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• Sic ail, et 4ict« ciltus taaiMa »f f» plnraL, ,
Oncclûqnc fu^ nobes, Màtm^m minnt. » |
S C^lour d'expression rappeUe encore nn ■HMvcacal deTiiple. Letdest f^*^
l'ABAUCANA. 219
XIH
La tempête avait cessé. Le ciel serein revêtait d'allégresse la plaine humide S lorsque d'un lumineux et agile essor vint dans une nuée une femme que recouvrait un voile beau et brillant *. Sa splendeur était si vive qu'au milieu du jour la clarté du soleil était devant elle ce qu'est auprès du soleil la lueur d'une étoile pâlissante *.
Bannissant leur effroi, la figure sacrée les rassura tous par son apparition. Elle venait accompagnée d'un vieillard aux cheveux blancs, dont l'aspect annonçait la vie grave et sainte *.
et i*un à rimitation de Tautre, ont fait le même rapprochement, ou plutôt le même contraste entre l'apaisement de la nature et les agitations du cœur de l'homme :
« Nox eral, et placidum carpebant fessa soporem
Corpora per terras, etc....
At non infelix animi Phœnissa. . . »
(En.f IV, 521-529.
I « Vistiô. M Image pleine de grâce et digne du génie de Lucrèce.
s Cette charmante apparition repose des tons lugubres qui ont précédé, et nous offre, avec le tableau d'Ëponamon, cette variété heureuse qui est un des plus vifs attraits de la poésie. Ainsi, Racine, dans le songe d'Athalie, fait succéder aux sombres coulewts du début, les vers doux et harmonieux où il décrit la noble et modeste enfance d*Eliacin (act. II, se. v).
8 Cf. Horace, Od,, I, 12 :
« ....Hicat inter omnes Julium sidus, velut inler ignés Luna minores. »
4 «I Venia de un viejo cano «companada,
Al parecer de grave y saata vida.
II est difficile de ne pas reconoaîire dans ce vieillard saint Jacques de Compostelle, le grand saint de l'Espagne, et le plus popu'aire, le patron des héros, qui parait taut de fois dans les poésies castillanes, et sous Tinvocation duquel la ville de Santiago est devenue la capitale même du Chili. Combien de fois Santiago n'at-il pas donné son nom aux cités dans ce monde des vieilles colonies espagnoles, dans la Nouvelle-Grenade, dans Tile de Cuba, dans Haïti, dans la Plata? C'est le seul qui dispute sérieusement l'amour de tout cœur espagnol à « santa Teresa de Jésus. » L'on peut voir, dans les ouvrages de Quevedo, quelques pièces du procès soulevé par les partisans enthousiastes de ces deux grandes et sublimes figures. Cf. Bibl. Rivad., t. XXIII, Obras de Quevedo, t. 1, p. 221-234. « Mémorial por el patronato de Santiago; » ibid.,t. XLVIII, Obras de Quevedo, t. II, p. 423-459 : «Su espada por Santiago. » Pour nous aujourd'hui, l'allusion est peut-être douteuse; au seizième siècle, elle ne Tétait pas, aux yeux d'un peuple entier. Santiago est pour TEspague ce que sainte Geneviève est pour la France, le saint national et protecteur de l'indépendance. Aussi est-ce à Santiago de Compostella que Charles-Quint
2t0 l'abaucana.
D'une voix douce et délicate, elle leur dit * : « Oûr alleiwc' race malheureuse ? Retournez, retournez sur yos pas ?ersTi^, terre. N'allez point à rimpériale pour y porter la guerre. 1
tt Dieu veut aider ses chrétiens et leur donner sur vousl'eiQ pire et le pouvoir. Ingrats, inhumains et rebelles, vous aie: refusé de lui obéir. Prenez garde ; n'allez pas dans ce lieu, ce Dieu mettra dans leurs mains le glaive et la sentence. » EH^^ et, laissant loin derrière elle^ notre sol terrestre, elle monta ai cieux en traversant l'espace immense des airs.
Les Âraucans suivirent la vision glorieuse, couverte de «>' voile éclatant de blancheur. Les regards fixes et avides, la bo^' cbe ouverte, ils respiraient à peine. Lorsqu'elle eut disparu, chôS étrange, semblables à celui qui sort, tout étonné, d'uaprofo°' sommeil, ils se regardaient les uns les autres, et ne sedisaiet aucune parole *.
convoqua les célèbres cortès de 1510. Avec celte auréole de priorité sur loniautres saints da pays, lorsque la désignation était incomplète, c^était à saisi ^^^^"^ que toute pensée se reportait à l'iustant. On songeait à l'apôtre vénéré à^^ étoile miraculeuse avait indiqué le tombeau, et dont les restes furent boaoréi f l'érection d'une des cathédrales les plus magnifiques de la Péninsule .
i Nouveau contraste ménagé par le poète entre les paroles de la Vierge ^^ et celles qu'Eponamon avait prononcées ; mais, malgré la douceur et h àe^ci qui composent ses attributs, c'est bien là une Vierge espagnole. Elle préteoM' Dieu combat pour ses chrétiens :
« DioB qaiere ayiidar à sus crislianos. » rvi l'
Elle veut qu'aux siens appartiennent le commandement et le pouvoir, < ^ potencia. ■ Si les Araucans vont à l'Impériale, ils y trouveront le gUire etU'^
tence :
« .... En sus inanos Pondra Dios el cuebillo y la sentencia. » ... •^;
Ercilla, il semble l'avoir oublié, nous dit pourtant au i«r chant de son poème (^''''''' que ces mêmes chrétiens par leur convoitise et par leur orgueil ont pfOT0<)v ^ colère du ciel et soulevé la révolte des Araucans dont ils avaient volé le sol < liberté. Nous admirons la belle Vierge d'Ercilla, sous le beau voile blaoc do^ | pocte l'enveloppe et dans l'auréole qu'il lui prête ; mais nous avouons quesoD' gage est bien celui que devait mettre dans sa bouche le page de Philippe /^- '** riante et gracieuse, elle fait entendre pourtant les menaces de l'ange exiera»o*^'' * L'on ne saurait admirer assez l'art avec lequel don Ercilla sait peindre les
L'ARAUCÀNA. i21
TouSj d'un cœur et d'une pensée, sans ' attendre ni commandement ni aucun autre signal, tout à coup, comme s'ils n'eussent eu qu'un but commun et unique, ils prennent le chemin de l'Arauco. Ils vont sans ordre et légers comme les vents ^ Il leur semble que par derrière un feu les touche et brûle leurs épaules *, et ils courent d'un élan plus rapide.
Je me suis informé auprès de beaucoup d'hommes, seigneur Felipe, afin de ne rien écrire d'incertain et de confus. Au vingttroisième jour de ce mois d'avril qui est à présent à la moitié de sa course, un intervalle exact et précis de quatre ans se sera écoulé, depuis que l'événement miraculeux dont je parle éclata sous les yeux d'une armée entière. Si vous ajoutez cinq cent cinquante quatre années à dix siècles, vous en aurez la date certaine.
Voilà dans un récit sommaire, la vérité telle qu'elle s'est répandue par le témoignage même des barbares ; elle n'a pas reçu l'ornement des fictions menteuses. Un tel sujet ne les comporte pas. Ces peuples regardent comme un fait démontré (et c'est là une preuve d'une gravité imposante) que pendant
timentade la foule. Cette fois c'est la surprise anxieuse et muette qu'il s'agit de décrire, et il était difficile d'en faire un tableau plus expressif. 1 Nouvel exemple d'harmonie imitative :
« Van sin drden, ligeroa cono el viento. »
C'est l'occasion de rappeler ces yers pittoresques aussi justes pour Ercilla que pour Virgile [En., VII, t. 808-811):
« Voyei-vous des épis effleurant la surface
Camille, dans un champ, qui court, Tole et fend l'air,
La Muse suit Camille et part comme un éclair. »
Cf. Estai sur la eriiiquey traduit de Pope, par l'abbé du Resnel, 1730, cta. II, T. 248-250.
* Image neure et hardie.
2«a l'araucana.
deux années cette apparition produisit pour eux la famine, les maladies^ la mort^ mille fléaux divers '•
La mer n'envoya plus ses vapeurs. L'eau manqua, et les torrents ne descendirent plus des montagnes *. Le soleil fit périr les fleurs dans leur germe le plus tendre, et le feu de la guerre seconda ses ravages. La sécheresse et les chaleurs toujours s'accrurent, et, privée de fraîcheur humide, la terre brûlante trompa toutes les espérances, fit disparaître les fruits qu'elle devait, et cessa de payer ses tributs ordinaires *.
1 La fiction qui précède nous prouve assez que les critiques d'Ereilla se hâtent beaucoup trop, lorsqu'ils affirmeot que son poëme ne présente pas de merTeiUeux, et lui assigneot une place près de Lucain. Assurément il avait assez de grandeur daoi rimagiuation pour se passer d'un ordre de beautés que Blair n'a pas cra indispensable dans l'épopée, mais qui lui donne une singulière noblesse et qui l'envahit tout naturellement aux époques de croyance, pour n'en disparaître qu'aux époques de scepticisme. Pourtant des exemples assez nombreux, puisés dans VAraueana même {Cf. suprà, p. cclxviii-ccxciv), démontrent que l'œuvre d'Ereilla est loin d'êlrt étrangère à ce genre d'ornement. Ici nous rencontrons un merveilleux en quelque sorte local, qui tient au fond même du poëme et d'une rare élévation.
« Quelques traits de cette description semblent empruntés à une peinture d'un ordre bien supérieur et qui se trouve au XlIIe livre de la Jérusalem délivrée, oct. 52-64) : ^
c Hentr* egli i raggi poi d'alto diffonde,
Quanto dUnlorno occhio mortal si gira,
Seecarsi i flori, e impallidir le fronde,
Assetate languir 1' erbe rimira,
E fendersi la terra, e scemar Tonde,
Ogni cosa del ciel aoggetta ail* ira,
B le sterili nubi in aria sparse
In SMnbiania di flamme aitrui moatrarse. •
(Oct.
8 « Por falta de humedad la irida tierra
Rompiô banco y alsôse con los frutos Dejando de acudir con sus tributos. »
LA métaphore espagnole est d'une excessive hardiesse. Elle assimile la terre, qui refuse aux hommes la redevance de ses fruits, à un débiteur infidèle qui fuit en emportant ses trésors. Hais ce n'est pas une comparaison que le poëte exprime, et nous n'oserions représenter dans notre langue la terre elle-même qui disparait comme une banqueroutière, et cesse d'accourir avec son tribut accoutumé.
Winterling, malgré son idiome plus audacieux, a légèrement modifié, comme nous, le texte d'Ereilla :
• Als nun die Dûrre mit dem Sonnenbrand Zunahro, zerriss aus Trockenheil das Land, ITnd unterliess an Kdrnern und an Frûchlen Die sehuld'gen Gaben lu enlrichlen. »
LABAUCANA. 29.3
Ce fut la cause qui fît naître d.ans le pays des Araucans de sauvages excès. Ils mangèrent de la chair humaine. Pour la première fois, ô barbarie 1 6 crime exécrable ! l'on vit, par d'affreux homicides, le frère servir de nourriture à son frère. 11 y eut des mères qui dévorèrent leur enfant bien-ainié, et le firent rentrer dans le sein d'où il était sorti.
Je reprends mon récit. En arrivant dans la vallée de Purén, sur leur sol natal, les barbares suspendent leurs armes, et cèdent la place au ciel chargé de tempôtes. C'est alors que dans ces régions l'hiver frissonnant s'empare avec ses frimas de tout l'espace, et impose un terme aux courses delà guerre.
L'armée s'éparpille et se répand de tous les côtés. Elle abandonne le camp et se retire dans les villages ^ Les rudes exercices auxquels elle se livrait en commun ont cessé. La terre se couvre d'humides brouillards. Mais, lorsque le soleil embrase de ses feux le signe du Scorpion, lorsque les montagnes secouent la froide neige deleurs cimes élevées, que bientôt couronne l'herbe nouvelle ',
1 « Dejaa el ciimpo 7 buscan los poblados. »
WinterliDg traduit :
« VerUsst da» fireie Feld und sacht das enge Haas. »
11 ajoute au texte une assez froide antithèse qui n'est pas dans Ercilla.
8 « T la frigida nieve los collados
Sacaden de sus cimas levantadas, Ta de la nueva yerba coronadas. •
Les vers de M. Winterling sont d'une rare élégance mais incomplets :
« . . . . Von der Berge hôchsten Spitzen
Des Schneees auf gethQrmte Lager schmehen,
Die atromweis sich ins Tbal hernieder w&lzen. »
Je regrette la souriante image du dernier vers espaguol.