‹ L'Araucana, poëme épique espagnol (volume 2)Chapitre 95 sur 124 · XVII · texte numérisé non relu

XVII

« Nous voirons que les Espagnols ont appris à Connaître ' poids de nos masses d'srmcs, puisque ni dans la plaine ni der rière les remparts ils n'osent plus nous attendre. Nous savoni aussi combien peu vaut le tranchant de leurs glaives, elqti leurs cuirasses n'opposent qu'une faible résistance aux coup^ de nos haches acérées. Quelles que soient la longueur et la fori^l

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de leurs piques, qu'oot-elles été en se mesurant avec les vôtres?

« C'est de vos intentions que je veux m'assurer ; car, pour votre valeur, vous m*en avez donné de si éclatants témoignages que les murs d'acier les plus solides, formés par leurs piques les mieux trempées, tomberaient devant vous, n'eussiez-vous que vos poitrines pour les renverser. Ainsi, plein de confiance, moi, le premier, j'obéirai à votre édit, je ferai valoir le droit que vous avez de soumettre l'indomptable Espagne et de conquérir toute la vaste étendue de l'univers.

(f Nous apprendrons bien quel est le Dieu de cette nation, et, s'il descend, comme ils le disent, des hauteurs de la voûte azurée, nous ne nous ouvrirons pas moins, le fer en main, une large et vaste carrière ; leur race, leur espèce entière, nous l'exterminerons. Armée divine et divin pouvoir, ruse et bravoure ne sauraient prévaloir contre nous, si tous ensemble nous formons un seul parti.

« Enfin, braves combattants, voici ma pensée. Je ne saurais mieux vous la faire connaître : le guerrier qui me veut pour ami, qu'il se déclare, il en est temps : car, dès cette heure, que celui-là me tienne pour son adversaire, qui veut se ranger au parti de la paix. » Il cesse de parler, et, après avoir de la sorte exprimé son avis, d'un visage serein, il attend qu'on lui réponde.

Pas un sourcil n'avait remué, et môme la respiration osait à peine prendre un libre passage, tant que dura l'orgueilleux discours prononcé par le magnanime Caupolicân. Lorsqu'il s'agit d'élever après lui la voix, tous les chefs échangèrent entre eux ces marques de civilité cérémonieuse que la courtoisie impose. Le premier rang appartenait à Lautaro, mais le guerrier

renonce à la parole, et Lincoya ae lève pour s'exprimer en ces termes :

«Seigneur, non jamais depuis que je vis dans ce triste monde, je n'ai ressenti une aussi grande joie qu'en voyant éclater les vaillants desseins, ta grandeur d'âme et les motifs qui t'inspirent. Aussi, ému par les glorieuses pensées, je me déclare ton esclave et ion captif. Je ne voudrais être roi ni de la terre ni du ciel, s'il fallait ici mettre un terme à la guerre.

« Et^ en témoignage de mes paroles, je jure entre tes mains de te suivre et de l'accompagner partout. Ni fatigues, ni dangers, ni revers ne me feront jamais retourner le yisage vers ma patrie. Voilà, seigneur, une promesse en laquelle tu peux ôtre assuré. Tout manquera^ tout se brisera dans VaniNeTS, avant la parole et le serment qu'un homme tel que moi Va donnés pour gage. »

Il dit, et après lui, cédant aux prières des caciques, se le^a le bon Peteguelén, vieux Curaca*, terrible dans la colère, doux, humain et affable dans la paix. Amaigri par l'âge, il est ferme encore dans sa taille et dans son maintien. C'est à ses ordres qu'obéit la délicieuse et fertile plaine où l'on délibère. D'une voix lente et d'un geste imposant, il développe ses conseils en de sages paroles* :

« Vaillant chef, invincible capitaine, je ne cesserai d'être au premier rang pour éprouver si cette cuirasse est solide, et si

1 ■ Curaca. » C'était le nom générique des nobles de Tancien Péroa. ErcilU donne ici, par extension, le même titre à un cacique d'Arauco.

Peteguelén a quelque ressemblance avec Colocolo. Tous deux ont même ugesse dans les conseils. Mais le dernier ne semble presque plus appartenir à l'acliou héroïque, et se réserve pour la délibération. Cf. oct. 33. L*au(re, au contraire, se méte encore avec éclat aux guerriers, et l'on peut voir à l'octave Zl*, eommeot il accueille les bravades de Tucapel. Cette variété dans la mise en tcène des caractères est l'une des graudes qualités d'Ercilla comme du Tane.

ma hache sait rompre Tacicr le plus dur. Mais, en homme expérimenté^ je puis te promettre que nous avons bien à faire avant que les Espagnols sortent de ce pays ; combien plus, avant d'aller en Espagne pour y porter la guerre !

« Il sera bon, seigneur, de nous contenter du sol que nous ont laissé nos ancêtres, et de chasser nos ennemis qui en gardent encore la plus grande portion sous leur puissance. Plus tard, le succès nous apprendra ce que nous aurons de mieux à faire pour régler nos destins. Telle est mon opinion. Que celui qui le voudra en propose une autre, s'il la juge meilleure. »

A peine le cacique a-t-il achevé, Tucapel s'avance, enflammé de colère, et sans respect, il élève ainsi la voix d'un ton superbe et audacieux : « Moi, s'écrie-t-il, l'Espagne ne m'effraye pas, et je veux ne point passer pour un homme, si, moi seul, je n'extermine les chrétiens, qu'ils soient des dieux ou de simples mortels.

« Les rejeter loin du Chili, les anéantir par la guerre, ne me suffira pas. Je veux, s'ils m'attendent, les enfoncer, les abîmer dans le centre môme de la terre*, et, s'ils prennent la fuite,

1 Avec Caupolicàa, Lautaro, Lincoya et ReDgo, Tucapel est assurément un des types les plus originaux que nous offre VAraucana, Mais son héroïsme est quelquefois, tout au moins dans la forme, celui d'un matamore. S'il se distingue par de grands exploits, il se vante d'en pouvoir accomplir de plus étranges encore. La jactance et Temphase que l'on a trop souvent reprochées à la nation et à la poésie espagnoles, éclatent ici dans ses expressions. Ercilla prête le ton, le souffle de ses compatriotes aux Indiens d'Arauco. Lope ne faisait-il pas de même pour les sauvages de Guanahani ? Dans « El nuevo mundo descubierto por Cristàbil Colon, « une rivalité d'amour a éclaté entre deux chefs, Dulcan et Tapirazu. Dulcan retient Tacuana malgré elle. Tapirazu vient réclamer son amante et la disputer les armes à la main. « Voyons, lui dit-il, qui de nous deux est le plus digne d'elle. Veux-tu prendre un rocher, un tronc d'arbre, nous en charger tour à tour les épaules, et voir qui de nous le portera plus longtemps ? Aimes-tu mieux, toi avec ton arc, moi avec une pierre, essayer à qui atteindra le mieux un but éloigné? Préfères-tu jouer de la massue avec moi? Ou, si tu veux, nous lutterons dans la science du ciel ? ou à qui peindra le mieux son arc ? ou à la course, à la chasse, à la pèche ? Enfin, je te défie à quoi que ce soit, dans ta maison ou sur le rivage. ■ — Dulcan :

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cette massue se fait an devoir de les poursaivre^ josqu'à et qu'elle les ait fait disparaître de ce monde. Que pei-sonne ne vienne donc ici nous parler de frayeur, et, en agissant de lasoriei je ne ferai pas même tout ce que je puis accomplir.

« le vous le jure par mon bras droit, si je puis soulever encore pendant deux ans cette .massue, en dépit du ciel^ avec mon fer. J'exécuterai ma promesse, et aucune de mes menaces ne sera démentie : je ne laisserai pas en Espagne un mur debout. Et môme mon courage grandît pour un plus haut exploit. Lorsque j'aurai mis au niveau du sol les cités de leur vaste territoire, j'appellerai au combat le ciel môme.

« Les destins ne sont que chimère. C'est pure faiblesse que de nous troubler et que de nous embarrasser de leurs arrêts. Quelle simplicité que de croire à la Fortune I La Fortune, c'est la force de nos bras. Toute la machine du monde et la citadelle céleste s'écrouleraient sur la terre et se réduiraient en poudre

f Mieux que tout ee qu'on racoute, ton exemple prouve aujourd'hui à quel point Tamour rend Insensé. Est-ce que, le soleil excepté, je puis redouter quelqu'un ? Est-ce que jamais mortel m'a défié? Pardoune, ô Soleill pardonne, car si je saisis eet homme, je le lance vers toi , et malgré lui je le fais entrer dans le ciel. Sais-tu, par aventure, que je suis Dulcan-Quellin? • — Tapirazu : « Et toi, ne sais-tu done pas que je suis Tapirazu? Tu oses traiter aiusi un cacique, souverain seigneur de sept rivières!... Tu me menaces de me lancer contre le ciel; et moi, si je te prends avec ce bras, je te lance au milieu de la mer, et même par delà. * — Dulcan : ■ Pour que nous puissions TÎvre en paix, il faudrait, eu eff-t, que Tun de nous fât dans le ciel ou par delà la mer. Laisse ta massue, me voici prêt. » — Tapirazu : • Laisse ton arc. • — Dulcan : < Le voilà à terre. Mais, fais-y attention, dès que je t'aurai enveloppé dans mes bras, tu tomberas brisé. ■ — Tapirazu : « Ta présomption m'amuse. Mai«, sache4e, mon souffle suffit pour t*anéantir. » (Trad.de M. Damas-Hinard, t. I, p. 247-248.) Le conflit des deux adversaires n*est ajourné qu'au bruit des détonations de rartillerie européenne. — Tucapel n'est pas beaucoup moins espagnol que Dulcan ou Tapirazu, lorsqu'il s'écrie :

« Que piemo, si me esperan, eonfundirlos

Bn el profundo centro de la tierra. »

Les poëtes qui font parler tous ces barbares 'semblent souvent renforcer i plaisir leurs expresaions et parler eomme avec un porte-toix.

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.vant que Tucapel dans cette entreprise ou dans toute autre lublie ua seul instant sa promesse. »

Peteguelén sentait s'enflammer de rage tout le sang que la vieillesse a refroidi dans ses membres. Il se lève et s'écrie : ce Arrogant I la témérité sans la prudence n'a jamais fait la bravoure..• » Mais Caupolicàn s'est aperçu assez tôt que la colère du vieillard s'est déchaînée. Il interrompt avec sagesse le cours de sa réponse, et provoque l'avis des autres caciques.

Purén et Angol se présentent tour à tour avec la môme jactance et le môme délire. Ongolmo ne pouvait manquer et ne manqua pas de montrer alors son orgueilleuse audace. Et déjà, de proche en proche , allait toujours grandissant le nombre de ceux qu'animait la même pensée de guerre, lorsque Coloçolo, qui prétait à toute chose une oreille atleDli^e^ élève la voix et s'exprime en ces mots :

c( L'ardeur de votre âge vous inspire cette furie, 6 mes enfants I et nous autres vieillards, nous, ne sommes plus utiles en ce monde que pour donner de sages conseils; car les fumées de la jeunesse bouillonnante et des années impétueuses ne nous offusquent et ne nous aveuglent pas, et ainsi^ plus libres, nous comprenons ce que, novices dans la vie, nous ne pouvions comprendre.

« Vous, chefs intrépides, enorgueillis par une seule victoire, vous en tirez une telle vanité, que les autres hommes ne sont presque plus rien à vos yeux. Calmez, ah I calmez vos courages émus et cette stérile bravoure mal gouvernée. Ne faites pas des Espagnols tel mépris; car ils vendent leur vie assez cher.

Sr2 L'âRAUCAMA.

« Si deux fois, par boabeur^ vous les avez vaincus, songei qu'à leur première invasion dans ces contrées, vous n'avez pu résister à leurs forces, et qu'ils ont remporté sur vous plus k cinq victoires. Dans les champs d'Ëlicura, vous avez vu ce que, à eux seuls^ quatorze Rspagnols ont pu faire ^. Ce ne sera donc pas une faible tâche ni une médiocre entreprise que de reconquérir la terre et la réputation que nous avons perdues.

(f Nous devons nous efforcer, par toutes nos ressources et toute notre adresse, à recouvrer notre patrie, et à nous aSraochir. Donnez moins de place à votre jactance. Elle peut nous perdre plutôt qu'elle ne serait utile à notre cause ! 0 Bîs de Leocân l si tu veux nous commander avec sagesse, je désire le donner un avis. Modère ce courage emporté, et avec une rauoQ mûre, songe à sauver notre avenir.

« Le projet le plus sensé et le plus convenable est de diviser l'armée en trois corps. Au môme instant, mais par des routes différentes, qu'ils fondent sur l'odieuse ville de Cautén. Elle possède pour sa défense des soldats vaillants, mais en petit nombre. Cette place détruite, il sera facile de raser Valdiviaque ne protègent ni le feu des arquebuses ni celui des canons.

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« Seule Santiago me donne quelque souci, mais par la saile nous chercherons les moyens de forcer les remparts de celte ville, et la Serena sera facilement renversée jusque dans ses fondations. Bien que soumise aux ordres du Destin, telle est la meilleure mesure que nous puissions adopter. » — Lorsque le prudent vieillard eut achevé ces paroles, à beaucoup il sembla que son conseil était salutaire.

4 Cf. tuprot ch. iT.

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Après lui se lève un autre Curaca, un magicien qu'appesantissait la vieillesse décrépite. Puchecalco était le nom de cet augure, estimé habile pour les présages. II jette un profond soupir qui s'échappe avec force de sa poitrine, et commence à parler en ces mots, d'une voix pleine de tristesse : « Le noir Éponamon m'est témoin de tout ce que je vous ai toujours dit et de ce que je vous dis encore.

« C'est pour un temps bien court que la liberté vous a été rendue^ et de cette durée vous avez goûté déjà la plus longue jouissance. L'arrêt ne peut être changé. Il est fixé par les astres, et^ pour vous perdre^ la Fortune a tourné sa roue. Songez-y, l'inflexible Destin vous appelle à une dure servitude et à des épreuves affreuses. Ah ! puissiez-vous du moins éviter tant de massacres ^ I

« L'air se remplit de pronostics. Les oiseaux nocturnes de leurs ailes au vol silencieux viennent troubler la clarté sereine

1 « Repirense & lo ménos tantas maertes. »

H. Winterling traduit heureutement :

« So sachet docb vor so viel Toden each lu relten. »

Puchecalco donne assez directement l'aYis de la soumission. Les insurgés éviteraient parla une stérile effusion de leur sang. Et c'es» la lâcheté de ce conseil qui Ta provoquer la colère meurtrière deTucapel. L*art divinatoire ne permettait pas au Curaca de lire dans sa propre destiuée, et ne devait pas le soustraire au coup terrible qui l'attendait. — La fatalité semble avoir, chez les Arancans, s*il faut en croire le tangage de Puchecalco, des arrêts beaucoup plus inflexibles que dans la doctrine des anciens. Dans i*antiquité, du moins, l'exécution de l'ordre immuable pouvait être ajournée par le désir ou par la volonté d*un dieu. Junon, irritée contre les Troyens, avoue qu'elle ne peut éTîter l'union d*Éuée et de Lavinie :

Immota manet fatis Lavinia conjax.

{En.y Vn, 314.)

Mais elle peut, par des retards, mettre obstacle à ces grands desseins :

• At trahere, atque moraa tantis lieet addere rébus. »

Au Ville livre de l'^n^tcf^, nous apprenons même que ce retard pouvait être de dix

8«4 LARAUCANA.

du Jour et n'annoncent que prodiges funestes. Les plantes, mi gré les sucs abondants que la terre leur envoie, ne produises plus aucun fruit et se dessèchent. Les étoiles, la lune, le sol^ nous prédisent nos malheurs, cent mille auspices lugubres \i révèlent.

XLU

« J'examine tout l'espace, et plus je le considère^ moins ji découvre d'où pourrait luire à mes yeux un signe consolateur Armé de son glaive, Orion menace déjà notre patrie d'une grande ruine. Jupiter s'est retiré à l'occident. Seul, le sanguinaire Mars domine la voûte céleste. Il dénonce la guerre future et allume le feu des combats sur la terre.

« Déjà la Mort furieuse, irrésistible, vient à nons la main haute et irritée : la Fortune, cette amie qui nous prodigue ses faveurs, se montre avec un visage différent. Éponamon, horrible, épouvantable, se plonge dans les flots de notre sang qui fume. Il étend sa serre recourbée, roidit ses muscles, et nous entrsdae à la plage mystérieuse. »

fucapel, outré de fureur en entendant le vieillard, ne? peut contenir davantage, « Je verrai, dit-il, si, avec ses orackN l'imbécile sait éviter cette massue. » En achevant ces mots,! lève son arme, la fait retomber sur Taugure et le jette si biec

années. Vuleain affirme à Vénus que, s'il eût connu ses désirs, Priani aérait pi régner dix ans encore :

« . . . . Similis si cura fuisset, Tam qiioque fas nobis Teucros armare fuisset ; Nec Pater omiiipolens Trojam nec fata relabant 8lare, decemque alios Priamum regnare per annos. a

Puchecalco, tout au contraire, déclare que les Araocans sont arrivés au terix fatal. Il est fixé par les astres. Leur liberté va expirer. Tout remède est io>' possible :

« Kudarse esta senteacia ja no puede. >

sur la poussière, que, depuis^ Puchecalco ne mesura ^ jamais le cours d'une planète^ ni ne dévoila les destinées de l'avenir.

Le meurtre que son bras avait commis donnait à Tucapel le goût du carnage. Il était tenté de fondre sur le sénat religieux, et j'ignore la raison qui le retint. Caupolicân, stupéfait et furieux, demeure un instant tout hors de lui-même ; mais déjà il a repris son sang-froid, et d'une voix forte et terrible il s'écrie : « Capitaines, qu'il meure ! qu'il meure I »

La foule des chefs éprouva moins de plaisir aux paroles de Caupolicân que le barbare dont la superbe impatience voyait s'avancer une si belle occasion. Le tribunal des caciques était élevé; mais le héros les fait si bien sauter de cette hauteur à l'envi les uns des autres, que de cent trente qu'ils étaient, en un instant il y en eut cent à se précipiter en bas, et lui ensemble s'élance derrière eux.

Ceux qui restèrent sur la haute estrade, sont les guerriers célébrés dans nos récits. Ils ne quittaient jamais leurs sièges ; et de là regardèrent ce spectacle avec calme. Devant tuk seul homme ils se souciaient peu de se montrer émus pour un motif aussi léger '. Cependant ceux qui s'étaient jetés d'une pareille élévation, eurent bientôt à regarder comme peu de chose le bond qu'ils avaient fait.

Couvert de sa fidèle cotte de mailles, Tucapel s'élance ainsi

1 Rivadeneyra écrit avec raison midiô dans son texte d'Ercilla, et non muàô, que donne l'édition de Baudry. Le devin n*a pas exprimé une seule fois la prétention de pouvoir changer le cours d'une planète. Winterling traduit avec justesse :

« Dass niemals mehr er ma$s den Kreislauf d«r Gestirne. »

S Ne les prendrait-on pas pour des sénateurs romains? On connaît rimpassibilité des sauvages. Caupolicân est rarement désigné, chez Ercilla, par une autre épilhète que celle de grave. Les chefs devaieot toujours paraître calmes, réfléchis et imperturbables, surtout au milieu des périls et devant la mort. Voyez, pour ce détail de mours, les belles peintures d« Chsileanbriand et de Fenimore Cooper.

«06 L*ABAUCANA.

qu'un ngile et souple léopard, au milieu de la foule épouvanlé^ l.e brave élargissait le cercle autour de lui. Les cris, lessifUelr dans ce combat inégal, les pierres, les épieux, les (lèches, k lances, les dards ennemis le poursuivent, comme s'il eût étéc taureau ou une bêle farouche.

Tel qu'un habile maître d'escrime a coutume de manier avei une adresse singulière le léger espadon, ses coups d'une er fréme prestesse frappent devant, derrière, à droite, à gauche plus vif et plus adroit encore, portant des atteintes vigoureuse) et toujours sûres, le fier Tucapel dans la mêlée se démène aTec son accablante massue.

Il ne se borne pas à maltraiter ses adversaires et à ïespri^^^ de mouvement; ce serait trop peu au gré de sa furie. U^e tient compte que des blessures faites aux infortunes qoe so" bras a réduits en une masse et en une pâte inerte. Il brise, !• mutile et broie. Ses coups sont un supplice ; il déboîte ou w/d/* l les os; il écrase et extermine. Les traits lancés pleuvent surs* tête comme un violent tourbillon de grêle.

Ll j

Mais sans crainte l'homicide barbare se jetait de tous côtés l travers les armes les plus menaçantes. L'on ne compte P**':1 bras et les têtes qu'il écrasa, les âmes superbes qu'en ce jour» i chassa de leurs corps. Gomme une pluie fine, sous ses coups, 'M sang et les cervelles bouillantes jaillissent dans les airs- /|M distingue ni parent ni étranger, et les enveloppe dans un ég^ trépas. I

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