‹ L'archéologie chrétienneChapitre 2 sur 68 · I. De Rossi, R. s., t. I · texte numérisé non relu

I. De Rossi, R. s., t. I

lo L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

et le nom de la Rome souterraine étaient nés. Bosio en fut le véritable inventeur. Après avoir passé nombre d'années à découvrir crypte par crypte et lentement déblayer le labyrinthe des catacombes, aidé d'une prodigieuse érudition théologique, il entreprit de classer et de commenter tous les matériaux réunis. Mais il mourait en 1629, et sa Roma Sotterranea était terminée et publiée par d'autres. Dès lors, les catacombes, explorées sans méthode ou dévastées de façon odieuse, ne devaient être respectées qu'au xix® siècle, quand l'art chrétien primitif fut remis en honneur. Il était réservé au disciple du savant jésuite Marchi, à Jean-Baptiste de Rossi, d'entreprendre victorieusement le vaste ouvrage rêvé par Bosio. Prenant pour base de sa classification une topographie rigoureuse, il tenta de reconstituer les inscriptions chrétiennes. Toute une littérature jusqu'alors mal employée, le Liber Ponit/icalisj qui mentionne les sépultures des premiers papes, les Actes des Martyrs, les Itinéraires des vu® et VIII® siècles, les Mirabilia Urbis Romœ, dont un chapitre traite des cimetières, les documents historiques et liturgiques du moyen âge, et même des renseignements que l'on ne soupçonnait point, ces inscriptions courantes que les pèlerins marquaient aux stucs des murailles, furent les minutieux instruments de ses recherches. En même temps, son frère, Michel de Rossi, géologue expérimenté, dressait la carte du sol romain, indiquait les terrains propres aux catacombes. Les découvertes furent merveilleuses, et continuent toujours. Les publications sans cesse accrues du commandeur de Rossi et de ses élèves fixeront pour

, ORIGINE DES CATACaMBES. ii

la postérité les traits de cette Rome souterraine, exposée par l'invasion de la Rome moderne à une dernière ruine irréparable.

ORIGINE DES CATACOMBES*

Premiers hypogées chrétiens. — Les collèges funéraires. — On sait combien fut rapide, à Rome et dans tout l'Empire, le progrès du christianisme naissant. Avant la fin du i" siècle, la religion nouvelle avait fait de glorieuses conquêtes; auprès de sa clientèle d'es^ claves et d'artisans, elle comptait de riches et puissants adeptes, issus des plus anciennes familles, comme ces Acilii Glabriones dont M. de Rossi vient de découvrir la chambre sépulcrale au cimetière de Priscille, de nobles matrones, comme cette Pomponia Graecina que Tacite nous montre accusée de superstition étrangère, et jusqu'à de proches parents des empereurs, comme -^lia Domitilla et son mari Flavius Clemens. C'est grâce à de tels appuis que la jeune Eglise put croître et fleurir, au milieu des premières persécutions. Ces patrons, dont les clients sont devenus les frères, prêtent à l'association chrétienne leurs villas et leurs jardins ; ils lui donnent des lieux de réunion, mieux encore, des tombes. La loi romaine déclarait invio-

I. Pour ce chapitre et les suivants, v. De Rossi, R. 5., t. I et III; Bull., i865, 1875, 1888. — Armellini, le Catacombe romane, et Le:(ioni popolari di archeologxa cristiana, — Boissier, Promenades archéologiques (les Catacombes). — Duchesne, les Origines chrétiennes, XXIII, 4 (lith.).

lable le champ — area — consacré à la sépulture. Ces areœ, qui furent les premiers cimetières chrétiens, enclavés dans de riches domaines, ont conservé souvent le nom de leurs propriétaires; tels Thypogée de Lùcine, les cimetières de Domitille, de Priscille, de Prétextât, d'autres encore. Rien dans l'aspect de ces petits cimetières ne pouvait offenser un œil païen. La plupart s'ouvrent librement au bord des grandes voies consulaires; ils ont à la surface du sol leurs monuments, leurs plantations d'arbres, leur enceinte, selon l'usage; car la loi, qui garantit le tombeau, protège aussi ses dépendances. L'enterrement, depositio, prétexte naturel aux assemblées chrétiennes, ressemble d'extérieur aux rites païens : mêmes fleurs jetées sur le tombeau, mêmes. libations parfumées, même repas — Vagape — fait dans le triclinium voisin de l'hypogée. Ces cimetières, un des principaux centres de la vie chrétienne, vont bientôt appartenir à VEcclesiafratrum, qui, chaque jour accrue et enrichie, devient enfin propriétaire. La transformation s'accomplit vers le me siècle. Mais à quel titre l'Eglise pouvait-elle posséder ? A la différence des communautés juives, avec lesquelles on les confondait à l'origine, les associations chrétiennes n'étaient point reconnues parla loi. M. de Rossi a supposé qu'elles bénéficiaient des avantages accordés aux collèges funéraires, qui prirent tout à coup, sous le règne de Septime Sévère, une extension considérable : ils étaient autorisés à se réunir librement, à posséder une caisse et des propriétés communes, sous la seule condition d'être inscrits aux registres de l'État. M. l'abbé Duchesne, qui combat cette théorie, fait observer qu'au

ORIGINE DES CATACOMBES. ij

III® siècle la communauté chrétienne était beaucoup trop nombreuse pour pouvoir se dissimuler derrière une fiction légale. Assurément la police romaine la connaissait et la tolérait. Quel que fût le prétexte de cette tolérance, elle permit aux chrétiens, pendant les longs intervalles des persécutions, de développer librement l'organisation ecclésiastique. Les premiers hypogées, devenus insuffisants, sont reliés ensemble et forment des cimetières qu'administrent les diacres sous la haute surveillance de Pévéqûe ; les donations, les achats successifs accroissent peu à peu le domaine primitif. Ainsi s'ouvre une période heureuse en apparence, en réalité pleine de périls : une fois en relation avec l'Etat, TEglise va dépendre du bon plaisir d'un tyran, et ses persécuteurs sauront désormais où la frapper à la tête. Mais ni confiscations ni pillages n'empêcheront les cimetières chrétiens de s'étendre toujours, et lorsque rÉdit de Milan assure, en 3i3, le triomphe de la religion chrétienne, ils ont pénétré dans tout l'Empire romain.

A Rome même, avant la fin du iv® siècle, M. de Rossi compte quarante -deux cimetières ou cryptes, tous creusés dans un rayon d'un à trois milles à partir de l'enceinte de Servius. Au delà du septième mille commencent les nombreux hypogées de la campagne. A la suite des catacombes romaines, on ne doit pas oublier celles de Naples et de Syracuse; il faut citer aussi diverses cryptes en Espagne, en France, en Allemagne, des sépultures isolées et de vastes nécropôles dans le domaine de l'Eglise grecque, à Mélos, à Alexandrie, à Cyrène, en Palestine, surtout en Syrie.

Sépultures juives et sépultures chrétiennes. — C'est en Orient qu'il faut chercher le premier type des catacombes. Les peuples riverains de la Méditerranée, Égyptiens, Phéniciens, Tyriens, avaient donné aux Juifs l'exemple des sépultures souterraines. Dès les premières années de l'Empire, lorsque les Orientaux, les Juifs surtout, affluèrent à Rome et dans toute l'Italie, ils purent y prêcher leurs doctrines, y enterrer leurs morts selon leurs rites, sans inquiéter jamais l'indifférence parfaite de la riche et heureuse nation. D'ailleurs, bien avant les Juifs, les Etrusques, qui se souvenaient aussi de l'Orient, avaient laissé, non loin de Rome, des nécropoles nombreuses que leurs profonds caveaux et leurs galeries nettement taillées font ressembler à de petites catacombes. A Rome même, où Tusage de brûler les corps n'avait prévalu que depuis la fin de la République, les sépultures des grandes familles rappelaient, en proportions réduites, les sépultures juives. Le tombeau des Scipions est une vaste crypte de forme irrégulière, où le roc a été creusé pour abriter les sarcophages. Le tombeau des Nasons, récemment détruit, se composait de chambres gracieusement décorées, dont les parois étaient percées de niches pareilles à celles des cimetières chrétiens.

Les Juifs baptisés qui vinrent à Rome former le premier noyau de l'Eglise chrétienne n'eurent donc point d'effort à faire pour imposer en pays nouveau leur mode de sépulture. Non pourtant qu'il n'y eût entre

les catacombes chrétieanes et celles mêmes qui s'en rapprochent le plus, et qui leur ont visiblement servi de modèles, des différences considérables. Dans ces dernières, la niche où le mort était couché demeurait ouverte, tandis que Ton fermaiid'unepierre l'entrée du caveau désormais interdite. Les chrétiens, au contraire, qui visitàientassîdûment leurs morts et priaient auprès d'eux, devaient clore soigneusement ces tombes accessiblesàtous. Mais la grande, l'essentielle différence est dans

les dimensions, __

modestes ici, là

prodigieuses et confondant l'esprit: car c'est bien toute une Rome souterraine, cette cité silencieuse des morts, qui part de l'enceinte de la cité vivante pour s'étendre au loin sous la campagne, jusqu'à des limites que l'on ne connaîtra jamais entièrement.

.Formes diverses des tombes chrétiennes, — Des-

la L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE,

cendons dans une de ces catacombes qu'il est si facile de visiter aujourd'hui. Pénétrons dans l'enchevêtrement des galeries (fig. 2). Ces galeries ont une voûte plate, ou légèrement arquée, ou taillée en forme de toit à deux versants. La hauteur en est très variable; d'ordinaire fort étroites à l'intérieur du cimetière, de façon même à ne livrer passage qu'à une seule personne, elles s'éiargissent aux principales entrées, et deviennent parfois des vestibules ou ambuiacres de proportions j grandioses, comme on

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Dans les parois sont ^'^" '■ Ttl^H^'r-t."""*'''^ creuséesdesnkhesoblongues, rectangulaires, étagées les unes au-dessus des autres, les tombes. Cette forme de tombe, la plus fréquente, se nomme locus (le mot loculus, dont on se sert généralement, n'est pas d'usage ancien). Elle n'a guère varié {fig, 3). Assez ample d'abord, le locus se rétrécit souvent à la taille exacte du mort, pour épargner le terrain ; et il arrive même que ces niches affectent la forme de trapèzes emboîtés les uns au-dessus des autres (on rencontre, en certaines parties des cimetières, des rangs de loca exigus et pressés : ce sont les tombes des enfants). Le locus est appelé ^t5omu£, lorsqu'il contient deux corps, ce qui est fréquent; mais il est très rare qu'il en contienne davantage. La fermeture du locus, tabula ou

ARCHITE

tabella, est d'ordir

ITURE DES CATACOMBES.

e large plaque de marbre qui porte écrit ou gravé, en noir ou en rouge, le titulus (fig. 4}, épitaphe d'autant plus simple qu'elle est plus

ancienne, mentionnant le nom du mort, parfois son âge et la date de l'enterrement; nous sommes loin des fastueuses inscriptions païennes. A défaut de marbre, on fermait la tombe par une ou plusieurs largestuîles.

Dans le ciment qui fixait la tabula, on dessinait souvent des emblèmes chrétiens, ou encore on scellait des coquilles, des verres, des médailles,des ivoires, des lampes, tous objets servant de point de repère

aux visiteurs, à la famille du mort. Les sarcophages étaient réservés aux tombes riches et illustres; à leur défaut, on employait Varcosolium (fig, 17). C'est un locus au-dessus duquel on a ménagé une cavité

Fig 5 — IntÉrei

cintrée, sorte de petite abside à fond plat, qui permet de l'ouvrir non plus par le côté, mais bien par le sommet. En réalité, ce genre de tombeau n'est autre chose qu'un sarcophage taillé dans le roc; tel le sépulcre neuf où Joseph d'Arimathie ensevelit Jésus. Une feuille de marbre horizontale le recouvre, la mensa, sorte de table d'autel, souvent même autel véritable où l'on offrait le saint sacrifice. Parfois, au lieu de cet arc, \ssolium ou tombeau est surmonté d'une cavité rectangulaire, un locus sans fermeture.

Des galeries on pénètre.deplaîn-pied ou par quelques mar-

Fig.C — Section de chambre, ches, dans les Cubî-

'" tTerur/inKrieu^^^ ÎÙn^"frf " " '^"''^' chambres plus

ou moins spacieuses,

de formes très variables, caveaux de famille, salles

de réunion ou chapelles décorées de marbres et de

peintures (fig. 5).

Des escaliers font communiquer entre eux les divers niveaux de la catacombe, ou les relient au sol extérieur. Des luminaires, sortes de cheminées rondes ou carrées, percées au sommet des cryptes ou à l'entre-croisement des galeries principales, leur portent l'air et un peu de jour (fig. €). C'étaient en même temps des puits servant à l'extraction des matériaux, au transport des sarcophages; puits analogues aux cutiiculi employés par les Romains dans les travaux

civils, pour éclairer les égouts, les canaux de drainage.

Tel est, rapidement entrevu, Paspect d'un cimetière souterrain. Nous insisterons bientôt sur le détail, sur Farchitecture et la décoration des cryptes ; examinons d'abord comment les chrétiens ont pu exécuter ces étonnants travaux.

Les arénaires. Terrains propres aux catacombes. — L'étendue même des catacombes a longtemps empêché de croire qu'elles fussent l'œuvre unique des chrétiens ; au siècle dernier, comme on ne soupçonnait pas les ressources dont disposait la première société chrétienne et sa liberté d'action, songeant aux frais que devait exiger le percement des innombrables galeries, à la difficulté de rejeter au dehors la terre qu'on en tirait, on pensa trouver une explication satisfaisante en disant que les catacombes n'étaient que d'anciennes carrières de pouzzolane abandonnées, des arénaires, aux murs desquels les chrétiens n'avaient eu qu'à railler leurs tombeaux. Cette opinion, qui réunissait bien des vraisemblances et s'appuyait de textes mal interprétés, était encore accréditée dans la première moitié de ce siècle, lorsque le P. Marchi Tébranla fortement par sa minutieuse description du cimetière ostrien; elle acheva de tomber sous les études nettes et décisives des frères de Rossi.

On n'aurait pu aisément creuser des tombes dans la pouzzolane friable des carrières; et la simple inspection d'un de ces arénaires, dont plusieurs aujourd'hui encore subsistent auprès des catacombes, montre combien ils en dififèrent, par l'ampleur et l'irrégularité des

couloirs creusés à un niveau unique, par la fréquence des dëgagemenis. Les arénaires ont servi parfois de débouché aux catacombes; ainsi (fig. 7] l'arénaire voisin du cimetière de Calliste; parfois aussi, à défaut d'autre terrain, on a dû transformer un arénaire en catacombe; ainsi au cimetière de S* Hermcs, et dans la partie la plus ancienne du cimetière de Priscille ; mais ce ne fut '^ jamais sans des efforts mcroyables. Il fallait soutenir les voûtes par

Ji^iO,

Fig. J. — Premiirï

cimetière de CallUte.

des piliers de maçonnerie, appuyer aux parois trop inclinées de longs revêtements de briques, où l'on ménageait l'emplacement des tombes; et, lorsqu'on renonçait à approprier aux usages sépulcraux toute une région de l'arénaire, on en murait les passages.

ai

Les chrétiens recherchaient, pour creuser leurs galeries, les couches homogènes et compactes de tuf granulaire qu'accompagnent souvent la pouzzolane et le sable. Ce tuf a l'avantage de se travailler facilement, et il est très poreux, qualité' précieuse pour assurer la sécheresse et la salubrité relatives de galeries où s'accumulaient les cadavres. Le diflScile était d'éviter les couches d'eau, fréquentes dans le so) bas de la campagne

romaine ;

lO- — ^

ÏO -iili

on était forcé de ne creuser que sous les renflements du sol, ce qui explique que des catacombes voisines et bordant une même voie consulaire n'aient pu communiquer entre elles.

La figure 8, qui représente une section verticale du cimetière de Calliste, nous apprendra comment les architectes des «catacombes utilisaient les diverses couches du sol, selon leur degré de solidité. Le premier étage du cimetière est creusé immédiatement au-dessous de la couche de terre végétale et de débris (I) ; il atteint à peine six mètres de profondeur, et la déclivité du sol l'empêche de s'étendre. Le tuf granulaire cristallin (I I), très résistant, qui enferme ce premier étage, fait place à une couche plus profonde et plus friable (III),

Fig. 8. — Section du cimetière de Calliste.

aa L'ARCHEOLOGIE CHRETIENNE.

OÙ ont été percées de hautes galeries; pour prévenir tout effondrement, la voûte de ces galeries afHeure la couche dure supérieure, tandis que leur base s'appuie sur un lit de cendres volcaniques durcies par Teau (IV), où Ton a évité de creuser. Plus bas s'étend la pouzzolane (V) avec un troisième et un quatrième étage de galeries, en partie maçonnées; enfin, à une profondeur de 25 mètres, et dans une nouvelle couche de tuf granulaire (VI), voici un cinquième étage, étroit et bas, mal aéré, et fréquemment inondé; la roche qui le supporte est imperméable à Teau. On n'a pas essayé de creuser plus avant.

Délimitation de Varea. — Percement des galeries, -r- Les fossores, — Il est probable que pour délimiter Varea souterraine, correspondant à Varea extérieure du cimetière, les architectes des catacombes se conformèrent aux usages des agrimensores romains, commençant, dans une couche bien étudiée du sol, par le tracé des grandes lignes extrêmes, coupées à angle droit, à l'intérieur desquelles d'autres lignes, autant que possible parallèles, peu à peu multipliées, déterminaient des massifs plus ou moins étroits et à peu près rectangulaires. Il suflSt de jeter les yeux sur le plan d'un grand cimetière, comme ceux de Calliste ou de Domitille, pour voir que le percement des galeries ne s'est pas fait au hasard, et reconnaître les limites des areae primitives qui, avec le temps, se sont fondues ensemble. Ainsi délimité, le travail souterrain dut se faire sûrement et rapidement, bien qu'il rencontrât un grave obstacle, la difficulté d'employer l'amas énorme des matériaux excavés. Les rejeter au dehors n'était

ARCHITECTURE DES CATACOMBES. 2j

pas toujours possible; on se re'sigiia souvent à en combler les galeries anciennes où l'on n'enterrait plus, celles aussi qui pouvaient conduire, en temps de persécution, à une crypte précieuse.

Tout ce travail d'architecture, dont l'unité habituelle témoigne de la direction suprême d'un inien-

1 des /ossores. On voit

. se faisait par les encore, sur les parois de plusieurs cryptes, les lignes tracées à la pointe qui indiquaient anfossor où il devait ouvrir une porte, creuser un arcosolium^untocits.

Diverses fresques nous ont conservé l'image de ces humbles ouvriers, tantôt au repos, le pic sur l'épaule, tantôt travaillant à ciel ouvert, ou taillant des voûtes, des galeries dans le tuf. Une précieuse gravure de Boldetti nous montre même l'un d'eux, le fossor Dîogenes (tig. 9), peut-être un architecte, debout dans un cubiculum, ayant à ses pieds le pic, la hache, un petit marteau, le ciseau,' le compas, et une sorte de tige de fer (une sonde?).

Fig. lo. — Entrée dii cimetière de Doraitille.

Première époque : les deux premiers siècles. — Nous nous ferons une idée assez précise de ce qu'était au 1^'' siècle un grand hypogée chrétien, et de ses accroissements successifs, en visitant, non loin du

cimetière de Calliste, le cimetière de Domitille, et Tabordant par l'entrée, découverteen i865, qui regardait anciennement la voie Ardéatine (fig. lo).

Ne considérons d'abord, dans cet ensemble important de ruines, que la partie centrale, la seule que l'on puisse attribuer sûrement au i''' siècle. Voici, en belle maçonnerie de briques, le vestibule de l'hypogée; la façade supporte une cor, niche en terre cuite, et l'on distingue encore, au-dessus de la porte', la place de l'inscription qui devait apprendre à tout passant le nom du riche propriétaire. Rien de plus antique évidemment que cette architecture qui rappelle de près la façade du tombeau des Nasons, et, comme elle, s'adosse à un renflement du sol.

Du vestibule part une large allée (fig. 1 1), d'abord inclinée en pente douce, dont les parois présentent un petit nombre de niches à fleur de terre; ces niches renfermaient à l'origine des sarcophages. Peu à peu,

d'autres sarcophages de marbre et de terre cuite furent déposés au long des murs, ou ensevelis dans le sol. Puis l'ambulacre devint insuffisant ; on le relia aux hypogées voisins par des galeries où le locus prend la place du sarcophage.

Les petites sépultures des frères dans la foi sont groupées aux parois des vestibules, tandis que les morts illustres reposent dans les sarcophages, le long de ces mêmes vestibules, ou à l'intérieur de chambres et de chapelles maçonnées avec soin, décorées de stucs et de peintures. C'est ce que nous voyons non seulement au cimetière de Domitille, mais au cimetière de Priscille, sur la voie Salaria, aux cryptes de Lucine, qui forment l'aire la plus ancienne du cimetière de Calliste, et dans la catacombe ostrienne, sur la voie Nomentane, qui conserve la chaire « où siégea d'abord l'apôtre Pierre ».

Plusieurs des cimetières romains sont ainsi datés de l'âge apostolique, sans parler de la crypte Vaticane, où furent ensevelis, jusqu'en 2o3, les premiers papes autour du tombeau de saint Pierre, ni du cimetière de Commodilla, où fut le tombeau de saint Paul, l'une et l'autre de ces vénérables cryptes ayant disparu sous

Fi^. II.— Plan du grand ambulacre et des galeries attenantes, au cimetière de Domitille.

a6 L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE,

les immenses basiliques dédiées aux princes des apôtres. D'autres cimetières, un peu moins anciens, furent encore édifiés au ii* siècle avec un grand luxe d'architecture par des riclies qui tinrent à honneur d'ensevelir dans leurs domaines la dépouille Kirtyrs, Tel le cimetière :xiat, situé sur la voie ;nne en face du cimetière : Galliste. Les fouilles modernesen ontdécouvert le superbe ambulacre large de deux mètres, soutenu d'arceaux en briques et décoré de corniches en terre cuite {fig.

13), la « spelunca magna », d'où l'on accède au caveau de saint Janvier. Cette vaste chambre, dont les murs de solide maçonnerie furent autrefois revêtus de marbres grecs, supporte une haute voûte cintrée, sorte de coupole à quatre pans terminés en luminaire. Non loin, dans l'ambulacre même, il faut noter une belle abside flanquée autrefois de deux colonnes d'albâtre; elle fait face à un arcosolium fermé d'une grille ou transenna de marbre ajouré, et précédé de deux colonnes de porphyre.

C'est à la première période d'excavation des cime-

HISTOIRE DES CATACOMBES. az

tières que Pon doit aussi attribuer les souterrains grandioses de S* Janvier, à Naples. Creusés dans un tuf plus solide que celui des catacombes romaines, les deux e'tages qui les composent se réduisent à une galerie centrale où débouchent quelques galeries plus étroites, et des cubicula; mais cette galerie centrale se distingue des ambulacres romains analogues par son ampleur vraiment extraordinaire : large de cinq mètres environ au premier étage, elle atteint, au second, quatorze mètres; et sa voûte, d'une hauteur proportionnée, s'appuie par endroits à de forts piliers de tuf. Le long des parois s'ouvrent, à intervalles réguliers, de grands arcosolia; les tombes en forme de lociis ne se présentent que dans les galeries secondaires.

Seconde époque : du commencement du m® siècle à VÉdit de Milan. — Dès le commencement du iii« siècle, une partie des catacombes deviennent, avec Pautorisation et sous la surveillance de l'Etat, propriété de l'Église. Nous voyons à Rome le pape Zéphyrin confier au diacre Calliste le gouvernement du clergé et l'administration du cimetière. Ce cimetière par excellence, la première et la plus grande propriété collégiale de VEcclesia fratrum, qui portera désormais le nom de son premier administrateur, devient, en place du cimetière Vatican, le lieu officiel de sépulture des papes. Ailleurs, sur les grandes voies consulaires, d'autres hypogées se créent ou s'agrandissent à son exemple. Le Livre pontifical nous apprend qu'en 238 le pape Fabien « divisa les diverses régions de Rome entre les diacres, et ordonna la construction de nombreux édifices dans les cimetières ».

i8 L'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE.

Ces édifices, oratoires, salles de réunion, loges de gardiens, à rimitation de ceux qui entouraient les se'pultures païennes, se groupent à la principale entre'e du souterrain. C'est ainsi que nous voyons, à droite et à gauche de l'antique façade du cimetière de Domitille, et l'enveloppant tout entière, un large atrium (hg. 1 1) où s'ouvrent des cellules décorées à la pompéienne. A gauche, c'est une fontaine, avec sa vasque bien conservée, et un puitscirculaire; près de là un escalier , aujourd'hui en ruines, conduisait aux chambres du gardien, à la eustodia monumenti.

A droite, c'est le triclinium destiné aux agapes et aux réunions du collège des frères, avec son banc de pierre adossé au mur, comme on en rencontre à Pompéi dans la voie des Tombeaux, et deux salles souterraines. Quand les fidèles ne pouvaient se réunir dans les petites basiliques élevées à la surface du sol, on disposait certaines des cryptes profondes pour la célébration des saints mystères. Des bancs sont creusés dans le tuf de ces oratoires souterrains, et deux belles chambres du cimetière ostrien (iig. i3) nous montrent, auprès des bancs, les chaires de l'évéque et du catéchiste.

Fig. ij. - o

Cependant les persécutions viennent arrêter ce beau développement des cimetières chrétiens. Jusque-là elles avaient été brèves, n'osant violer le domaine privé qui contenait les tombes; maintenant que les cimetières appartiennent à l'Eglise, on peut en interdire l'entrée, confisquer les édifices religieux, ce que font, au milieu du III® siècle, les empereurs Dèce et Valérien. Exposés à être saisis et massacrés, comme il arriva souvent, au fond des catacombes, les chrétiens s'efforcent de protéger leurs sépultures, creusent d'étroits couloirs, en comblent d'autres, murent les entrées habituelles des arénaires, et rompent les grands escaliers. Au moment de la dixième et dernière persécution, sous Dioclétien (3o3), ils s'étaient repris à espérer et à construire ; les cimetières s'accroissaient de nouveau, les chapelles se transformaient en églises. Le ravage fut plus terrible que jamais, les archives, les monuments pillés, incendiés, détruits. Ce ne fut qu'en 3ii, sous le pontificat de Melchiade, que l'Eglise recouvra ses domaines confisqués. Quelques années auparavant, le pape Marcel avait divisé la ville de Rome en vingt-cinq paroisses, «' pour le baptême et la pénitence des nouveaux convertis, et pour la sépulture des martyrs ».

Troisième époque : de VÉdit de Milan à la prise de Rome par Alaric, — Enfin l'Edit de Milan et la conversion de Constantin sanctionnent l'existence de l'Eglise, la paix est assurée. De somptueux monuments vont désormais glorifier la religion chrétienne, et l'on songe tout d'abord à honorer les saints martyrs dont les catacombes possèdent les corps. Des oratoires, des basiliques s'élèvent au-dessus de leurs tombes, pénètrent

au travers des galeries pour les atteindre ; les chambres qui les renferment se transforment en chapelles, où aboutissent de larges escaliers. Mais tous ces travaux entraînèrent la destruction de beaucoup d^humbles tombes, et ce dommage fut accru par le zèle pieux d'innombrables fidèles qui voulaient se ménager une

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