LES DEUX CHEMINS
Parabole aUemande-
Un maître d'école était un jour dans sa chambre, au milieu de ses élèves, qui se plaisaient à l'écouter, car ses leçons étaient à la fois instructives et douces. Ce jour-là, il les entretenait de la bonne et de la mauvaise conscience, et de la voix secrète du cœur.
Lorsqu'il eut Uni, il dit :
« Qui de vous pourrait me faire, sur I idée que jo viens de vous expliquer, une comparaison? »
Alors un de ses disciples se leva et dit :
« Il me semble que je pourrais en faire; mais je ne sais si elle serait juste.
— Voyons, mon enfant,» rcpli;iua le maître avec bonté.
Et l'enfant exprima sa pensée en ces termes :
« Je compare la paix de la bonne conscience et le trouble de la mauvaise, au chemin que j'ai suivi en deux différentes circonstances. Lorsque les soldats ennemis passèrent par notre village, ils s'emparèrent violemment de mon père, et l'emmenèrent avec notre cheval. Ma mère pleurait et se désolait, et nous pleurions comme elle, et elle m'envoya à la ville pour savoir ce que mon père était devenu.
« Je ne le trouvai pas, et m'en revins la nuit, le cœur bien affligé.
ce C'était une sombre nuit d'automne. Lèvent gémissait à travers les sapins; l'orfraie hurlait sur les rochers. Moi, je pensais que je ne reverrais peutêtre jamais mon bon père, et je ne savais comment annoncer à ma mère le triste résultat de mon voyage. Alors, cette nuit obscure me causait une grande frayeur, et le bruit des feuilles emportées par le vent me faisait frissonner; et je pensais en moi-même : Il doit en être ainsi de l'homme qui a une mauvaise conscience.
— Enfants, s'écria le maître, voudriez-vous, au milieu d'une nuit effrayante, aller à la recherche de votre père, et ne pas le retrouver, et entendre la voix de l'orage et les cris des bêtes sauvages?
— Oh I non, » répliquèrent les enfants avec un cri d'ell'roi.
Leur jeune condisciple continua son récit :
« Une autre fois, dit-il , je suivais le même che-
min avec ma sœur. Nous revenions de la ville, et nous en rapportions plusieurs jolies choses pour la fête de notre mère. C'était le soir, mais un beau soir de printemps, un beau ciel clair, une lune sans tache, et de tout côté un calme délicieux. On n'entendait, dans le silence de cette soirée, que le murmure du ruisseau coulant le long du chemin, et le chant du rossignol caché dans les bois. Nous nous en allions, ma sœur et moi, si heureux, qu'à peine pouvions-nous parler. Notre père bien-airaé vint à notre rencontre, et alors je pensais : Il doit en être ainsi de l'homme qui a une bonne conscience.
— Très-justes, dit le maître, sont vos deux comparaisons. »