LE CHARDONNERET ET L'OUVRIER
" Histoire canadienne.
Il y a quelques années, un émigrant allemand alla s'établir dans le haut Canada, à Toronto. C'était un cordonnier qui n'avait pour tout bien que son industrie et ses ustensiles de travail; de plus, un chardonneret, qu'il apportait de son village d'Allemagne, et dont il avait eu grand soin pendant la traversée. Il loua une échoppe et se mit à la besogne, et, chaque matin en se levant, il suspendait à la fenêtre de son humble atelier la cage de son chardonneret. Pendant que l'ouvrier travaillait, l'oiseau battait des ailes et chantait pour le récréer. Peut-être qu'il lui chantait des airs qui le faisaient penser à son pays et lui réjouissaient le cœur. Tous les jours le cordonnier chantait gaiement dans sa
cellule, en face de son gentil compagnon, et probablement il ne se doutait guère que cet oiseau devait aider à sa fortune. Mais un passant, ayant entendu les mélodies du chardonneret, en parla dans une riche maison de la ville, puis dans une autre.
Les belles dames et les jeunes filles voulurent voir ce petit musicien étranger qui chantait si bien, et s'intéressèrent au laborieux artisan qui l'avait apporté de si loin.
Quelques années après, le cordonnier mourut. Ses meubles, sa boutique furent vendus au profit de ses héritiers. Le gouverneur de Toronto acheta le chardonneret et le fit aussitôt placer à la fenêtre de son salon. Mais en vain il attendit quelques-unes de ces jolies roulades qui, naguère, résonnaient si vivement dans l'échoppe de l'ouvrier. En vain, pour raviver l'oiseau qui paraissait attristé, il fit remplir
ie bassin de sa cage de Teau la plus pure et du meilleur millet.
L'oiseau était comme la pensée de vie de son humble maître. Le maître mort, l'oiseau resta muet.