L'ORANTE
des images chrétiennes nous permet de comprendre pourquoi certaines figures bibliques ont quelquefois, dans les plus anciennes fresques des catacombes, l'attitude orante : Noé sauvé du déluge (fig. 6i), Isaac du couteau (fig. gS), les jeunes Hébreux des flammes (fig. 63), Daniel des lions (fig. 6y)j Jonas du monstre, lèvent les mains au ciel pour remercier Dieu ; dans la chapelle du cimetière de Priscille, Suzanne accu- -sée, les bras étendus, appelle un vengeur (fig. 68) ; justifiée, les bras étendus, elle rend grâces à la justice divine.
Mais si des attributs bien déterminés nous permet- ' tent de donner un nom à ces figures bibliques, il est d'autres Orantes, en nombre considérable, qui ne peuvent se classer dans la même catégorie. Ces figures, isolées le plus souvent, se dressent sur les murs, daiis Fintervalle des tombes, au-dessus ou au fond des arcosoUUy parfois aussi aux voûtes des chambres ; presque toujours féminines, et drapées d'une ample robe, il arrive cependant qu'elles aient l'aspect d'hommes, le vêtement plus court, la barbe ; enfin, on rencontre des fresques où sont représentées des familles entières d'orantes et d'orants.
Les archéologues hostiles au symbolisme chrétien inclinent à voir dans la figure orante tantôt un portrait, tantôt un simple décor. Mais comment expliquer que le nombre des orantes l'emporte infiniment sur celui des orants ? Comment expliquer surtout que des images d'orantes, évidemment féminines, soient gravées ou peintes sur des tombes qui, leur inscription en fait foi, contenaient un corps d'homme ? C'est que
j6 l'auchëologie chrétienne.
rOrante n'est pas un portrait ou un ornement, mais l'image de l'âme séparée du corps. L'inscription de C^esidius Faustinus , au-dessus de laquelle est gravée une orante >^^ J^H%k. féminine, se conclut
^t^L ^^^^L-^^^ jÂ>^ P^^ les mots : tt Ame ^■BH^^^^^^BT bonne, repose en ^^a^mÊÉK/lr paix n; et cette for-
mule BON^ ANI M^E IN PAGE n'est que la traduction de la peinture symbolique. Nous lisons dans les Actes des saints Pierre et Marcellin : i Le bourreau témoigna qu'il avait vu leurs Smes sortir du corps en forme de jeunes filles qui, parées d'or et de gemmes et vêtues d'habits étincelants , furent portées au ciel
par les mains des Fig. Î7. — Oranle, '^ ,-, j .
détail d'un plafond de la crypte de Lucine. anges.» Un récit analogue se trouve aux Actes de sainte Cécile, et la précieuse médaille où est figuré le supplice de saint Laurent (fig. 38) nous montre en effet, au-dessus du corps étendu sur le gril, une jeune fille vêtue d'une longue robe, les bras levés au ciel :
l-'ORANTE. „
c'est l'âme du saint, TOranie., Elle est représentée dans l'attitude de la prière, parce que l'âme heureuse, l'âme délivrée des épreuves de la vie, a le devoir d'intercéder pour ceux qui demeurent ici-bas. . Vis dans le Christ et prie pour nous. — Vis en paix et prie pour nous. — Que ton âme repose en Dieu, prie pour ta sœur. — Que ton âme soit heureuse, prie pour tes parents, n Ainsi s'expriment fréquemment les inscriptions funéraires. Mais l'âme est encore représentée dans l'attitude de la prière parce qu'elle a besoin d'assistance pour se présenter au tribunal de Dieu. Nous verrons bientôt (p. !5o) comment les peintres des catacombes
ont conçu la grande scène du Jugement de l'âme et de l'intercession des saints; qu'il nous suffise de rappeler ici ce deuxième sens de la prière de l'Orante, si conforme d'ailleurs à ce que nous ont appris les liturgies funéraires.
S'il nous paraît démontré que l'Orante, image symbolique de l'âme du mort, n'est point, par conséquent, le portrait du mort, il faut reconnaître cependant que certaines de ces figures, par leur sexe, par leur âge, par leurs costumes distincts, trahissent l'inteniionqu'a eue le peintre de représenter une personne en même temps qu'une âme; mais quelle différence entre ce$ figures et les portraits que nous connaissons!
L'attitude seule de POrante suffit à démontrer qu'elle n'est pas un portrait; à plus forte raison si, au lieu d'être peinte sur la paroi d'une crypte et auprès d'un tombeau, elle prend place dans la décoration d'une
Fig. 39. — Plafond de la crypte de Lucine.
voûte. Les Orantes des plafonds sont entre toutes vraiment impersonnelles et hiératiques, et, comme telles, il faut citer d'abord les admirables Orantes (fig. 37) alternant avec des figures de Bon Pasteur aux angles d'un très ancien plafond de la crypte de Lucine (fig. 39). Le corps long et mince, enveloppées, comme