‹ L'archéologie chrétienneChapitre 16 sur 68 · LE SYMBOLISME · texte numérisé non relu

LE SYMBOLISME

que les peintures de caractère historique, scènes de la vie du Christ ou de la Vierge, ne pe'nètrent aux catacombes qu'après le triomphe de TEglise, et, même alors, s'y montrent accidentelles.

Mais il reste, en dehors de ces classes étroites de peintures, tout un groupe de sujets qui sont bien, aux catacombes, Tessence de la décoration chrétienne : ces figures multipliées à l'infini de l'Orante et du Bon Pasteur, et, autour d'elles, ces images prises à l'Ancien Testament et aux Evangiles, Noé dans l'arche, le Sacrifice d'Abraham, David vainqueur dç Goliath, Élie enlevé au ciel, Daniel exposé aux lions, les trois Hébreux jetés dans la fournaise, Suzanne" accusée, Jonas vomi par le monstre... Si ce ne sont là que des représentations historiques, pourquoi ce choix exclusif, cette répétition monotone de tel épisode pris à l'histoire de Noé, d'Abraham, de David, de Daniel, au détriment d'autres détails non moins historiques et tout aussi pittoresques? Pourquoi, entre tant de miracles du Christ, les peintres n'ont-ils reproduit que la Guérison du paralytique, la Multiplication des pains et la Résur^ rection de Lazare ? C'est qu'évidemment ce choix est raisonné, et qu'il existe en quelque sorte une idée direct trice, à laquelle se doit ramener tout Je symbolisme des catacombes.

Le premier principe de tout décor, dans l'antiquité classique, est l'adaptation au milieu, la convenance de la forme et du fond. Aussi bien l'art des catacombes est-il par essence un art funéraire : ces idées de délir» vrance, de résurrection et de salut qu'inspirait tout naturellement la vue des tombes chrétiennes devaient

être exprimées par le décor peint ou sculpté en un langage très clair, aisément accessible au plus simple, au moins lettré des croyants. Les épitaphes qu'avoisinent les peintures expriment souvent cet espoir du salut, de la paix et du bonheur éternels; et n'est-il pas élémentaire d'interpréter en ce sens des images où nous voyons Noé, Abraham, Daniel, Jonas, Lazare, sauvés par la main divine des périls et de la mort? Quels plus vivants symboles des épreuves subies par Tâme chré^ tienne avant sa délivrance suprême?

Nous comprendrons mieux cette intention profonde quand nous étudierons tout à Theure la figure de rOrante, le centre et la clef du symbolisme funéraire chrétien. Mais nous avons, pour y pénétrer, une voie plus directe encore. Dans son Introduction à TÉiude des sarcophages d'Arles, M. Le Blant, réunissant ingénieusement les plus anciennes liturgies funéraires, a démontré que les sculptures des sarcophages offraient souvent comme une transcription figurée de ces prières que TEglise prononça, dès les premiers siècles, au chevet des agonisants ; la comparaison devient peutêtre encore plus frappante, s'il s'agit des fresques des catacombes. Lisons en effet, dans le bréviaire romain, cette antique prière intitulée : Recommandation de l'âme quand le malade est à l'agonie (Ordo commendationis animce, quando infirmus est in extremis). Après une longue litanie viennent les invocations : « Reçois, Seigneur, ton serviteur dans le lieu du salut qu'il doit espérer de ta miséricorde. Délivre, Seigneur, l'âme de ton serviteur de tous les périls de l'enfer, des entraves du châtiment et de toutes les souffrances. Délivre,

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Seigneur, Tâme de ton serviteur, comme tu as délivré Hénoch et Elie de la commune mort du siècle... comme tu as délivré Noé du déluge... comme tu as délivré Job de ses tourments... comme tu as délivré Isaac du sacrifice et de la main de son père Abraham... comme tu as délivré Moïse de la main de Pharaon, roi des Egyptiens... comme tu as délivré Daniel de Tantre des lions... comme tu as délivré les trois jeunes hommes de la fournaise ardente et de la main du roi méchant... comme tu as délivré Suzanne de la fausse accusation... comme tu as délivré David de la main du roi Saiil et de la main de Goliath... comme tu as délivré Pierre et Paul de leurs prisons... ainsi daigne délivrer Tâme de ton serviteur et la faire jouir avec toi des biens célestes. » D'autres prières, celles, par exemple, de saint Cyprien d'Antioche, martyrisé Tan 804, mentionnent, à côté de ces mêmes noms, ceux de Tobie et de Jonas; elles invoquent les miracles du Christ qui a « ressuscité les morts, guéri les aveugles, rendu Touïe aux sourds, la parole aux muets, l'usage des membres aux paralytiques », elles invoquent aussi la Naissance et la Passion du Sauveur. Parmi les fresques des catacombes antérieures à la paix de l'Église, il en est bien peu au bas desquelles on ne puisse inscrire ce commentaire liturgique, tel que nous le verrons gravé, dans les termes mêmes des antiques prières, auprès des figures bibliques dont est décorée la coupe de Podgoritza (fig. 241) .

Il faut ajouter que, parfois encore, le choix des images symboliques destinées à une tombe est déterminé par l'âge ou la condition sociale du mort. C'est ainsi que la parabole des Vierges sages convient aux.

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sépultures des religieuses (p. 119), et nous saisirons mieux le sens tout dogmatique de quelques célèbres peintures du cimetière de Calliste, en supposant qu'elles ont orné les tombeaux de dignitaires ecclésiastiques (p. i3i). Pénétrons maintenant au plus profond de ce symbolisme harmonieux qui a son origine et sa fin dans les figures unies de l'Orante et du Bon Pasteur; en sorte que l'on pourrait ainsi formuler l'invocation que traduisent ces fresques groupées ensemble : « O Seigneur, ô Bon Pasteur, délivre l'âme de ton serviteur, cette Orante ici représentée, comme tu as délivré tes serviteurs Noé, Isaac, Daniel et Suzanne, Job et Jonas, et tous ceax dont les images accompagnent son image. »

l'orante^.

Le nom même de TOrante indique sa définition : c'est une figure qui prie. De ses regards tournés au ciel, de ses bras levés, elle semble implorer de Dieu sa miséricorde ou le remercier de sa bonté. Cette attitude de la prière, déjà en usage dans l'antiquité païenne, était consacrée par l'Église, en souvenir de la Passion du Christ et de sa Croix; « car notre prière sera plus vite exaucée », dit saint Ambroise, « si notre corps représente le Christ auquel nous pensons » (Sermon 56).

Ce premier sens, très général, de la plus fréquente

I. D^Rossi, R. S., t. III; BulL, 1868. — Allard, Desbassayns DE RicHEMONT, ScHULTZE, ouvragcs cités. — LiELL, p. ii5 et suiv. — Martigny, D. A, C, art, Orante,

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