement et à la clarté de la narration. Sans elle, nous ne saurions pas à quelle pensée intrépide Villagran se laisse emporter aussitôt qu'il a retrouvé ses esprits. La lOe nous montre ce. que peut la valeur de quelques braves même au milieu des désordres de la fuite. La 12e nous expose les sentiments qui agitent les Espagnols et les causes morales qui déterminent leur déroute. La terreur les précipite, et la 13e octave rend avec une grâce parfaite et à l'aide d'une excellente similitude, l'idée de cet entraînement contagieux qui propage avec une si grande vitesse les lâchetés aussi bien que les magnanimes résolutions. L'octave 15* fait ressortir, comme la 14e. l'héroïsme d'un retour offensif. Les octaves 18, 19 et 20 confirment ce que don Ercilla nous apprend ailleurs, dans sa Decla" racion de algunas cosaSf etc. (cf. infroy t. II, in calce)^ sur la barbarie des Indiens envers les Yanaconas, c'est-à-dire envers ceux des leurs qui se sont attachés au service des étrangers. La 21* octave, comme une foule d'autres, nous fait sentir avec une grande force un des côtés les plus affreux de la défaite pour les soldats de l'Espagne, la nécessité d'abandonner sans défense tous les êtres faibles et dévoués qu'ils auraient dû protéger et soustraire à tant de fureur. Aucune raison sérieuse n'imposait non plus à W^interling l'obligation de foudre en une seule octave la 23e et la 24e. La 23e, à laquelle le traducteur'n'emprunte que deux mots {pero alguno»]^ explique les raisons qui rendent vraisemblable le succès momentané d'une poignée d'audacieux. Les Araucans étaient dispersés et chargés de butin. La 32* octave ne devait pas être oubliée davantage. A la douleur de livrer leurs peone« aux vengeances des Araucans, va se joindre pour les Espagnols une douleur plus amère encore

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Aguilera pousse en travers son épée, et laisse avec une blés sure affreuse le valeureux Guamân ; déjà Tépouvante des W bares a frayé aux vainqueurs une large route; ils peuve::' s'élancer à toute bride.

Les quatorze héros se dirigent alors vers Tendroit où était !: reste de leurs compagnons. Troublés, en désordre, effrayés psr l'image de la mort, ceux-ci déjà commençaient le tourbillon c: la fuite. Villagran et les autres qui arrivaient ne suffirent j)£ à les arrêter, et furent impuissants à retenir l'essor impiiiQÉ par la peur; elle dominait avec trop de force tous les esprits.

L'Espagnol voyait les Araucans redoubler de bravoure et d'audace. 11 avait perdu toute espérance de vaincre. Les chevaui n'ont plus d'haleine; en vain l'éperon s'acharne et les fatigue. On s'écrie à haute voix.: « A la plaine : ne restons pas de la sorte renfermés dans cet enclos. » Et avec une terreur croissante, quelques-uns d'eux s'élancent éperdus.

Tel un troupeau de chèvres, habitantes des.'montagnes, lorsqu'elles sont refoulées dans un étroit espace où des chasseurs habiles les enveloppent et les poursuivent en les harcelant de leurs coups; à la vue du danger qui les atteint et qui les presse, l'une d'elles bondit et enseigne le chemin de la fuite, et les autres suivent la première. Ainsi nos soldats ouvrent la déroute*

Un, deux, et puis dix et vingt se débandent et courent vers

l'obligation de les frapper, de les écarter avec le glaire, pour asfturer leur proprt salut. Montrer ces infortunés repoussés par les Castillans^ horriblement blessés p)' les barbares, jouets de leur vinlence et livrés à des supplices divers, était-ce doK un tableau inutile et n'ajoute-t-il rien à Téniotion du lecteur? La 35e octave referme ces images lugubres qu*il n'eût pas fallu voiler. La suppression de l'octave 43' ne se comprend pas mieux. Elle est destinée à nous peindre l'abime où une partie de l'armée fugitive va se perdre, sans que les soldats, entraînés sur une pente terrible et abrupte, puissent le voir ni l'éviter. Rien ne saurait donc justifier les altération profondes apportées par Winterling au vi« chaut de VArc

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le bas de la côte, sans ordre et sans respect, d'un pas aussi précipité, que s'ils se hâtaient, sur gageure, vers le drapeau d'un hippodrome. Quelques-uns cependant, pleins de cœur, résistent avec effort. Le visage ferme, ils brandissent leur épée, combattent avec vaillance et ne regardent pas conmie leurs amis les abandonnent.

Ils ne songent pas à fuir, ils dédaignent cette ressource delà faiblesse et de la honte. Loin de là, ils continuent la lutte, et en disputent encore les résultats incertains. Leur héroïque intrépidité suspend le choc furieux des barbares et la sentence de l'inflexible sort qui s'est déclaré contre eux et qui veut les détruire*

xvr

Ils résistent si bien, si bien massacrent et exterminent, malgré Tarrêt de la destinée, que la valeur des Araucans semble décroître et la leur grandir dans cette difficile épreuve. Mais s'apercevant que leurs compagnons ont pris la fuite, et que tous rivalisent de vitesse pour disparaître, il leur fallut bien £:uivre la même carrière. Persister eût été folie, et non plus courage.

Je veuï remplacer ici mon chant par des pleurs amers. Ils conviennent mieux aux circonstances. A mon oreille retentit la triste plainte d'un peuple ami et d'un sexe innocent. Non, pour moi, être vaincu n'est pas aussi accablant que de voir pousser avec barbarie Tépée à travers les corps des vierges, des femmes, des serviteurs, dont les cris percent la voûte des cieux.

Les gens de pied^ tous ceux qui étaient attachés au service des Espagnols, suivaient le chemin avec rapidité. La crainte les rendait agiles, et donnait môme à quelques-uns plus de vitesse qu'il ne leur était nécessaire. Le trouble fait oublier à beaucoup toute leur adresse. Ils perdent la sûreté de leur marche, et de

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la côte roulent dans rabime^ les uns le corps brisé^ les autres dispersés en lambeaux. .

Un millier d'entre eux restent étendus sur la route. Des ruisseaux de sang arrosent la plaine. Les lamentations et les cris ' déchirent les airs, et leurs accents sinistres vont frapper le ciel. Hélas ! les gémissements et les plaintes, et les mains qui s'élèvent et se Joignent pour supplier, vainement sollicitent la vie^ ^ et demandent grâce à un barbare sans pitié et sans entrailles.

Il allait leur donnant toujours la chasse à coups redoublés^ et^ les poursuivant d'une course infatigable, frappait sans mesure et précipitait la foule impuissante, malheureuse, embar- ' rassée, qui adressait aux Espagnols d'inutiles prières, et réclamait d'un peuple ami les secours dus à l'amitié. Elle place sous leurs yeux, avec de justes instances, et ses droits et l'intérêt et ' l'honneur.

Quelle que fût la puissance de ces obligations, si un guerrier se retournait pour défendre la multitude, en voyant que les autres s'éloignaient toujours, il était réduit à s'éloigner comme , eux. Ni les hommes que l'on nommait des amis, ni les femmes auxquelles on devait le môme titre, auprès de ceux que leur unissaient l'amitié ou d'étroites relations, ne peuvent faire réussir les prières, les gémissements ou les pleurs.

Déjà les nôtres, sans s'arrêter jamais dans la carrière qu'ils rougissent de leur sang, avec une ardeur nouvelle accélèrent leur course, et à leurs chevaux qu'ils précipitent, livrent une bride flottante. Ni la voix d'une vierge délicate, ni les devoirs de l'affection ne les inquiètent. Une seule peine et un seul souci les tourmentent, c'est que leurs coursiers n'aient point d'ailes.

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Sourds et impitoyables à tous les cris^ d'un rapide essor ils mesurent la verte plaine. Quelques-uns cependant, émus de compassion à l'affreux spectacle de ce massacre inhumain^ enflammés d'une colère furieuse, se retournent contre l'armée araucane qui s'élançait et se répandait à flots de tous côtés, le plus grand nombre embarrassés par les dépouilles.

Résolus de mourir, ils reviennent porter aide au sexe timide et assaillent l'ennemi avec tant de \igueur que leur attaque coûte cher à plus de dix barbares *. Toutefois un tel exemple ne ramène pas les premiers fugitifs. Ceux-ci veulent des chances de salut mieux assurées. Ils n'osent aventurer leur existence, et plus ils s'éloignent des Araucans, plus ils croient leurs joui*s à l'abri.

Mais cette poignée de braves suffit pour rendre au combat de

1 c T de saerle en los barbaros se eitTaelven,

Qae à mas de dies la Taelta costô caro. •

'Winterling, k notre sent, s'est encore mépris sur la Téritable interprétation de ce passage. H traduit :

■ Und mischen dergeslalt sich unler die Barbaren, Dass mehr ala xehn es mit dem Leben bûssen. »

Ainsi, diaprés le critique allemand, ce sont dix des héros chrétiens qui succombent. Ils se sont plongés si avant dans la foule ennemie, qu'une partie d'entre eux eut à payer cher cette audace ; et la conséquence de ce châtiment est d'augmenter Tépouvante des fuyards ; ils se gardent bien de ne pas profiter de la leçoa, et, au lieu de suiTre un généreux exemple, ne songent qu'à mettre un plus vaste espace entre eux et les Indiens. L'ordre des idées nous paraît différent. D'abord c'e»! un petit nombre de guerriers chrétiens qui reviennent à la charge pour porter aide aux faibles et aux timides, ■ alguoos». Ils reviennent contre des ennemis dispersés et que le butin embarrasse, et nous ne saurions admettre que, dans la première attaque, leur coup d'audace ne fût pas heureux. Us engagent si bien l'affaire que dix Araucans sont abattus, et il est tellement vrai qu'ils sont victorieux un instant, qu'aussitôt le combat se rétablit et la mêlée se ranime des deux parts avec fureur. Ercilla le dit au commencement de Toctave suivante. Or, si dix soldats du petit groupe d'agresseurs étaient tombés, comment la bataille eût-elle repris de nouvelles forces? Hais quels que fussent l'exemple de leur bravoure et leur succès, la frayeur était si grande parmi les fuyards les plus éloignés, ■ los primeros », qu'ils n'osèrent pas revenir et aijnèrent mieux chercher leur sûreté en s'éloignant encore davantage.

ICO LAUAUCANA.

nouvelles forces ^ De part et d'autre la mêlée s'anime arec une égale fureur* Les guerriers se joignent et se heurteot,< poitrine contre poitrine, lance contre lance, épée contre épéc. Les chrétiens parviennent à se maintenir, parce que l'armée ^ araucane éparpillée pressait sans ordre les fuyards, et de touUsa vitesse poursuivait le carnage.

Telle une bande de corneilles dispersées qui dirigent leur vol à travers un ciel pur, s'il leur arrive de perdre une de leurs compagnes, comprennent avec tristesse, à ses cris redoublés, . qu'elle est prisonnière, se réunissent en battant des ailes e( descendent en cercle pour lui porter secours, tels les bataillons des barbares dirigent leur marche vers le tumulte.

Les Araucans, qui deçà delà couraient en sens divers, frappés du bruit et voyant s'élever un tourbillon de poussière, arrêtent la poursuite, et ensemble arrivent d'un pas précipité là où retentit le choc des glaives. Chacun des guerriers se porte avec agilité à la place où il doit apporter un secours plus utile, et tous, le fer sanglant à la main, entourent l'escadron espagnol.

XXVIII

La foule des barbares croissait, et avec elle croissait le fraca5 des armes et de la mêlée^Les nôtres au contraire voyaient leur ^ nombre diminuer ; personne ne venait les aider et les soutenir. Cependant ils luttent avec un courage inflexible, et nul d'eotie eux ne refuse le combat contre cent adversaires. Là ne se Tit ^ aucun Espagnol dont on puisse dire qu'il ait Un seul instant ^ oublié sa dette d'honneur.

1 c'est ici le troisième retour offensif d'un groupe d'Espagnols dans le récit '<e . leur désastre. Une première fois des hommes intrépides vont dégaj^er et sauver W \ général (oct. %). Mais la déroule devient compl(:te ; quelques braves résistent seos J (oct. 14} \ puis sont entraiués avec le reste. Le massacre affreux des Indiens aart ranime dans plusieurs guerriers d'élite un géucreux sentiment d'humanité, et il* i-evienuent contre l'ennetni (oct. 23} ; mais, après de vaint efforts d'héroisoM, »U * * sont réduits à suivre avec les autres la ro\kl^ douloureuse.

L»AnAUCANA. ICI

Comme s'ils avaient reçu du ciel l'assurance qu'ils ne pouvaient perdre la vie, ils bondissent en avant, et se jettent sans crainte à travers les armes furieuses et homicides. Ils tombent par terre ou renversent sur le sol, donnent ou reçoivent d'affreuses blessures. Le nombre des ennemis est supérieur et acca* blant ; mais l'Espagnol y supplée par sa bravoure et son audacieuse intrépidité.

Et de la sorte ils résistent, sans craindre ni la mort ni la sauvage furie des barbares. Ils soutiennent le choc et la violence des combattants, du destin et de la fortune. Mais enfin contre une telle multitude ils ne sauraient lutter davantage, sans aide, sans secours et sans appui. Ils ne peuvent que différer de mourir, et sont contraints de reprendre la route douloureuse.

Tout espoir semblait délire. Les premiers groupes de fuyards allaient comme le vent. La nécessité les réduisit donc, eux aussi, à recourir au môme moyen, et non plus à leur fière témérité. Beaucoup succombent au milieu du chemin, parce qu'ils ont perdu leurs coursiers. La respiration leur manque et le sang aussi qui laissait partout ses traces rouges sur la prairie verdoyante.

Les barbares à pied atteignaient les chevaux harassés et languissants, et sur les cavaliers rendus et renversés ils essayaient les forces de leurs bras. D'autres Espagnols, embarrassés par les piétons ^, oui, par les piétons mômes de l'armée chré-

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