L'ORANTE
des Statues grecques, dans les plis droits d'une tunique talaire, les bras nus hors du pallium qui leur couvre la tête et s'enroule autour de leur taille, elles s'appuient élégamment sur un calice de fleur. Faut-il voir dans ces charmantes images, tracées d'un pinceau rapide et facile, un simple caprice de décorateur? Faut-il les rapprocher, comme on l'a fait, de cenajnes fresques de Pompéi et des thermes de Titus, de ces figures féminines demi -nues et dansantes, qui de leurs bras levés soutiennent des coupes ou des guirlandes fleuries ? On les a comparées plus sérieusement à la Pietas antique, la belle statue du musée du Vatican, qui personnifie le culte des dieux et des hommes; mais pourquoi tant d'efforts dépensés à méconnaître l'originalité de ces nobles
images, oU l'art chrétien naissant a mis son plus haut symbolisme?
D'autre part, les zélés défenseurs du symbolisme chrétien, tout en réfutant avec raison la thèse qui transforme les Orantes des plafonds en figures d'ornement, s'avancent trop loin peut-être en distinguant sous ces mêmes Orantes les images de la Vierge JVIarie et de l'Église. Si quelques verres dorés, du iv ou du
8o L'ARCHEOLOGIE CHRÉTIENNE.
V® siècle (fig. 244), si une dalle du vi® siècle (fig, 40) représentent la Vierge Marie crante, si un rouleau d'Exultet du ix® siècle renferme, parmi ses miniatures, une image d'Orante au-dessus de laquelle est inscrit le mot EGCLESIA, peut-on bien en tirer des conclusions applicables aux trois premiers siècles ? Nous allons voir, aux chapitres qui suivront, quel est le sens des figures réunies de l'Orante et du Bon Pasteur, debout parmi les arbres et les fleurs; disons dès maintenant que les Orantes sans caractère individuel, et plus particulièrement les Orantes des plafonds, résument en leur motif essentiel les joies du paradis ; rOrante des plafonds, c^est Pâme élue, et, dans un sens plus général encore, c'est le Bonheur céleste.
L'attitude hiératique de POrante est immuable ; mais son costume peut varier. C'est tantôt le colobium à plis droits, laissant les bras nus, avec le pallium ramené sur le front (fig. 3y) ; tantôt la penula aux larges bandes de pourpre (fig. 43) ; tantôt la dalmatique sous laquelle apparaissent les manches d'une tunique étroite (fig. 41). Parfois, les bras sont nus; le plus souvent la tête est voilée, selon les prescriptions de saint Paul dans sa première Epître aux Corinthiens (xi, 4-16). Ce costume, très simple dans les premiers temps, et conforme à la pauvreté voulue de la primitive Eglise, s'enrichit et s'alourdit dès la fin du iii« siècle. Telle orante alors est une grande dame dans sa robe festonnée de
pourpre, la tête chargée d'un pesant chignon, des perles aux oreilles, un collier de pierreries autour du cou, aux poignets de larges cercles d'or (fig. 41). Et plus tard, si l'Orante signifie une sainte, elle sera parée
L'ORANTE. Bt
avec tout le luxe de la joaillerie byzantine (fig. 133). Quant aux hommes, ils ont la tête découverte, ils portent la toge elle pallîum,ou seulement une dalmatique plus courte. Nous
verrons, en étudiant ^^w^"^^^^^ jyi les images du para- L*,^^^ jï^^h»..dis, un exemple d'une Famille de cinq orants (fig, 73); deux fresques des cimetîires de Priscille et de Domitille représentent des famillesdetroîs orants, la mère, le père et un jeune garçon, que Ton a dénommés, sans motifs suffisants, Marie, Joseph et Jésus.
La figure de rOrante, qui explique et concentre tout Tart des catacombes, devient aussi l'image essentielle de la sculpture funéraire chrétienne (à défaut de sculpture, certaines tombes africaines la reproduisent en mosaïque). Elle vit ainsi jusqu'au moyen âge, qui la transforme. Seule d'abord, elle a réprésenté l'âme en prière ; puis on l'a vue posée auprès du corps
(cimetière
8a L'ARCHEOLOGIE CHRÉTIENNE.
qu^elle animait; sa taille a diminué peu à peu; toute petite enfin, elle sort de la bouche du mourant, pour être accueillie par les démons ou par les anges.