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SCÈNES DE LA VIEJRÉELLE

les employés de P^wwow^, attachés à Ce collège, dont une même région enfermait les tombes. A la paroi de front d'un arcosolium, une peinture presque mécôn*

Fig. 2j. — Fresque du cimetière de Domitille.

^Axr

naîssable (fig. 23) nous introduit dans l'administration

de VAnnona et nous fait assister à une scène des largi-

tiones friimèntariae, les distributions populaires de blé.

Au centre de la composition,

un employé supérieur, assis

devant une table massive,

tient un parchemin déroulé et

donne ses ordres. A sa droite,

le mensor frurhentarius lève

le bâton qui sert à mêler le

grain dans le modius (c'est un

employé de même rang que le

Maximinus, « ami de tous »,

dont une épitaphe du musée

de Lateran (fig. 24) nous offre le portrait bien connu).

Plus loin, le mensor macchinarius soulève les balances;

d'autres employés sont debout à la gauche de leur

Fig. 2^. Épitaphe de Maximinus (musée de Lateran).

sa

chef, derrière lequel on distingue, fixés au mur et supportés par des consoles, les rayons d'un repositorium. Des scènes de même ordre, mais plus développées, décorent, non loin de là, un cubiculum célèbre, communément appelé la « Crypte des grands apôtres ». C'est une salle octogone, coupée par une brève galerie en deux moitiés que terminent des absides. A la voûte ronde des deux absides sont peints, d'un côté le Christ entouré des douze apôtres (fig. io6), de l'autre le Bon Pasteur et les quatre Saisons (fig. 3i). C'est la partie mystique du décor. La partie réaliste, une longue frise

Fig. 2$, — Fresque du cimetière de Domitille (détail).

qui court à la base des absides, a fait le désespoir des archéologues, jusqu'à ce que MM. de Rossi et Wilpert en aient donné la simple explication. Cette trise, où se meuvent de nombreuses petites figures (fig. 25), se rattache à un groupe de trois personnages peints dans l'enfoncement de la galerie. Celui du milieu est debout derrière un grand muîd (le dessinateur de Bosio, identifiant l'homme et le muid, les transformait en grosse femme enjuponnée!); celui de gauche prend un pain dans une corbeille; celui de droite présente ce pain dans sa main ouverte. En y regardant de plus près, on s'aperçoit que ce sont là trois images d'une seule et même personne, représentée en trois actions succès-

LA MYTHOLOGIE. Sj

sives; il s'agit sans doute d'un membre considérable du collège des boulangers. A ses pieds est un vaisseau avec ses agrès, et deux autres barques sont peintes dans l'étroite frise. Des échelles relient ces barques à un quai;. sur ces échelles, des hommes vont et viennent, transportent des sacs. D'autres porteurs semblent dirigés par deux cavaliers d'allure militaire (une de ces figures a péri); enfin sept hommes, groupés à part, causent entre eux avec animation. Ce ne sont pas, comme on l'a imaginé, les Hébreux sortant d'Egypte, ou des scènes de l'histoire de Joseph. Mais c'est la Rome du iv« siècle; c'est, au pied de l'Aventin, l'entrepôt du Tibre où les mariniers déchargent leurs marchandises; ce sont deux inspecteurs de VAnnona qui surveillent le transport du blé aux magasins de la Ville, aux horrea, où le colle gium pistorum ira s'approvisionner; et ce sont enfin, réunis dans un grave dialogue, les représentants de ce collège des boulanlangers.

Jusqu'au triomphe de l'Eglise, l'art des catacombes se développe selon la formule classique, par trois modes différents : il reproduit librement le système ornemental contemporain ; il adopte, en les modifiant plus ou moins, certaines figures qui lui conviennent;

I. De Rossi, i?. 5., t. IL ; ^m//., iS63, i865, i88i.— Schultze, Die Katakomben, et Die Katakomben von S, Gennaro dei Poveri in NeapeL — Hasenclever, Der altchristliche Grâberschmuck.

il s'inspire des types usuels pour créer les figures et les groupes que lui commande l'esprit nouveau.

Lieux communs de décoration. — Le thème ornemental, dans les décorations du i®^ siècle, est infiniment varié : fleurs, feuillages et fruits, vases et coquilles, oiseaux et animaux de toute espèce, masques tragiques ou comiques, petits génies et petits amours, se dispersent et se répondent dans le champ des fresques. Toute cette légère fantaisie revit dans l'art chrétien, l'anime de son sourire. Les fidèles, distinguant avec Tertullien les sujets de simple décor de ceux que proscrivait la loi juive comme idolâtriques, pouvaient admettre sans crainte ces modèles inoffensifs sortis de l'art profane, où l'idée païenne s'était effacée peu à peu pour ne laisser que l'ornement. Encore faut-il dire que les peintres des catacombes romaines, plus maîtres de leur pensée que les artistes de Naples, subordonnent presque toujours ces riens charmants à l'idée chrétienne, et les donnent pour cadre à des motifs plus sérieux (fig. 39). C'est à Naples seulement, aux deux plafonds de la catacombe de S' Janvier, que le décor païen s'étale avec une profusion inouïe. L'un de ces plafonds, que l'on attribue généralement à la première moitié du ii*' siècle, est digne de Pompéi par la richesse de ses compartiments, où volent des oiseaux, où s'ébattent chevreaux et panthères. Le second, d'une ornementation savante, mais surchargée, est plus curieux encore par son mélange de scènes chrétiennes et de décor bachique. Dans un médaillon central yole une Victoire, la palme en mains; alentour dansent huit figurines d'Amours et de Psychés. Des

masques égayent de petits panneaux fleuronnés, que séparent des grappes de raisin en bouquets ; au delà d'épaisses guirlandes de feuillage et de fleurs, de petits cadres renferment des lions, des chevreaux, des hippocampes, des têtes de Saisons, des vases fleuris, des grenades. Assurément, le sens profond des sujets empruntés au cycle de Bacchus, ces allusions aux

•Fig. 26, — Détail d'un plafond, au cimetière de S* Janvier.

changements successifs de la nature, a dû contribuer à les introduire auprès des trois sujets chrétiens qui tiennent d'ailleurs si petite place dans cette vaste composition : ce sont Adam et Eve, David et Goliath, et l'allégorie du Pasteur d'Hermas, les jeunes filles construisant une tour (fig. 26),

Le goût plus sobre et plus discret des artistes romains leur a fait éviter ces surcharges. Ce n'est pas que l'on ne rencontre, dans les plus anciens hypogées, et particulièrement aux cimetières de Domitille et de Prétextât, un emploi considérable des motifs orne-

su

mentaux; mais que cette décoration a de grâce libre et de souplesse ! Le cubiculum d'Amplîatus appartient peut-être au i" siècle. En y pénétrant, on se croirait dans une des charmantes salles de Pompéî (fig. 27). Les fresques des murailles simulent ces motifs d'architecture fantaisiste si chers à Tart pompéien, portes et

Fig. 17. — Chambre d'Amplialus, au

colonneites, petites voûtes à caissons, placages de marbre ; c'est Tunique exemple que l'on ait aux catacombes de ce genre de décoration; et c'est aussi, bien évidemment, un des premiers essais de peinture décorative dans un monument chrétien. Il faut ajouter que ces architectures légères encadrent de petits tableaux champêtres, d'exécution très fine, où l'on voit des animaux qui broutent ou se reposent, boucs, brebis et bœufs ; un petit génie sert de pâtre au petit troupeau.

Ce même caractère de haute antiquité se retrouve dans une seconde chambre de notre cimetière; mais si la chambre d'Amplialus a pu être entièrement décorée par un artiste païen, celle-ci, au milieu de son ornementation riante, laisse percer le symbolisme nouveau. Au centre de la voûte paraît le Bon Pasteur, entre des paons, des ileurs et des festons ; sur le fond blanc des parois, de petits panneaux enferment des figurines très

vives de génies ou d'amours, et d'agneaux bondissants qui portent le vase de lait (fig 46) Mais plus encore que ces gracieuses images, dont nous reparlerons, ce qui fait la rareté du beau cubiculum, c'est un paysage, œuvre unique, du meilleur style pompéien, que M. de Rossi m'a laissé dessiner d'après une planche encore inédite et réservée au quatrième volume de la Roma Sotterranea (fig. 28).

La vigne. — II y avait encore de petites scènes champêtres, bien effacées aujourd'hui et bien mutilées, sur les parois du vaste ambutacre dont on a tant celé-

bré l'exquise décoration. Parmi toutes les fresques païennes, aucune peut-être ne surpasse cette parfaite élégance. Du commencement de la voûte (fig. 29) part un grand cep de vigne, dont les branchages se répandent sur cette voûte, la couvrent jusqu'à Textrémîté, et retombent librement sur les parois qu'ils vêtent de leurs festons, encadrant les larges niches destinées aux sarcophages. Une des parois tout entière a péri ; les anciens visiteurs, espérant détacher quelques figures des murailles, y ont fait d'irréparables ravages. Les panneaux à demi ruinés que l'on distingue encore montrent un banquet céleste (fig. 73), un pêcheur, un Daniel entre les lions (fig. 6j)^ comparables aux peintures païennes de la meilleure époque par l'élégance toute classique du dessin et la sobriété des couleurs. A la voûte des niches voltigent de petits génies qui agitent des banderoles.

La vigne fut, dès le commencement, un des éléments préférés de la décoration chrétienne. Les allégories delà vigne, déjà nombreuses dans l'Ancien Testament, le sont plus encore dans les Évangiles. « Je suis la vraie vigne, dit Jésus à ses disciples ; je suis le cep dont vous êtes les rameaux. » (Jean, xv,) Ce sens mystique, ajouté à l'interprétation funéraire que donnait l'antiquité païenne aux scènes de vendanges, aida sans doute au succès du plus gracieux motif qui pût convenir à l'art chrétien. Avouons d'ailleurs que si c'est la vigne des paraboles qui revêt de son feuillage le plafond de notre ambulacre, le symbolisme nouveau n'a rien changé aux innocents caprices d'un décor si frais et si pur : des oiseaux volent parmi les feuilles.

becquetant les grappes de raisin que vont cueillir de pet ts génies chargés de pet tes hottes La v gne qu revêt le plafond du cubtculum d Ampliatus reprodu t

celle de l'ambulacre par la fantaisie charmante de ses enroulements, dont on reconnaît la primitive souplesse sous la restauration pesante du iv siècle; etdésormais, aux voûtes des caveaux et des arcosoUa, les petits

génies païens continueront leur vendange dans la vigne du Seigneur.

Personnifications : les Saisons. — Les personnifications furent tout d'abord une des parties de Phéritage païen que la décoration chrétienne adopta le plus volontiers; Part des catacombes, il est vrai, en use moins que ne feront les miniatures, les sarcophages, les ivoires. Aux catacombes, nous rencontrons ces têtes de vents ou de planètes, masques à demi chimériques

Fig, 30. — Une Saison (cimetière de Callisle).

si fréquents dans l'art païen; la face colossale de l'Océan, armée de larges pinces de crabe (au cimetière de Galliste) ; le fleuve Tigre, un vieillard nu accoudé sur le sol, près de l'ange Raphaël et de Tobie (au cimetière de Thrason);le Soleil nimbé debout dans son char attelé de chevaux ailés (au cimetière des S'* Pierre et Marcellin) ; motifs rares et de médiocre importance. Il n'en est pas de même des Saisons. Rien n'est plus fréquent sur les tombeaux romains que les emblèmes des quatre Saisons; où trouver un symbole plus simple, plus frappant et plus gracieux à la fois de l'épanouissement et du déclin de la vie? Mais les chrétiens y voyaient

LA MYTHOLOGIE. iSi

autre chose, la résurrection promise, la vie sortant de la mort, comme le printemps succède à l'hiver. Les Saisons, représentées à Naples par des bustes enguirlandés ou au cimetière de Calliste par des femmes demi-nues, assises sur le sol et présentant dans une coupe des roses ou des fruits (fig, 3o), n'ont évidemment que le caractère ornemental ; mais nous trouvons

Saisons (cimetière d« Domitillt).

ailleurs de vraies compositions, où la présence du Bon Pasteur fait intervenir sans doute l'idée de la Providence divine, toujours active et bienfaisante. Au cimetière de Domitille (fig. 3ij, sur une des absides d'un grand cubiculum que nous venons d'étudier, le Bon Pasteur, debout dans la campagne, est entouré de quatre adolescents peu vêtus: l'Hiver, co'iSé àapileus, la bêche sur Tépaule, se chauffe à un grand feu; l'Automne tient une grappe de raisin et une corne d'abondance; l'Été moissonne, et le Printemps cueille des roses. Il y avait plus d'élégance encore dans une voûte du cimetière de Pontien, où les quatre

Saisc

L'ARCHÉOLOGIE CHRETIENNE, étaient représentées en quatre médaillons

distincts.

Mais, tout aimables que soient ces légères compositions, où s'ouvre de nouveau, en plein iv* siècle, la fleur de l'imagination antique, elles ne sauraient être

comparées à la richesse d'invention, à la vivacité charmante du décor dans la grande crypte de saint Janvier, au cimetière de Prétextât. C'est, à l'époque de Septime Sévère, le chef-d'œuvre de la peinture chrétienne. Au long des quatre parois développées en arc jusqu'au luminaire supérieur, de souples guirlandes, la première de roses, la suivante d'épis, la troisième

de vigne, la dernière de laurier, étendent leurs enroulements, forment un berceau de feuillage qui s'appuie, aux quatre angles, sur de larges coupes de feuilles et de fruits. Aux branches s'attachent des nids, d'où sortent de petits becs entr' ou verts ; partout les oiseaux volent et se posent, sauf au milieu des lauriers, qui

Fig. ît.-

il de freaquï (crypte de sainl Janvier).

signifient le froid hiver. Au-dessus de l'entrée monumentale et des trois arcosolia dont le cintre s'harmonise élégamment avec la courbe des voûtes, une charmante frise, toute peuplée de figures enfantines, court à la base du léger treillis. Ici, garçons et filles cueillent les roses, c'est le printemps ; là, c'est l'été, ils coupent le blé, le râtellent, le battent (tig. 32) ; puis c'est l'automne et la vendange ; puis l'on dresse les échelles contre les oliviers et l'on ramasse les olives : c'est l'hi-

Ct L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE,

ver (fig.33). Malgré les nombreux dommages dontapâli cette grande composiiion, la vie, l'amour de la nature s'y épanouissent encore; les yeux se reposent avec joie parmi tant d'innocence et de fraîcheur.

Figures mythologiques : l'Amour et Psyché. — Les souffrances qui méritent à Psyché l'éternel bonheur

offrent un si frappant symbole des épreuves de l'âme humaine, qu'on eût trouvé difficilement, semble-t-il, un sujet païen mieux approprié à l'art nouveau. Cependant la fable qu'Apulée rendit populaire à la fin du II' siècle ne pénétra pas aux catacombes; leurs petites figures d'Amour et de Psyché ne pensent guère au symbole; c'est un joli thème décoratif, un peu banal d'ailleurs dans la peinture de l'Empire, A Naples, les deux enfants dansent et tiennent des guirlandes; à Rome, une des chambres de Pexèdre, construite au

III® siècle à l'entrée du cimetière de Domîtîlle, renferme d'aimables peintures, sans caractère chrétien, comme il seyait à un lieu où pénétraient aisément les visiteurs profanes. L'Amour et une mignonne Psyché, la Psyché grecque aux ailes de papillon, cueillent des fleurs dont ils emplissent des corbeilles (fig. 34). L'Amour est nu, Psyché vêt une longue robe serrée à la ceinture. Riantes images qui se souviennent des fresques voisines, de ces petits amours qui vendangent parmi les oiseaux à la voûte du grand ambulacre.

Orphée. — La seule des légendes païennes qui ait trouvé grâce aux catacombes en est peut-être aussi la plus suave, la plus mystique : Orphée qui de sa voix, de sa lyre, apaise les bêtes sauvages. Orphée eut bientôt sa légende chrétienne. Selon Justin Martyr, le philosophe poète, converti au terme de son existence, croyait au Dieu unique; selon saint Augustin, il parla en prophète, comme firent les Sibylles, du Père et du Fils divins. Sa science était considérable; ne s'était-il pas instruit en Egypte, dans les livres de Moïse? Enfin cette douceur qui transformait les plus farouches natures, cette vie méconnue et persécutée, cette mort douloureuse ne faisaient-elles point songer au Christ? C'est donc toute une ingénieuse tradition qui lui donne la sympathie des fidèles, le baptise en quelque sorte, l'introduit aux catacombes. Cependant la charmante image demeura une exception, elle n'entra pas au grand cycle chrétien. Et ce qui montre bien dans quel esprit on l'adoptait, c'est que nulle part aux catacombes on n'a vu trace de l'autre légende, où Orphée arrache à l'Averne Eurydice.

ABCH. CHRÉT. <

On connaît aujourd'hui quatre fresques des 'catacombes où paraît Orphée, et dans toutes quatre il occupe une place d'honneur. Une gravure de Bosio (fig. 35) nous le fait voir au centre d'un grand plafond

^'ig' 3 S» — Plafond du cimetière de Domîlille (Bosio, p. 239).

(aujourd'hui ruiné) du cimetière de Domitille. Ici, comme à Pompéi,vétu d'une tunique flottante et coiffé du bonnet phrygien, il est assis, paisible et inspiré, sur une roche. Il joue de la lyre; à ses pieds sont réunis des animaux gravement attentifs, un cheval, un cerf, un lion. Un serpent glisse dans l'herbe; une tortue, de

minuscules bêtes rampent alentour. Des deux côtés, sur les arbres, des oiseaux, un paon, écoutent le doux chanteur. Autour de la composition, encadrée de lauriers et de perles, huit compartiments, moitié paysages, moitié scènes sacrées, font un noble cortège : Moïse frappe le rocher, Daniel prie entre les lions, Jésus ressuscite Lazare, David brandit la pierre qui tuera Goliath ; aux quatre angles volent des colombes tenant le rameau d^olivier.

Dans le même cimetière, un arcosolium, endommagé par l'ouverture d'une tombe, présente la mémescène, avec une grâce moindre, unissant près d'Orphée les lions d'Afrique aux chameaux d'Orient. Mais l'Orphée des fresques païennes se fait peu à peu chrétien, d'abord dans une fresque à'arcosolium récemment découverte au cimetière de Priscille, ensuite et surtout au centre d'un plafond de décoration toute classique, au cimetière de CaHiste. Le chanteur thrace qui attirait tous les animaux maintenant n'a plus à ses pieds que le chevreau et le chien; tout près de lui, sur les branches d'un arbre, sont posées deux colombes, symboles de l'Esprit céleste, Eniin tout paysage a disparu; il reste

Fig. ]û. — Orpbéï (cim«liire de CallUle).

un chanteur idéal, que deux brebis écoutent; c'est Orphée et le Bon Pasteur tout ensemble, c'est Jésus- Christ (fig. 36).

Nulle part mieux que dans ces quatre, fresques on ne saurait saisir Péducation chrétienne des artistes primitifs. Les premiers qui vinrent aux catacombes avaient dû peindre Orphée aux murs des villas païennes ; ils le représentent encore suivant la tradition de Pécole. Ils donnent ce qu'ils savent aux fidèles qui les ont appelés, puis, chrétiens eux-mêmes, comprenant toute la grâce de l'innocente image, peut-être conseillés par une âme plus instruite, ils transforment leur composition, inventent l'Orphée chrétien.

Ces fresques doivent dater de la fin du ii" siècle, et la tradition en a disparu. De pieux et savants archéologues ont cru distinguer ici une intention particulière des fidèles : si l'image d'Orphée disparaît de l'art chrétien dès le m® siècle, c'est qu'à la même époque elle se multiplie singulièrement dans l'art profane. En effet, sous les derniers Antonins, la charmante image a une vogue extraordinaire; Jusque dans les Gaules et l'Angleterre, partout on la reproduit : des mosaïques de Sicile nous l'ont conservée. Ce renouveiau était dû sans doute à l'empereur Alexandre Sévère, au libre philosophe qui réunit dans son laraire les images d'Orphée et de Jésus, d'Apollonius, de Tyane et d'Abraham. Mais les fidèles ont-ils vraiment craint ce semblant d'alliance avec l'art profane? La littérature chrétienne témoigne du contraire : pourquoi bannir Orphée des catacombes, s'il est exalté en même temps comme prophète du vrai Dieu? Ne penserons-noiis pas tout simplement

LESYMBOLISME. 69

que rimage d'Orphée put dès l'abord faire double emploi avec celle du Bon Pasteur; que celle-ci, plus claire et plus touchante encore, donnée aux chrétiens par Jésus même, absorba naturellement tout l'effort des artistes? Orphée ressemblait trop au Bon Pasteur pour ne pas s'effacer devant lui.

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