‹ L'archéologie chrétienneChapitre 23 sur 68 · ALLÉGORIES DES SOUFFRANCES TERRESTRES ET DE LA RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

ALLÉGORIES DES SOUFFRANCES TERRESTRES ET DE LA RÉSURRECTION

Scènes de persécution. — Le chrétien qui descendait prier aux catacombes devait trouver dans leurs paisibles fresques l'espérance et le réconfort au milieu des périls dont il était menacé. Le spectacle des épreuves auxquelles Dieu avait soustrait ses ancêtres bibliques, Noé, Abraham, Daniel ou Jonas, lui donnait la confiance que son âme recevrait un jour la même aide divine; il y goûtait Tespoir de la prochaîne délivrance, la certi-

I. De Rossi, R. s., t. II. — Roller, ch. xxvi, xxvii, xxxv, xxxvm.

SCÈNES DE PERSÉCUTION. lot

tude de la résurrection à venir. Aussi bien, même au plus fort des persécutions, rien dans ces fresques ne trahit l'effroi, la haine ou seulement les plaintes; nulle part une représentation de martyre, une allusion à ces spectacles sanglants où se plaisaient les païens. Une seule peinture du cimetière de Galliste fait exception, et demeure comme un monument historique des dernières perse'cutions, au ni° siècle (fig, 60).

Le sujet, comprenant quatre personnages, était reproduit deux fois {presque rien ne subsiste du second exemplaire) , à droite et à gauche d'un arcosolium où dut être enterré quelque notable

martyr. Debout sur un suggestutn pareil à la tribune des orateurs, l'empereur-ju^e, couronné de laurier, menace du regard et du geste un chrétien qui confesse courageusement sa foi. Auprès du tribunal un assesseur est debout, tandis qu'un dernier personnage, drapé et couronné comme l'empereur, se retire en méditant.

D'après les savantes recherches de M. de Rossî, les deux fresques représenteraient le jugement des martyrs Partenius et Galocerus, dont la pupille Anaiolia, Bile de Fulvius Petronius ^milianus, consul

en 249, avait donné à TEglise Varea où ils furent ensevelis.

Allégories bibliques, — Parmi les premières fresques des catacombes se trouvent, nous l'avons vu, quelquesunes des compositions bibliques le plus souvent reproduites par le symbolisme funéraire. Nous avons rencontré les images d'Adam et d'Eve mêlées au décor mythologique des catacombes de Naples (p. 55). A Rome, les images de Noé, de Daniel et de Jonas apparaissent dès les origines de Part chrétien.

Sur une paroi du vestibule de Domitille, au fond de la Chapelle grecque de Priscille, on distingue encore la colombe qui descend avec le rameau d'olivier vers l'arche, ou plutôt vers la petite caisse de forme carrée d'où Noé se lève, étendant les bras (fig. 61). La forme de l'arche rappelle le cercueil d'où sort l'âme chrétienne^ et le mot latin arca a en effet ce double sens. Ce qui rend plus significatif encore ce symbole de résurrection, c'est de voir, sur quelques fresques, sur des graffiti ou des sarcophages, Noé remplacé dans l'arche tantôt par un vieillard, tantôt par un jeune homme, par un enfant où même par une femme orante ; sur un sarcophage du musée de Lateran, cette orante porte un nom : IVLIANA. Voilà, semble-t-il, un symbolisme assez profond, sans qu'il faille le compléter par les interprétations mystiques où se sont plu, à la suite de TertuUien, des commentateurs trop zélés : dans la littérature du iii* siècle, l'arche est devenue l'image de l'Église, qui porte le chrétien régénéré par le flot du baptême.

Quant aux célèbres médailles d'Apamée, en Phrygie

ALLEGORIES BIBLIQUES. lO)

(fig. 62), OÙ l'on a voulu voir le premier type de l'image symbolique de Noé, elles ne nous donnent qu'une représentation hîs-

Fig. 61. — Fresque

cimetière de Domiti

torique sans

chrétienne, uniquement inspirée par le récit de la Bible et la tradition locale (le mont Ararat, où s'arrêta l'arche, domine la ville d'Apamée).

Devant ces premières figures bibliques, c'est toujours à l'interprétation la plus simple qu'il faut nous arrêter. Abraham et Isaac, qui plus tard, dans les Chambres des Sacrements (fig. 95)et dans le décor des basiliques (fig. 1 68), préfigureront la Passion du Christ, ne sont d'abord que des exemples de la miséricorde et de la puissance divines ; « Délivre, Seigneur, l'âme de ton serviteur, comme tu as délivré Isaac du sacrifice. »

La composition, que développeront les miniatures, est ici réduite à ses éléments essentiels : dans la plupart des fresques, Abraham, imberbe ou barbu, vêtu d'une tunique exomide ou d'un pallium, va frapper du couteau Isaac agenouillé à terre ou sur un autel; le bélier, et la main de Dieu sortant des nues, précisent le sens de la scène (fig. 63). Quelquefois

d'Apamie (re'

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aussi le peintre a seulement représenté Abraham indiquant l'autel à Isaac qui s^avance, portant le bois du sacrifice.

Le seul épisode de la vie de Moïse que Ton ren-

Fig. Ûj.

ille (Boiio, p. sji).

contre fréquemment aux catacombes est le Frappement du rocher (fig. 63). Quel en est le sens symbolique? Faut-il y voir l'expression de la puissance divine, » qui a changé le roc en eau jaillissante », comme il est dit au psaume 1 1 3, que l'on chantait souvent aux obsèques

ALLÉGORIES BIBLIQUES. loj

des morts? Ou ne vaut-il pas mieux le rattaciier à une série doctrinale, que nous allons bientôt étudier {p. 1 3o)? Rien de plus élémentaire, en tout cas, que cette image si répandue, à laquelle s'ajoute parfois celle de Moïse se déchaussant pour s'approcher du buisson, tandis qu'une main sort du ciel (fig. 89}.

Au nombre des précurseurs bibliques, les Pères aiment à citer Tobie, dont le poisson rappelle Tlchtys divin, Job, image de Jésus outragé, David, vainqueur de Goliath comme Jésus sera vainqueur de Satan, Ëlie, qui monte au ciel comme montera Jésus ressuscité, Jonas surtout, choisi par Jésus

même comme type de son ensevelissement et de sa résurrection. (Math,, xri, 40,)

Toutes ces figures, que les liturgies funéraires nous ont offertes comme exemples d'assistance divine, paraissent avec ce sens unique dans la décoration des catacombes. Elles y sont d^ailleurs fort inégalement réparties. Vers la fin du m' siècle, l'histoire de Tobïe est racontée avec quelques détails au cimetière de Thrason ; l'enfant, à demi déchaussé et vêtu d'une tunique, un bâton à la main, court vers l'ange Raphaël,

près duquel est couché le Tigre, vieillard nu, dans Pattitude des fleuves antiques; puis le même Tobie, presque nu cette fois, tend le poisson à l'ange qui Tencourage du geste (fig. 64). Job est représenté seul, vêtu d'une tunique, tristement assis sur un amas de pierres. Une seule fresque, au cimetière de DomitîUe, nous montre David tenant en main la fronde (fig. 35). Au fond d'un arcosolium du même cimetière, Elie est entraîné sur les nues par quatre chevaux qu'il dirige ; il jette son manteau à Elisée; un paysan, coiffé d'un large chapeau, assiste à son enlèvement.

L'extrême rareté de ces derniers motifs fait d'autant mieux ressortir la prédilection des artistes pour l'image de Jonas, dont on connaît aux catacombes près de quarante reproductions. Cette image de Jonas, qui présentait aux fidèles l'exemple le plus frappant de la résurrection attendue, donnait en même temps aux artistes les plus heureux prétextes de fantaisie décorative. Selon l'emplacement, ils peignent par épisodes ou d'ensemble l'histoire du prophète (fig. 65); la composition la plus fréquente et la mieux accommodée aux parois de fond des arcosolia ou aux voussures des plafonds groupe, autour du vaisseau agité par la tempête, d'un côté le monstre qui engloutit Jonas, de l'autre le monstre qui le rejette. Un troisième épisode représente le prophète couché sous la courge feuillue. Le monstre de Jonas n'a rien du poisson ; c'est un de ces animaux fantastiques dont les Romains animaient les murs de leurs maisons, pareil aux hippocampes de l'art pompéien. Dans cet emploi ornemental, on le rencontre parfois seul aux catacombes. C'est un

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dragon aux pieds palmés, à Timmense queue tortueuse,

au COU étroit, à la tête féroce où se hérissent de longues oreilles, parfois des cornes ; cette tête ressemble à celle du serpent, draco, quitentaÈve. C'est que le monstre de Jonas, comme le serpent tentateur, est, aux yeux des Pères, l'image du démon, de l'enfer.

« Que le lion rugissant et le dragon dévorant, accoutumés à ravir les âmes des malheureux, ne s'élèvent pas contre cette âme », lit-on dans le Sacramentaire gallican ; et la pieuse invocation nous aide à comprendre un curieux marbre du musée de Lateran, où l'image du Bon Pasteur est gravée au-dessus d^une ancre, entre un lion et la tête du monstre qui rejette Jonas (fig. 66).

La première image connue de Jonas se trouve aux cryptes de Lucine; elle est donc presque aussi ancienne que l'admirable Daniel du vestibule de DomitîUe (fig. 67), Sur la paroi ruinée on entrevoit la svelte figure d'un jeune homme, vêtu d'une tunique flottante, les bras levés, le regard au ciel; il est debout sur un tertre vers lequel

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